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Deux lettres inédites du bienheureux Laurent Imbert (1833)

Deux lettres inédites du bienheureux Laurent Imbert (1833)
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    Deux lettres inédites du bienheureux Laurent Imbert (1833)

    Laurent Imbert, né à Marignane (Bouches-du-Rhône) le 23 mars 1796, avait fait ses études à Aix ; il entra minoré au Séminaire des Missions Etrangères. Ordonné prêtre le 18 décembre 1819, il partit pour le Setchoan le 20 mars 1820. Il resta quelque temps à Singapore et au Collège de Pinang, et, lorsque, le 10 février 1822, il arriva à Macao, la route directe du Setchoan était fermée. Il passa alors en Cochinchine et de là au Tonkin, où il séjourna deux ans, et ce n'est qu'en mars 1825 que, par la voie du Yunnan, il put enfin atteindre la mission à laquelle il avait été destiné.
    Il était supérieur du Séminaire du Setchoan, à Moupin, lorsqu'il apprit que la Propagande proposait à la Société des Missions Etrangères la mission de Corée. Il s'offrit aussitôt pour collaborer à l'évangélisation de cette contrée. N'ayant pas reçu de réponse à sa proposition et apprenant la nomination de Mgr Bruguière comme Vicaire apostolique de Corée, il lui écrivit la lettre suivante, datée du 10 août 1833, il y a juste cent ans.

    ***

    ..... Je vous félicite du bonheur que vous avez eu d'être choisi par le Chef de l'Eglise pour ouvrir la nouvelle et intéressante Mission de Corée.
    Depuis longtemps dès Paris 1819, je pensais à cette intéressante partie de la vigne de Notre Seigneur. Surtout, en 1829, j'étais chez Mgr de Maxula (1) quand arriva la lettre de MM. les Directeurs sur la Corée. Mgr de Maxula me fit entendre que, si c'était cette province qui dut fournir le premier missionnaire, ce serait probablement moi, à qui la tournure chinoise, langue et lettres même, rendraient le voyage moins difficile qu'à tout autre. Et ensuite, deux mois après, Mgr de Sinite (2) me répéta les mêmes propos, qui ne firent qu'allumer mes anciens désirs.
    Cette année-ci, j'ai appris par l'arrivée de M. Verrolles (3) que Votre Grandeur (4) avait été chargée de cette nouvelle mission. Aussitôt j'ai conçu l'espoir que M. Legrégeois (5), notre digne procureur, qui connaît mes intentions depuis 1830, vous parlerait de moi ; j'espérais, dis-je, que Votre Grandeur me préviendrait et m'inviterait à me rendre sa nouvelle mission.
    Le 25 mai, vos lettres sont arrivées dans ces déserts où j'ai construit depuis trois ans le séminaire de la mission. Point d'invitation, ...mais seulement votre. Lettre commune du 13 novembre 1832. Je l'ai lue avec le plus grand plaisir et j'ai écrit dans son sens à M. Langlois (1) et aux chers amis, Vicaires apostoliques de Cochinchine (2) et du Tong-king (3).

    (1) Mgr Pérocheau (1787-1861), évêque de Maxula et Coadjuteur de Mgr Fontana en 1817 ; Vicaire apostolique du Setchoan en 1838.
    (2) Mgr Fontana (1780-1838), évêque de Sinite et Vicaire apostolique du Setchoan en 1817.
    (3) Emmanuel Verrolles (1805-1878), du diocèse de Bayeux, missionnaire du Setchoan en 1830 ; évêque de Colombie et Vicaire apostolique de Mandchourie en 1838.
    (4) Mgr Bruguière était depuis deux ans évêque de Capse et Coadjuteur au Siam de Mgr Florens, lorsqu'il fut transféré en Corée.
    (5) Pierre Le grégeois (1801-1866), du diocèse de Bayeux, procureur à Macao en 1830 ; directeur au Séminaire des Missions Etrangères en 1842.

    Sur du consentement de ces deux Missions et poussé aussi par les anciens propos des Supérieurs de celle-ci (4), j'ose vous offrir mes services et vous prier de m'envoyer en deux mots une feuille de pouvoirs ordinaires, tels que je les ai dans cette mission, pouvoirs qui dateraient du jour de mon entrée en Corée, jusqu'à ce que je puisse prudemment vous rencontrer.
    Je ne vous demande ni or ni argent en viatique : j'y ai pourvu depuis trois ans.
    Il serait déplacé de vanter une marchandise offerte à vil prix ; cependant un mot pour la relever un peu : c'est que, connaissant quelques caractères chinois, je pourrai vous être utile pour l'érection d'un collège et l'instruction d'un clergé national.
    La Mission du Setchoan est assez bien fournie pour pouvoir se passer d'un missionnaire ; cependant, pour faire les choses dans l'ordre, j'ose vous prier d'adresser votre réponse à Mgr de Maxula ou à Mgr de Sinite......

    ***

    Quelques jours après, le 14 du même mois, le P. Imbert écrivait au P. Legrégeois :

    Je suis un peu fâché contre vous, et avec raison, de ce que vous, connaissant mes voeux et désirs pour la Corée depuis 1830, vous n'en ayez pas parlé à Mgr de Capse, le nouveau Vicaire apostolique, et ne lui ayez pas suggéré de m'inviter à me joindre à lui et de tâcher de pénétrer en Corée. Je veux bien vous pardonner, à condition seulement que vous enverrez la copie ci-incluse de ma lettre à Mgr de Capse et me seconderez de tout votre pouvoir pour obtenir la faculté de me rendre en Corée. Voyez la copie de ma lettre à Mgr de Capse et jugez que c'est un vieux et ancien projet chez moi, ni (sic) une chose de circonstance. D'ailleurs les Supérieurs de cette Mission, voulant m'envoyer député en France, montrent assez qu'ils ne tiennent pas beaucoup à mes services ici...... Il me semble que la gloire de Dieu et le salut des âmes exigent de moi ce voyage, et la Providence a permis que je passasse trois ans dans ces déserts afin de m'accoutumer aux durs froids et privations de tout genre, afin que je devinsses plus propre à soutenir les froids excessifs et la pauvreté de la Corée...... Mes désirs sont de partir pour la Corée dans l'espace de deux ou trois ans au plus, car une fois que j'aurai passé 40 ans, je ne serai plus propre à courir des aventures.

    (1) Charles Langlois (1767-1851), du diocèse de Rennes, missionnaire du Tonkin en 1792; directeur au Séminaire des Missions Etrangères en 1805.
    (2) Mgr Taberd (1794-1840), Vicaire apostolique de Cochinchine en 1827.
    (3) Mgr Havard (1790-1838), Vicaire apostolique du Tonkin Occidental en 1831.
    (4) Mgr Fontana et Mgr Pérocheau.

    ***

    Les apostoliques désirs du zélé missionnaire ne devaient pas se réaliser à ce moment; mais, après la mort de Mgr Bruguière (20 octobre 1835), Rome le choisit pour lui succéder et, le 26 avril 1836, gardant son titre d'Evêque de Capse, il était nommé Vicaire apostolique de la Corée. Il fut sacré au Setchoan le 14 mai 1837, en la fête de la Pentecôte, et le 17 août suivant, « monté sur un chameau, il prit la route royale du Shansi », se dirigeant vers la mission depuis si longtemps désirée.
    Quelques jours après, Mgr Fontana, écrivait au P. Legrégeois :
    « Le départ de Mgr Imbert a navré de douleur nos chrétiens et nos prêtres, qui l'aimaient beaucoup à cause de ses vertus et de son bon caractère. Nous l'avons perdu pour notre Mission dans un temps qu'il nous était très utile et presque nécessaire. Il m'aidait beaucoup. Mais l'espoir qu'il sera plus utile pour la Corée, et peut-être aussi pour le Japon, me console. Il ne lui manque qu'une bonne santé ; cependant il est beaucoup mieux portant que les ans passés, mais il n'est pas entièrement guéri de son mal de côté, qui est incurable. Je l'ai exhorté à demander de suite au Saint Siège le pouvoir de se choisir un Coadjuteur, et il faudrait qu'on lui envoie un missionnaire qui ait à peu près l'âge et les qualités pour être sacré évêque et lui succéder en cas de mort ; autrement notre Mission pourra encore être obligée de donner un autre de ses meilleur missionnaires à Corée....
    « Le sacre de Mgr Imbert a eu lieu le 14 mai, dimanche de Pentecôte. MM. Ponsot (1) et Mariette (2) ont tenu la place des deux évêques assistants, et l'évêque de Sinite a fait la fonction de l'évêque consécrateur.... A cause des grandes pluies, qui cette année ont été plus abondantes que les ans passés, il n'a pu partir que le 17 du mois d'août. Deux hommes de sa confiance l'ont accompagné : l'un était baptiseur, l'autre est un de ses écoliers, âgé de 30 ans, qui a déjà étudié un peu la théologie et qui lui est très affectionné ; l'intention de Mgr Imbert est de retenir cet écolier, de le faire entrer en Corée, si possible, et de l'ordonner prêtre pour sa mission ou de l'envoyer à Lieou-kieou .... ».

    (1). Joseph Ponsot (1803-1880), du diocèse de Besançon, missionnaire du Setchoan en 1830, Vicaire apostolique du Yunnan en 1841.
    (2). Pierre Mariette (1804-1843), du diocèse de Bayeux, missionnaire du Setchoan en 1830.

    Après deux mois et demi de voyage à travers la Chine, Mgr Imbert arrivait à Sivang en Tartarie ; de là il gagnait Moukden et enfin, dans la nuit du 18 décembre, il franchissait heureusement la frontière coréenne ; le 30, il était à Seoul.
    Moins de deux ans après, il était arrêté et incarcéré ; il subit la bastonnade et le supplice de la courbure des os. Pensant que l'arrestation de ses missionnaires épargnerait aux chrétiens les rigueurs de la persécution, il pressa les PP. Maubant (3) et Chastan (4) de se livrer eux-mêmes aux mandarins. Il fut obéi et, quelques jours plus tard, les trois apôtres comparaissaient devant le juge et, après de cruelles tortures, étaient condamnés à la décapitation. La sentence fut exécutée le 21 septembre 1839, à Sai-nam-hte, près de Seoul.
    Les fervents désirs de l'ancien missionnaire du Setchoan étaient réalisés.
    Les trois Martyrs ont été béatifiés par le Pape Pie XI le 5 juillet 1925, avec le prêtre André Kim et 75 chrétiens coréens. Leur fête se célèbre le 26 septembre.

    (3) Pierre Maubant (1803-1839), du diocèse de Bayeux, missionnaire de Corée en 1832.
    (4) Jacques Chastan (1803-1839), du diocèse de Digne, missionnaire du Siam en 1827, de Corée en 1833.
    1933/258-260
    258-260
    France
    1933
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