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Coupons-le en morceaux !

Coupons-le en morceaux ! Les Chinois sont vraiment d'une gentillesse effarante, qui, à l'occasion, leur suggère des idées tout à fait folichonnes. Il y a quelque temps, ils voulaient tout simplement me couper en morceaux. Comme je paraissais étonné, trouvant le procédé un peu roide, mon boy me dit : « Le Père a tort de s'étonner. C'est une vieille coutume dans le pays, quand on veut se débarrasser de quelqu'un ». Brave homme, va ! Une vieille coutume ! Alors « faut pas s'en faire ».
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    Coupons-le en morceaux !

    Les Chinois sont vraiment d'une gentillesse effarante, qui, à l'occasion, leur suggère des idées tout à fait folichonnes.
    Il y a quelque temps, ils voulaient tout simplement me couper en morceaux. Comme je paraissais étonné, trouvant le procédé un peu roide, mon boy me dit : « Le Père a tort de s'étonner. C'est une vieille coutume dans le pays, quand on veut se débarrasser de quelqu'un ».
    Brave homme, va ! Une vieille coutume ! Alors « faut pas s'en faire ».
    Dans quelques villages restés complètement païens jusqu'à ce jour je cherchais à m'établir pour installer des écoles de catéchisme. A cette terrifiante nouvelle, mobilisation de tous les gros bonnets.
    Palabres de jour et de nuit arrosées de fortes rasades d'eau-de-vie. Certains vaillants en roulent sous la table, ivres morts, mais sus à l'ennemi !
    Notables et lettrés, commandant de la garde nationale et garde-champêtre, professeurs et élèves des écoles, sont bientôt sur le pied de guerre.
    Les gardes nationaux aiguisent leurs grands sabres, fourbissent leurs vieux tromblons.
    Tous ont juré que le diable européen ne s'installerait pas chez eux, tous se préparent à défendre crânement la patrie en danger.
    Les scribes, armés de pinceaux neufs à la pointe acérée, se sont mis à rédiger de beaux mémoires, en caractères choisis, démontrant par des textes burlesques tirés de leur imagination en délire que, depuis les nouvelles lois de la République, au nom de la Liberté, l'Eglise catholique n'a aucun droit. « Elle ne peut ni acheter ni louer des maisons pour ouvrir des écoles là où elle n'était pas déjà établie au temps d'observantisme et d'esclavage, quand les empereurs autocrates régnaient sur la Chine ».
    Les vieilles commères à la langue fourchue, les vieux lettrés tombés en enfance, y vont aussi de leur petite offensive.
    Pour la cent millième fois ils ressassent les antiques rengaines d'Européens cannibales mangeant la cervelle des enfants, faisant des colliers avec les yeux arrachés aux agonisants, en guise de perles, pour envoyer en Europe à leurs amis.
    Plus dangereux que ces sinistres radoteurs sont les professeurs avec leurs turbulents élèves.
    Japonais et Chinois se battent à Shanghai.
    Naturellement les Chinois ont le dessous, aussi sont-ils furieux. Quelle humiliation pour eux d'être vaincus par ces méprisables
    « nains » Japonais ! Il faut trouver une explication pour le peuple qui murmure contre ses dirigeants.
    De là à dire que la France aide les Japonais, il n'y a qu'un pas : il est vite franchi. Alors en avant les manifestations !
    Défilés travers les boulevards en braillant une sorte de « Marseillaise » chinoise sur un air lugubre d'enterrement.
    Discours patriotiques à tous les coins de rue : « Les Français ont envahi deux provinces chinoises, pillant tout sur leur passage. Les Japonais massacrent femmes et enfants. Ils mettent le feu aux villages dont ils s'emparent, grillant vifs tous les habitants. Les Français, qui les aident, dansent la bamboula autour de villages en flammes, repoussant à coups de crosse les malheureux qui voudraient sortir du brasier.
    « Cruels tigres que ces Français ! Et l'un d'entre eux voudrait s'installer chez nous ? Jamais ! Debout les vaillants de la Ligue antichrétienne. Coupons en morceaux cet audacieux scélérat !
    « Quant à ceux qui embrasseront la religion catholique, ils seront mis au ban de la civilisation. Traîtres à la Patrie, ils seront traités comme des bêtes féroces ».
    Terrifié par les clameurs de la population ameutée, un catéchiste que j'avais envoyé dans un de ces villages s'enfuit de peur d'être massacré. Pour le remplacer, j'en envoie un autre, moins intelligent, mais plus courageux. Malgré l'orage qui gronde je trouve le moyen de louer des maisons en cachette, mais à peine ai-je ouvert une école que les fortes têtes du village la ferment en vociférant mille imprécations contre les élèves, qu'ils chassent à coups de triques. Les autorités apposent triomphalement les scellés sur la porte solidement clouée.
    Voilà une grande victoire ! Ces fantoches feraient bien mieux d'aller voir un peu ce qui se passe sur le front de Mandchourie.
    Cependant le Sous-préfet et le Directeur de l'Enseignement, avertis, envoient ordre aux perturbateurs de rester tranquilles et font afficher dans tous les villages des proclamations fort bien tournées.
    Grâce à Dieu la tempête qui menaçait de tout emporter s'apaise peu à peu et on finit par me laisser en paix.
    Je puis aller dans ces villages établir des écoles.
    Les nouveaux convertis, peu nombreux au début, mais fervents, se sont mis avec ardeur à l'étude du catéchisme. Ils n'ont pas tardé à convertir leurs parents et amis.
    Les vieilles grand'mères, qui hier encore voulaient faire croire à leurs petits-enfants qu'ils seraient mangés par le missionnaire croquemitaine, se sont à leur tour adoucies.
    Au retour de l'école elles se font répéter pendant des heures, par leurs petits-fils, le Pater et l'Ave.
    Leur mémoire rebelle mettra du temps pour retenir ces belles prières ; mais le Bon Dieu les aidera.
    La moisson s'annonce bonne.
    Un missionnaire du Setchoan.

    Les Missions indigènes en Chine

    Trois nouvelles Préfectures Apostoliques : Chifeng, Hungtung et Chouchih ont été érigées et confiées au clergé indigène chinois. Par ces récentes érections, les Missions indigènes chinoises sont au nombre de 17 : à savoir : 10 Vicariats et 7 Préfectures Apostoliques qui comptent au total 40.000 catholiques environ, ce qui fait plus d'un septième de tous les catholiques chinois. Ces Missions représentent le couronnement des travaux apostoliques de nos admirables missionnaires.
    En général, les Missions indigènes ont été constituées par des groupes d'anciens chrétiens ; c'est ainsi que le travail des missionnaires les plus éloignés, perdus, ensevelis dans ces territoires, porte ses fruits de bénédiction.
    Plusieurs pays et instituts religieux ont préparé les Missions Chinoises. Viennent tout d'abord Missionnaires français qui ont préparé 10 Missions chinoises, puis les Missionnaires italiens qui en ont préparé 3, les Missionnaires belges 2, les Missionnaires allemands 1 et les Missionnaires hollandais 1.
    Les instituts religieux se partagent de la façon suivante le mérite d'avoir préparé les missions indigènes ; Lazaristes 5, Franciscains 5, Missions Etrangères de Paris 3, Jésuites 2, Missionnaires de Scheut 2.
    Plusieurs autres missions indigènes sont encore en préparation.
    Agence Fides.

    1932/283-285
    283-285
    France
    1932
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