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Coup d'il sur la mission du Laos

LAOS Coup d'il sur la mission du Laos PAR Mgr CUAZ. Vicaire Apostolique. Le Vicariat apostolique du Laos, en IndoChine, comprend tout le bassin du Me-khong depuis la Chine jusqu'au Cambodge ; il est limité au nord par le Yun-nan, à l'est par les missions du Tonkin et de l'Annam, au sud par le Cambodge et le Bas Siam, à l'ouest enfin par la Birmanie, soit une superficie d'environ. 500.000 kilomètres carrés.
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    LAOS
    Coup d'il sur la mission du Laos
    PAR Mgr CUAZ.
    Vicaire Apostolique.
    Le Vicariat apostolique du Laos, en IndoChine, comprend tout le bassin du Me-khong depuis la Chine jusqu'au Cambodge ; il est limité au nord par le Yun-nan, à l'est par les missions du Tonkin et de l'Annam, au sud par le Cambodge et le Bas Siam, à l'ouest enfin par la Birmanie, soit une superficie d'environ. 500.000 kilomètres carrés.
    Au point de vue politique, le Laos relève de deux juridictions bien distinctes ; en effet, la rive droite du Me-khong, sauf toutefois l'ancienne principauté de Bassac, est sous le do minium siamois, tandis que la rive gauche appartient à la France depuis 1893.
    Plus de vingt races différentes, plus ou moins frustes et sauvages, vivent mêlées dans cet immense territoire ou s'y côtoient. Ce sont : les Thai-Lao ou Laociens proprement dits, les Tho, les Meo, les Yao, les Kha, les Phou-thung, les So, les Sek, les Youn, les Thai-muei, les Chan-lao, les Li, les Phuen, les Nho, les Thainua, les Phu-thai, etc., ainsi que des Tonkinois, des Cochinchinois, des Chinois, des Annamites, des Cambodgiens, des Birmans, des Siamois, etc.
    La population, décimée à diverses reprises par des razzias, des guerres, des épidémies et la famine, ne doit pas compter plus de 2.500.000 habitants dont 500.000 seulement sur la rive française.
    La langue laocienne, chantante et à tons, est généralement du siamois ancien dérivé du Bali, avec lequel l'écriture a encore beaucoup d'analogies.
    Pour costume, le Laocien porte, comme le Siamois, le langouti au lieu du pantalon ; quant aux femmes, elles ceignent un jupon rayé tissé par elles-mêmes.
    La nourriture ordinaire de l'aborigène est le riz gluant cuit à la vapeur avec du poisson en saumure, du buffle, du boa, des grenouilles, etc. ; le tout assaisonné de piments et d'épices. On pourrait presque dire que les Laociens sont carnivores, car il est bien difficile de nommer l'animal dont ils ne mangent pas. Aussi sont-ils de grands chasseurs et de grands pêcheurs ; d'ailleurs le gibier et le poisson ne leur manquent guère, grâce aux immenses forêts et aux nombreux étangs qui encombrent encore le pays et y entretiennent la fièvre des bois et la fièvre paludéenne.
    Ils chiquent l'arec et le bétel comme les indigènes des pays tropicaux. Tous les hommes fument en outre le tabac, quelques-uns aussi l'opium et un trop grand nombre est adonné au chanvre, pire que l'opium comme abrutissant.
    Ils savent aussi faire du vin de riz et de l'alcool pour égayer leurs fêtes et célébrer les mariages et les funérailles, etc.
    La maison laocienne la plus commune est construite à 1m50 ou 2m du sol sur pilotis, avec toiture élancée en forme d'A, couverte quelquefois en tuiles de bambou, mais le plus souvent en chaume. Les pauvres hères seuls se contentent d'une hutte basse faite de branchages sur le sol même.
    Il n'y a guère que deux saisons : la saison sèche d'octobre à avril, et la saison des pluies d'avril à octobre. Pendant cette dernière, la végétation est des plus luxuriantes ; en saison sèche au contraire, le sol est d'une aridité telle que toute grande culture est impossible.
    La religion dit pays est un bouddhisme mitigé, mêlé de fétichisme, mais ce qui domine surtout c'est la crainte des « phi » ou génies malfaisants, auxquels les Laociens attribuent toutes leurs maladies et les contretemps qui leur arrivent.
    L'évangélisation de ces régions sauvages avait depuis longtemps tenté les Vicaires apostoliques voisins, puisque Mgr Pallu, charger du Tonkin, écrivait en 1660 que « malgré la difficulté des chemins, quelques prédicateurs (du Tonkin) y avaient déjà pénétré depuis 9 à 10 ans ».
    Aucune trace de leurs travaux n'a malheureusement, pu être retrouvée.
    Mgr Reydellet en 1771, Mgr Davoust en 1780, Mgr Gauthier en 1853 envoyèrent aussi du Tonkin soit des catéchistes soit des missionnaires, mais la fièvre les emporta ou les forci de rebrousser chemin. Il en fut de même d'une caravane apostolique envoyée du Cambodge par Mgr Miche, en 1855, et dun antre envoyé de Siam, vers 1866, par Mgr Dupond.
    Il était réservé aux ouvriers de la dernière heure de voir un succès relatif couronner leurs travaux et leurs peines,
    Le 2 janvier 1881, M. Constant Prodhomme et M.Xavier Guégo, missionnaires au Siam, furent officiellement désignés par Mgr Vey pour faire un voyage d'exploration apostolique au Laos. Huit jours après, les deux pionniers de la Foi quittaient Bangkok et se mettaient en route. Le but qu'ils avaient à atteindre était Oubon, en passant par Juthia, Khôrat, Xonlabot, Khon Ken et Calassim.
    Etape par étape, le dimanche de Quasimodo, 24 avril 1881, l'apostolique caravane atteignit Oubon Raxathani (ville des Nénuphars), capitale du Bas-Laos.
    Pendant les six premiers mois, les deux missionnaire durent loger chez le mandarin ; ce ne fut pas pour eux du temps perdu, car ils y apprirent les lois et les coutumes, ainsi que la moralité et la mentalité des Laociens de toutes les classes qui venaient journellement faire dirimer leurs procès.
    Vers la fin du mois de juin, ils purent délivrer 18 personnes, emmenées comme esclaves par des Birmans. Ce fut le premier noyau de catéchumènes auxquels il fallut tout fournir pour les aider à s'installer.
    Après maints pourparlers, les mandarins cédèrent, au haut de la ville, un terrain très boisé réputé hanté par les mauvais génies, qui n'étaient autres que la fièvre. On se mit aussitôt à le défricher ; une petite maison sur pilotis, achetée d'occasion, fut élevée sur cet emplacement et, le 17 octobre 1881, la chrétienté naissante, missionnaire en tète, put aller s'y installer.
    Au début, il y eut bien quelques vives alertes causées par les Birmans qui voulaient reprendre leurs anciens esclaves ; mais la bonne Providence veillait, et elle protégea visiblement les missionnaires et les catéchumènes.
    Le 15 août suivant (1882), ces derniers étaient régénérés dans les eaux du Baptême et offerts à Dieu comme prémices des néophytes du Laos.
    Entre temps, un renfort de deux nouveaux missionnaires étant arrivé de Bangkok, M. Prodhomme, supérieur, et M. Ron-del quittèrent Oubon le 29 avril 1883 pour tenter vers Lakhon, Nong-khai et Vien-chan sur le Mékhong, une excursion apostolique qui dura jusqu'au 5 octobre. Elle leur donna l'occasion de baptiser 13 descendants de Tonkinois chrétiens, égarés depuis près de 20 ans aux environs de Lakhon et de régulariser parmi eux quatre mariages. En cours de route, ils délivrèrent encore de la traite ou esclavage illégal une cinquantaine de personnes, qui allèrent grossir le noyau d'Oubon, mais aggravèrent aussi les charges des missionnaires ; car ces malheureux non seulement n'avaient ni champs ni buffles, mais ils ne possédaient ni abri, ni argent, ni instrument, ni outil de travail qui leur permit de pouvoir gagner leur vie.
    Pleins d'espoir néanmoins, l'année suivante, MM. Prodhomme et Guégo remontèrent vers le Moyen Laos et y fondèrent des postes chrétiens à Lakhon sur le Mekhong et à Sakon sur le lac de Nong-han (mai-juin 1884) ; mais, pour éviter aux néophytes et aux catéchumènes les vexations des mandarins et les molestations des païens, le posté de Sakon fut transféré à Tharé en octobre 1884, et celui de Lakhon à Kham-poin en janvier 1885.
    Avec celui d'Oubon, la mission avait dès lors trois centres d'évangélisation. De ces trois centres, comme de trois foyers, l'étincelle de la Foi gagna le pays voisin et y fit surgir de nombreuses stations chrétiennes, dont plusieurs sont maintenant des chefs-lieux de districts. Malheureusement, étant donné le grand mouvement de conversions de 1887, 1888, 1889, les nombres des missionnaires et des catéchistes était tout à fait insuffisant ; on ne put instruire à temps beaucoup de villages qui demeurèrent ainsi païens.
    Pour abréger, je dirai qu'en 1888, le Supérieur de la mission reçut de Mgr Vey le titre et les pouvoirs de Provicaire.
    Le 12 mai 1899, un décret de S. S. Léon XIII détacha le Laos du Siam et l'érigea en Vicariat apostolique distinct.
    Aujourd'hui, la mission du Laos compte 12.137 chrétiens et 1.000 catéchumènes, 24 districts avec près de 80 annexes, administrés par 33 missionnaires français, et 4 prêtres indigènes venus du Siam.
    Ces districts sont répartis en 16 préfectures ou sous-préfectures à savoir : Khorat, Jasunthon, Amnat, Oubon, Sisaket, Varin, Bassac, Bangmoukdahan, Lakhon, Sakon, Pharana, Nonghan, Phonphisai sur la rive droite du Mekhong, et Patchoum, Pakhinboun, Pakse, sur la rive gauche.
    Nous possédons un petit séminaire depuis 1891 et une école de catéchistes a été inaugurée en 1907.
    Ce qui nous manque, ce sont surtout les catéchistes et les maîtres d'école. Combien ils nous seraient utiles, surtout dans nos annexes, où ils feraient l'instruction, présideraient les prières et maintiendraient le bon ordre parmi les néophytes et les catéchumènes, en l'absence du missionnaire obligé d'aller faire l'administration.
    Leur concours nous serait aussi d'une grande efficacité pour pénétrer parmi les païens et nous amener de nouveaux catéchumènes.
    C'est pour cela que la Propagande nous a autorisés à convertir temporairement notre séminaire en école de catéchistes, parce que nos moyens ne nous permettaient pas de mener de front les deux oeuvres.
    Dix élèves catéchistes ont, la première année, répondu à notre appel, mais je suis persuadé que, si nous pouvions promettre et assurer à nos futurs catéchistes un petit viatique annuel raisonnable pour le temps où ils seraient employés par nous, les demandes d'admission augmenteraient dans de grandes proportions, sans que nous y perdions pour la qualité, car alors nous serions beaucoup plus à l'aise pour faire un choix judicieux de sujets parmi les candidats qui arriveraient plus nombreux.
    En attendant, nous n'avons, pour nous aider à instruire les catéchumènes et les enfants, que 64 catéchistes ou maîtres d'école d'occasion avec 28 religieuses ou postulantes indigènes.
    Quant aux séminaristes qui donnaient quelque espoir de persévérance, nous les avons confiés au séminaire de la mission du Siam qui a bien voulu les recevoir.
    Huit Soeurs de Saint-Paul de Chartres tiennent depuis le mois d'octobre 1904 nos orphelinats d'Oubon et de Nong-seng, chef-lieu de la mission et résidence du Vicaire apostolique.

    1910/235-239
    235-239
    Laos
    1910
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