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Départ en mission 1

Premier Départ en Mission I. DE PARIS A ALEP 1660-1661 Le récit du voyage des trois premiers missionnaires de la Société des Missions Etrangères fut imprimé en 1666, sous le titre : Relation du voyage de Monseigneur l'Evêque de Bérythe, Vicaire Apostolique du Royaume de la Cochinchine, par la Turquie, la Perse, les Indes, etc., jusqu'au Royaume de Siam et autres lieus, par M. de Bourges, prêtre, missionnaire apostolique.
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    Premier Départ en Mission


    I. DE PARIS A ALEP


    1660-1661





    Le récit du voyage des trois premiers missionnaires de la Société des Missions Etrangères fut imprimé en 1666, sous le titre : Relation du voyage de Monseigneur l'Evêque de Bérythe, Vicaire Apostolique du Royaume de la Cochinchine, par la Turquie, la Perse, les Indes, etc., jusqu'au Royaume de Siam et autres lieus, par M. de Bourges, prêtre, missionnaire apostolique.


    Les lignes qui suivent ne donnent de cet ouvrage, devenu presque introuvable, qu'un très bref résumé.





    ***





    Le 18 juin 1660, un jeune évêque de 36 ans quittait Paris, quinze jours après son sacre, accompagné d'un prêtre un peu plus jeune que lui, et d'un domestique.


    L'évêque s'appelait Pierre Lambert de la Motte. Il était né à Lisieux, le 16 janvier 1624. Pourvu d'une charge de Conseiller à la Cour des Aides de Rouen, il avait abandonné un brillant avenir pour se mettre au service de Dieu ; ordonné prêtre à Coutances, le 27 décembre 1655, il était retourné à Rouen exercer les fonctions de directeur de l'Hôpital général. De fréquents séjours à Paris l'avaient mis en relations avec un chanoine de Tours, François Pallu, et la divine Providence les avait conduits de telle sorte que, se trouvant ensemble à Rome en 1658, ils avaient reçu du Souverain Pontife Alexandre VII la mission de partir en Extrême-Orient et d'y entreprendre la formation d'un clergé indigène.


    Le prêtre se nommait Jacques de Bourges, issu d'une famille de bourgeois de Paris ; de fortes études de théologie lui avaient fait conquérir le bonnet de Docteur de Sorbonne ; il avait résolu de se joindre au groupe des prêtres français, premiers fondateurs de la Société des Missions Etrangères.


    Pour une entreprise si nouvelle, pour effectuer un voyage long et périlleux, quelle route allait-on suivre ? Inutile de songer à prendre place à bord des navires portugais (le Gouvernement de Lisbonne refusait les passeports). La Compagnie hollandaise des Indes Orientales n'accordait le passage qu'aux personnes à son service. Les vaisseaux de la Compagnie française d'Orient n'osaient guère s'aventurer au delà de Madagascar. Restait la ressource d'équiper un ou deux navires et de créer une Compagnie de navigation qui s'engagerait à conduire les Vicaires Apostoliques et leurs missionnaires : la perte, en décembre 1660, du premier vaisseau construit en Hollande, le Saint-Louis, devait mettre fin à ce beau rêve.


    Mgr Lambert de la Motte n'avait pas attendu cette date puisque, cinq mois avant le naufrage du Saint-Louis, il se mettait en par la voie de la Méditerranée, pour traverser ensuite la Turquie, la l'erse et les Indes, se ralliant en cela au désir exprimé par la Sarre Congrégation de la Propagande.


    Sans prévenir personne, afin de se soustraire aux objurgations de ses amis, il se dirigea sur Lyon. Une pénible épreuve l'y attendait : lièvre continue qui le conduisit aux portes du tombeau, et déjà M. de Bourges s'apprêtait à annoncer à Paris la nouvelle de sa mort prochaine. « Monsieur, lui dit l'évêque, il ne faut pas alarmer nos amis, cette maladie ne sera rien, et dans trois jours nous continuerons notre route ».


    En effet, il ne lui restait qu'une extrême faiblesse ; sans plus attendre (il avait déjà perdu cinquante-deux jours), il s'embarqua sur le Rhône et parvint à Avignon. De là, une chaise de poste le conduisit à Marseille. Les deux missionnaires y accueillirent un troisième compagnon, M. François Deydier, diacre originaire de Toulon, que les instances de son évêque n'avaient pas réussi à garder au service de son diocèse. Il savait que M. Cotolendi avait résigné la cure de Sainte Marie-Madeleine à Aix-en-Provence pour se dévouer à l'oeuvre naissante des Missions. Un voyage à Paris, l'année précédente, l'avait confirmé dans ses projets ; et il venait se déclarer prêt à partir. Mgr Lambert de la Motte lui conféra la prêtrise, et le 27 novembre 1660, le vaisseau emportait les trois apôtres au large des côtes de la Provence.


    Une longue tempête les mit en péril de s'échouer sur les bas-fonds de la Sardaigne ; tirés de ce danger, ils débarquèrent le 3 décembre dans l'île de Malte ; l'escale se prolongea pendant dix-huit jours. Mgr Lambert fut reçu avec honneur par le Grand Maître de l'Ordre et par l'évêque qui le pria de conférer les saints ordres, le samedi des Quatre Temps 18 décembre, à 70 ordinands.


    Le 21, le navire reprit la mer et le 28 mouilla aux salines de Chypre jusqu'au 5 janvier 1661 ; six jours après il débarquait ses passagers au port d'Alexandrette, réputé, comme encore de nos jours, assez malsain à cause des marécages dont il est environné.


    Désormais, il se faudra résoudre à subir les vexations et les insultes des mahométans fanatiques, être sans cesse sur le qui vivre pour dépister ou repousser les attaques des voleurs de grands chemins assurés d'avance de la complicité des guides, suivre des pistes que l'incurie du gouvernement turc ne se soucie guère d'entretenir, et sans possibilité de s'approvisionner en cours de route.


    Partis d'Alexandrette le 20 janvier, on atteignait Antioche le surlendemain, pour constater que les rares chrétiens étaient schismatiques et que l'église, premier siège de saint Pierre, était convertie en mosquée.


    A la sortie de la ville, et après avoir marché toute la journée sans débrider, les trois missionnaires pensaient être proches du gîte, avant de loin aperçu les lumières du village où ils devaient coucher.


    « Le janissaire qui nous servait de guide s'étant éloigné du chemin, par ignorance ou par malice, nous mena longtemps dans la nuit, sans savoir où nous marchions, et nous fit camper en pleine campagne dans un lieu fort écarté. Les plus avisés commencèrent à entrer en soupçon que ce guide ne fût d'intelligence avec d'autres Turcs et qu'il ne leur eût donné ce rendez-vous pour leur faire quelque mauvais parti ».


    Pour parer au danger, réel ou supposé, « nous continuâmes notre marche tant que nos chevaux nous purent porter... On s'arrêta sur une petite éminence où, malgré le froid qui était extrême, on ne permit jamais au janissaire de faire du feu, qui était un moyen de nous faire connaître aux voleurs. Nous demeurâmes ainsi sur pied, montant tour à tour la garde durant toute la nuit. C'est là que nous fîmes l'essai des hôtelleries de ce pays ; notre souper ne nous incommoda point, nous n'avions pas seulement une goutte d'eau pour nous rafraîchir d'une fatigue qui avait duré un jour et une nuit ; nous nous remîmes en route aussitôt que la clarté de la lune nous permit d'entrevoir le pas de nos chevaux ».


    Le 25 janvier, les voyageurs arrivèrent à Alep.








    Henri SY.


    Premier Assistant





    1942/8-11
    8-11
    France
    1942
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