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Dans la mission de Lanlong

Dans la mission de Lanlong Mgr Deswazière, Supérieur de la Maison kong, avait été invité de Nazareth à Hong par le T.R. Père Robert, Supérieur général, à faire en son nom la visite réglementaire de nos Missions de Chine. Après en avoir parcouruplusieurs, Son Excellence annonçait comme prochaine son arrivée à Lanlong.
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    Dans la mission de Lanlong

    Mgr Deswazière, Supérieur de la Maison kong, avait été invité de Nazareth à Hong par le T.R. Père Robert, Supérieur général, à faire en son nom la visite réglementaire de nos Missions de Chine. Après en avoir parcouru plusieurs, Son Excellence annonçait comme prochaine son arrivée à Lanlong.
    Sur ces entrefaites, le P. Dunac achevait la construction d'un nouveau presbytère dans sa chrétienté de Tchengfeng. Le brave Père se mit à réfléchir, et, considérant que Tchengfeng est sur la route que devait suivre le Visiteur pour se rendre à Lanlong, que son évêque, Mgr Carlo, ne manquerait pas de venir tau devant du Visiteur, que Mgr Albouy, Vicaire apostolique de Nanning, accompagnait Mgr Deswazière jusqu'aux limites de sa mission dont la visite s'achevait, que Mgr Larrart, Coadjuteur de Kweiyang, serait heureux de rendre à Mgr Carlo une des nombreuses visites qu'il lui devait, que, pour une circonstance aussi solennelle, les missionnaires les plus rapprochés ne reculerait pas devant un voyage de quelques jours pour prendre part à la fête, le brave Père Dunac, dis-je, rêva d'une cérémonie comme n'en ont encore jamais relaté les annales de la jeune mission de Lanlong : son nouveau presbytère, d'ailleurs, n'est-il pas le plus beau du vicariat et ne mérite-t-il pas une inauguration sensationnelle ? Donc quatre évêques, une bonne douzaine de missionnaires ou de prêtres indigènes, des chrétiens par centaines et, chose plus extraordinaire encore, des religieuses canadiennes de Notre Dame des Anges, qui viennent fonder un dispensaire à Lanlong : voilà l'assistance sur laquelle compta notre confrère pour ce jour de grande liesse, et il lança des invitations en conséquence.
    Hélas ! Le diable vint mettre des bâtons dans les roues du char que la féconde imagination du Père emportait au delà des nues. Mgr Albouy, fatigué, rebroussa chemin sur les frontières de la Mission pour regagner Nanning ; Mgr Larrart, accaparé par des besognes urgentes, fut empêché. Parmi les missionnaires, plusieurs furent arrêtés par l'insécurité des routes. Néanmoins Mgr Carlo et 6 ou 7 prêtres étaient arrivés à Tchengfeng en temps voulu pour y accueillir le Visiteur et sa suite. L'attente n'était pas exempte d'inquiétude, car la route était fréquemment interceptée par les brigands. Aussi fut-ce un soulagement de voir l'avant-garde de la caravane annoncer les voyageurs, et de l'enthousiasme quand le cortège entra dans la ville. Jamais Tchengfeng n'avait vu pareil spectacle : deux évêques, un groupe de missionnaires et surtout des religieuses étrangères, dont le costume provoque des regards d'étonnement. La joie et la fierté des chrétiens n'a d'égale que la stupéfaction des païens. Pendant trois jours ce fut une animation extraordinaire : les notables, en corps, apportent une superbe inscription en caractères d'or sur bois laqué, les chrétiens de la ville deux belles tablettes verticales. Toute la population est en liesse : chrétiens, païens et musulmans rivalisent d'entrain et... de pétards.
    A peine arrivées, les religieuses, ayant pris possession de la maison qui leur a été préparée, entrent en fonctions : leur parloir est aussitôt transformé en dispensaire ; on les invite même à visiter quelques malades à domicile et, dès ce premier jour, elles ont la consolation d'ouvrir le ciel à des âmes d'enfants mourants.
    Le 8 décembre, Mgr Carlo procéda à la bénédiction de cette petite cité paroissiale ; après quoi Mgr Deswazière célébra la messe pontificale devant une assistance nombreuse et diverse, où les notables voisinaient avec les artisans et les paysans, tous vivement impressionnés par la liturgie, le chant et la dignité des cérémonies. Dans l'après-midi, au salut du Saint-Sacrement, un vibrant Te Deum monta vers le ciel en actions de grâces.
    Il y eut aussi évidemment des agapes solennelles, précédées de quelques hécatombes. Ce fut une occasion de constater combien le P. Dunac est estimé à Tchengfeng, la cité réputée la plus élégante et la plus « à la page » de la région. Cette constatation fut certes agréable au coeur du zélé missionnaire, mais il tint à rappeler que d'autres ont peiné là avant lui : les deux PP. Schotter, le P. Joseph Esquirol, pour ne nommer que les disparus, et, sur son désir, on se rendit au cimetière pour porter un souvenir et une prière à ses devanciers.
    La fête terminée à Tchengfeng, il s'agissait de gagner Lanlong : piètre route et fameux brigands. Il fallait compter sur la Providence, car une caravane de 80 personnes avec chaises à porteurs, mulets, malles, paniers, etc., peut paraître intéressante quand on la voit serpenter à l'assaut des cols ou à la descente des vallées, elle l'est bien plus encore, à un point de vue moins poétique, aux yeux des brigands embusqués dans les montagnes. Quelques soldats du « Corps de préservation de la paix » furent chargés d'accompagner la caravane et, au besoin, de la défendre ; ils eurent l'idée de brûler quelques cartouches dans les endroits les plus inquiétants et particulièrement dans le ravin du « Nez du Buffle », où nous devions passer la nuit. Le lendemain, au chant du coq, nous reprenions notre route et, vers midi, sans incident, nous arrivions aux faubourgs de Lanlong, résidence épiscopale et centre de la mission.
    Etions-nous signalés par une mystérieuse T.S.F. ? Toujours est-il qu'une foule nombreuse nous attendait : chrétiens, élèves des écoles catholiques, amis païens de la mission, des drapeaux, des chants, des pétards, la poussière de la route non empierrée, la cohue que doivent fendre à grands cris les porteurs de chaises. Sur les trottoirs du large et coquet boulevard qui traverse le faubourg stationne une foule curieuse. A la porte même de la ville, le préfet et les autres autorités accueillent Leurs Excellences, puis prennent la tête du cortège et le conduisent jusqu'à l'évêché.
    On remet aux religieuses les clefs de leur couvent, de ce couvent qui les attend depuis plusieurs mois ; elles le trouvent très beau, blanc, clair ; du balcon, vue sur le lac et sur les montagnes qui l'entourent, ce qui leur rappellera le Canada. Apostoliquement, elles renoncent pour plusieurs jours à leur tranquillité conventuelle : on a d'avance tant parlé d'elles que tout le monde veut les voir.
    Le 17 .a lieu l'inauguration du Dispensaire Saint-Joseph : belle occasion pour les curieux et ils sont nombreux de mettre le nez partout. Les notables offrent une belle inscription horizontale (pien) ; d'autres familles présentent des banderoles, dont quelques-unes très riches, et cela au crépitement d'innombrables pétards. Après le chant de l'hymne national, quelques discours plutôt brefs, car il fait froid. Mgr Carlo remercie le préfet et la ville et déclare ouvert le dispensaire. Après lui, la Supérieure des Soeurs, en termes très simples écoutés dans un silence religieux exprima sa reconnaissance envers la Mission, envers la ville, et ses promesses de dévouement dans les différentes oeuvres qui leur seront confiées. Le préfet, un ami de la Mission, dont le fils, ancien élève de l'Université l'Aurore de Shanghai, est à Louvain pour parfaire ses études, dit quelques mots flatteurs pour l'Eglise Catholique, son désintéressement, son amour pour le peuple ; il remercie l'Eglise de cette oeuvre du Dispensaire Saint-Joseph, qui rendra tant de services à la population. Un autre fonctionnaire de la Ville reconnut les qualités civiques des catholiques chinois et des missionnaires étrangers, leur attitude favorable à l'éveil des sentiments patriotiques, leur esprit de charité et de dévouement. Un chrétien dit enfin la joie des catholiques de voir installer dans la ville les oeuvres de charité les plus conformes à l'esprit de notre sainte religion. Après ces discours, un lunch fut servi dans le dispensaire, puis la foule s'écoula lentement.
    La cérémonie profane ainsi terminée, Mgr Deswazière procéda à la bénédiction du couvent et du dispensaire et aussi de la première pierre du futur noviciat des vierges catéchistes indigènes.
    Mgr le Visiteur réserva une de ses journées à la visite du Petit Séminaire, où lui fut donnée une séance solennelle, avec chants en français, en latin, en chinois, avec discours en latin, en chinois et en diois. En réponse à tant de bonne volonté, Son Excellence demanda au Supérieur d'accorder en son nom à la jeune communauté un pique-nique, dont l'annonce fut accueillie par d'unanimes applaudissements. Mgr visita ensuite l'hôpital Notre Dame de Lourdes, et les malades se montrèrent très touchés de l'honneur qui leur était fait.
    Et nous aussi, missionnaires de Lanlong, nous gardons cher souvenir de ces quelques jours trop vite passés. Mgr Deswazière, c'était le représentant de notre chère Société des Missions Etrangères ; c'était le Séminaire de la rue du Bac et nos Supérieurs s'intéressant à notre labeur quotidien, à nos épreuves, à nos joies aussi. Merci à notre Supérieur Général et à celui qui l'a si bien représenté au milieu de nous !

    Un missionnaire de Lanlong.

    1938/16-21
    16-21
    Chine
    1938
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