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De Lao-kai à Yun-nan sen en chemin de fer 1

De Lao-kai à Yun-nan sen en chemin de fer PAR M. PAUL VIAL Missionnaire apostolique. CHAPITRE I. GÉNÉRALITÉS I.― Le Yun-nan ressemble à ces hautes montagnes qui, dans les contes de fées, sont défendues par des dragons. Dans l'espèce, le dragon que le chemin de fer doit vaincre pour atteindre le plateau enchanté du Yun-nan, c'est le Nam-ti et ses gorges.
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    De Lao-kai à Yun-nan sen en chemin de fer

    PAR M. PAUL VIAL
    Missionnaire apostolique.

    CHAPITRE I. GÉNÉRALITÉS

    I.― Le Yun-nan ressemble à ces hautes montagnes qui, dans les contes de fées, sont défendues par des dragons.
    Dans l'espèce, le dragon que le chemin de fer doit vaincre pour atteindre le plateau enchanté du Yun-nan, c'est le Nam-ti et ses gorges.
    Le Nam ti est une rivière torrent qui a environ 170 kilomètres de long, dont la source est à 1700 mètres et l'embouchure à 90 mètres d'altitude. Il se précipite par un fond de crevasse entre deux chaînes de montagnes dépassant 2.000 mètres d'altitude.
    C'est sur ce dragon d'eau que doit passer le dragon de feu, pour arriver à ce séjour qui a nom Yun-nan sen.
    La carte que je joins à ce travail est faite toute entière de mes souvenirs, sauf le tracé de la ligne que j'ai copié sur l'officiel.
    Je n'ai pas indiqué les montagnes afin d'inscrire un plus grand nombre de villages.
    Autre remarque très importante. En suivant la ligne du tracé officiel, on est joyeux de trouver en bordure une foule de noms baptisés du mot de halte, station ou gare. Quelle souriante perspective ! Et avec quel plaisir du haut de sa banquette ou de son strapontin, on plongera les yeux dans ces oasis de riantes clairières et de sombres verdures. Grande erreur ! Au lieu et place de ces stations chinoises, on découvrira peut-être une pancarte, une maisonnette de garde ; pas plus. Les villages, quand il y en a, sont sur la montagne, ou même sur l'autre versant. Sauf les plaines traversées par le chemin de fer, tout le reste du parcours est une gorge sans fin et sans vue. Il sera même fort heureux qu'on ne puisse rien voir, car il y a, de ci de là, tels aspics surplombant la route et suspendus sur les têtes comme une menace perpétuelle, qui feraient frémir les voyageurs.
    Cela dit ; entrons dans les détails.

    CHAPITRE II. ― GÉOGRAPHIE

    Au point de vue géologique toute la zone du Yun-nan, traversée par le chemin de fer, appartient à l'époque primaire, et, plus particulièrement aux systèmes dévonien et permien. Or c'est tout juste entre ces deux systèmes que se place l'époque carboné férienne, et c'est au-dessus du permien qu'on rencontre le charbon de l'époque rhétienne.
    Ce n'est pas tout. En général, le permien est riche en mines métalliques, et il serait bien étonnant qu'on n'en rencontrât pas dans un pays où ce système est si développé
    Charbon et mine n'est-ce pas deux des principaux facteurs de la civilisation moderne ? Heureux Yun-nan !
    Mais ! .... Ah, il y a un fameux mais à vaincre avant de réaliser ces espérances, c'est la configuration du pays. Le Yun-nan est une suite parallèle de chaînes de montagnes qui se dirigent sensiblement du sud au nord ; et pour aller d'une vallée dans une autre il faut ou franchir une montagne, ou trouver une passe.
    Entre la longitude de Mong-tse et celle de Yun-nan sen, il y a un fouillis de montagnes qui oblige le chemin de fer à obliquer soit à l'ouest soit à l'est pour remonter au nord.
    D'abord on avait choisi l'ouest ; mais quand il fallut revenir à droite pour gagner Yun-nan sen, on fut arrêté par une montagne imposant un tunnel de 1500m. Avec l'outillage du pays on aurait mis dix ans à le percer.
    Il fallut abandonner ce projet pour s'en tenir à celui de l'est.
    A l'est, la route est tracée par un fleuve, et tout juste, au moment où la ligne devait obliquer à gauche, une passe s'est rencontrée qui a permis au chemin de fer de traverser la chaîne intermédiaire pour atteindre son terme.
    C'est donc cette ligne que je vais décrire.
    Pour être plus clair je divise ma narration en quatre parties :
    1° De Lao-kai à Mong-tse.
    2° De Mong-tse au fleuve.
    3° Du fleuve à Y-leang
    4° De Y-leang à Yun-nan-sen.

    1° De Lao-kai à Mong-tse (de 90m à 1548 d'altitude. Du Klm. 1 à 165)

    Ce que je sais le moins, c'est mon commencement.

    Pourquoi ? Parce que cette partie reculée du Yun-nan n'a pas encore été évangélisée. Cela ne m'aurait pas empêché d'y aller s'il y avait des routes. Il est à remarquer qu'au Yun-nan, les routes ne longent jamais les fleuves.... Une des raisons c'est que les routes commerciales vont de l'est à l'ouest, et que les fleuves ou rivières coulent du nord au sud ou du sud au nord.
    Une autre raison c'est que les fleuves sont, le plus souvent, profondément encaissés, et qu'une route qui les longerait devrait, chaque année, être refaite. Or, en Chine, la nature est le seul agent voyer des routes, c'est pourquoi celles-ci passent où elles peuvent et non où il faut.
    Le Nam-ti ne fait pas exception à la règle, c'est un cagnons étroit et profond qui ne laisse place qu'à la rivière. Les quinze premiers kilomètres, c'est-à-dire les plus près du Tonkin sont presqu'en plaine ! Les trente derniers, c'est-à-dire les plus proches de Mong-tse, sont à peu près sur le plateau, l'entre-deux est un nid de fièvres et d'horreurs.
    De rares hameaux vivent sur les bords, tels Apay (ou Apeu comme disent les Européens) habité par des Poula noirs et quelques réfugiés chinois.
    Mi-leang-tien (et non Mi-la-ti) est en plein sur le plateau Yunnanais. C'est un marché situé dans une petite plaine de 3 kilomètres sur 1500 mètres.
    Ancienne plaine lacustre, dont très probablement tout le sous-sol est occupé par une couche de lignite (20 % de cendre, 33 % de carbone) elle est encaissée entre deux montagnes calcaires.
    La plaine de Mi-la-ti est habitée par des Chinois et des Tou-lao, les montagnes par des Poula et des Miao-tse.
    En sortant de Mi-leang-tien, la ligne fait un coude à l'ouest; elle longe une petite vallée, passe un tunnel et se trouve subitement en surplomb sur la plaine de Mong-tse.
    A vos pieds, dans un vallon, sortant d'un bosquet d'arbres, s'échappe la source de Hee-long-tan ou du dragon noir, qui donne un peu de vie et de riz à cette partie de la plaine ; à six kilomètres de là, à l'ouest, la ville de Mong-tse est cachée dans un fond de terrain.
    Tout autour la plaine s'étend comme un désert tacheté d'oasis.
    Sortant de l'enfer du Nam-ti, on se croit monter au premier ciel du Yun-nan.
    Air pur, larges horizons, manque d'eau qui donne à tout le pays un certain air de solidité et de sérénité. Beaucoup d'Européens comparent le climat de Mong-tse à celui de Nice.
    Mais quand on y regarde de près l'enchantement disparaît. La vie de Mong-tse est toute factice et son mouvement ne vient que du dehors. La plaine est morte, maigre, stérile en de grandes parties ; boue en été, poussière en hiver.
    Les montagnes environnantes sont encore plus tristes : point d'eau, peu d'arbres, cangrène de pierres.
    Pays sans passé, sans présent, comme sans avenir peut-être...
    La plaine de Mong-tse est, en très grande partie, habitée par des Tou-lao ; les Chinois sont renfermée dans la ville de Mong-tse et le marché de Sin-gan-so.
    Les montagnes sont habitées par des Poula et des Miao-tse.

    2° De Mong-tse au fleuve (1548m à 1100 d'altitude. Klm. 165 à 250).

    La ligne, toujours à flanc de montagne, atteint la plaine de Ta-tchoang qui n'est séparée de celle de Mong-tse que par un contrefort de collines.
    A gauche, c'est-à-dire à l'ouest, le coup d'oeil est encore plus triste : c'est la steppe, d'où émergent de rares maisons, qui, par leurs toits plats ressemblent à des taupinières ; mais à l'est le coup d'oeil est charmant.
    Au fond, une haute montagne aride ; à ses pieds, une douce colline, gaie, souriante, blanche de maisons, et verte d'ombrages. C'est Ta-tchoanq, la musulmane. Là, chaque matin et chaque soir, on appelle les croyants à la prière. Race propre, intelligente et fourbe.
    Ta-tchoanq est ceint d'une rivière qui sort de l'angle formé par les deux chaînes de montagnes, l'une O-E, l'autre S-N.
    Au dire des habitants, (et vu la configuration du pays, je suis porté à le croire) cette rivière est la même que celle de Min-kiou. Expliquons-nous :
    Le village de Min-kiou est la première étape que l'on rencontre en partant de Mong-tse, pour aller à Kai-hoa-fou.
    Ce village est tout juste situé entre la source du Nam-ti et celle de la Rivière Claire, et il a lui-même sa rivière propre. Elle n'avait qu'à se pencher à droite où à gauche pour embrasser une de ses surs ; mais non ! Lorgueilleuse s'échappe droit vers le nord, tombe dans un trou à Che-tong, et elle ne reparaît à la lumière qu'un peu avant Ta-tchoanq. Elle y apporte la vie, la joie et la richesse. Nous la reverrons.
    Le chemin de fer continuant sa route, passe sous un tunnel, pour se trouver, de l'autre côté, en vue de la plaine de A-mitcheou. (1100 m. d'alt).
    Remarquez que plus nous marchons, plus nous descendons.
    A Mi-la-ti nous étions à 1700 mètres nous voici à 1100 d'altitude. Avant d'atteindre A-mi-tcheou, le chemin de fer est obligé de faire un certain nombre de lacets pour compenser la différence d'altitude.
    Nous sommes à Latour (mot français et non pas chinois) ; nous glissons sur le flanc de la montagne pour atteindre la plaine. En contrebas, une grotte que l'on ne peut pas voir, plus bas une coquette plainte célèbre par sa fertilité ; car elle à deux récoltes de riz, grâce à une source d'eau chaude qui permet le repiquage en hiver.
    Nous voici en plaine, après avoir traversé la rivière descendue de Ta-tchoang et qui se jette dans la rivière venue de Lin-gan.
    C'est à côté de la ville d'A-mi-tcheou que le chemin de fer traverse cette dernière rivière et nous sommes là, sur ce pont, au point le plus bas de la ligne : 1100 mètres d'altitude.
    Maintenant nous allons très insensiblement remonter.
    La plaine d'A-mi-tcheou est moitié déserte, moitié jardin et le désert commence où l'eau finit.
    La chaîne de montagne, qui borne la plaine à l'est étant à pic, ne possède pas de source, et, dans tout le Yun-nan je ne connais pas de pays plus horrible, que celui qui se déroule sur l'autre versant de cette montagne. C'est un Aden en miniature, habité par des Poula. La plaine elle-même est habitée par des Poula, des Tou-lao, et des Cha-jen. (Je parlerai de tous ces peuples un peu plus loin).
    A-mi-tcheou, comme ville n'est rien, et, comme marché, peu de chose.
    Continuons notre route.
    Nous longeons la plaine et la grande route chinoise ; puis à Tchong-ho-tchai, celle-ci continue à suivre la rivière d'A-mitcheou, tandis que la ligne, appuyant sur la gauche, s'enfonce dans une vallée, passe sous un tunnel de 350 mètres et, peu après, atteint la rive droite du fleuve.

    Du fleuve à Y-leang, (1100m. à 1570m. d'alt.__ Klm. 250 à 402.)

    Le fleuve que la ligne va suivre pendant 130 kilomètres a sa source au nord de Kiu-tsin-fou dans le Yun-nan et son embouchure à Suin-tcheou dans le Kouang-si. Il se nomme Pan-kiang dans son bief supérieur, Pa-ta-ho dans son bief moyen, Pee-kiang dans l'inférieur.
    Je l'appellerai Pa-ta-ho, et je ne parlerai de lui qu'en tant qu'il est longé par le chemin de fer.
    La ligne le traverse sur un pont et passe sur la rive gauche. Pendant 10 kilomètres, on se croirait revenu aux gorges du Nam-ti, moins les miasmes. Horreur et beauté à la fois selon qu'on s'occupe du danger ou de l'esthétique.
    On longe une mine de lignite, Poul-chao-pa, rive droite ; puis un marché : La-li-hee, et l'on entre dans la plaine de Po-si. La chaîne de montagnes de l'est est habitée par les lolos Ad-jè, plus loin, toujours à l'est, c'est la grande et bourbeuse plaine de Che pa-tcha ; plus loin à l'est encore, c'est la chaude plaine de Tchou-uen, traversée par la grande route chinoise que nous avons abandonnée à Tchong-ho-tchai.
    A l'ouest de la ligne, les montagnes s'entassent les unes sur les autres jusqu'à la plaine de Tong-hai-hien, traversée également par une autre grande route chinoise qui conduit de Mong-tse à Yun-nan-sen ; en sorte que le chemin de fer passe tout juste entre les deux grandes routes. La ligne coupe du sud au nord la petite plaine de Po-si.
    Po-si est un grand marché, centre sucrier (dit sucre bouse de vache, vu sa forme) sur la rive droite du fleuve.
    Le chemin de fer, abandonne ici le terrain permien et il se trouve maintenant sur le terrain dévonien.
    De nouveau, nous revoyons les gorges du Nam-ti avec cette aggravation que du solide calcaire, nous marchons sur le friable schiste.
    La terre glisse, la pierre s'effrite, et parfois on dirait que la montagne toute entière va culbuter.
    C'est là que les peureux feront bien de fermer les yeux.
    On a multiplié les petits tunnels, c'est prudent.
    L'inondation de la ligue n'est pas à craindre, mais au lieu d'être submergé, on pourra être immergé en culbutant dans le fleuve.
    Entre temps, la ligne passe sur la rive droite ; à cet endroit nous avons une rapide échappée de vue sur la petite plaine de Lou-fonq-tsen, à l'embouchure de la rivière de Lou-lan. Nous repassons sur la rive gauche et le cauchemar recommence.
    Avant d'aller plus loin, faisons une station à Lou-fonq-tsen. La gare est sur la rive droite, entre le fleuve et la montagne. Heureux celui qui sera chef de gare ! Il n'aura rien à faire qu'à voir couler l'eau et rouler le train. Le village est sur la rive gauche. En y mettant le pied, vous entrez dans mon district et mes premiers chrétiens ne sont pas loin ; quelques mots sur le pays.
    Lou-fong-tsen est un triste village, habité par de tristes gens, sales, bêtes, fumeurs d'opium, voleurs. Il est adossé contre la montagne nommé Tchou-chan, de 2600 mètres d'altitude (terrain dévonien).
    Cette montagne est baignée, à l'ouest par le Pa-ta-ho, et à l'est par la rivière de Lou-lan-tcheou.
    Lou-lan est à 1700 m, Lou-fong à 1400 m ; différence 300 m. C'est pourquoi la rivière, au sortir de la plaine, tombe droit et d'un bond d'une hauteur que j'ai calculée être de 50 mètres et si je me trompe c'est en moins, et la rivière a 30 mètres de large. Depuis sa chute jusqu'à son embouchure, ce n'est qu'un torrent mugissant dans une vallée grandiose.
    Lou-fong-tsen est un cul-de-sac, sauf la trouée du fleuve.
    A l'est on grimpe jusqu'à 2100 mètres et l'on se trouve dans le pays des Lolo-ashi, presque tous chrétiens dont le centre est Lan-gni-tsin.
    Au nord-est, ce sont les Lolo-gnipa, également presque tous chrétiens ; ce sont mes enfants, et j'ai chez eux deux résidences ; une à Lou-mei-y, une autre à Saint-Paul la Tremblaye, qui est une propriété.
    De Lou-fong à Lan-gni-tsin 30 kilomètres : mauvaise route.
    De Lou-fong à Saint-Paul 25 kilomètres : bonne route.
    De Lou-fong à Lou-mei-y 40 kilomètres : bonne route.
    Toutefois Lou-fong ne sera pas ma gare. J'en suis séparé par deux rivières, parfois infranchissables ; ma vraie gare sera Y-leang dont nous allons bientôt parler.
    Nous sommes donc sur la rive gauche au kilomètre 360 et à l'altitude de 1425 m ; nous longeons la base de la grande montagne nommée Tchou-chan, renommée par ses pommes de terre. En face, de l'autre côté du fleuve, rive droite, nous voyons une, puis deux embouchures de petites rivières ; la première vient de Lin-tcheou, coule au nord, traverse la petite plaine de Tsinlong-kai, et se déverse là. Les deux autres sont deux bifurcations d'un même courant formé par le trop plein du lac de Tchen-kiang-fou.
    Primitivement le tracé du chemin de fer passait par ce débouché, mais on ne pouvait pas se développer pour racheter les différences de niveau entre le fleuve et le lac.
    Toutefois ce projet n'est pas complètement abandonné. On espère plus tard y construire un petit chemin de fer à forte rampe qui aboutira au lac. Là, on construira un port qui drainera tous les produits de la région, et, en particulier, de la riche plaine de Sin-sin-tcheou.
    Continuons. Voici la gare de Su-kia-tou, qui pourra prendre une petite importance à cause de son voisinage de la ville de Tchen -kiang-fou.
    Enfin, à Keou-kai, nous sortons du cauchemar pour entrer dans la belle et florissante plaine d'Y-leang.
    Primitivement, la ligne suivait encore le fleuve et passait à l'est de la ville. En 1903, une forte crue est arrivée qui a complètement couvert la ligne en projet. Vite on a profité de la leçon pour la transporter plus loin, et maintenant elle s'éloigne du fleuve avant Keou-kai pour longer la montagne.
    Figurez-vous un bateau plat, aux bords élevés et raides et vous aurez l'image de la plaine d'Y-leang.
    Elle a trois couloirs d'entrée et un seul couloir de sortie.
    A l'ouest, le couloir d'entrée du déversoir du lac de Tang-tche (par où le chemin de fer gagnera Yun-nan-sen).
    A l'est, le couloir d'entrée du Pa-ta-ho, venant de Lou-Leang. Ce couloir à 40 à 45 kilomètres et il est impraticable dans les vingt derniers kilomètres.
    Au nord, l'ancien couloir d'entrée d'une rivière qui s'est frayée une autre voie. J'attire l'attention sur ce dernier couloir, encore inconnu des Européens, et qui, plus tard, permettra de gagner la plaine de Song-min, sans passer par Yun-nan-sen.
    Les montagnes de l'est, de l'ouest et du sud, appartiennent au terrain dévonien ; celles du nord, au terrain carboniférien.
    En dehors des couloirs ci-dessus décrits, de quelques côtés que vous vous tourniez, il faut monter pour sortir de là.
    Cela prouve que nous sommes dans un ancien lac. Aussi le fond est-il très fertile ; partout deux récoltes (riz et fèves) et les trois quarts de cette double récolte s'exportent à l'extérieur.
    Les marchés sont très nombreux, et tous très fréquentés (Iang-kai du nord, Iang-kai du sud, Keou-kai, Hoa-so, Kou-tchen, Kiou-hien etc) et la ville d'Y-leang au centre de tous.
    L'intérieur de la ville est mort, l'extérieur est grouillant de commerce, les boutiques bien achalandées, les tavernes et les auberges dégoûtantes, et l'eau en conséquence ; les Européens font prendre leur eau de boisson dans une source de montagne.
    Lou-mei-y, ma résidence, est à 25 kilomètres de là, à l'est, de l'autre côté de la montagne, dans la plaine de Lou-lan, et Y-leang sera la future gare qui desservira tout le pays lolo.

    De Y-leang à Yun-nan-sen (1570 m. à 1890 m. d'altitude. Klm. 402 à 469.)

    Pour sortir de la plaine le chemin de fer est obligé de remonter vers le nord pendant 5 à 6 kilomètres en suivant à l'ouest la base de la montagne. Brusquement la montagne s'ouvre comme partagée par une hache monstrueuse, et une rivière sort de cette coupure, c'est le déversoir du lac que l'on verra plus loin ; le chemin de fer s'enfonce dans cette profonde plaie, en côtoyant la rive droite de la rivière jusqu'à la sortie.
    Sur une longueur de douze kilomètres, on traverse dix-neuf tunnels ! Avec une pente de 0,025.
    Heureusement que du chemin de fer on ne voit rien, et l'on passe souriant sous la perpétuelle menace d'éboulements.
    De l'autre côté, après avoir traversé la rivière, on entre dans la gentille plaine de Tang-tche ; on la coupe en biais et puis on s'enfonce entre deux collines...
    Tout d'un coup, au débouché d'un tunnel : la plaine, le lac, et, entre les deux, le marché, tout vous apparaît, en panorama, à vos pieds. Le tableau est sévère et enchanteur, et on l'admire jusqu'à ce qu'après avoir contourné la colline, le chemin de fer entre dans la haute plaine de Tsi-tien.
    J'ai nommé Tang-tche, sans en parler.
    C'est un marché, situé entre le lac et la plaine, à la naissance du déversoir.
    Belles sources d'eau chaude à 70 degrés, sulfureuse et peut-être bitumineuse. Les eaux chaudes sourdent d'un peu partout, dans le lit même de la rivière aux eaux froides. Il est certain, pour moi, que ce coin-là, plus tard sera parfumé de Parisiennes.
    Au point de vue villégiature, c'est sans contredit le plus agréable coin de toute la ligne, sans en excepter Yun-han-sen.
    Nous arrivons à Tsi-tien ; nous venons de traverser le point le plus élevé de la ligne : Choui-iu-tan, 2020 mètres d'altitude (Choui-iu-tan est le nom du village qui se trouve en bas de la colline).
    C'est un peu avant Choui-iu-tan, tout juste au sortir du tunnel qu'on coupe la route chinoise de Mong-tse à Yun-nan-sen. On peut en admirer les lacets empierrés. Un remblai de 20,000 mètres cubes permet au train de franchir le vallon.
    La ligne, après avoir contourné la montagne, se rapproche tout à fait du marché de Tsi-tien, le laissant au nord, puis elle s'infléchit doucement vers le sud-ouest pour glisser enfin dans la plaine de Yun-nan-sen.
    Cette entrée à une touche de mélancolie : un vallon plat, sec, avec fond d'étang ; de chaque côté des roches calcaires, en avant, fermant l'entrée comme une porte, une moraine calcaire.
    De l'autre côté c'est la vraie plaine : pas de rizières, pas de rivières ; des arbres fruitiers, de belles routes entre de larges terrains.
    Le chemin de fer tourne vers le nord et atteint bientôt les rizières qui s'étendent entre le lac que l'on commence à entrevoir et le grand marché de Siao-pan-kiao ; c'est le mouvement, c'est la vie, c'est le bruit, c'est le tapage, c'est Yun-nan-sen.
    La gare est à proximité, et en dehors de la grande porte de l'est ; l'évêché est à 20 minutes de là, en ville, du côté de petite porte de l'est.
    J'arrête ici ma description géographique, car mon but n'est pas d'écrire un guide, mais d'éclairer par une exacte et sommaire vue d'ensemble la région traversée par le chemin de fer.

    (A suivre)

    1906/295-304
    295-304
    Chine
    1906
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