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Départ pour la france

Départ pour la france Le départ.....ce n'était pas celui auquel ils songeaient, nos chers missionnaires, quand, il y a deux ans, dix ans ou plus, debout dans l'oratoire de la sainte Vierge, au fond du jardin du Séminaire des Missions Etrangères, ils entendaient chanter ces paroles qui leur étaient adressées. Partez, hérauts de la Bonne Nouvelle.
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    Départ pour la france

    Le départ.....ce n'était pas celui auquel ils songeaient, nos chers missionnaires, quand, il y a deux ans, dix ans ou plus, debout dans l'oratoire de la sainte Vierge, au fond du jardin du Séminaire des Missions Etrangères, ils entendaient chanter ces paroles qui leur étaient adressées.
    Partez, hérauts de la Bonne Nouvelle.

    Ils avaient cru qu'ils partaient pour toujours. La France a eu besoin d'eux ; ils sont revenus, et les populations qu'ils évangélisent ont salué leur courage, et à leurs souhaits d'heureux retour mêlé leurs voeux de victoire. Voici plusieurs lettres, la première datée de Pondichéry, colonie française, la seconde de la presqu'île de Malacca, colonie anglaise, la troisième du Japon, qui nous disent les émotions des adieux :

    Pondichéry.

    Quatorze missionnaires, anciens soldats, se sont embarqués, le dimanche 30 août, à bord du Dupleix, pour être dirigés sur la France. Ils sont partis, acclamés par tout Pondichéry.
    A quatre heures après un salut solennel du Saint-Sacrement, ils entonnèrent un magnifique cantique à la sainte Vierge, reçurent les adieux de Mgr Morel, qui, les larmes aux yeux, leur donna sa bénédiction. C'est l'heure fixée pour leur départ. Le défilé commence. En tête du cortège, marche la musique municipale, suivie des Sociétés Le Nid, Union Sportive Dupleix, Jeunesse Créole avec leurs drapeaux, puis viennent les Partants entourés de leurs confrères et des notabilités de Pondichéry, et enfin une foule innombrable accourue pour témoigner sa sympathie aux Pères et prouver son amour à la France.
    Un pandel (sorte d'arc de triomphe) est dressé sur la place Dupleix ; M. le Gouverneur y attend les réservistes, et quand ils ont pris place à ses côtés, il leur serre la main à tous et, avec une émotion visible, leur adresse les touchantes paroles suivantes :

    MESSIEURS,

    « Je vous félicite de l'empressement avec lequel vous avez répondu à l'appel de la Patrie en danger. Je n'ai ni conseils, ni exhortations à vous adresser, car je sais que vous êtes de ceux qui ne reculent jamais devant le devoir et le sacrifice.
    « Vous partez pour répondre à l'appel de la France, notre patrie bien-aimée, victime d'une brutale et injuste agression. Vous la défendrez, je le sais, jusqu'à l'écrasement complet de l'ennemi. Quelle que soit la position que vous occuperez, si grand que soit le danger qui vous entoure, vous ferez votre devoir, tout votre devoir; sachez que notre coeur, à nous qui sommes condamnés à rester ici inactifs, vous accompagnera.
    « Unissez-vous à moi pour crier Vive la France ! »
    Le P. Bailleau, d'une voix forte et décidée, répond en ces termes :

    MONSIEUR LE GOUVERNEUR,

    « Au nom des missionnaires soldats, merci pour la bonté que vous nous avez témoignée à nous et à nos confrères ; merci à ces Messieurs de la colonie française, pour la sympathie dont ils nous ont donné tant de preuves ; merci à tous les habitants de Pondichéry pour le cordial accueil qu'ils nous ont fait.
    « Nous partons. Nous avons fait notre devoir ici, car partout nous avons essayé de faire aimer la France, notre Patrie, en accomplissant la mission que nous avait confiée Dieu, notre Maître. Maintenant, Monsieur le Gouverneur, nous vous promettons de faire notre devoir de soldats, de le faire jusqu'au bout, en défendant la douce France. Nous saurons nous montrer dignes de votre confiance.
    « Puis, un jour, ceux d'entre nous qui ne seront pas tombés morts au champ d'honneur, ceux-là reviendront vous apporter les nouvelles joyeuses de la victoire. Puisse venir bientôt ce jour! Vive la France ! »
    Alors la foule acclame M. le Gouverneur, les missionnaires, la France et les pays alliés. La musique joue le God save the king, l'Hymne russe, la Marseillaise et le cortège se remet en marche vers le Pier.
    Aussitôt, les Pères prennent place dans deux chaloupes, ornées de drapeaux, et au milieu d'acclamations frénétiques et sans fin, ils s'éloignent vers le paquebot en rade. Ce fut un moment inoubliable. Bien des larmes coulèrent alors. Sans doute peu de personnes eurent la pensée de jeter un coup d'oeil sur le magnifique spectacle que présentaient la plage, le pier, les quais, le cours Chabrol où s'entassait une foule qu'on peut évaluer à plus de 20.000 personnes ; c'est vers ceux qui partent, vers les soldats de demain que sont dirigés tous les regards, regards de tristesse, mais aussi et surtout regards d'admiration et d'espérance.

    Presqu'île de Malacca.

    Je ne puis me rappeler sans émotion les adieux de « mes pays » d'adoption, écrit M. Chevauché, ils furent si touchants et si spontanés que vraiment je ne pourrai jamais les oublier. C'est un lien de plus qui m'attache à ma seconde patrie et me rend plus fier, si possible, d'appartenir à la première, puisque j'étais fêté parce que Français.
    Aussitôt la guerre déclarée, je fis mes préparatifs de départ. La nouvelle s'en répandit dans la ville de Taiping et, de tous côtés, les visiteurs affluèrent : anglais, indigènes, païens, néophytes, vinrent me présenter leurs félicitations et me souhaiter bonne chance et prompt retour.
    On était bien un peu triste, mais chacun comprenait les devoirs de tout bon patriote. Les Chinois n'étaient-ils pas partis, eux aussi, en 1912, pour débarrasser leur patrie de la tyrannie des Mandchous ?
    Pendant ce temps, les chrétiens se concertaient pour donner à leurs derniers adieux un éclat extraordinaire.
    Au moment où je me préparais à me rendre à la gare, arrivèrent à ma porte quatre automobiles, une douzaine de voitures et toute une compagnie de pousse-pousse et de bicyclettes. J'allais demander l'explication de cette mobilisation de véhicules, quand un notable se présenta pour m'expliquer que les chrétiens tenaient à me faire un cortège triomphal.
    Et tout aussitôt, un choeur de jeunes gens entonna la Marseillaise avec accompagnement de fanfare. Ces braves Eurasiens et Chinois avaient passé une partie de la nuit précédente à apprendre notre hymne national. Et c'est ainsi que, pour la première fois, ses mâles accents résonnèrent en plein centre des Etats Malais.
    Sorti de chez moi, j'aperçus massées sur la route, 500 à 600 personnes, portant chacune deux drapeaux, un français et un anglais. On me fit monter dans une voiture à deux chevaux. Le défilé s'organisa et on se mit en route, musique en tête.
    Je n'oublierai jamais cette ovation à travers les rues de Taiping, devant les païens ébahis. Ah ! Comme j'étais fier de mes chrétiens !
    A la gare, je voulus remercier ; mais l'émotion me coupa la parole et je ne pus dire que: « Merci ! »
    Le train arrivait. C'était le moment dû dernier Au revoir ! A tous je serrai la main, pendant que retentissaient, mille fois répétés, les cris : « Vive la France ! Vive l'Angleterre ! Vive la Belgique ! Vive le Père ! » Les trois quarts des chrétiens pleuraient. Je vis avec soulagement la locomotive s'ébranler. Je ne pouvais plus contenir mon émotion. Je donnai libre cours à mes larmes.
    Ces adieux émouvants se renouvelèrent dans tous les districts, où se trouvaient des missionnaires mobilisés. Partout, les chrétiens pleurèrent le « Père », que le bon Dieu leur avait envoyé et qui repartait pour défendre sa « belle France ».
    Le gouvernement eut l'amabilité d'offrir à tous les réservistes français un billet gratuit de 1re classe, pour rejoindre le port d'embarquement.
    A Singapore, le gouverneur anglais vint à bord pour nous serrer la main.
    A notre arrivée à Pinang, nous fûmes invités à nous réunir au Club. Là, une centaine d'Anglais nous accueillirent aux cris de : « Vive la France ! Vive l'Angleterre ! Vive l'entente cordiale ! »
    La garnison défila devant nous, musique en tête, en présence de milliers d'indigènes massés dans les rues. Puis, les troupes ouvrirent les rangs et nous présentèrent les armes lorsque ce fut notre tour de défiler.
    Un capitaine de cavalerie mobilisé prit le commandement de notre petit bataillon : «Rassemblement par 4... En avant ! Marche !

    Japon.

    Au Japon les démonstrations n'ont pas été moins vives que dans la presqu'île de Malacca et à Pondichéry. « Dès la nouvelle de la guerre, écrit M. Bergès, nous nous sommes mis à la disposition du Consul. Quand nous avons quitté la gare, on nous a fait une ovation splendide. Une fanfare a joué le Chant national japonais, l'Hymne russe, le Chant national anglais et, au moment où le train allait démarrer, la Marseillaise, que tous chantaient avec une frénésie. Jamais la France n'avait eu pareille popularité au Japon ».

    Cochinchine.

    A Saigon, les missionnaires ont été mobilisés sur place.
    Dans la Semaine religieuse les télégrammes officiels sont publiés chaque semaine, et Mgr Quinton a prescrit aux missionnaires restés dans leurs chrétientés et aux prêtres indigènes de démentir toutes les autres nouvelles qui seraient répandues. De leur côté, les administrateurs ont demandé aux missionnaires de les aider à empêcher les fausses nouvelles de jeter le trouble dans la population.
    « Les catholiques de Saigon, écrit Mgr Quinton, prient pour la France avec une ferveur admirable.
    « Tous les soirs à la cathédrale on récite le chapelet, puis on chante le cantique Pitié mon Dieu !... (Tout le monde chante le refrain) ; on ouvre le tabernacle et on chante Cor Jesu sacratissimum, Parce Domine, et le P.Soullard donne la petite bénédiction du Saint-Sacrement. Le dimanche on fera de même, mais avec l'exposition solennelle du Saint-Sacrement avant le chapelet. La cathédrale est pleine tous les soirs. Un certain nombre de jeunes gens, qui se placent toujours devant la statue de Jeanne d'Arc, prient avec une ferveur admirable. Plaise à Dieu que ce soit le signal du réveil de la foi dans l'âme de tant d'indifférents ! »

    Aux Aspirants au Séminaire des Missions Étrangères.

    Piété, courage, réalisme vrai et pourtant élevé, telles sont les notes de la lettre suivante, écrite du front par un de nos aspirants, aujourd'hui sergent dans un régiment d'infanterie, aux séminaristes, ses confrères qui, en si petit nombre, hélas ! Restent dans notre maison.

    Du pays de la guerre, le 22 septembre 1914, 11h. du matin,

    MÈS BIEN CHERS AMIS,

    Avant de mourir, je veux vous envoyer quelques nouvelles à mon sujet, pour que vous vous souveniez de moi devant le Seigneur, sil m'arrive de passer l'arme à gauche. C'est une bien triste chose que la guerre et vous ne pouvez vous en figurer toutes les horreurs, mais puisque Dieu l'a voulu ainsi, il nous faut dire fiat. Je ne croyais pas le martyre si difficile, mes chers amis, il faut être généreux, généreux à l'excès pour pouvoir se sacrifier. Je sens qu'il me manque quelque chose. Priez pour nous tous, vous qui en avez le temps et qui êtes toujours bien disposés. Nous autres, nous sommes attaqués quelquefois par le découragement, et il faut la main de la Bonne Mère pour nous en délivrer. Je plains les pauvres malheureux qui ne croient en rien. Où trouveront-ils leur consolation ? Cette guerre prépare à la vie de missionnaire, car elle nous apprend à avoir confiance en Dieu seul, et vraiment il ne refuse rien à ceux qui mettent leur confiance en lui. Chaque jour je lui ai dit mon fiat, et ç'a toujours bien marché, mises de côté toutes les petites misères humaines. Priez, priez pour nous sans cesse. Si vous pouviez voir un instant un champ de bataille, votre ferveur deviendrait plus grande. C'est triste et horrible ; vous ne pouvez vous imaginer quels engins on a inventés pour tuer les hommes. Chaque jour je vois de mes camarades tomber à mes côtés ; les uns blessés seulement, d'autres hachés en morceaux. Le coeur frémit d'entendre des blessés crier et râler au milieu du bruit effroyable des obus.
    Excusez ces quelques lignes que je vous écris du milieu d'un champ, assis sur mon sac. Je revois en rêve Bel Air, Sainte-Mesme, Meudon et Paris, peut-être ce soir serais-je devant Dieu... Fiat !

    1915/3-8
    3-8
    France
    1915
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