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Dans la Chine bouleversée

Dans la Chine bouleversée Décembre 1927.
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    Dans la Chine bouleversée

    Décembre 1927.

    Thérèse, Marie et Jeanne, trois jeunes filles encore enfants, trois coeurs d'or unis par l'affection la plus tendre et la plus pure. Ensemble elles étudient, ensemble elles s'amusent, mais surtout ensemble elles prient, car, ayant le bonheur d'être chrétiennes, elles connaissent l'efficacité et la douceur de la prière. Le chagrin vient-il les attrister et jeter le trouble dans leurs âmes, elles élèvent leurs pensées vers Dieu et de leurs lèvres crispées par la douleur s'échappent des supplications ardentes. Malgré les sanglots qui les oppressent, elles murmurent pieusement les doux noms de Jésus et de Marie. La joie et le bonheur illuminent-ils leurs regards, alors c'est un cri de reconnaissance qui monte vers le ciel et qu'elles envoient, tendre messager d'amour, avec leur plus gentil et leur plus gracieux sourire.
    A Canton la fusillade faisait rage dans les quartiers les plus populeux de la ville. Tantôt auprès, tantôt au loin, des clameurs perçantes, des appels angoissés. Les bruits les plus sinistres secouaient les nerfs d'un grand frisson d'épouvante et d'horreur. Dans les airs parfois des lueurs rougeâtres, bientôt cachées par des nuages de fumée sombre et opaque. Dans la rue des pas précipitent de gens qui s'enfuient, tandis que le sifflement d'une balle grésille en passant, stridente et rapide. Thérèse, Marie et Jeanne ont bien peur. Autour d'elles, elles n'entendent que des paroles désespérées et ne voient que des gestes affolés. De grosses larmes coulent de leurs yeux encore peu habitués à pleurer devant un péril incertain et peut-être cependant tout proche. A voix couverte ne parle-t-on pas des dangers les plus atroces auxquels elles pourraient se trouver exposées ? La crainte la plus pessimiste flotte dans tous les esprits et des visions affreuses torturent les imaginations.
    Soudain, Thérèse se lève en silence, entre dans une chambre voisine d'où elle ressort bientôt tenant, pressée sur sa poitrine, l'image du Christ expirant sur la croix. Sans bruit, elle se glisse dans le petit jardin attenant à la maison paternelle où Marie et Jeanne la rejoignent aussitôt. D'une main tremblante elle accroche le Crucilix à la branche flexible d'un oranger et pour toute invitation ne dit que ce seul mot : « PRIONS ! »
    Debout, les mains jointes, elles attachent leurs regards bien tristes sur l'emblème divin de notre Rédemption.
    Cette croix, elles l'aiment, car, en plus qu'elle représente leur Dieu souffrant et mourant pour le salut des hommes, elle est pour elles un pieux souvenir du missionnaire qui les avait baptisées. Que de fois n'ont-elles pas embrassé de leurs lèvres ferventes les béantes blessures de la sublime Victime. Aujourdhui, dans la tourmente, dans l'anxiété, à qui auraient-elles plus efficacement recours ? Aussi avec quelle dévotion, avec quel abandon elles s'adressent à sa miséricorde !
    « Notre Père qui êtes aux Cieux.
    « C'est vous, Mon Dieu, que nous invoquons ! Acceptez notre filial hommage ! Nous sommés vos enfants. Vous êtes notre Père, et nous aimons à vous donner ce titre et ce nom ! Vous êtes bon; c'est votre bonté autant que votre puissance que nous implorons humblement. Que peut refuser un Père à l'amour de ses enfants ? Notre coeur est à vous, nous serons donc exaucées ! Vous êtes dans les Cieux, mais nous savons aussi que vous êtes près de nous : Nous jetons dans vos bras ! Ne nous repoussez pas! Père, à vous louange ! Honneur ! Acceptez notre confiance et bénissez-nous !
    « Que votre nom soit sanctifié.
    « Nombreux sont les orgueilleux qui ne veulent pas reconnaître votre souveraineté suprême ! Eclairez ces malheureux! Que votre règne s'étende sur toutes les créatures, car seul il produira la justice qui donne le bonheur aux peuples ! Calmez les passions des hommes et rendez la paix à notre cher pays ! Veillez sur les faibles, les innocents ! Epargnez-nous, Seigneur, nous qui sommes si chétives et si fragiles ! Oh ! Oui :
    « Que votre règne arrive !
    « Protégez notre évêque, nos missionnaires, nos prêtres !
    « Ils sont, dit-on, exposés à périr. Père très aimé, pitié pour eux pitié pour nous ; conservez-les à notre affection. Nos âmes ont encore besoin de leurs soins vigilants. Eux disparus, qui nous encouragera, qui nous instruira, qui nous apportera le pardon de nos fautes? Et à nos frères et à nos soeurs, encore égarés dans les ténèbres du paganisme, qui enseignera la Vérité ? Et puis, ce sont vos ministres, ils sont à vous plus que nous-mêmes nous sommes à vous. Pour eux, pour nous, pour notre patrie, écoutez notre prière ! Sans doute, nous ne savons pas très bien nous exprimer, mais vous comprenez bien, Roi tout puissant, notre pauvre langage.
    « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel !
    « Savez-vous, ô mon Dieu, que c'est parfois bien dur, et cependant, oh ! Oui, puisque vous nous le demandez, pour vous montrer notre affection, nous nous soumettons à tout ce que vous désirez ! Quoi qu'il arrive, nous adorerons vos desseins ! Si cependant nous pleurons, veuillez ne pas considérer nos pleurs comme un acte d'insoumission ! Que nos larmes soient à vos yeux un acte d'amour et de déférence ! De votre main paternelle daignez les essuyer ! Nous sommes abattues et tout le monde autour de nous est tellement affligé que nous sommes brisées par la douleur.
    « Ne soyez pas pour nous trop sévère, car nous acceptons que votre volonté soit désormais la nôtre !
    « Donnes-nous notre pain quotidien !
    « Nous ne sommes pas bien riches, et nous ne gagnons pas encore de l'argent, aussi nous aurons faim si vous ne venez à notre aide Faites que nous ne soyons pas privées des aliments nécessaires à notre subsistance ! Que nos âmes surtout trouvent toujours leur nourriture spirituelle ! Dieu de l'Eucharistie, puissions-nous toute notre vie reconnaître le don infini de votre amour pour nous ! Nous sommes bien petites et vous vous étés si grand ! Avec respect nous vous adorons, mais laissez-nous vous accueillir avec toute notre tendresse !
    « Nous avons bien des défauts, mais pour vous faire plaisir nous voulons nous corriger afin que nous soyons toujours digne de votre visite. C'est pourquoi :
    « Pardonnez-nous nos offenses!
    « Que votre miséricorde s'étende non seulement sur nous mais aussi sur tous les pécheurs. Oubliez nos coquetteries, nos colères, nos jalousies ! Désormais plus de gourmandises, adieu les frivolités. Pardon pour tous nos péchés! Pour vous être agréables nous oublierons nos rancunes, et
    « Nous pardonnons nous aussi à ceux qui nous ont offensées !
    « Ne nous laissez pas succomber à la tentation mais délivrez-nous du mal!
    « Que sommes-nous ? Bien peu de chose et bien faibles, et le diable, lui, le méchant, est si malin et si astucieux!
    « Comment éviterons-nous ses pièges et ses embûches si votre grâce ne nous soutient? Comment ferons-nous toutes seules pour le décourager et vous rester fidèles ? O Jésus, vos plaies sacrées ne pourraient-elles pas être pour nous un abri et un refuge ? Permettez-nous d'y pénétrer, de nous y blottir et nous y cacher. Dans cet asile, il ne pourra venir nous chercher... non plus que les hommes méchants qui, dit-on, pourraient nous faire du mal. Sans doute, ce sont des démons sortis de l'enfer, puisqu'ils n'auraient pas même pitié de notre jeune âge. Vous ne vous laisserez pas tomber entre leurs griffes.
    « Depuis le jour de notre baptême, nous vous appartenons. Nous avons renoncé à Satan et à ses oeuvres pour nous donner à vous, pour être votre bien. Nous n'oublions pas nos serments mais vous, doux et tendre Jésus, veuillez ne pas oublier non plus que nous sommes en péril.
    « Protégez-nous ! Que votre protection, Dieu tout puissant, soit notre sauvegarde ainsi que celle de tous nos frères et de toutes nos soeurs dans la foi ! Que votre grâce nous soutienne et n'abandonne pas ceux qui souffrent et ceux qui meurent ! Pitié ! Pitié !... »
    Sans doute cette prière fut agréée du Maître souverain car Thérèse, Jeanne et Marie n'eurent, pas à souffrir durant les terribles événements qui bouleversaient la ville de Canton.
    Et nous, nous inclinant devant cette foi si sincère et si touchante, implorons le secours de la lumière d'en haut pour le peuple chinois.
    Que Notre Dame de Chine intercède auprès de son divin Fils pour que bientôt dans ce pays troublé, règne l'ordre et la paix, et que le flambeau de la vérité illumine tous ces égarés qui plongés dans l'erreur vivent encore à l'ombre de la mort. Qu'Il daigne fortifier ceux qui lui sont fidèles et soutenir dans leurs pénibles travaux la vaillante phalange des missionnaires.
    Que de nos coeurs s'élèvent de confiantes supplications : Mon Dieu! « Que votre règne arrive...
    « Que votre nom soit sanctifié... »
    EMILE. SHAM.

    1928/47-50
    47-50
    Chine
    1928
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