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Dans le nord du Siam

Dans le nord du Siam Les Annales (N° de septembre octobre 1932) ont rappelé les tentatives faites dans le passé pour l'évangélisation du nord du royaume de Siam et annoncé la fondation récente d'un nouveau poste à Xiengmai, en pays plus laotien que siamois. Le P. Mirabel, chargé de cette fondation, va nous narrer lui-même les encourageants débuts de son apostolat. ***
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    Dans le nord du Siam

    Les Annales (N° de septembre octobre 1932) ont rappelé les tentatives faites dans le passé pour l'évangélisation du nord du royaume de Siam et annoncé la fondation récente d'un nouveau poste à Xiengmai, en pays plus laotien que siamois. Le P. Mirabel, chargé de cette fondation, va nous narrer lui-même les encourageants débuts de son apostolat.

    ***

    C'est en février 1931 que je suis monté à Xiengmai. Nous n'avions là alors ni église, ni presbytère, ni école, mais seulement deux lots de terrain achetés depuis plusieurs années en prévision d'une installation future. Comme chrétiens, une famille d'Indiens et deux Chinois. Mgr Perros, notre Vicaire apostolique, fit l'acquisition d'un autre terrain sur lequel se trouvaient deux maisons encore utilisables. Je m'accommodai de l'une après quelques réparations nécessaires et je réservai l'autre pour servir d'habitation aux religieuses indigènes qui devaient plus tard venir me rejoindre. Elles arrivèrent, en effet, quelques mois plus tard et s'installèrent de leur mieux.
    Je ne puis pas dire que ces premiers mois furent brillants. A part quelques personnes que je connaissais et quelques anciens élèves des Frères de Bangkok, les gens me regardaient avec curiosité, mais manifestaient une profonde indifférence pour la religion que je venais leur prêcher. D'aucuns me prenaient sûrement pour le diable, et maintes fois j'ai vu des femmes et des enfants s'enfuir éperdument à mon approche, ce qui, je l'avoue, nie faisait mal au coeur.
    Il n'en est plus ainsi aujourd'hui, grâce à Dieu ; on ne me fuit plus et l'on me manifeste, au contraire, beaucoup de sympathie et de respect.
    Durant ma première année à Xiengmai je m'occupai surtout à préparer les diverses oeuvres que nous devions inaugurer en 1932. Il fallait construire une église, une école paroissiale; de plus, les religieuses Ursulines devaient ouvrir un grand établissement pour l'instruction des jeunes filles, tandis que les Frères de Saint Gabriel fonderaient un collège pour les garçons.
    La période de préparation heureusement terminée, les trois écoles furent inaugurées le même jour, 16 mai 1932, lundi de la Pentecôte, et voici quel fut le nombre des élèves inscrits dès ce jour-là : chez les Ursulines, 65 ; chez les Frères, 23 ; à l'école paroissiale, 42 ; au total, 130 élèves. Le début était encourageant, et nos espoirs n'ont pas été déçus, puisque actuellement les Ursulines ont 105 élèves, les Frères 87, les écoles paroissiales 130 ; en tout, 322 élèves. Dieu en soit loué !
    La bénédiction de la nouvelle église avait été fixée au 3 juin, fête du Sacré Coeur, titulaire de l'église. Mgr Perros eut la bonté de venir de Bangkok pour présider la cérémonie. La veille de la fête Son Excellence visita les écoles et y fut accueillie avec toute la solennité que comportait la circonstance.
    Le vendredi, Monseigneur célébra la messe de communion, pendant laquelle des prêtres administrèrent le baptême à 13 néophytes, la plupart convertis du protestantisme. Ensuite eut lieu la bénédiction de l'église par Monseigneur, qui adressa une allocution à l'assistance et conféra la confirmation aux nouveaux baptisés et à quelques autres chrétiens, en tout 19 confirmands. Cette cérémonie terminée, je célébrai la grand'messe, assisté d'un diacre et d'un sous-diacre : la première messe solennelle célébrée à Xiengmai depuis que le monde existe !
    Un salut du Saint-Sacrement, dans l'après-midi, compléta la fête religieuse. Si, comme à Phitsanulok, notre chrétienté n'eût été composée que de Chinois, des salves de pétards eussent terminée la journée, mais ici, fidèles et catéchumènes sont des Laotiens et n'éprouvent pas le besoin de recourir à tant de vacarme pour extérioriser leur joie, ce dont nous leur fûmes plutôt reconnaissants.
    Le lendemain, après une dernière visite aux écoles et une dernière bénédiction aux élèves, Monseigneur reprenait le chemin de Bangkok, nous laissant le souvenir ému et reconnaissant de son passage en ce coin écarté de son immense vicariat.
    Après de telles fêtes, il semble que nous ne pouvions espérer mieux et, de fait, nous ne soupçonnions pas les honneurs et les joies que la Providence nous ménageait à quelque six noix de là, ni la manière absolument imprévue dont nous célébrerions Noël.
    Vers le milieu de décembre, Mgr Dreyer, Délégué apostolique de l'Indochine, arrivait à Bangkok pour visiter la mission du Siam. Au courant de la fondation de Xiengmai, Son Excellence, sans se laisser effrayer par la distance, manifesta le désir d'aller porter sa bénédiction et ses encouragements aux pionniers apostoliques du Siam septentrional, et nous eûmes la très agréable surprise d'apprendre que nous recevrions , en même temps la visite de l'Archevêque d'Adulis et de l'évêque de Zoara, car Mgr Perros voulait accompagner son auguste hôte, et que les deux Excellences seraient à Xiengmai du 23 au 27 décembre, et donc célébreraient chez nous, avec nous, la fête de Noël. Inutile de dire avec quel joyeux empressement tout le monde prêta son concours à la préparation d'une fête toujours solennelle, mais combien plus cette année !
    Comme il avait été annoncé, le 23, à midi, les deux évêques descendaient du train et, à leur arrivée à la mission, étaient l'objet d'une réception enthousiaste de la part des élèves de nos trois écoles. Quand tout le monde fut entré à l'église, dans une courte allocution je remerciai de sa visite le Délégué apostolique et lui exposai l'état de la jeune chrétienté de Xiengmai. Son Excellence, répondant en français, nous dit sa joie d'apprendre que Dieu bénissait visiblement la nouvelle fondation, nous remercia de la réception qui lui était faite et nous par la du Saint Père, de son amour pour les missions lointaines, pour les chrétiens et les païens qui vivent dans ces pays de mission.
    Cette exhortation, que Mgr Perros traduisit aussitôt en siamois, impressionna vivement les auditeurs. La bénédiction papale donnée par le Délégué termina cette première réunion.
    Le lendemain, les élèves des Ursulines offrirent à Leurs Excellences une séance des mieux réussies.
    Le soir, à 8 heures, commença la « veillée » de Noël par une procession aux flambeaux qui se déroula autour de l'église puis dans les allées de l'enclos de la mission. Suivit une séance de projections sur la naissance de Notre Seigneur, entrecoupée de cantiques en siamois. A minuit, messe pontificale célébrée par Mgr Dreyer. Notre bon évêque, Mgr Perros, célébra, à 9 heures, la messe du jour et prêcha sur le mystère de Noël.
    Après la messe eut lieu la bénédiction du nouveau Collège Montfort, dirigé avec tant de compétence et de zèle par les Frères de Saint Gabriel.
    L'après-midi, il y eut salut pontifical donné par Mgr Perros. L'assistance, moins nombreuse que le matin, était cependant satisfaisante ; il y eut encore de beaux chants et, à la nuit, on renouvela l'illumination de la veille.
    Le lendemain, Mgr le Délégué nous entretint de ce qui avait été fait jusqu'ici à Xiengmai et dans le nord du Siam, mais surtout de ce qui restait à y faire et des moyens de le réaliser.
    Hélas ! Les beaux jours passent vite. Le 27 au matin nos deux hôtes vénérés nous quittaient, mais leur visite nous avait apporté joie et réconfort, et le souvenir en demeure profondément gravé dans nos coeurs. Daigne Dieu exaucer leurs désirs et les nôtres et faire de Xiengmaï une chrétienté florissante par le nombre des conversions et la ferveur des néophytes!
    L. MIRABEL,
    Missionnaire du Siam.
    1933/125-127
    125-127
    Thaïlande
    1933
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