Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Croyances des Dioi 2 (Suite)

Croyances des Dioi Par le P. Williatte, de la Mission de Lanlong (Suite) Diverses sortes de Fang et Maladies Ces « Fang » sont-ils des diables ou les mânes des morts comme les « Chié » ? Un sorcier m'a assuré qu'il y a des « Fang » qui ne sont pas mânes : mais je n'ai guère vu de superstitions au diable non accompagnées d'offrandes de mets, d'où je crois que nos Dioï confondent défunts et diables ou croient que les diables peuvent eux aussi être torturés par la faim.
Add this
    Croyances des Dioi
    Par le P. Williatte, de la Mission de Lanlong

    (Suite)

    Diverses sortes de Fang et Maladies

    Ces « Fang » sont-ils des diables ou les mânes des morts comme les « Chié » ? Un sorcier m'a assuré qu'il y a des « Fang » qui ne sont pas mânes : mais je n'ai guère vu de superstitions au diable non accompagnées d'offrandes de mets, d'où je crois que nos Dioï confondent défunts et diables ou croient que les diables peuvent eux aussi être torturés par la faim.
    Les locutions en usage chez les Dioï sont du reste à l'appui de cette assertion. Quelqu'un meurt-il, on lui donne le nom de « fang »; aller aux funérailles s'appelle « pleurer le fang », et la maison mortuaire : « maison du fang ». Les parents du défunt depuis l'heure de la mort jusqu'à l'enterrement se nomment « père du fang, mère du fang », et la viande offerte au défunt « viande du fang ». Les sorciers par moi interrogés disent ne savoir que ce que leurs patrons leur ont enseigné sans leur jamais dire le pourquoi : seule, la routine irréfléchie tient ici lieu de doctrine et de tradition. D'où selon moi le mot « fang » signifie tout à la fois « diable » et « âmes des morts ».

    FANG GO HAY

    Le plus redouté de tous les « fang » est sans contredit le « Fang go hay », diable qui jette le sort. Quelqu'un est en brouille avec autrui et veut lui nuire dans ses biens et sa personne: il invite un sorcier connu comme « jetant les sorts », car peu de sorciers exercent ce métier périlleux. L'opérateur monte sur une haute montagne à l'écart du village, invite à haute voix le « fang go hay » et lui immole poule, canard, porc et chien. L'importance de l'offrande indique assez que ce diable n'est pas individu, mais troupe, comme la suite le prouvera.
    Si le sorcier a pu obtenir un simple fil d'un habit de celui à qui il veut nuire, il le cache dans un tube de bambou qu'il enfonce dans la vase ou le gouffre de la rivière. Sinon, il écrit à l'encre rouge le nom du condamné sur une feuille d'arbre, décapite un coq, place cette feuille dans le bec du coq et va cacher tête et feuille dans la vase ou le gouffre.
    Ensuite, il fait force incantations : « Dragon », porte ce nom et cache-le bien sous terre! « Tonnerre », emporte-le au ciel ! Que les diables soient aussitôt envoyés en troupe! Qu'à la vallée du haut tous les chevaux meurent ! Qu'à celle du bas périssent les buffles! Que les esclaves tombent sans vie à la porte sur la rue ! Que les porcs expirent près du pilon ! Qu'à l'intérieur « un tel » soit affligé de mille maux! Qu'en un même jour une ou deux de ses femmes tombent malades ! Qu'en un autre périssent un ou deux mâles de ses enfants! Que le mal augmente avec les superstitions qu'il fera! Que sa famille périsse et s'éteigne !... »
    Peu à peu la maladie s'abattra sur la dite famille, n'épargnant ni gens ni bétail, et plus elle fera de superstitions, plus le mal augmentera ; on ira consulter une sorcière « ya » qui de suite dira : « Ton nom est dans le tube caché au fond du gouffre ; quelqu'un t'a jeté un sort, invite le sorcier, moi je vais chercher le tube et retirer ton nom des mains du diable ».
    Le sorcier invité immolera un buffle, en offrira la tête et les intestins en sacrifice en lisant le livre des haines de deux frères ennemis « Man et Chou », ancêtres des Dioï. Le calme reviendra alors dans le logis.

    FANG TEUR TAOU

    Parfois sous les nues on entend des cris aigus : « Ouac, ouac ». La vue la meilleure n'aperçoit rien. Demandez aux Dioï quel oiseau vole si haut qu'on ne le puisse voir; ils vous répondront : « Ce n'est pas un oiseau, c'est le « diable chasseur » (ou plutôt la troupe des diables chasseurs) qui cherche une victime humaine ». Le cri perçant de cet oiseau fait frémir les païens et si l'un d'eux est pris subitement d'un mal véhément, fièvre ou autre, le sorcier déclare que le « fang teuk taou » l'a frappé, et impose un sacrifice pour l'apaiser et l'éloigner. Une triple offrande est préparée sur trais tables: un porc pour le chef diable chasseur, un chien pour les cinq diables qui tiennent ses chiens en laisse, et une poule pour les deux diables porteurs de filets. Naturellement vin, riz et encens, accompagnent toutes les offrandes d'animaux.
    Si ce premier sacrifice ne sauve pas le malade, un second sera offert.

    FANG SOUI SAI

    On appelle ainsi des diables qui s'attaquent aux gens en procès, comme pour punir leurs concussions ou injustices.
    Quand l'une des parties tombe malade après le jugement, elle sort de sa maison, et offre au diable près de la clôture du jardin un sacrifice consistant en un porc, une poule, un chien ou trois livres de porc, avec encens, vin...
    Faisant alors tout haut sa confession, elle avoue au diable avoir employé tant et tant pour son procès, et comment et combien elle a gagné: le diable satisfait doit alors s'éloigner.

    FANG KA RIA

    On les nomme aussi « song kouang kia » (les deux jeunes orphelins) ; ce sont les mânes d'orphelins morts sans parenté, qui vont de-ci de-là chercher un repas; et n'ayant point été éduqués en cette vie, maraudent, gobent les oeufs du poulailler, ou par gaminerie font tourner le vin nouveau. On ne les honore que si d'après le sorcier ils ont nui à quelqu'un. On accroche alors de la paille enroulée à l'un des supports du séchoir suspendu au-dessus du feu, et on pique un bâtonnet d'encens dans cette paille, en promettant une poule si ces diablotins s'éloignent. Si leurs exactions ne cessent pas, le « pao mo » sacrifie une poule à laquelle il ajoute un pied de boeuf ou de buffle bouilli, offrande que la famille mange ensuite.

    FANG PAH SANG

    C'est l'arc-en-ciel personnifié; on l'appelle aussi « fangchong » (diable arc). Il est honoré au-dessus de la cuve à eau, et on y accroche un manchon à poules en bambou. Si, d'après la déclaration du sorcier, il a rendu une personne malade, on lui offrira près de ce manchon un morceau de viande et de l'encens.

    SAO BAN

    Cette expression signifie « purifier le village ». Si l'incendie détruit le village en tout ou en partie sans qu'on puisse s'en prendre aux voleurs ou à la rancune, ou si la peste a fait des victimes, maître sorcier d'accuser les mauvais génies dont il faut purifier le village.
    On honore d'abord au milieu de la place les soi-disant ancêtres des Dioï, deux frères nés de deux mères, toute la vie ennemis l'un de l'autre, et qui employèrent tour à tour ruses et maléfices l'un contre l'autre. Avec des arbustes, le sorcier leur élève un cabanon sur quatre colonnettes, le divise en deux chambrettes bien séparées. Aux pieds des colonnes il pose quatre gerbes de riz pour les coursiers des deux frères, puis dans chacune des chambres il dépose un bol de riz, un bol de vin, et une demi poule bouillie, la tête chez le frère aîné.
    Après cette offrande on présente une poule au sorcier; il lui coupe la crête, fait force gestes cabalistiques sur elle et la pose sur sou sabre où elle se tient debout. On lui présente alors un canard ; il l'enferme en son manchon en osier, y attache une ficelle et le fait tirer derrière lui par un gamin.
    Puis sabre en main, la poule ensorcelée restant dessus, il parcourt tout le village; à chaque maison il allume une torche faite d'herbes et l'arrose avec de la farine de sarrazin (ou à son défaut avec de l'huile), afin que le crépitement semblable à celui de la poudre effraie et chasse le diable de la maison. Le gamin qui le suit fait alors trois fois le tour du foyer en tirant son canard en l'honneur du « chié » du foyer ; puis d'un coup de pied le sorcier fait culbuter le trépied et asperge le feu de farine de sarrazin. En repassant la porte, il accroche aux deux côtés des sabres de bois qui tiendront les diables en respect. Puis il va dans une autre maison recommencer ses rubriques.
    Quand la dernière maison a été ainsi purifiée, il va sur la place, pose un van en équilibre sur son sabre, dépose dessus la poule, la désenchante et la laisse s'envoler, puis il donne un coup de pied qui, si le van tombe sens dessus dessous est d'excellent augure .
    Il va alors aux entrées du village, y tend une corde au travers de la route à un mètre et demi du sol, y colle des papiers chargés de signes cabalistiques interdisant aux mauvais esprits l'entrée du village.
    Il immole enfin un coq aux diables et le leur jette dans 'la brousse, tandis que les suivants font un bruit assourdissant de cymbales. Effrayés par ce tintamarre les diables filent bien loin et ne reviendront plus.
    Le sorcier reçoit alors quelques piastres et emmène le canard qui lui est laissé, tandis qu'un membre de chaque famille assiste à un repas commun.
    Comme les voleurs ont la coutume d'incendier s'ils ne peuvent voler, et que la peste revient tous les deux ou trois ans, le « sao ban » est fréquent. On y aura même recours si le feu étant mis aux hautes herbes pour ouvrir des champs ou chasser les fauves, le vent propage l'incendie jusqu'aux maisons du village, car toujours le diable a causé ce malheur.

    SAI LA PIAN

    Entrant dans une maison dioï, vous apercevez parfois accroché à la cloison une planche ; portant un bol plein de cendre, dans laquelle sont piqués un bâton d'encens et un petit drapeau blanc. « C'est, vous dira-t-on, pour honorer le « sai la pian » qui est venu donner une maladie à un membre de la famille ». Le sorcier consulté a ordonné un sacrifice : une poule pour les suivants du « sai », puis le mal ne diminuant pas, un porc pour le « sai » lui-même. Qu'est ce « sai » (mot qui signifie mandarin ou seigneur) ? Ce sont d anciens seigneurs féodaux du marché de « La pian » qui par leurs exactions soulevèrent les « Dioï» et furent par eux jetés dans la rivière « Les mânes, dit-on, se vengent sur tout le pays dioï et gardent dans la tombe leur passion pour la chair de porc ».

    SAO CHOK

    Un buffle meurt-il dans l'étable, deux diablotins surnommés « les deux princes de la précédente génération » ou « les deux seigneurs orphelins » sont dits auteurs du délit. Une livre de porc et du vin avec deux bols de riz, encens et papiers de sapèques, sont offerts par maître « pao mo » sur une table à l'entrée de l'étable, puis a lieu un repas ; les vilains orphelins s'en sont allés ailleurs.

    SIANG CHANG

    Lorsqu'un « Dioï » se blesse fortement ou se casse un membre, les diables « siang chang » ou « guerriers blessants » lui ont nui. Le mal s'aggravant,le sorcier prépare trois tables portant l'une un porc avec quatre bols, la seconde une poule et quatre bols, l'autre du chien ou buffle avec cinq bols, selon le nombre et la qualité des diables à apaiser.

    SIANG KOUN SIEN

    Diables qui donnent les maux d'yeux. Pour les apaiser on prépare dans la cour une table de deux bols et une de 4 ou 6 bols. Le « pao mo » sacrifie d'abord une chèvre ou porcelet (parfois une oie) puis avec des branches de pêcher il fait des flèches ; d'une branche de saule fait un arc, et blessant une poule, pas assez pour qu'elle en meure, il trempe la pointe des flèches dans son sang et les tire aux quatre coins de l'horizon pour chasser les diables.
    Si le mal continue, il fait avec des bâtons une miniature de maison à étage, place au rez-de-chaussée 2 bols, à l'étage 2 autres, et 5 de chaque côté sur des tables basses. Un porc roux (ou à son défaut une poule blanche) avec du vin fera les frais de ce sacrifice, mais désormais le malade devra se priver de porc roux ou de poule blanche aux repas. C'est le « sacrifice de fumée sur le séchoir ».
    Si le mal persiste, a lieu le sacrifice dit : « trois fourneaux rouges ». Près du village, là où s'installe le forgeron de passage, on fait trois fourneaux avec leurs marmites. Le sorcier immole, fait bouillir, puis offre porc, poule et boeuf. Quand la table est servie, il tue une autre poule, trempe un clou dans son sang et va fixer ce clou au pied de l'enclume.
    Si ce suprême moyen ne réussit pas, il abandonne le malade à son malheureux sort.

    PANG JAI JOUI

    Un enfant se met-il à mâcher la braise du feu, sa mère le croit tourmenter par les « diablotins poux de poule ». Le « pao mo », pour l'en délivrer, offre sur la cuve à eau une poule, du porc, du riz, du vin et du papier de sapèques. Puis saisissant une autre poule, il la blesse, et trempant un bâton pointu dans son sang, il en pique un petit morceau de toile et fixe ce bâton dans la cloison en bambous derrière la cuve.

    PANG NOUK

    Deux diables sont accusés de rendre les gens sourds. Quelque sourd veut-il guérir, il allume du feu sous le grenier à riz bâti sur pilotis près de la maison. Le sorcier offre alors sur la traverse qui relie les colonnes, un poulet avec du boeuf et deux bols.

    PANG HA NOU

    Mot à mot « diable des mendiants c'est-à-dire diable de la lèpre ». Où attribue ce mal ainsi que l'éléphantiasis aux mânes des mendiants qui, après leur mort, sont censés parcourir le pays comme durant leur vie et n'ont pas corrigé leur méchanceté. Pour les chasser et le mal avec eux, trois tables sont préparées, deux de deux bols et une de quatre bols. Sur la première on ajoute une autre table plus petite avec viande, et sur toutes on offre riz, vin, encens et papier de sapèques. Puis le sorcier exorcise le malade, et maudit les diables mendiants qui, tout honteux, doivent aller traîner leurs loques ailleurs. Et le sorcier de faire bombance avec la famille.

    PANG TA JAÏ

    « Diables aux yeux troubles ». Si quelqu'un voit tout tourner autour de soi, ou tombe en syncope, on offre aux « siang koun sien » du porc et une poule avec vin et encens, le tout posé sur la meule à moudre le maïs ; la meule est entourée de deux brasses de toile qui reviendront au sorcier. Après maintes récitations, celui-ci fait trois fois le tour de la meule et le repas a lieu. Et si la guérison n'est pas obtenue, le « pao mo » cherche à l'aide de sa balance quel autre diable a pu nuire au malade.
    La même chose a lieu pour guérir les gros abcès.

    PANG KEOUING

    Pour guérir le mal de dents, maître sorcier s'installe près d'un arbre, offre « au diable qui nuit aux dents » une poule et des poissons ou de la viande fumée; puis il récite quelques formules qui doivent faire passer ce mal dans l'arbre et le faire mourir, tandis que le patient en sera soulagé.
    Pour arrêter le saignement du nez, notre artiste fait un bracelet magique composé de fils de fer, d'argent et de cuivre et le passe au poignet du patient.

    PONT POUR AVOIR DES ENFANTS

    La dame qui désire sortir de la stérilité fera poser une pierre comme pont à un petit ruisseau, suppliant par cette bonne oeuvre « la grande mère du ciel » de lui accorder des enfants. En même temps le sorcier offrira deux oeufs rouges (symbole d'enfants mâles), et de la viande de porc avec une poule et un canard. On festoie alors auprès de ce pont.
    Ou bien on fait du « Kiou lo » ; le sorcier dresse 4 piquets et en fait un cabanon en plein village au milieu de la route. Les enfants et jeunes gens y viendront jouer et se reposer, ce qui portera bonheur à la dame stérile.
    Si un enfant naît, pour qu'il soit viable, on retourne au ruisseau (ou au cabanon) on y dépose huit aunes de toile bleue (part du sorcier) et une de toile blanche. On immole une poule qu'on fait bouillir avec du porc, puis on brûle de l'encens et du papier de sapèques. Un repas a lieu et la famille offre au « pao mo » en actions de grâces, de l'argent, une autre poule, des gâteaux de riz, gluant et une gerbe de riz. Ceci s'appelle « ouan oua », c'est-à-dire rendre les fleurs ou actions de grâces pour un enfant né.

    PANG GEUEU

    Ce mal est dû, disent les Dioï, à la respiration du Dragon (geueu) ou au vent tournant autour d'un homme et lui causant le « geueu jo », rhumatisme articulaire, ou « geueu jam » hydropisie, selon que le malade a été pris sur la montagne ou au bord de l'eau.
    Si c'est le rhumatisme, le sorcier ne le guérit pas et renvoie le patient au médecin : que n'en fait-il autant pour toute maladie !
    Pour l'hydropisie, il prend avec lui une paire d'habits et le chapeau de paille du malade et va au bord de l'eau, offre au dragon canard, coq rouge, porc roux, deux aunes de toile et deux gerbes de riz. Faisant avec une branche d'arbre une sorte de violon, un flageolet et une flûte, il les suspend aux hautes herbes il en fait un mannequin à l'aide des habits et du chapeau du patient. Si quelque retardataire passe là la nuit, rencontre le mannequin et prend peur, le mal du dragon doit sur l'heure quitter le malade pour s'attacher à cet homme.
    La toile et le riz sont au sorcier qui, avant de rentrer, dépose un oeuf dans l'eau, puis à l'aide d'un bracelet attaché à un fil, fait remonter l'oeuf et le reçoit sur la manche : « C'est, dit-il, l'âme du patient tombée entre les griffes du Dragon. Attachant le bout d'un écheveau de fil au bord de l'eau, il part en dévidant ce fil jusqu'à la chambre du malade, afin que l'âme délivrée des eaux puisse le suivre. Il fixe le fil au chevet du malade, offre à l'esprit un oeuf sur un bol de riz, une poule et de la viande de porc avec du vin, récite quelques formules et pour fixer l'âme dans la chambre, il suspend le bracelet à une tige de bambou qu'il accroche à la porte. Le repas a lieu, le malade ne doit pas mourir.

    FEU SUR LA MONTAGNE

    Quand l'incendie a détruit une de ces paillottes qui servent d'abri pour garder les champs, on offre aux diablotins qui ont commis ce délit, un pied de buffle avec vin, encens, riz et papier. Le sorcier exorcise le terrain et on rebâtit la paillotte.

    FOLIE

    Pour ce mal comme pour l'hydropisie, les Dioï croient s'en délivrer en le passant à autrui. On offre un sacrifice de sept tables sur la montagne à l'écart du village. Près des tables est posé un mannequin fait d'une gerbe de riz recouverte d'un vêtement usé du malade. Si un passant y heurte la nuit, il sera pris du mal dont il délivrera en même temps le patient.

    HAP JON

    « Fermer la route ». Si un enfant de trois ans est jugé trop intelligent pour son âge, de peur que par jalousie les diables ce lui nuisent, on invite le sorcier à « fermer la route », c'est-à-dire modérer l'élan de ses facultés. A la rencontre de deux routes, on immole un porc et une poule, on désosse la viande et on l'offre sur trois tables de 2, 3 et 4 bols. Le manchon de bambou qui renfermait le porc reçoit les os et est fixé sur la route avec un bâton. Un repas a lieu et on se retire.

    KIAI CHIANG KOUN

    Quand un enfant a vu le jour, notre maître vient trois jours de suite réciter mainte formule. Puis il prépare deux tables superposées, offre du porc sur celle du bas, une poule sur celle du haut, afin de rendre propices à l'enfant les esprits supérieurs et inférieurs.
    La mère devra s'abstenir quelques jours de boeuf, de poisson et de riz cuit dans un ustensile de cuivre de peur que le dragon dont le nom se dit en dioï « louang », tout comme le mot cuivre, ne s'irrite contre son enfant.
    Chaque enfant a un pang attaché à l'année, au jour et à l'heure où il est né; le devin « souan min » est invité pour le découvrir, et chaque année on lui offrira un sacrifice pour protéger cet enfant. Le « pao mo » inscrit donc le nom de ce pang sur un billet avec la date de naissance ; il l'orne de signes cabalistiques et le colle au haut de la porte de la chambre. On l'appelle « billet de vie ». Un sacrifice a lieu au dit pang et un repas su it.

    KIEIN

    Si un enfant pleure sans cesse et a les yeux effarés, le sorcier déclare que la « déesse aux yeux brillants » vient l'effrayer. Il lui offre en conséquence un poulet et quelques morceaux de viande de porc.

    CHOUM MING

    L'enfant est-il maladif, le « pao mo » copie la date de sa naissance et l'enferme dans une pochette de toile qu'il coud sous le col et sur l'habit de l'enfant. C'est la « pochette de vie». L'âme ainsi attachée ne pourra courir de droite et de gauche, ce qui produit la maladie.
    Parfois, il va au grenier à riz et cache cette pochette sous le riz, récitant force incantations afin que les esprits malfaisants ne la puissent trouver.

    HON HAY

    Parfois pour une maladie d'enfant, le sorcier fera comme pour l'hydropisie, ira au ruisseau recueillir du fond de l'eau un oeuf tiré avec un bracelet jusque sur la manche d'un habit de l'enfant, le portera à la maison et suspendra le bracelet à la porte de la chambre.

    MORT D'ENFANT

    Si un enfant meurt en bas âge, on ne le sort pas par la porte comme les grandes personnes pour aller l'enterrer. Entre ouvrant la cloison de bambous, on le fait passer par cette brèche faite près de la porte. Si la maison est entourée de planches ou d'un mur, on écarte le battant de la porte de manière à faire une brèche entre lui et le mur ou les planches. L'âme de l'enfant ne retrouvant pas de passage après que tout a été remis en état, ne pourra rentrer au logis que lui interdisent ses parents, furieux qu'il ait trompé leur attente.
    En quelques endroits, avant de mettre l'enfant dans la bière, on lui assène sur la tête trois coups de marteau en le maudissant ; ou bien après l'enterrement on donne trois coups de pied à la tombe, afin que l'âme effrayée n'ose revenir chez ses parents.

    FIANÇAILLES ET MARIAGE

    Le sorcier n'assiste pas aux fiançailles ; la famille se borne à examiner si la date inscrite sur le « billet de vie » du jeune homme correspond à celle de la jeune fille, de peur que des malheurs ne s'abattent sur le futur ménage. Le devin compare et, sur son avis favorable, les parents fixent ou non les fiançailles.
    La veille du mariage, le sorcier vient chez la fiancée, fait d'abord offrir des présents aux ancêtres qu'elle doit quitter : puis a lieu le souper, et chacun se couche.
    Au petit jour, après maintes formules destinées à procurer le bonheur de la future épouse, le sorcier étend à la porte une brasse et demie étoile sur laquelle elle passera en quittant la maison maternelle. En arrivant chez le futur, une autre brasse de toile est étendue de la même façon, et dès l'entrée de la fille, des présents sont offerts aux ancêtres du fiancé, tandis que garçon et fille se saluent mutuellement comme contrat matrimonial; ils saluent ensuite les ancêtres et lés parents du jeune homme. L'épouse se retire alors dans la chambre préparée pour elle, où ses compagnes l'entretiennent et lui servent à manger. La toile étendue à terre appartient au sorcier.
    Comme présents de noces, la parenté offre un porc ou une chèvre avec deux inscriptions qu'ils présentent au son de la musique, et des pétards si le degré de parenté est très rapproché. Les pauvres offrent de la viande et du vin.

    MORT D'ADULTE

    Dès qu'un adulte a rendu le dernier soupir, s'il porte aux habits des boutons de cuivre, de suite, on les arrache, car cuivre et dragon se disent tous deux « louang » eu dioï, on craint que le Dragon ne rende l'âme malheureuse, et ne lui permette pas d'arriver à la terre des aïeux.
    Si la famille est riche, elle invite le « pou tao » et ses aides à venir chanter en s'accompagnant des instruments de musique ordinaires, trompettes, flûtes, flageolets, triangle et tambour. lls prieront plus ou moins longtemps suivant la fortune de la famille, parfois même soixante-quatorze jours, et durant tout ce temps, le cercueil restera au milieu de la maison.
    Quand enfin le cortège sort pour l'enterrement, le chef « pou tao » envoie ses aides pour chanter le long de la route ; lui, reste à la maison pour la purifier.
    Des turbans blancs sont donnés à tous ceux qui viennent prendre part aux funérailles et le « pou tao » et ses gens reçois vent une forte récompense.
    Si la famille est pauvre, elle se contente d'inviter le « pao mo » et son aide, qui reçoivent comme salaire huit gerbes de riz, un coq, deux brasses de toile et le turban de deuil.
    Dès son arrivée, le sorcier fait des gestes diaboliques sur le cercueil, et récite la route que l'âme doit suivre pour arriver là où sont ses ancêtres. Puis il ensorcelle un coq et le pose debout sur une perche que son aide portera devant le cercueil durant la marche. Lui reste à la maison et récite d'autres prières sur ce catafalque d'un nouveau genre.
    Arrivé près de la fosse, avant d'y laisser descendre le cercueil, l'aide sorcier fait passer trois fois le coq sous lui. Quand la fosse est comblée, les parents y fixent un parasol en papier conférant au défunt l'ordre mandarinal en l'autre monde. C'est le gendre du défunt qui, selon la coutume, avec accompagnement de musique et de pétards, offre à son beau-père le parasol, un oriflamme, un porc, une jarre de vin, deux sortes de riz décortiqué, une poule, un canard, de l'encens, du papier de sapèques et des gâteaux. Les neveux ont de leur côté apporté des oriflammes, et les parents de tous degrés des rouleaux de sapèques avec encens, pétards et papier. Une table posée dans la maison près du défunt a reçu ces présents avant que chaque arrivant fasse le grand salut au cercueil. Mais seuls les oriflammes sont portés au cortège, et l'enterrement terminé, les oriflammes sont reportés à la maison mortuaire pour l'orner durant le deuil, et l'éloge du défunt écrit sur eux en grands caractères sera lu par tous les visiteurs.

    Toujours le cercueil est mis en terre dans le sens de la pente du terrain, la tête en haut, en un lieu choisi par le devin.
    Le coq rapporté sur sa perche est désenchanté et nourri comme auparavant. Avant de passer le seuil au retour, les membres du cortège se lavent pieds et mains, et enjambent un feu de paille qui flambe devant la porte. Tout est ainsi purifié.
    Trois jours après, le « pao mo » revient, met de la cendre en tas près de la porte, et la couvre d'un crible avant que les habitants se couchent. De bon matin il revient et découvre la cendre qui doit porter l'empreinte du pied d'une poule, ou d'un chien, ou d'un daim, etc...selon que le mort s'est métamorphosé en oiseau ou en animal. Souvent, disent les Dioï, après le troisième jour, l'âme du défunt revient, attise un instant le feu couvert de cendre, puis s'en retourne
    Après un mois, le fils du défunt invite ses parents à venir clore le jeûne, car il s'est, un mois durant, abstenu de viande, graisse et poisson, et n'a point chanté. Un repas clôt ce jeûne, mais le deuil dure trois ans.
    Les trois années écoulées, a lieu le « hay saou » où clôture du deuil. Les invités se rendent au tombeau qu'on entoure de pierres et, si la famille en a le moyen, on pose la pierre tombale debout. L'herbe a été rasée tout autour et on brûle des piles de papier de sapèques. Maître sorcier cherche la « veine du dragon c'est-à-dire un lieu où l'eau coule ou suinte : il y pique un bâtonnet d'encens, attachant à ce bâtonnet le bout d'un fil, puis dévidant le fil, il va faire le tour du tombeau et noue le fil, mettant ainsi ce tombeau sous la protection du « Dragon ». Il immole un boeuf aux mânes dés parents défunts, et les parents y ajoutent du vin, du riz, de la viande. Le « Dragon » reçoit un canard et une poule. Le fils du défunt et les parents livrent alors aux flammes leur turban de deuil et festoient sur place. Le deuil est terminé.
    Au retour à la maison a lieu un nouveau repas. On offre au défunt une poule et de la viande sur la table des ancêtres. Durant le repas, un poète dioï chante le « hay saou » ou la fin du deuil (le chant sera traduit plus loin).
    Chaque année, le jour de la mort de son père, le fils peut faire semer le millet mais ne peut faire lui-même ce travail.

    Mot à mot : « deuil sur le mannequin d'herbe ». Quelqu'un est-il mort en pays lointain, trop loin pour que son épouse ait pu faire transférer son corps, elle fait chez elle l'enterrement comme il suit :
    On prépare avec des herbes un mannequin qu'on couche sur le lit nuptial. L'épouse cuit le riz comme si son époux dormait : le repas préparé, elle va l'appeler par trois fois ; et n'obtenant aucune ré ponce, elle commence à se lamenter sur l'air des pleureuses comme pour une mort récente. A ses cris, les parents et amis viennent pleurer avec elle. On apporte un cercueil où l'on place le mannequin ; le sorcier invité fait les cérémonies comme si le corps était présent et l'enterrement a lieu.

    TIEN LEANG POU CHEOU

    Parfois un vieillard se sent fatigué plus que de coutume ; désireux d'ajouter quelques unités à sa longue vie, il fait écrire par le « pao mo » une inscription sur une tringle de bois portant en son milieu un signe cabalistique. On y attache des tubes de bambou contenant du riz décortiqué préalablement offert au diable en même temps qu'une poule, de la viande. La tringle est suspendue sous le toit ou au haut d'une colonne et l'on festoie joyeusement en félicitant l'heureux vieillard.

    KIOU TANG KONG

    Une autre façon très drôle pour le vieillard de rengager sur cette terre est celle-ci : le sorcier pose devant la porte d'entrée, en dehors de la maison, une chaise en bois. Ayant fixé ce siège, il dépose dessus et devant une offrande au diable, poule, viande, riz, vin et encens. Les parents et amis seront désormais priés de se reposer sur ce siège avant d'entrer, et leurs forces, ainsi réparées, augmenteront d'autant celles du maître du logis.

    CHANT DU « HAI SAOU » OU FIN DU DEUIL

    Notre père étant vieux est allé chez les « Pat »,
    Notre père étant vieux est allé chez les « Sien ».
    Nous l'avons pleuré trois ans depuis l'an « jou »,
    Nous l'avons pleuré neuf ans depuis l'an « chi ».
    Demain il est temps de clore le deuil ;
    Demain dès le crépuscule ses fils iront clore le deuil.

    Avant que notre père fût mis en ce tombeau il poussait là des pins et des mûriers ;
    A présent que notre père est dans cette tombe le rocher nu se dresse en face.
    Ce tombeau contient cinq enfants mâles et deux bacheliers renommés.
    (La famille espère cela du défunt, vu le bon emplacement du tombeau).
    Partout où va notre père, on vient le chercher en palanquin.
    Le Dragon est enroulé au pied du tombeau ; quatre collines descendent vers lui ;
    Le Dragon du fond du bois l'entoure.
    La tète du Dragon, de quel côté vient-elle ?
    Le corps du Dragon, de quel sens vient-il ?
    La tête est au pied de la colonne d'airain là-bas.
    Le corps passe par ce contour-là ;
    Il forme ici ce monticule ;
    Il entre ici, d'où ce tombeau.
    Le tombeau est bien situé, hien orienté.
    Un tombeau bien situé est sur un monticule,
    Un grand tombeau doit être sur une éminence.
    La troupe des sauterelles et des insectes, portant, l'un la théière, l'autre la boîte à tabac, viennent l'entourer par groupes et par bandes, par mille et par dix mille viennent le servir.
    Toute la cour des esprits de la forêt, descendent écouter leur seigneur maître.
    « Seigneur maître, qu'avez-vous reçu ? »
    Le seigneur a reçu des fleurs rouges,
    Il en pique une sur la table du haut :
    Ce sera une tante ;
    Il en pique une sur la table du bas :
    Les idiots deviendront intelligents ;
    Le buffle courbe ses cornes vers la tête.
    Sans parler des petits et des humbles, notre famille s'élève à douze mille membres, atteint treize et quatorze mille.
    L'un siège à la ville de SO, (nom de Lanlong en dioï)
    Un autre siège à Minkou, (nom de Tchenfong eu dioï)
    Recevant des traitements de mandarins.

    1928/66-81
    66-81
    Chine
    1928
    Aucune image