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Corée une fête de noel à Ansyeng

Corée une fête de noel à ansyeng Le grand jour approche! C'est l'anniversaire où le Dieu d'amour est venu pour la première fois visiter cette terre. C'est à la crèche, que pour la première fois se rencontrèrent le coeur des petits et des grands, des riches et des pauvres. Ce mouvement d'union, qui prit naissance al Bethléem, a continué de siècle en siècle et s'est répandu par toute la terre.
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    Corée une fête de noel à ansyeng
    Le grand jour approche! C'est l'anniversaire où le Dieu d'amour est venu pour la première fois visiter cette terre.
    C'est à la crèche, que pour la première fois se rencontrèrent le coeur des petits et des grands, des riches et des pauvres. Ce mouvement d'union, qui prit naissance al Bethléem, a continué de siècle en siècle et s'est répandu par toute la terre.
    Cette année, l'Enfant Jésus a attiré à lui plus de païens que de chrétiens dans l'église d'Ansyeng, petite ville de Corée que, par vocation, j'habite depuis 25 ans. Aux nombreux amis des missions je vais raconter cette fête de Noël.
    Depuis une semaine, le Père est assis au confessionnal; le chemin qui conduit à l'église est continuellement sillonné par des gens recueillis qui vont et viennent. Ils arrivent graves, un peu engourdis par le froid piquant, mais s'en retournent le coeur chaud et léger. C'est la préparation des coeurs, la plus importante.
    Mais comme il faut aussi que les sens soient de la fête, la préparation extérieure se fait fiévreusement.
    Un immense rocher artificiel a été préparé dans une chapelle latérale. Une grotte y est aménagée, des petits pins couverts de simili givre poussent ça et là dans les infractuosités de la roche. Du lichen en abondance, recueilli par les enfants, a été collé sur le papier peint par un Coréen. Le rocher avec son tapis de mousse a pris un air tout vieillot et sauvage; la grotte parait bien froide, tant elle est naturelle. Seul un pied de lierre grimpant s'étale sur le front de la caverne et la rajeunit un peu! A 5 mètres c'est à s'y méprendre.
    Les enfants de l'école mobilisés ont préparé 200 lanternes; les plus belles ornent l'intérieur de l'église, les autres sont suspendues à l'extérieur.
    Les plus débrouillards ont préparé l'adoration des Anges, des Bergers et des Mages devant la crèche, en trois tableaux vivants. Tout, soit dit entre nous, est secret ; mais c'est le plus secret qui transpire le plus.
    Enfin le 24 décembre est arrivé! Dans la soirée, pendant que les retardataires et les chrétiens venus de loin assiègent le confessionnal, la jeunesse prépare une crèche rustique dans un coin de la terrasse. Derrière la crèche est aménagée une place, d'où un choeur de fillettes aida les petits anges à chanter les louanges de Dieu! La chapelle est décorée de guirlandes et d'oriflammes ! On dirait le lendemain d'une victoire, et c'en est une en effet que la naissance du Christ !
    A 7 heures, l'illumination extérieure commence. La chapelle s'embrase! Elle ressemble à un grand vaisseau dans la nuit calme, et ce vaisseau domine la ville.
    Les païens accourent en foule et bientôt remplissent l'église. Ils sont là, silencieux, car ils savent qu'on n'y parle pas comme au temple protestant, et ici tout porte au recueillement. Ils attendent une cérémonie; je vais les prévenir que la première cérémonie se fera à l'extérieur sur la terrasse, et ils vont prendre leur place
    A 9 heures précises, tout le monde est prêt et à son poste. La crèche s'illumine subitement. Elle est pauvre encore, nous n'avons que trois personnages, don d'une âme pieuse: l'Enfant Jésus, la Sainte Vierge et Saint Joseph. Nos Coréennes ont eu la délicatesse de broder une robe en soie à l'Enfant Jésus.
    Devant la crèche huit anges sont à genoux, quatre de chaque côté; tous portent de grandes ailes, une robe blanche, une ceinture d'or. Ils entonnent en langue coréenne le cantique « Il est né le divin enfant » ; le choeur des fillettes les accompagne.
    Cette grande lumière, ces chants angéliques, attirent l'attention d'un groupe de bergers campés un peu plus loin sucs des arbres. Ils se lèvent, et ravis arrivent à la crèche. La première surprise passée, ils se prosternent et à leur tour entonnent un cantique.
    Vers la fin arrivent les mages, car il faut bien faire tout passer le même jour. Un ange portant une étoile brillante les précède. Le cortège s'avance dignement et se compose de 12 personnages. A leur arrivée, les bergers se rangent et laissent le champ libre pour l'adoration des mages. Les présents sont déposés devant la crèche, puis tous se rangent en un demi-cercle: les mages et leur suite à droite, les bergers à gauche. Un troisième chant commence.
    Le cantique terminé, la procession s'organise; l'étoile en tête, puis deux à deux les anges emportant les présents, et enfin « la Sainte Famille » ; les bergers les suivent, les mages ferment la marche et l'on se dirige vers la sacristie. Cependant l'église se remplit et ne peut contenir tous les assistants. De la sacristie, la procession enfantine se rend à la crèche préparée dans l'église, et l'on illumine le rocher avec une forte lampe de 300 bougies.
    L'effet est superbe ! Un dernier chant d'allégresse éclate, et la prière du soir commence en deux choeurs : hommes et femmes. Tous les païens y assistent recueillis.
    Ensuite commença la visite à la crèche. Avant de s'en aller chacun voulait admirer de plus près l'Enfant Jésus, beaucoup de païens déposèrent leur obole ; je trouvai même deux billets de 1 yen, ce n'étaient pas mes pauvres chrétiens qui pouvaient se permettre le luxe d'une pareille offrande.
    Cette visite à la crèche se prolongea pendant trois quarts d'heure! Jétais présent, récitant mon bréviaire ; ma présence suffisait pour empêcher tout bruit et tout désordre.
    A 10 h. 1/2 la chapelle se ferma et tous les païens rentrèrent chez eux. Elle se rouvrit à 11. h. 1/2 pour la vraie fête ; la fête du coeur pour les initiés : grand'messe chantée, sermon, communions, puis une seconde messe d'actions de grâce, la troisième étant réservée pour 8 heures du matin.
    Le lendemain, j'offris un arbre de Noël aux petits garçons et un autre aux petites filles.
    Plusieurs jours durant, les habitants de la ville vinrent faire leur pèlerinage au Jésus de la crèche. Puissent-ils remporter un germe de foi, de cette foi qui embrase les coeurs et purifie les consciences
    Jamais nous n'avions eu pareille fête. Espérons qu'elle sera un germe, une prédication qui tôt où tard portera ses fruits. Il n'y a pas 50 ans encore que la persécution régnait ; que de changements depuis lors en Corée! Tous connaissent nos mystères et les goûtent; encore un peu, et le dernier coup de grâce amènera au divin Maître ces âmes simples et avides d'un bonheur sans fin.

    1925/22-24
    22-24
    Corée du Sud
    1925
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