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Corée (Séoul). Mourir dans un champ de fleurs

Corée (Séoul) Mourir dans un champ de fleurs Lettre du P. A. Gombert, Missionnaire apostolique. Mon histoire n'est pas ancienne, elle date d'un an à peine, mais elle n'en est pas moins touchante et m'a paru digne d'être contée.
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    Corée (Séoul)

    Mourir dans un champ de fleurs

    Lettre du P. A. Gombert,

    Missionnaire apostolique.

    Mon histoire n'est pas ancienne, elle date d'un an à peine, mais elle n'en est pas moins touchante et m'a paru digne d'être contée.
    En ce temps là vivait dans mon district une honnête famille de païens. Elle avait quitté la capitale il y a 20 ans, pour venir habiter un coin retiré de province. Elle avait acheté un petit terrain qu'elle faisait valoir sans trop de difficultés, tout en élevant 4 enfants. Ceux-ci se marièrent. La dernière bru, ou Elisabeth, avait reçu le baptême, il y a 4 ou 5 ans, et était devenue une fervente chrétienne.
    Les vieux avaient près de 70 ans. Gens doux et paisibles, ils terminaient leur existence au milieu de nombreux petits-enfants. Tous deux avaient une âme droite, le trait suivant le prouve.
    Un jour le fils se moquait de la croix que les chrétiens adorent. Le père reprit : « Ecoute. Cet homme mort en croix ne peut être une fiction ; c'est un fait certainement historique, qu'un homme fameux a injustement souffert cette mort. Aussi mérite-t- il notre respect, car on ne doit pas se moquer des malheureux ».
    Le fils se tut, et ne railla plus les chrétiens.
    Ce vieillard ne se doutait ! Peut être pas qu'une de ses brus était déjà baptisée. Mais sa femme le savait. Elle s'était aperçue d'un grand changement dans la conduite de celle-ci. Elle l'interrogea et connut la vérité ; l'existence d'un Dieu qui récompense les bons et punit les méchants. Elle aussi voulut aller dans le paradis des chrétiens.
    Aussi peu de temps après, étant tombée malade, elle demanda le baptême. On appela des chrétiens à qui il fut facile de parfaire son instruction. Au baptême on lui donna le nom de Marie, et bientôt après elle s'éteignit tout doucement en invoquant le no de Jésus.
    Au moment de sa mort, tous les enfants étaient réunis à son chevet. Tout à coup sa figure devint radieuse. « Oh les belles fleurs ! dit-elle. Voyez ce champ de fleurs ! I1 y en a partout ! »
    Et tout en invitant ses petits enfants à lui en cueillir, elle rendit son âme à Dieu.
    Ce fait frappa tout le monde. Que pouvait bien être cette religion qui procure une si douce et consolante mort ? Le fils aîné résolut de s'en enquérir.
    L'automne dernier, en effet, il demanda à me voir lors de mon passage chez les chrétiens. Il désirait avoir quelques explications sur la religion. Je me suis aussitôt mis à sa disposition.
    « Attendez, me dit-il, je vais chercher mon père ». Il revint bientôt accompagné d'un vénérable vieillard et je commençai. Tous les deux buvaient mes paroles.

    « L'homme, leur dis-je, est fait pour adorer Dieu. Il est religieux instinctivement ; s'il n'adore pas le vrai Dieu, il se fera des dieux, mais il adorera. Il en est de lui comme de l'enfant, qui par instinct boit pour vivre. Il boit tout ce qu'on lui présente, encore qu'il n'y ait que le sein de sa mère pour lui donner la vie. Ainsi en est-il chez l'homme. D'instinct il va toujours vers un Atre supérieur, à qui il demande aide et protection. Quand il n'a pas le bonheur de connaître le vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, il se forge à lui-même des divinités, et tombe dans de vaines superstitions ».
    Puis nous passâmes à l'existence de Dieu, créateur de toutes choses. Je dus interrompre ma leçon, mais mes deux interlocuteurs avaient bien compris, et de ma chambre j'entendais le fils répéter aux païens du village ma leçon de catéchisme. La nuit encore, j'eus un moment à leur donner, content de semer dans ces pauvres âmes et laissant à Dieu le soin de faire germer la semence.
    Le lendemain à. mon départ, ils vinrent me saluer et me remercier de l'instruction que je leur avais donnée. Sans doute, ce n'était pas l'acte de foi, mais ne sont ils pas sur le chemin qui y conduit ?
    Je les laissai heureux, et je l'étais aussi, ayant eu l'occasion de leur parler de Dieu, quils ne connaissaient pas encore.
    Dans quelques mois j'aurai l'occasion de les rencontrer encore, et maintenant que la glace est rompue, j'aurai une facilité plus grande pour parfaire leur instruction.
    Nous n'avons plus de conversions en masse ; nous glanons des épis, nous en formons quelques gerbes, bien rares à notre gré.
    Aidez nous, chers lecteurs, par vos ferventes prières à cueillir une moisson plus abondante.

    1923/102-104
    102-104
    Corée du Sud
    1923
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