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Corée : Un appel lettre du P. Cadars

Corée Un appel Lettre du P. Cadars Missionnaire apostolique Nous permettrons de recommander à nos lecteurs et à nos lectrices la lettre si touchante qui vient de nous arriver de Corée. Originaire du diocèse d'Albi, parti pour les missions en 1908, le P. Cadars a derrière lui un passé déjà long de travaux dont les résultats ont été remarquablement heureux. Nous voulons espérer que son appel sera entendu des âmes généreuses.
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    Corée

    Un appel

    Lettre du P. Cadars
    Missionnaire apostolique

    Nous permettrons de recommander à nos lecteurs et à nos lectrices la lettre si touchante qui vient de nous arriver de Corée.
    Originaire du diocèse d'Albi, parti pour les missions en 1908, le P. Cadars a derrière lui un passé déjà long de travaux dont les résultats ont été remarquablement heureux.
    Nous voulons espérer que son appel sera entendu des âmes généreuses.

    J'ai la barbe grisonnante; j'en ai vu de toutes sortes depuis que je suis missionnaire ; mais jamais je n'ai été dans l'angoisse comme maintenant. J'en pleure le jour ; j'en pleure la nuit ; je n'ai pas un moment de répit intérieur. Voici le fait :
    J'habite tout près d'une petite ville où il y a une école communale païenne, dont le directeur est japonais et les maîtres coréens. Sans argent peur fonder une école avec un cours complet de six ans, j'ai fait ce que j'ai pu et suis arrivé à mettre sur pied un embryon d'école pour petits garçons; les plus grands et les fillettes allaient depuis deux ans à l'école communale païenne, et veillant de mon mieux sur leur âme je n'avais pas à me plaindre.
    Mais voici que les Japonais, qui veulent shintoïser là Corée par l'école, ont construit un temple sur une colline dominant la ville dont je suis proche. Ce temple est consacré à Amaterasu, la déesse mère de la famille impériale japonaise. Le directeur de l'école conduit officiellement ses élèves plusieurs fois par an à ce temple ; les bonzes offrent un sacrifice, et à l'issue de la cérémonie les élèves doivent saluer ce qui représente les mânes divins de la famille impériale.
    Les évêques de Corée ayant défendu d'assister à cette cérémonie, les enfants catholiques se dérobaient, chaque fois, sans forfanterie, quand l'école allait à la bonzerie. On les a menacés, puis injuriés ; finalement, il y a environ un mois on les a chassés de l'école. Ces enfants, garçons et fillettes, sont sortis en pleurant, disant tout haut que leur conscience leur défend de préférer l'étude, les diplômes, et même la vie, au reniement de leur foi.
    Ces chers enfants sont venus chez moi avec des larmes dans les yeux, tout palpitants d'émotion ; si les moeurs l'avaient permis, je les aurais embrassés. Une petite fille de 10 ans s'es t jetée sur moi, et m'a dit :
    « Père, gardez-moi ici, car mon père qui est païen me battra.
    — Allons, allons ! Il ne te battra pas, n'aie pas peur.
    — Il l'a déjà fait deux fois avec sa pipe, là, presque au milieu de la tête ».
    Les plus grands ajoutaient : « Les instituteurs nous ont dit en nous renvoyant : Puisque vous êtes des têtus, des indisciplinés, des fanatiques, vous ne rentrerez ici que décidés à faire comme tout le monde. Vous avez voulu obéir au missionnaire français, eh bien ! Allez le trouver ; qu'il vous bâtisse une école comme celle-ci et qu'il vous enseigne. Père, que ferez-vous pour nous ? »
    Suffoqué d'émotion je n'ai pu que leur dire :
    « Mes enfants, cette année on va béatifier à Rome plusieurs martyrs de Corée, voulez-vous aller au ciel comme eux, ou bien... ?» Ils m'ont interrompu : « Père, si nous ne voulions pas aller au ciel, nous serions en classe aujourd'hui ; mais nous voudrions bien pouvoir étudier».
    Refoulant les larmes de mon mieux, je leur ai dit tout ce que j'ai pu trouver dans mon coeur, et leur ai promis de faire mon possible pour qu'ils puissent étudier dans mon école.
    Depuis lors, je vis dans une trépidation morale incoercible. Ceci n'est qu'un épisode de la grande lutte que les catholiques soutiennent dans l'Empire japonais à propos de ces cérémonies. Le Souverain Pontife, m'a dit mon évêque, a été ou va être saisi de la question.
    Je suis sûr qu'en Europe, en Amérique, et partout où j'aurais pu raconter en détail comment ces enfants ont confessé leur foi, car c'est vraiment cela, les sympathies généreuses viendraient à ces écoliers et écolières ; mais en attendant, comment puis-je rester inactif devant le défi de ces instituteurs qui sont là, à quelques ras de chez moi, et qui savent bien que je ne peux pas mettre sur pied une vraie école.
    Je vous supplie de faire connaître ma détresse. Dans mon école, j'engagerai une fervente chrétienne comme institutrice ; elle a ses diplômes et pourrait ailleurs être largement payée ; mais encore faut-il que je puisse la faire vivre, elle et sa mère. Elle, avec la belle insouciance de la jeunesse, accepterait n'importe quoi; mais sa mère, nouvelle chrétienne, et son père encore païen veulent que j'engage leur fille au moins pour deux ans. Il me faut donc une école nouvelle de garçons et de filles, une institutrice, et de plus je dois aussi agrandir rapidement mon embryonnaire école de garçons. J'ai calculé au plus juste ; j'ai besoin pour ces travaux d'au moins sept mille francs, ce qui ne fait que 1.000 yens. Mon évêque est trop pauvre pour m'aider.
    Je vous en supplie, au nom de ces petits confesseurs de la foi, trouvez pour moi ces sept mille francs qui me permettront de commencer à relever le défi des instituteurs païens.
    Ma mère qui a plus de 80 ans voudrait me revoir une fois encore; toutes les lettres de ma famille me disent : « Viens, viens ». Je ne puis m'absenter ; il faut que je reste au poste de combat, à veiller sur mes agneaux qui sont exposés à la dent du loup. Aidez-moi à les mettre à l'abri.

    1925/50-51
    50-51
    France
    1925
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