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Décret du 2 août 1908 en faveur de 33 de nos Martyrs

Décret du 2 août 1908 en Faveur de 33 de nos Martyrs Plusieurs fois déjà nous avons entretenu nos lecteurs des Martyrs dont nous espérons la Béatification prochaine. Un grand acte vient de s'accomplir en leur faveur. Le 2 août dernier a été lu en présence du Souverain Pontife Pie X et approuvé par lui le décret qui reconnaît la réalité du Martyre de 33 des témoins de Jésus-Christ en Chine et en IndoChine : DÉCRET POUR LA BÉATIFICATION OU DÉCLARATION DU MARTYRE
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    Décret du 2 août 1908 en Faveur de 33 de nos Martyrs



    Plusieurs fois déjà nous avons entretenu nos lecteurs des Martyrs dont nous espérons la Béatification prochaine. Un grand acte vient de s'accomplir en leur faveur.

    Le 2 août dernier a été lu en présence du Souverain Pontife Pie X et approuvé par lui le décret qui reconnaît la réalité du Martyre de 33 des témoins de Jésus-Christ en Chine et en IndoChine :



    DÉCRET



    POUR LA BÉATIFICATION OU DÉCLARATION DU MARTYRE

    DES VÉNÉRABLES SERVITEURS DE DIEU



    Etienne-Théodore CUENOT, évêque de Metellopolis ; Jean-Pierre NÉEL ; Pierre-François NÉRON ; Théophane VÉNARD, missionnaires apostoliques et de leurs compagnons, mis à mort par les infidèles en haine de la foi.



    SEPTEMBRE OCTOBRE 1908, N° 65.



    SUR LE DOUTE



    Conste-t-il du Martyre et de la cause du Martyre, des signes ou miracles dans le cas présent et pour l'effet dont il s'agit.



    Au milieu du siècle dernier, alors que sévissait en Chine et dans les régions voisines, la plus cruelle persécution contre les fidèles du Christ, on vit se renouveler les antiques exemples, d'un côté, de cruauté et, de l'autre, de force et de constance invincibles. Une nouvelle page sanglante s'ajouta ainsi aux annales des Martyrs, proclamant bien haut la vérité de celte divine prophétie : « Tradent enim vos in conciliis et in synagogis suis flagellabunt vos, et ante regel et praesides ducemini propter me, in testimonium illis et gentibus (Matth. X, 18) ». « Les hommes vous livreront à leurs tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez conduits à cause de moi devant les rois et les gouverneurs pour me rendre témoignage devant eux et devant les gentils. (S. Mathieu, X, 18) »

    Ce témoignage, qu'à notre époque ont rendu à Dieu non seulement des prêtres, mais des hommes de toute condition, nous montre bien que luvre divine ne peut être brisée ni par le fer, ni par le feu, ni par aucune sorte d'embûches. Aujourd'hui les impies ne cessent de répéter que c'en est fait de la religion chrétienne, alors que cependant des prodiges récents et un sang nouveau la font refleurir.

    Dans cette noble milice, se présente, le premier par ordre de dignité, le Vénérable Serviteur de Dieu ETIENNE-THÉODORE CUENOT, évêque de Métellopolis, Français d'origine, parti pour le royaume d'Annam afin d'y propager la foi du Christ ; il fut fait prisonnier et jeté dans une affreuse étable d'éléphants, où il ne pouvait ni se tenir debout ni s'étendre. Après avoir subi de nombreux tourments, il expira, peut-être empoisonné, le 18e des calendes de décembre 1 l'année 1861, peu de temps avant que ne fut prononcée contre lui la sentence qui le condamnait au supplice des cent plaies et à la décapitation.



    1. 14 november.



    L'année suivante, JEAN-PIERRE NÉEL, Français, qui avait pénétré en Chine pour y exercer le ministère apostolique, fut dénoncé comme prédicateur de la foi, enchaîné et conduit au prétoire ; lié à la queue d'un cheval et traîné par l'animal lancé au galop, il subit toutes sortes d'outrages et de souffrances et mourut décapité.

    Vers le même temps, deux prédicateurs de l'Evangile, également Français, appartenant comme les deux premiers au Séminaire des Missions Etrangères de Paris, obtinrent la palme du martyre. L'un d'eux, PIERRE-FRANÇOIS NÉRON, après avoir exercé le ministère apostolique dans le royaume d'Annam, fut chargé de chaînes et enfermé dans une cage. Après trois mois de captivité, il fut frappé de verges et comme le surlendemain de sa flagellation, on lui apportait des aliments il dit : « Emportez-les ; à partir de ce jour, je ne prendrai plus rien de terrestre ». Dès lors pendant 21 jours, il s'abstint de tout aliment, sans voir diminuer ses forces. Frappé par le glaive, il termina glorieusement sa vie. L'autre, JEAN-THÉOPHANE VÉNARD, qui prêcha la foi du Christ au Tonkin, fut tué à coups fie sabre, pour avoir refusé de fouler aux pieds la croix.

    A ceux-là, viennent s'ajouter sept prêtres indigènes de ces régions, auxquels la décapitation ouvrit la voie vers l'immortelle couronne. Ce sont les Vénérables Serviteurs de Dieu, PAUL LOC, PIERRE LUU, JEAN HOAN, PIERRE QUI, PAUL TINH, LAURENT HUONG, PIERRE KHANH.

    D'autres enfin, du peuple, pour la plupart catéchistes, ou auxiliaires des prêtres, condamnés à différents supplices, rendirent témoignage de la foi par leurs souffrances et leur mort. Les uns furent décapités comme MATHIEU NGUYEN, médecin, MICHEL HO DINH HY, préfet du palais royal, FRANÇOIS TRUNG, caporal, PIERRE VAN, JÉRÔME LOU TIN-MEY, LAURENT OUANG, JOSEPH TCHANG, PAUL TCHEN, JEAN-BAPTISTE Lo, MARTIN Ou, JEAN TCHANG, JEAN TCHEN ; d'autres furent étranglés comme JOSEPH LE-DANG-THI, EMMANUEL PHUNG, JOSEPH TCHANG TA-PONG ; d'autres périrent sous les coups et dans des tourments raffinés, comme PAUL HANH, dont les chairs des jambes furent trois fois déchirées avec des tenailles froides et trois fois avec des tenailles incandescentes; d'autres enfin furent exilés, et à peine furent-ils arrivés au lieu de leur relégation qu'ils y moururent des mauvais traitements qu'ils avaient subis, tels ANDRÉ NAM-THUONG, JOSEPH LUU.

    Elles ne manquèrent pas non plus les femmes au cur viril : d'abord deux vierges, AGATHE LIN et LUCIE Y, avec leur compagne, la veuve MARTHE OUANG, qui toutes trois obtinrent par la décapitation la palme du martyre ; LE-THI-THANH, femme DE, distendue violemment sur la croix et frappée si cruellement qu'elle expira peu après.

    Comme tout le monde, principalement ceux qui ont conservé avec une pieuse vénération leurs reliques rassemblées de toutes parts, était persuadé que ces généreux athlètes du Christ avaient vraiment souffert le martyre pour la foi chrétienne, et que de plus cette persuasion avait été confirmée par plusieurs miracles, la Cause fut introduite auprès de la Sacrée Congrégation des Rites, et l'Ordinaire ainsi que le Saint-Siège procédèrent aux enquêtes canoniques.

    Une fois ces enquêtes terminées, reconnues valides et légitimes, la Cause fut reprise, et avec la permission du Saint-Père confiée à une commission spéciale de Cardinaux, qui aidés des. Consulteurs devaient porter leur jugement.

    Dans cette assemblée réunie au Vatican, le 16e jour des Calendes de juillet de l'année présente, le Rme Cardinal Dominique Ferrata, rapporteur de la Cause, proposa le doute suivant : « Conste-t-il du Martyre et de la cause du Martyre, des signes ou miracles dans le cas présent et à l'effet dont il sagit ? » Les RR. Cardinaux et les PP. Consulteurs donnèrent chacun leur avis. Leur jugement fut rapporté fidèlement au Saint-Père par le Rme Cardinal Séraphin Cretoni, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, mais Sa Sainteté fut d'avis de temporiser dans une affaire de si grande importance, et s'abstint de porter un jugement définitif, afin d'implorer avec plus d'instance la lumière divine.

    Enfin, aujourd'hui, 8e dimanche après la Pentecôte, en cette très heureuse année du jubilé sacerdotal de notre Pontife Pie X, pour qui les prochaines Béatifications des martyrs sont un présage de temps meilleurs, le Très Saint-Père, après avoir offert avec piété le Saint-Sacrifice dans sa chapelle privée, a passé dans une des salles dit Vatican 1, où assis sur le trône pontifical, il a appelé auprès de lui les RR. Cardinaux Séraphin Cretoni, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, et Dominique Ferrata, rapporteur de la Cause, ainsi que le R. Père Alexandre Verde, promoteur de la Foi, et moi-même secrétaire soussigné. En notre présence, le Saint-Père a déclaré solennellement : « Toutes les circonstances de la Cause ont été examinées avec soin, et il conste bien du Martyre et de la cause du Martyre, des signes ou miracles dans le cas présent et à l'effet dont il s'agit ».



    1. La salle du Consistoire.



    Sa Sainteté a ordonné de publier le décret et de l'insérer dans les actes de la Sacrée Congrégation des Rites, le 4 des nones d'août 1 de l'année 1908.



    SÉRAPHIN. Cardinal, CRETONI, Préfet de la S. C. des Rites.



    Place du sceau. DIOMÈDES PANICI, Arch. de Laodicée,

    secrétaire de la S. C. des Rites.



    Lorsque Mgr Panici eut terminé cette lecture, le T. R. P. Cormier s'avança ayant à ses côtés le R. P. Cazenave, procureur des Missions Étrangères, postulateur pour la Cause des martyrs des Missions Étrangères, et le R. P. Kaïser, postulateur pour la Cause du vénérable François de Capillas.

    Le R. P. Cormier unit, dans ses remerciements, les deux causes. De sa voix profonde, grave et prenante, le général des Dominicains fit l'éloge des Missions Étrangères de Paris, puis il parla du nouveau protecteur de son ordre. Dominicains et prêtres des Missions-Étrangères, Cause espagnole et Cause française, se trouvaient ainsi réunies ; ainsi était exprimée, par un symbole sensible, la fraternité dé tous les missionnaires, ainsi ressortaient également les profondes affinités que le prosélytisme catholique créé entre les nations chrétiennes.

    Le discours du Pape fut simple, mais de cette simplicité qui monte sans effort aux considérations surnaturelles. C'est avec une sorte de tendresse que Pie X montra, grossissant autour du trône de Dieu, le nombre des intercesseurs qui prient pour notre pays. C'est avec force qu'il commenta cette pensée que la parole du Christ : « Vous serez mes témoins jusqu'aux extrémités de la terre, » ne s'adresse pas seulement aux prédicateurs de l'Evangile, mais à tous les fidèles, qu'elle ne vise pas seulement le témoignage du sang, mais le témoignage de la vertu...

    1. 2 août.




    1908/250-254
    250-254
    France
    1908
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