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Débuts de ministère apostolique au Japon

Débuts de ministère apostolique au Japon
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    Débuts de ministère apostolique au Japon

    Après avoir passé ma première année de mission à Kôbé, je fus envoyé comme vicaire à Osaka. Là, je fus chargé d'assurer deux fois par mois le service du dimanche dans le poste de Nara, devenu vacant par la mort du P. Villion. Dès le début de ce ministère, je m'attachai à cette paroisse. Un jour, — c'était le 21 décembre 1932, — durant mon action de grâces, après la messe, je fis cette prière : « Mon Dieu, si vous voulez me faire plaisir, nommez-moi curé de Nara ». La réponse ne se fit pas attendre : une heure plus tard, au cours d'une conversation avec Mgr Castanier, celui-ci me parla incidemment du poste de Nara, ajoutant qu'il était possible que j'y fusse envoyé. Evidemment il tâtait le terrain pour savoir ce que j'en pensais. Essayant de ne pas trop manifester ma joie, je répondis que je ne serais pas mécontent d'y être envoyé. Quelques jours plus tard, j'étais officiellement chargé de Nara : c'était la réponse du ciel.
    Je mis d'autant moins de temps à faire mes préparatifs que la belle petite chapelle et la maison bâties par le P. Villion devaient être inaugurées par Monseigneur lui-même en la fête de Noël (1). La veille, un bon nombre de chrétiens — au moins un représentant de chaque famille, — étaient venus pour aider à installer dans le nouveau local tous les objets du culte et le matériel de l'ancienne résidence.
    Le 25 décembre fut vraiment un jour de joie. Les chrétiens qui, depuis la fondation du poste en 1905, n'avaient eu pour se réunir le dimanche qu'une pauvre maison de location servant à la fois de chapelle et de presbytère, avaient enfin une gracieuse chapelle bâtie sur un vaste terrain. Monseigneur célébra la messe de minuit. Visiblement toute l'assistance était heureuse, d'autant plus que, en cette nuit de Noël, 8 catéchumènes reçurent le baptême, et huit baptêmes à la fois, jamais cela ne s'était encore vu à Nara. C'était une espérance et un encouragement. De fait, depuis lors la marche en avant continue ; dès le mois de janvier quatre familles commençaient l'étude de la religion.

    (1) Voir « Annales » N° 211, Mai-Juin 1933, p. 145.

    J'avais alors à mon service un bon catéchiste, considéré comme le meilleur du diocèse. Il avait surtout l’avantage d’une grande facilité de parole, aussi les païens et les catéchumènes écoutaient ils avec plaisir ses instructions. Tout allait donc pour le mieux et Monseigneur avait raison de dire que j'étais l'enfant gâté de la Providence.
    Mais cela ne pouvait durer : la conversion des âmes doit s'acheter par des sacrifices. Un jour, sans aucun avertissement préalable, ce catéchiste, sur lequel j'avais fondé de si belles espérances et que je croyais nécessaire à la bonne marche du poste, m'annonce subitement sa décision de me quitter. Cette nouvelle fut pour moi un coup de foudre : jeune missionnaire inexpérimenté, ne connaissant encore qu'imparfaitement la langue, j'avais besoin d'avoir à côté de moi un homme de confiance pour traiter les affaires avec chrétiens et païens, pour rechercher et instruire les catéchumènes. « Que vais-je faire seul dans ce nouveau poste ? » Me disais-je...
    La Providence vint à mon aide promptement et efficacement. Le jour même du départ de ce catéchiste tant regretté, un autre se présentait, qui devait même le remplacer avantageusement. C'était M. Ota, celui qui m'avait donné les premières leçons de japonais à Kôbé ; homme de bon sens, calme, dévoué, chrétien de vieille souche et ancien catéchiste, connaissant à fond la doctrine, c'était vraiment l'homme qu'il me fallait. Ainsi tout s'arrangeait pour le mieux et, en effet, le nombre des catéchumènes, loin de diminuer, ne tarda pas à augmenter. Que de fois depuis lors j'ai remercié la Providence d'avoir permis cette épreuve qui devait être suivie d'une si grande bénédiction pour la paroisse ! Ainsi parfois tout semble désespéré, déjà le découragement nous guette : c'est l'heure de la Providence ; le divin Maître intervient et les difficultés que l'on croyait insurmontables disparaissent comme par enchantement.
    Le grand problème pour nous, missionnaires, c'est d'entrer en contact avec les païens pour essayer de les amener à la vraie foi, car il est rare qu'ils viennent d'eux-mêmes demander à se faire instruire. Ces moyens de contact, chacun s'ingénie à trouver ceux qui lui paraissent les mieux adaptés au milieu dans lequel il vit. Voici, bien simplement, ce qui se fait ici, à Nara.
    La plupart de nos catéchumènes — ils sont maintenant 31, — ont été amenés au catholicisme grâce au zèle de quelques chrétiens parmi leurs connaissances païennes ; les autres étaient préparés depuis longtemps par le P. Villion, qui entretenait régulièrement des relations avec eux, — travail de patience évidemment, mais qui, à la longue et avec la grâce de Dieu, produit ses fruits.
    Chaque samedi une séance de catéchisme, agrémentée parfois de projections, a lieu pour les enfants. Les chrétiens y sont peu nombreux, mais ils amènent des amis païens, et ainsi chaque semaine une trentaine d'enfants reçoivent une instruction religieuse. Parmi eux des païens même, non contents d'écouter les explications, veulent prendre part à la récitation du catéchisme, ce qui leur donne droit à une récompense supplémentaire. Pour que ne soit pas perdu le fruit de ce premier travail, une chrétienne de bonne volonté, se faisant catéchiste, rend visite aux parents de ces enfants et ouvre ainsi des relations qui contribueront à augmenter le nombre des catéchumènes.
    Un autre moyen — qui peut-être fera sourire, — c'est le tennis. Les Japonais sont grands amateurs de sports. Les joueurs sont d'abord les chrétiens, mais aussi les amis païens qu'ils invitent à se mesurer avec eux. C'est ainsi que, lors de l'inauguration de notre cours, des employés de la préfecture, des professeurs de l'école normale et autres personnalités sont venus montrer leur habileté. Peut-être après avoir franchi le portail de la mission pour s'y amuser, d'aucuns demanderont-ils à pénétrer dans l'intérieur, et jusque dans la chapelle, et adoreront un jour le Dieu qu'ils ignorent.
    Faire d'un païen un chrétien exige beaucoup de temps et de peine. Pour instruire les catéchumènes, il est impossible de les réunir tous ensemble comme on le fait en France pour les enfants. Pris par le travail, habitant souvent loin de l'église, ils ne peuvent venir à la mission à jours et heures fixes : il faut aller les instruire à domicile, et seulement le soir, quand le labeur de la journée est terminé. Cette nécessité, pénible pour les instructeurs, à qui elle s'impose chaque jour, a des avantages. L'instruction ainsi donnée, profite à tous les membres de la famille, parents et enfants ; les explications peuvent être plus détaillées et les catéchumènes posent des questions, demandent des éclaircissements, ce qu'ils n'oseraient faire en séance publique ; enfin les voisins viennent souvent pour entendre, eux aussi, parler de la doctrine chrétienne et ils prennent ainsi contact avec le missionnaire.
    Généralement le catéchisme est ainsi expliqué en entier au bout d'une année ; si, durant cette période, le catéchumène a été fidèle à l'assistance à la messe du dimanche, il peut être admis au baptême. Quelques-uns plus fervents, le reçoivent après seulement 8 ou 10 mois d'instruction et de pratique religieuse ; d'autres, au contraire, ne sont baptisés qu'après 18 mois ou 2 ans d'épreuve ; d'autres enfin ne persévèrent pas jusqu'au bout et, bien que convaincus de la vérité de la religion, reculent devant les devoirs qu'elle impose. Mais heureusement ceux qui ont le courage de poursuivre jusqu'à la fin la préparation nécessaire deviennent des chrétiens fervents, souvent exemplaires. Cette ferveur des néophytes est, pour le missionnaire, la meilleure preuve et la plus douce récompense de ses sacrifices.
    Si, aux détails qui précèdent on ajoute le nationalisme traditionnel des Japonais, — qui les met en garde contre tout ce qui vient de l'étranger, y compris la religion, — on s'expliquera les raisons de la lenteur des conversions en ce pays. Mais l'heure de Dieu viendra. Tous les missionnaires sont optimistes, parce qu'ils constatent que de plus en plus l'opinion publique se montre favorable au catholicisme, et le temps n'est peut-être pas éloigné où les conversions atteindront le même rythme que dans d'autres pays de mission plus favorisés aujourd'hui. Les héroïques Martyrs que le Japon a donnés jadis en si grand nombre à Jésus-Christ et à son Eglise obtiendront de Dieu cette grâce pour leur patrie !

    Alfred MERCIER,
    Missionnaire d'Osaka

    1934/111-115
    111-115
    Japon
    1934
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