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Dans les montagnes d'Atur

Dans les montagnes d'Atur Au nord et au sud d'Atur, dans le sud de l'Inde, s'élèvent deux montagnes d'accès difficile et au climat meurtrier : la fièvre y fait de nombreuses victimes parmi les aborigènes et les gens de la plaine qui osent s'y aventurer et y passer la nuit.
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    Dans les montagnes d'Atur

    Au nord et au sud d'Atur, dans le sud de l'Inde, s'élèvent deux montagnes d'accès difficile et au climat meurtrier : la fièvre y fait de nombreuses victimes parmi les aborigènes et les gens de la plaine qui osent s'y aventurer et y passer la nuit.
    Les habitants de ces montagnes sont simples et bons, mais si défiants et craintifs qu'il est difficile à un Missionnaire d'entrer en relations avec eux et de gagner leur confiance. Le moyen le plus sûr et le plus aisé d'atteindre leur âme, c'est de prendre soin de leur corps, et peu, en vérité, y réussissent mieux que les Soeurs Catéchistes de Marie Immaculée. Mais laissons la parole à Soeur Louise, Supérieure du dispensaire Saint Joseph d'Atur.
    « Parties de bon matin d'Atur, Soeur Xavier et moi nous nous engageons dans le chemin de Païtour où nous allons visiter les montagnards. Après une longue marche, nous voilà presque arrivées, nous faisons une courte halte au bord d'un ruisseau où nous prenons une petite réfection avant de commencer notre travail.
    «Joyeusement enfin nous franchissons le dernier sentier, et nous voyons Païtour qui parait timidement blotti au pied d'un monticule. Les habitants nous ont aperçues ; leur premier mouvement de surprise passé, ils viennent craintivement au-devant de nous. Ils ne nous connaissent pas. Cependant deux ou trois avaient entendu parler du dispensaire d'Atur, et la connaissance fut vivement faite.
    « Entourées d'une petite troupe qui grossissait à chaque pas, nous arrivons sur la place du village. On apporte un lit natif, nous nous y asseyons et les consultations commencent. Ces braves gens nous entouraient en demi cercle, les enfants se faufilaient au premier rang pour mieux voir, mais prêts à prendre la fuite, en cas de danger, pensaient-ils. Les mains se tendent, nous tâtons le pouls. Cette petite opération a beaucoup d'importance, et si nous la faisons, en suivant des yeux le cadran de notre montre, nous sommes honorées immédiatement du titre de grand docteur. Nous distribuons des remèdes : « Tu prendras cette pilule avant ton repas, cette infusion avant de te coucher, etc. Nous répétons deux ou trois fois, et nous nous assurons que tout le monde a bien compris, en faisant répéter. Le catéchiste à nos côtés, nous servait d'interprète pour les moins intelligents.
    « Peu à peu, craintivement les mères arrivaient avec leurs bébés dans les bras ; pauvres petits êtres rachitiques, couverts d'abcès ou brûlants de fièvre ; quelques-uns de ces enfants, réduits à l'état de squelette, ne demandent que leur passeport pour le Ciel, et nous avons le bonheur d'en baptiser quatorze.
    « La foule nous pressait de plus en plus, l'air devenait rare et chaud... Le catéchiste faisait faire de temps en temps un peu de place, élargissant le cercle, mais aussitôt après, d'autres malades suivaient, entraînés par l'exemple des premiers. Les vieillards n'étaient pas les moins empressés. « Sami, je n'y vois plus, je ne puis plus marcher... » et leurs pauvres membres décharnés étalaient leur misère. Pour eux surtout avec la médecine du corps, nous disons quelques bonnes paroles pour l'âme.
    «Il est midi, la êtes commence à tourner. Tout le monde est servi et content. Nous faisons le tour du village, dans la crainte que quelque infirme ne soit resté dans sa maison. Tout à coup, un grand jeune homme à la démarche distinguée, mais à l'apparence souffrante s'avance vers nous. « Grandes dames ! Voulez-vous me suivre ? Venez, je vous donnerai des noix de coco pour vous rafraîchir », et il nous entraîne au dehors du village, nous remet entre les mains de sa mère, pendant qu'il fait monter un de ses hommes sur un cocotier. « Il faut douze noix de coco pour les dieux, lui dit-il (car c'était la fête païenne ce jour-là) et six pour ces grandes dames. Et pendant que les noix de coco tombaient, la femme nous conduisait dans la direction de sa maison. « Asseyez-vous, près de ce puits, dit-elle, vous devez être si fatiguées ! »
    « Elle restait debout à nous contempler. « Je ne vous connaissais pas, je ne vous avais jamais vues », dit-elle, comme se parlant à elle-même. Les noix de coco ouvertes, le jeune homme prit nos petits gobelets et les remplit de leur lait doux et rafraîchissant. Sur notre signe, ils se retirèrent pour que nous puissions déjeuner tranquilles. « Ne craignez pas de boire de cette eau, dit-elle encore ; c'est de notre puits, et nos dieux ne voudraient jamais vous faire de mal à vous qui faites la charité ».
    « Revenue quelques instants après, elle s'as sit pour causer. «Combien avez-vous eu d'enfants? Me dit-elle avec intérêt. Mais nous n'avons pas d'enfants, lui dis-je doucement ; nous sommes des religieuses, nous avons tout quitté pour le bon Dieu, et c'est pour Lui seul que nous faisons ce travail de charité près de vous tous ! « Comment vous n'avez jamais été mariées ! ! Est-ce possible ! Mais alors vous êtes des dieux ! » Et joignant les mains au-dessus de sa tête, elle s'inclinait devant nous, pénétrée d'admiration. Puis l'amour maternel reprenait le dessus : « Voyez, dit-elle, tout cela est à nous, et d'un geste large de sa main droite, elle nous montrait les champs, les cocotiers, les moissons, le puits... Oui, tout cela est à nous. Mais mon fils unique ne va pas bien, la fièvre le dévore toujours. Oh ! Si vous pouviez le guérir ! Il a deux enfants blancs comme vous. Si vous le guérissiez je serais si heureuse ! Et ses mains se tendaient vers nous dans une prière ardente. Pauvre mère ! Elle était si touchante ainsi ». « Envoie quelqu'un à notre dispensaire demain et nous te donnerons d'excellentes médecines. Tu nous as accueillies charitablement, la bénédiction de Dieu sera sur toi. Aie confiance ».
    « Après avoir pris congé de ces braves gens, nous nous hâtâmes, car il nous restait encore à visiter le village des parias de Païtour, où après avoir distribué des remèdes, nous eûmes encore le bonheur de baptiser deux enfants « in articulo mortis », ce qui portait à seize le nombre de notre cueillette. Nous en avions demandés quinze le matin à la Sainte Vierge ; elle nous avait accordé bonne mesure.
    «Le soleil baissant à l'horizon, nous nous hâtâmes de prendre le chemin du retour. La route était longue et nos jambes tant soit peu fatiguées, mais nous ne le sentions pas, tant notre coeur débordait de joie et de reconnaissance envers notre bon Jésus.
    « A la tombée de la nuit, nous étions de nouveau rendues à notre chère Mission, mais non sans avoir fait une petite station à l'église et dit notre filiale reconnaissance à Jésus qui avait bien voulu se servir de ses deux pauvres Missionnaires pour fleurir les jardins de son Paradis ».
    Chers lecteurs, que n'est-il donné d'avoir dans chaque district un dispensaire ! Quel appoint pour les conversions ! Mais l'établissement d'un dispensaire coûte cher. Celui qui vous en parle le sait mieux que personne. Et c'est parce que la fondation du dispensaire Saint Joseph d'Atur n'est pas terminée, qu'use permet de faire appel à votre générosité. Que les mille petits anges, qui grâce au dévouement des soeurs, ont déjà pris leur essor vers le Ciel, disposent le cur des bienfaiteurs des Missions, envers leurs petits frères et leurs parents païens du district d'Atur.

    F. LIGEON.
    8 avril 1928.

    1928/115-118
    115-118
    France
    1928
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