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Dans le Nord du Siam

Dans le Nord du Siam Le royaume de Siam est comme encadré à l'est et à l'ouest par deux chaînes de montagnes qui sont les dernières ramifications de l'Himalaya; celle de l'est se termine au Cambodge, celle de l'ouest s'étend jusqu'à l'extrémité de la péninsule malaise.
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    Dans le Nord du Siam

    Le royaume de Siam est comme encadré à l'est et à l'ouest par deux chaînes de montagnes qui sont les dernières ramifications de l'Himalaya; celle de l'est se termine au Cambodge, celle de l'ouest s'étend jusqu'à l'extrémité de la péninsule malaise.
    Au nord, ces deux chaînes se rapprochent et, lançant de tous côtés de nombreux contreforts, forment une région excessivement montagneuse, dont les sommets s'élèvent jusqu'à 2.500 et 2.800 mètres. Dans les vallées que séparent ces hauteurs naissent de nombreuses rivières, qui coulent vers le sud et, se réunissant à d'autres, finissent par déverser leurs eaux dans le Ménam, le grand fleuve du Siam.
    Depuis le XIVe siècle les Siamois, branche principale des Thai, occupent la vallée du Ménam, mais les montagnes du nord sont encore habitées par des Laotiens, auxquels sont mélangés de-ci de-là des Shans, des Carians, des Birmans, etc. Ces tribus laotiennes formaient autrefois de petits royaumes plus ou moins indépendants, qui peu à peu ont été incorporés au Siam, sans pour cela perdre leur langue ni leurs coutumes particulières. Au point de vue religion, les Laotiens sont plus animistes que bouddhistes ; leurs moeurs sont simples, primitives ; soumis depuis des siècles à une domination étrangère, ils sont de nature plus malléable que les Siamois, qui se disent et se croient à la hauteur des nations européennes. D'où il résulte que l'évangélisation a plus de chances de succès parmi les Laotiens et c'est pourquoi il faut remonter à plus de deux siècles en arrière pour retrouver la trace des premiers missionnaires en ces régions.
    A l'extrême nord du royaume se trouve la province de Phayab, et, au sud de celle-ci, les deux provinces de Phitsanulok et de Nakhon-Sawan. Il y avait là un vaste champ d'apostolat. Aussi, à peine installés à Ajuthia, les prêtres des Missions Etrangères, alors au nombre de trois, décidèrent de demeurer seulement deux dans la ville royale, taudis que le troisième monterait dans le nord pour essayer l'évangélisation des gens de la campagne. Le Laneau (1) demanda à être chargé de ce ministère et, le 2 août 1671, il partait de la capitale et se rendait à Phitsanulok, à 300 km au nord d'Ajuthia. Il fut reçu par un des notables de la ville, qui le logea chez lui et, selon l'usage siamois d'alors, le défraya de tout. Le missionnaire séjourna là pendant un mois, prêchant tout le jour, « avec tant d'éclat et de bon sens, disent les lettres du temps, que le peuple, admirant la sublimité des articles de notre Symbole et la sainteté des commandements de Dieu, protesta que la religion qui enseignait des choses si hautes et si justes, était la véritable religion, qu'il fallait préférer à toutes les autres ». On pria donc le P. Laneau de demeurer un an dans cet endroit, avec promesse que toutes les familles se convertiraient ; quelques-uns même demandèrent à être baptisés de suite ; mais il s'engagea seulement à revenir de temps en temps pour s'assurer de leurs dispositions et compléter leur instruction religieuse ; puis, ayant baptisé six ou sept enfants en danger de mort, il reprit le chemin de la capitale, où l'appelaient d'autres devoirs. Peu après il était nommé évêque et vicaire apostolique et ne devait jamais revoir Phitsanulok.

    (1) Louis LANEAU (1637-1696), du diocèse de Chartres ; missionnaire du Siam en 1662, évêque de Métellopolis et vicaire apostolique en 1673.

    I1 n'oublia pas cependant la ville où il avait été si bien accueilli et, en 1675, il y envoya le P. Langlois (1). A son arrivée, le missionnaire trouva une quarantaine d'habitants récemment blessés dans une querelle avec des Malais ; il les soigna et les guérit presque tous. Il construisit en peu de temps une chapelle, un presbytère, un hôpital. Il baptisa plusieurs païens et prit avec lui quelques enfants qu'il prépara pour le séminaire. Mgr Laneau écrivait alors :
    « Il est aimé et estimé de tous ; il y fait assez de profit pour des commencements ». Le P. Langlois écrivait lui-même : « Phitsanulok étant comme le milieu et le centre des royaumes de Siam, Laos et Pégou (Birmanie), il semble très propre pour y faire une résidence générale correspondant à toutes les missions de ces trois royaumes. La mission du Laos semble se pouvoir ouvrir plus commodément par la petite ville de Socontay, dont les habitants sont laotiens. La mission du Pégou et Ava pourrait pareillement s'ouvrir plus facilement par quelqu'une des villes frontières de Pégou qui ont été subjuguées par le roi de Siam. La ville de Phitsanulok me paraîtrait propre pour un séminaire d'enfants de Siam, Laos et Pégou, et aussi pour une maison de santé, à cause que l'air y est très bon et le pays fort beau. Une maison de retraite en forme d'ermitage étant très utile à la mission, on pourrait l'établir à Phitsanulok... Les choses ainsi établies, un évêque de Siam aurait, ce me semble, à partager la résidence, partie à Siam (Ajuthia) pour le soin des affaires générales, partie à Phitsanulok pour la visite des missions voisines ». Ces plans du zélé missionnaire ne devaient jamais être réalisés.


    (1) Pierre LANGLOIS (1640-1700), du diocèse d'Evreux; missionnaire do Siam en 1669, de Cochinchine en 1680.

    Le P. Langlois, en effet, quittait le Siam en 1680 pour aller travailler en Cochinchine. Il fut remplacé à Phitsanulok par le P. Monestier (1) : celui-ci y fut aidé successivement par le P. Grosse, qui y mourut en 1683 « regretté de toute la province », puis par le P. Genoud (2), qui devait mourir martyr au Pégou ; enfin par un franciscain italien, le P. Angelo. De tous les missionnaires qui évangélisèrent Phitsanulok, le P. Monestier semble avoir enregistré le plus grand nombre de conversions : il baptisa une centaine de païens dans la ville même, tandis que le P. Angelo recrutait des catéchumènes et des néophytes dans les autres postes de la province. Tous deux s'en allaient hardiment dans les pagodes et discutaient avec les talapoins (3), « qu'ils réduisaient souvent à ne pouvoir répondre mot aux arguments qu'ils leur proposaient ».
    Le nombre des conversions augmentant, le P. Monestier éleva à Phitsanulok « deux grandes églises en planches, que les chrétiens contribuèrent à bâtir ». A Nanjeng, dans la même province, il y en avait une dédiée à sainte Thérèse. En 1687, le nombre des baptisés atteignait 400. En même temps qu'ils convertissaient, les missionnaires se faisaient maîtres d'école, enseignaient à lire et à écrire, ils donnaient même des leçons de plain-chant.
    Ces résultats relativement rapides, auxquels on n'était pas habitué, rappelèrent l'attention sur le projet du P. Langlois de faire de Phitsanulok le second centre de la mission, dans lequel l'évêque résiderait durant une partie de l'année et où l'on établirait un séminaire « dont l'église de Phitsanulok recevrait quelque lustre » ; mais, cette fois encore, l'exécution fut ajournée, et pour longtemps !

    (1) Antoine Monestier (1649-1690), du diocèse de Clermont, missionnaire du Siam en 1680.
    (2) Jean Genoud (1650-1693), du diocèse de Lausanne, missionnaire du Siam en 1680, Martyrisé près d'Ava (Haute Birmanie).
    (3) Talapoins : nom donné aux prêtres bouddhistes du Siam, appelés ailleurs bonzes.

    En 1680 une révolution éclatait à Ajuthia : le roi Phra-Narai était massacré ; le mandarin conspirateur qui avait pris en main l'autorité commença par chasser les Français établis au Siam, puis il fit emprisonner les missionnaires et les chrétiens, piller les églises, le séminaire, le collège, les presbytères.
    Avec le P. Monestier et le P. Angelo, 42 chrétiens de Phitsanulok furent emmenés à Ajuthia et jetés en prison ; on confisqua leurs biens : seuls les néophytes laotiens, qui s'étaient enfuis dans leurs forêts aux premières nouvelles de la persécution, évitèrent la prison, mais non la confiscation. Les églises et chapelles de Phitsanulok et des stations rurales furent pillées et détruites. Les prisonniers eurent à endurer les souffrances les plus pénibles dans des cachots « où ils vivaient en promiscuité des scélérats, des infâmes » ; leurs gardiens les insultaient, les frappaient. Le P. Monestier reçut à la tête jusqu'à sept blessures, dont il mourut l'année suivante.
    Quand la persécution eut pris fin en 1691, la situation de la mission était profondément attristante : c'était la ruine. Les chrétientés du nord avaient disparu et le petit nombre de missionnaires échappés à la tourmente ne permettait pas de les relever : on ne s'occupa plus pendant longtemps que de l'évangélisation de la capitale et des environs. Il en fut ainsi durant une longue période de 150 ans, période qui ne fut pour la mission de Siam qu'une suite d'épreuves dans les intervalles desquelles on se hâtait de réparer les désastres sans pouvoir entreprendre de nouvelles conquêtes.
    En 1841, Mgr Pallegoix (1), depuis 5 ans coadjuteur de Mgr Courvezy (2), devenait vicaire apostolique du Siam, dont était détachée la presqu'île malaise, formant une nouvelle mission, sous la direction de Mgr Courvezy. Le nombre des missionnaires s'étant sensiblement accru depuis quelques années, Mgr. Pallegoix jugea le temps venu de reprendre l'évangélisation du nord de la mission et, cette fois, de pousser jusqu'à l'extrême nord, dans les principautés laotiennes et principalement à Xiengmai, la plus importante.

    (1) Jean-Baptiste Pallegoix (1805-1862), du diocèse de Dijon ; missionnaire du Siam en 1828 ; évêque de Mallos et coadjuteur en 1838; vicaire apostolique en 1841.
    (2) Jean-Paul Courvezy (1792-1857), du diocèse de Carcassonne ; missionnaire du Siam en 1832 ; évêque de Bide et vicaire apostolique en 1834 ; vicaire apostolique de Malaisie en 1841 ; démissionnaire en 1844.

    Deux missionnaires, les PP. Grandjean (1) et Vachal (2) furent désignés pour cette expédition et, le 5 décembre 1843, ils s'embarquaient pour remonter le Ménam jusqu'à Nakhon-Sawan, où ils arrivaient le 16 du même mois. Là, quittant le fleuve, qui les aurait conduits à Phitsanulok, ils prirent un de ses affluents, le Méwang ; le 31 décembre ils étaient à Raheng. Là nouveau changement d'itinéraire : de nombreuses cascades empêchant la navigation sur le Méwang, il fallut l'abandonner et prendre le Méping, qui arrose Xiengmai, terme de leur voyage, où ils arrivèrent sains et saufs le 18 janvier 1844, 43 jours après leur départ de Bangkok.
    Les missionnaires furent d'abord bien accueillis par le roi du pays; la population écoutait volontiers leurs conférences sur la religion. « Un prince, raconte le P. Grandjean, étant venu nous voir avec un de ses plus jeunes fils, je m'avisai d'offrir à cet enfant un petit pantalon en indienne. Pendant que j'étais encore à Bangkok, j'avais fait confectionner une vingtaine d'habillements semblables pour les donner à des familles pauvres ; ils me revenaient chacun à sept sous et demi. Je n'avais donc pas lieu de m'attendre à enchanter mon illustre bambin avec un si mince cadeau. Mais il ne l'eut pas plus tôt reçu qu'il s'en revêtit et retourna au palais, je ne dirai pas joyeux comme un prince, mais fier comme un roi. Le lendemain, la reine elle-même m'envoya un gros morceau d'argent avec prière de lui vendre dix pantalons ; je lui fis répondre que je n'étais pas marchand de culottes, mais que je lui en donnais volontiers dix pour rien ». Ces bons procédés leur attirèrent la sympathie du roi, qui leur fit construire une maison, une petite baraque en bambou, où ils s'installèrent et, ayant constamment des auditeurs, se mirent à prêcher tous les jours, du matin au soir. Le P. Grandjean, invité par la reine à voir le roi malade, réussit à le guérir. Cette cure ne pouvait qu'accroître les bonnes dispositions de la cour en faveur des missionnaires. Mais les talapoins, tout puissants dans le pays la seule ville de Xengmai comptait au moins cent pagodes, agirent auprès du roi et réussirent à le si bien circonvenir que, sans cependant porter de décret officiel, il fit répandre partout que quiconque recevrait le baptême serait décapité. Cette menace suffit pour arrêter toutes les bonnes volontés et personne n'osa plus venir aux instructions. Les missionnaires essayèrent vainement de recouvrer les bonnes grâces royales ; tout fut inutile : ils se virent obligés de partir. Ils avaient passé trois mois à Xiengmai.

    (1) Jean-Baptiste Grandjean (1805-1868), du diocèse de Saint-Dié, missionnaire du Siam en 1836.
    (2) Jean-Baptiste Vachal (1812-1851), du diocèse de Tulle, missionnaire du Siam en 1842, du Yunnan en 1846, mort dans la prison de Kaihoa (Yunnan).

    Le retour se fit par Lampang, Lakon : dans ces deux villes, leurs prédications furent accueillies par le mépris et les insultes. Continuant donc leur route aux prix de fatigues inouïes, ils retrouvaient à Raheng le fleuve qui les avait amenés et qui les reconduisit en quelques jours à Bangkok.
    En terminant le récit de cette pénible tournée, le P. Grandjean ajoutait : « Ce voyage a tellement fait blanchir mes cheveux que tout le monde, en me revoyant, me donnait au moins 60 ans (il en avait 39) ; on ne m'appelle plus que le vieux Père.... Le bon Dieu bénira peut-être un jour nos travaux ».
    Les deux courageux apôtres ne virent pas la reprise de leur infructueuse tentative. Le P. Grandjean rentra dans son diocèse de Saint-Dié, où il mourut en 1868. Quant au P. Vachal, envoyé en 1846 au Yunnan (Chine), il y fut arrêté comme prédicateur d'une religion étrangère et perverse, frappé de 80 soufflets et de 40 coups de rotin, laissé plusieurs jours sans nourriture et mourut d'épuisement dans sa prison le 11 avril 1851.
    Les vicaires apostoliques du Siam n'abandonnèrent pas le projet d'évangélisation du nord de leur mission, malgré l'insuccès des tentatives antérieures ; mais la fondation du vicariat du Laos, préparée durant vingt années, absorba toutes les ressources disponibles en personnel et en argent. L'est passa avant le nord. Mais dès qu'il le put, Mgr Perros, l'actuel vicaire apostolique du Siam, reprit le projet longtemps ajourné et, en 1914, il envoyait deux missionnaires faire une reconnaissance qui, sur leur rapport favorable, aboutit à l'acquisition de deux parcelles de terrain à Xiengmai, destinées à l'installation future d'une résidence de missionnaires.
    Sur ces entrefaites la grande guerre éclatait, les missionnaires destinés à ce nouveau poste rentraient eu France pour prendre part à la défense de la patrie : la réalisation du plan récemment esquissé était encore une fois remise à plus tard.
    En 1926, Mgr Perros fit lui-même le voyage de Xiengmai pour se rendre compte des possibilités présentes et des espérances futures. Une fondation fut décidée à Xiengmai et à Lampang. Dans la première de ces villes, de nouveaux terrains furent achetés, l'un pour l'installation du missionnaire, l'autre pour celle de religieuses indigènes. Des pourparlers furent engagés avec les Frères de Saint Gabriel (qui, dans les 3 collèges qu'ils dirigent déjà au Siam, comptent 2.800 élèves) d'une part, et les religieuses Ursulines de l'autre. Celle-ci sont arrivées les premières ; les Frères ne tardèrent pas à les suivre. Le succès de ces écoles est assuré et sera d'un grand secours pour l'évangélisation, dans une ville où les presbytériens américains ont créé depuis longtemps déjà des oeuvres devenues prospères.
    Xiengmai, à 750 km de Bangkok, est destiné à devenir le centre de développements futurs dans les provinces du nord : Lampang a déjà un prêtre en résidence ; Xiengrai, Muangnan, sont visités de temps en temps en attendant qu'un missionnaire puisse y être établi. Phitsanulok n'a pas été oublié ; Ajuthia a vu une chrétienté se reformer sur les ruines de son glorieux passé. Et ainsi, partant du district de Bangkok avec 10.000 chrétiens, on trouve échelonnés du sud au nord les postes d'Ajuthia (525 chrétiens), Bangkharn (230), Banpang (650), Paknampho (425), Phi tsanulok (240), et l'on arrive aux chrétientés naissantes de Lampang et de Xiengmai qui, pour devenir prospères, comptent d'abord sur la grâce de Dieu, mais aussi sur les prières et la générosité des âmes chrétiennes.
    Mgr de Guébriant, durant sa visite au Siam, ne recula pas devant les fatigues d'un voyage de 1.500 km pour aller porter aux missionnaires de ces nouveaux postes ses encouragements et sa bénédiction.
    La semence est donc jetée dans cette région déshéritée jusqu'ici : Dieu lui donne la fécondité !

    L'ANNUAIRE PONTIFICAL de 1931 donnait, sur le catholicisme dans le monde, les chiffres suivants :

    Population catholique de l'Europe . . . . 208.882.000
    l'Amérique . . . 109.097.000
    l'Asie . . . . 16.536.000
    l'Afrique . . . . 5.330.900
    l'Océanie . . . . 1.585.000

    Total . 341.430.900

    1932/229-235
    229-235
    Thaïlande
    1932
    Aucune image