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Corée consécration de deux évêques

Corée consécration de deux évêques
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    Corée consécration de deux évêques

    Le 1er mai a eu lieu à Séoul la consécration épiscopale de Mgr Boniface Sauer, de la Congrégation de Saint Benoît de Bavière, nommé évêque et Vicaire apostolique de Ouen san et celle de Mgr Emile Devred, évêque d'Hésébon et coadjuteur de Mer Mutel. La cérémonie .qui se célébra dans la cathédrale de Séoul a vivement impressionné tous ceux qui ont eu la joie d'y assister. A cette occasion, l'église avait été ornée avec un goût exquis par les soins des Soeurs de Saint-Paul de Chartres, et le spectacle du chur et de la nef était digne de nos églises de France aux grandes solennités.
    Les longues et touchantes cérémonies liturgiques se sont déroulées avec un calme et un recueillement qui ont impressionné tous les assistants. Des différentes provinces, les chrétiens étaient venus très nombreux et remplissaient toute la cathédrale et même la place voisine. Aux premiers rangs de l'assistance, on remarquait le général commandant en chef de la gendarmerie japonaise en Corée, représentant S. E. le baron Saïto gouverneur général de Corée, les membres de la colonie européenne.
    Les nouveaux élus avaient comme parrains Mgr Demange, évêque de Taikou, et Mgr Castanier, évêque d'Osaka, condisciples tous deux de Mgr Devred an Séminaire des Missions Etrangères. NN. SS. Combaz, de Nagasaki, et Choulet, de Moukden rehaussaient de leur présence la cérémonie. Tandis que se déroulaient dans un ordre parfait les rites compliqués de la consécration, en voyant ce groupe d'évêques, ces prêtres européens et indigènes si nombreux, les fils de Saint Benoît, les séminaristes des petit et grand séminaires de Ryong-san, l'assistance d'élite japonaise et coréenne, cette foule de chrétiens pressés dans les nefs, en entendant les mélodies sacrées chantées et alternées par les voix fortes des missionnaires et celles des enfants, bien des assistants, émus, se reportaient à quelques années en arrière, à l'époque où les évêques de Gorée devaient se faire sacrer en terre étrangère, ou la nuit dans une obscure maison de la capitale, traqués et ignorés. Eux aussi, nos évêques, nos martyrs étaient là en ce beau jour. Après le chant de l'Ad multos annos et la messe, les évêques se sont rendus processionnellement à l'évêché, passant au milieu de la foule agenouillée, et précédés de tout le clergé.
    A midi, eut lieu un déjeuner où se trouvèrent réunis une centaine d'invités parmi lesquels le Gouverneur général baron Salto, et le général Oban. A la fin du repas, le baron Saïto, Mgr Mutel, le Consul de France prirent la parole, et Mgr Devred répondit pour remercier l'assistance.
    Nous avons le très vif regret de ne pouvoir publier ces éloquents et charmants discours; tout au moins voulons nous citer d'abord les paroles de si haute portée prononcées par M. le baron Saïto.



    « MESSEIGNEURS, MESSIEURS,

    « Je vous remercie de m'avoir convié à ce banquet organisé en l'honneur des deux nouveaux prélats consacrés ce matin. De me trouver au milieu de tant de prêtres, et de voir sept évêques de l'Eglise catholique réunis aujourd'hui à Séoul est un fait rare.
    « Aussi, je me réjouis d'avoir cette heureuse et unique occasion pour vous exprimer toute l'admiration que j'ai pour votre propagande religieuse en Corée. Vous êtes les plus anciens missionnaires de ce pays. Il y a 90 ans, vous avez débuté bien modestement, mais malgré lés nombreuses difficultés éprouvées et tant de souffrances endurées, petit à petit vos efforts ont finalement été couronnés, de sorte que maintenant vous êtes les dignes représentants de la plus importante mission chrétienne de Corée.
    « La religion que vous enseignez, ainsi que vos sages conseils, contribuent à rendre le peuple fidèle et honnête ; c'est pourquoi je désire sincèrement, pour le bien-être moral et physique de la population, qu'une collaboration intime puisse toujours continuer à exister entre vous et nous.
    « En vous félicitant des travaux accomplis, je n'hésite pas à vous déclarer que partout et toujours j'ai remarqué que vous étiez doués de deux grandes qualités : modestie et courage.
    « En ce jour de fête, permettez-moi de lever môn verre en l'honneur; à la santé et à la prospérité de Leurs Grandeurs : Mgr Sauer et Mgr Devred ».

    Après le toast de Mgr Mutel qui rappela les héroïques débuts, puis les progrès de la mission de Corée et les qualités qui distinguent les nouveaux consacrés, le Consul de France, M. Hauchecorne, parla en ces termes particulièrement délicats :

    « MONSIEUR LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL,
    « MESSEIGNEURS ET MES CHERS COLLÈGUES,
    « MESSIEURS,

    « Je viens d'éprouver une forte hésitation : Mgr Mutel a dit tout ce qu'il fallait dire, et dans les meilleurs termes. Convenait-il bien de prendre la parole après lui ?
    « J'ai cependant à m'acquitter d'un bien agréable devoir : celui de présenter au nouveau Coadjuteur de Séoul, à Mg' Devred, les chaleureuses félicitations des Français de Corée je parle des civils.

    « Bien que ses fonctions antérieures l'aient attaché au séminaire de Ryong-san, personne parmi nous n'ignorait les hautes qualités qui lui ont assuré la sympathie et la grande estime de ses confrères, je me bornerai à citer : sa puissance exceptionnelle de travail, sa parfaite maîtrise de lui-même, le charme d'un accueil toujours ouvert et d'une grande bonté. Gomme le remarquait Mgr Mutel, c'est autant cette confiance unanime que l'affection toute particulière de son évêque, qui l'ont élevé à la seconde place dans cette mission.
    « Laissez moi vous dire aussi, Monseigneur, combien je suis heureux de saluer en votre personne, dans cette nouvelle dignité, l'un des mobilisés de la guerre, à qui nous devons tarit, un de ceux que les missions de l'Extrême Orient donnèrent en grand nombre au pays, au moment où il faisait appel à tous ses enfants. Si le sacrifice fut fait avec courage, nous savons pourtant ce qu'il en coûta. Vous rappelez en quels termes saisissants M. le Provicaire de la Mission y faisait allusion, dans le discours plein d'esprit et d'émotion qu'il prononça lors du jubilé de Mgr Mutel.
    « Mais les profondes douleurs sont souvent suivies de grandes joies pour ceux qui les ont acceptées d'un cur ferme, bonheur d'une qualité et d'une saveur inoubliables, parce que mérité par l'épreuve, acheté par la souffrance ! Pour les anciens de ces missions, qui avaient senti leurs cheveux blanchir dans l'anxiété de l'avenir, sous le poids d'une tâche doublement lourde, quelle joie ce fut d'ouvrir leurs bras à ces chers frères qui revenaient enfin, fidèles à leur devoir et à leur promesse, après avoir prononcé une seconde fois l'adieu du missionnaire au pays qu'ils avaient contribué à sauver, adieu plus émouvant peut être que le premier, parce qu'il était dit par des hommes qu'avaient mûri, de toutes les façons, des expériences définitives.
    « Parmi eux se trouvait un vaillant, à l'énergie puissamment équilibrée, désigné d'avance dans l'esprit de son Evêque pour le seconder dans sa tâche. Monseigneur, à mon tour, au nom des Français de Corée, je répète l'antique acclamation qui, depuis les vieux âges, salue les nouveaux élus : « Ad multos annos ! »
    Les remerciements adressés par Mgr Devred au baron Saïto, à M. Hauchecorne, à Mgr Mutel, à tous les assistants pleins d'une exquise amabilité ont été fort goûtés. Que le bon Dieu daigne donner d'heureux lendemains à cette belle journée.

    1921/183-186
    183-186
    Corée du Sud
    1921
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