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Corée : Conversions

Corée Conversions LETTRES DE MM. CURLIER ET LARRIBEAU Missionnaires apostoliques.
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    Corée



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    LETTRES DE MM. CURLIER ET LARRIBEAU



    Missionnaires apostoliques.



    LAISSEZ-MOI vous raconter la conversion de la famille Tjyo de Ou-te-keou. Le chef est un vieillard de 67 ans, encore vigoureux malgré son âge, d'une nature droite dans ses rapports avec le prochain, fidèle à ses engagements et très laborieux, mais tenant opiniâtrement aux traditions reçues de ses ancêtres et ne voulant à aucun prix les abandonner. Il suffisait de l'exhorter et de lui parler de religion pour le mettre en colère. L'automne dernier, un de ses petits fils enfant de huait ans, tombe malade d'une maladie contagieuse. Ses amis païens du village, le délaissent, ear tous ont peur de contracter la maladie. Seuls les chrétiens demandent des nouvelles du petit malade, bien plus, ils vont le voir, le caressent et petit à petit lui parlent de religion : « Tu vas mourir, disent-ils, mais tu as une âme qui ne mourra pas. Ne serais tu pas bien content si, après ta mort, ton âme allait au ciel voir le bon Dieu, la sainte Vierge, les Anges et les Saints, et jouir d'un bonheur qu'on ne peut imaginer ? Mais oui, dit l'enfant subitement éclairé par la grâce, mais coment faire pour cela ? C'est bien simple, tu n'as qu'à croire en Dieu qui est partout, en Jésus qui est venu autrefois en ce monde pour racheter nos péchés, qui est mort sur la croix par amour pour les hommes, qui est ressuscité le troisième jour et est remonté au Ciel où il ne cesse de veiller sur nous. Mais je crois, dit le petit, apprenez moi des prières afin que je puisse aller au Ciel ». Il vécut encore quelques jours, apprit l'Angelus, faisant sans cesse le signe de la croix, exhortant sa mère et lui prenant même les mains pour lui faire faire le signe de la croix. Cet enfant prédestiné reçut le baptême et mourut. Les chrétiens lui firent des funérailles magnifiques : hommes, femmes, grands et petits, tous montrèrent combien ils remerciaient Dieu et combien ils étaient heureux d'avoir vu une âme de plus monter au Ciel.



    Le vieux Tjyo était vaincu ; de suite il brûla tous les objets superstitieux qu'il avait dans sa maison et toute la famille se mit à étudier. Autant il avait montré d'entêtement à vouloir rester païen, autant une fois converti il montra d'énergie pour apprendre les prières et la doctrine. Il avait deux frères cadets habitant dans le district de Hoi-ryeng, il sut si bien les exhorter qu'au printemps ils sont venus se fixer auprès de leur aîné et suivent son exemple. Un mois après la mort de lenfant en question, son frère aîné, Fong-kak, âgé de 15 ans et très intelligent était baptisé et confirmé. Ce printemps j'ai eu le bonheur de baptiser le vieux Tjyo avec deux de ses fils et un petit-fils.

    La conversion d'un seul de ces patriarches nous amène toujours de nombreuses recrues. Le climat quoique froid étant sain, nos gens sont vigoureux et les familles qui ont jusqu'à sept garçons ne sont pas rares. Un certain Pak Joseph dont le père est mort l'an dernier, a vu le fils de son arrière petit-fils qui a déjà quatre ans. Le catéchiste de Ryong-tjyeng qui n'a que 66 ans va bientôt marier son arrière petit lits.

    De ce village de Ou-te keou est parti ce printemps un essaim de dix familles chrétiennes qui se sont divisées et formeront pour l'automne le noyau de deux nouvelles stations. Elles ont été remplacées par autant de familles païennes qui toutes ont rompu avec les superstitions et apprennent la doctrine. Il faut dire que le catéchiste du village, Ouen Joachim est un homme de foi. Instruit et très zélé pour l'instruction des catéchumènes, il a réussi à acquérir par sa droiture l'estime même des païens, qui le prennent souvent pour arbitre dans les difficultés qu'ils ont entre eux. A cause de cela, il a beaucoup d'influence et sa parole est très écoutée. Il s'était porté caution pour une somme d'argent qu'un chrétien avait empruntée à un chinois. L'emprunteur étant devenu insolvable, c'est le cautionner qui a dû se charger de la dette, et comme il n'est pas riche beaucoup de païens des environs se sont cotisés pour l'aider et le remercier ainsi des bienfaits qu'ils avaient reçus de lui. Aussi, sous sa sage direction, les chrétiens de ce village sont très fervents.

    A Sin-tchou, un jeune homme se mourait d'une maladie de langueur ; son oncle est déjà un vieux chrétien, mais son père et sa grand'mère restaient obstinés dans le paganisme. Le malade, exhorté par le catéchiste, reçoit le baptême et meurt dans des dispositions très édifiantes. Après sa mort, son visage retrouve la beauté qu'une longue maladie lui avait enlevée, tous ceux qui le voient sont dans l'admiration. Tousses parents se convertissent.

    Dans le petit village de He-tong, situé à 60 lys à l'est d'ici, il y avait trois vieillards païens qui paraissaient irréductibles, tant ils mettaient d'entêtement et d'hostilité à repousser les exhortations du catéchiste. Ce printemps ils tombent malades. De suite leurs dispositions changent : ces loups deviennent des agneaux et leur fin édifiante a grandement consolé les chrétiens qui n'auraient jamais pensé que ces gens se convertiraient. Il n y avait pas encore eu de décès dans ce village, aussi pour les premières funérailles, les chrétiens ont tenu à les faire en règle. Après cela neuf familles sont venues se joindre aux catéchumènes. Le fils d'un de ces vieillards m'a demandé deux messes pour le repos de l'âme de son père, c'est une preuve que la foi commence à entrer dans son âme. Quoiqu'il apprenne lentement, il a 61 ans, il met de la bonne volonté, mais ses fils et petits fils vont plus vite en besogne. Parmi les enfants on en trouve quelques uns qui ont une ardeur incroyable à l'étude, se réveillent pendant la nuit pour repasser dans leur mémoire ce qu'ils ont appris le jour et apprendre davantage. Ils n'ont de repos qu'une fois régénérés dans les eaux du baptême. Un jeune adolescent de 15 ans a pu en 12 jours apprendre les douze prières et les quatre parties du catéchisme. Par faveur spéciale, je l'ai baptisé et confirmé immédiatement, d'autant plus quil n'y a aucune crainte pour sa persévérance, tous ses parents étant catéchumènes...



    CURLIER.



    Pak Claire est une jeune femme de 22 ans, elle ne connut la religion qu'en mai 1910 et fut prête au baptême et à la confirmation en octobre de la même année. Jusque-là rien de bien extraordinaire, beaucoup se préparent en moins de temps. Mais ce qui est une merveille de grâce, c'est la manière dont elle a appris et compris la doctrine. Vivant au milieu des païens, n'ayant eu que très rarement des relations avec les chrétiens, et pour tout livre le catéchisme, elle a répondu avec une clarté et une précision de formules que pourrait lui envier maint auteur de théologie. Gloire au Saint-Esprit ! Cest Lui toujours le vrai maître des coeurs et l'illuminateur de l'intelligence ; c'est Lui, j'en suis sur, qui a enseigné à cette catéchumène la beauté de la religion avec une connaissance sure et profonde de la vie spirituelle, acquise par d'autres au prix seulement dune longue fréquentation des auteurs mystiques. N'est ce pas lui aussi qui, à mon insu, me suggéra de donner à cette femme le nom de Claire, car pour plus de facilité d'appel je lui avais imposé sou nom avant lexamen ; du moment qu'elle avait appris même son catéchisme de la confirmation, je pensais bien pouvoir au moins la baptiser. A ce moment-là le rapprochement me frappa l'état d'âme de cette personne était si lumineux, tout ce qu'on peut désirer de plus clair, et je lui avais imposé son nom sans en rien savoir..... Jai revu cette chrétienne en mars dernier pour les sacrements : elle avait appris ses prières du matin et du soir avec les 15 mystères du Rosaire. Il est si consolant et surtout si rare de rencontrer de telles personnes parmi les femmes coréennes que j'ai cru devoir la signaler, pour la plus grande gloire du Saint-Esprit. Le P Curtier à qui je narrai la chose ne s'en étonna pas : « On nous avait bien raconté, dit-il, qu il y a des perles ; vous en avez rencontré une ».

    Dans la même région, la chrétienté de Tjen-hoa-tong qui jusqu'à l'an dernier excitait beaucoup d'inquiétudes, m'a donné bien des consolations. Encore l'oeuvre de la grâce ! Cest là que j'ai eu deux conversions de schismatiques, un vieillard de 82 ans et son petit-fils. Le premier a pratiqué la religion russe pendant près de 50 ans. Dieu a voulu sans doute récompenser sa droiture naturelle en l'amenant sur ses vieux jours à la vraie religion. Le baptême, comme l'administrent les popes russes, au moins aux Coréens qui vont chez eux, me parait un tel jeu, que je les ai rebaptisés sous condition. Leur coeur à tous deux débordait de joie.

    Une jeune femme de 17 ans souffrait depuis deux ou trois années d'une maladie que je ne pourrais guère définir : maux d'estomac, perte d'appétit, douleurs dans les membres, fièvre. Elle désirait beaucoup embrasser la religion, mais son mari était païen fervent. Malgré la conversion de ses deux frères, un aîné et un plus jeune, malgré les exhortations qu'ils lui faisaient souvent, cet homme était si loin de pencher vers nous qu'ail contraire il accomplissait toujours tous les sacrifices traditionnels, il portait sur lui amulettes et toutes sortes de porte bonheur, prétendait que, sans lui leur maison serait depuis longtemps ruinée ; et surtout il faisait porter ses efforts contre sa jeune femme lui défendant absolument tout commerce avec les chrétiens. Mais elle avait toujours son idée et finit par apprendre son catéchisme auprès de son plus jeune beau-frère et en cachette de son mari. En cachette, c'est beaucoup dire ; un certain soir en rentrant il entendit ta leçon enseignée par son frère et se mit dans une colère noire. Mais sa femme en avait déjà appris long, elle avoua tout, même son désir de se faire baptiser par le Père à la prochaine tournée d'administration. Que faire ? Le mari furieux, injurie, menace, frappe et déclare à sa femme que si jamais elle a le malheur de recevoir le baptême, il s'en ira en Sibérie et ne reviendra plus. Celle ci tient bon et finit par apprendre ce qui lui manque encore. Quinze jours seulement la séparent de la visite du Père, elle se réjouit dans son cur malgré les scènes quotidiennes de son mari. Mais voilà que la maladie qui l'avait presque quittée depuis qu'elle avait commencé à apprendre les prières, recommence de plus belle et cette fois la cloue à terre, lui rendant presque tout mouvement impossible. Et le temps de l'administration est proche ; le Père arrive ; le Père est arrivé, et la pauvre malade est absolument épuisée, à bout de forces. Le mari aussi était épuisé, non pas de maladie, mais de prier ses diables qui ne l'écoutaient pas. Je voulais bien aller voir la malade catéchumène et la baptiser, puisqu'on la disait en danger de mort ; mais le mari étant là c'était impossible, et je l'aurais sans doute fait baptiser par une chrétienne. Or voici que le deuxième jour de mon arrivée, le mari vient demander à parler au catéchiste : il veut embrasser la religion lui aussi, et qu'on baptise sa femme, comme on voudra, ou plutôt il supplie qu'on la baptise. Dieu soit béni ! En voilà encore un qui a reçu le coup de la grâce ! Je me préparais à aller donner le baptême à la maison, quand la malade me fit exprimer le désir dêtre transportée au lieu de réunion. Ce que femme veut. Dieu le veut ! On la transporta donc, et comme beaucoup de chrétiens m'affirmaient son instruction suffisante et que par ailleurs elle nétait pas en état de m'en répondre bien long, je me contentai des interrogations et des réponses les plus nécessaires pour m'assurer de sa foi, et je la baptisai sur le champ. Sa marraine peinait fort à l'aider et la malade se plaignait sans cesse de douleurs intolérables à la tête et dans les membres. Sans prendre garde à ses gémissements, je la fais chrétienne sous le nom de Paule, et prie qu'on l'emporte. Au lieu de retourner chez elle, elle demande à demeurer à la maison de réunion pour la messe du lendemain, afin de n'avoir pas à faire double voyage : ainsi fut fait. La nuit elle est mieux, le lendemain elle assiste à genoux à la messe et retourne après chez elle pour travailler comme avant sa maladie. Les chrétiens ne s'y sont pas trompés : ils ont appelé le fait un miracle du baptême, et je suis bien de leur avis. Comment rendre grâces à Dieu pour ces bienfaits ?



    LARRIBEAU




    1912/139-142
    139-142
    Corée du Sud
    1912
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