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Conversions et autres choses (Pondichéry).

ANNALES DE LA SOCIÉTÉ MISSION DE PONDICHÉRY LETTRE DU P. FOURCADE Conversions et autres choses (Pondichéry).
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    ANNALES DE LA SOCIÉTÉ



    MISSION DE PONDICHÉRY



    LETTRE DU P. FOURCADE


    Conversions et autres choses (Pondichéry).



    I1 s'opère de bien belles choses dans le nord-ouest de notre mission. Partout des conversions, et ni le P. Borey, ni le P. Fourcade ne prennent part à la bataille, eux qui autrefois commandaient le feu. Le P. Borey est Principal au collège colonial et là dans l'impossibilité de donner un baptême. Quoique à côté du grand champ du combat, je suis plus heureux que lui. Je viens d'avoir environ deux cents baptêmes. Je vous raconterai plus tard l'histoire (le la conversion du village de Cotteïcoupam à 3 milles de Pondichéry.

    J'ai eu aussi un bon nombre de baptisés à l'agonie pendant le choléra qui depuis trois mois tourmente Pondichéry.

    Le premier qui m'a le plus frappé (celte race ne se convertît jamais) a été un Turc, un beau jeune homme, un soldat de l'armée française de Pondichéry. Je l'avais vu bien des fois chez le capitaine qui est Béarnais comme moi. Pris par le choléra et transporté à l'hôpital, il dit à la sur qui est une Française et en bon français :

    «Envoez vite chercher le P. Fourcade, je veux recevoir baptême, je sens que je m'en vais. »

    J'arrive en toute hâte, le malade est au plus mal, il ne peut parler qu'avec la plus grande difficulté, il suit nies exhortations par des signes de tète, et l'eau sainte en fait un élu. Quelques heures après, il était au ciel à l'abri de toute souffrance. Il laisse une femme et deux enfants. Le capitaine l'a regretté; depuis un an, il l'avait pris pour son ordonnance dans sa maison. Comment se fait-il qu'il ait eu la pensée de se convertir? Jamais un Turc ne reçoit le baptême! C'est le secret du bon Dieu qui prend ses élus partout. Une sur disait : « C'est le premier musulman que j'ai attrapé. » Était-elle contente ! Les admirables surs que , ces religieuses de Saisit-Joseph de Cluny ! Avec quel dévouement elles ont soi-gué les cholériques et avec quel épanouissement.

    Vous êtes dures à cuire, leur disais-je. Comment, pas une de vous n'attrapera la palme du martyre?

    Nous voudrions bien, mais nous avons beau frotter, nettoyer, respirer les cholériques, nous ne pouvons rien moissonner. Apparemment, le choléra ne sait pas quel bonheur il pourrait nous procurer.

    Je puis en dire autant; dans ma vie, j'ai soigné des milliers de cholériques, jamais je n'ai souffert. Cependan Thomas dit qu'on a droit à l'auréole du martyre quand on meurt pour une cause qui regarde Jésus-Christ. J'aime mieux citer textuellement:

    « Celui qui encourt la mort pour un bien commun, qui ne se rapporte pas à Jésus-Christ n'a pas droit à l'auréole du martyre, mais si le bien commun auquel il se sacrifie se rapporte à Jésus-Christ, il mérite l'auréole et il est martyre »

    Donc en soignant les cholériques, on obtient la palme tant enviée, si on y meurt. J'espère toujours la voir en mes mains triomphantes; mais comme elle se fait attendre!

    Le mois dernier, le P. Combes. m'écrivait que les deux cent cinquante baptêmes qu'il vient de donner avaient ravagé sa bourse, et il me demandait comment il pourrait s'y prendre pour se la radouber. Je lui conseillais d'écrire aux Missions catholiques. Il n'aime pas beaucoup à demander, mais quand la nécessité lui fait voir que les intérêts de Jésus pourraient être compromis, il se décide. Si vous saviez comme il se nourrit pour épargner pour ses enfants!

    D'ailleurs, ils en sont tous là, ceux qui travaillent aux conversions. Ce qu'ils devraient acheter pour eux, ils le regardent comme de l'argent jeté par la fenêtre. Sachant leur négligence sous ce rapport, je leur envoie quand je puis des sardines, du fromage, du pain. Mais quand ils reçoivent ces cadeaux, il faut voir comme ils tapent dessus, comme de vrais affamés!



    Je me suis interrompu pour aller confesser les religieuses, les vieux et vieilles de l'hospice. Après cela, je me dirigeai pour aller faire le catéchisme aux deux cents enfants de l'école gratuite quand une femme m'appelle auprès d'un cholérique. J'y cours, c'est un adolescent, il va mal. Je l'administre. Je reviens et trouve les quatre cents enfants de la cathédrale venus au catéchisme tout seuls, car mon vicaire appelé auprès des malades, n'a pas pu revenir. Je fais son catéchisme et laisse le mien; mon catéchiste l'aura fait à ma place. C'est l'Angelus qui sonne. Je vais dîner à votre santé, à la santé des amis. Si tout ce monde est en bonne santé, je sens que je m'en porterai mieux, ce me semble.

    Autre nouvelle. Vient de frapper à ma porte, une jeune fille. Je vais voir.

    C'est Mme Baptiste qui m'envoie.

    Ce seul mot me fait comprendre. Cette dame était venue me dire dimanche qu'elle voulait faire baptiser sa servante païenne. Cette jeune fille est la servante.

    Je l'envoie apprendre les prières chez les religieuses pariâtes de Saint-Louis de Gonzague.

    Je dormais donc cette nuit; à i heure du matin, j'entends frapper à la porte des extrêmes-onctions, je vais voir ; bon! Voilà que j'y trouve le P. Godec arrivé par le chemin de fer. Il me raconte que n'ayant plus rien, il venait chercher fortune pour enrichir les affamés. A-t-il été content quand je lui ai appris que vous lui aviez envoyé 250 francs! Dans la matinée, il m'a dit qu'il vous remercierait lui-même et que la famine s'annonce alarmante. Les conversions arrivent, c'est par la faim que le bon Dieu veut convertir tous ces parages. Oh! qu'il a fait de belles choses par ici.




    1898/71-78
    71-74
    Inde
    1898
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