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Contes siamois et laotiens 1

Contes siamois et Laotiens Ces CONTES SIAMOIS ET LAOTIENS ont été traduits par Mgr Cuaz, le Vicaire apostolique du Laos, pour les bienfaiteurs de sa mission. Ils offrent parfois quelques ressemblances d'idées avec les Fables que nous avons apprises dams noire enfance ; ils se terminent souvent par des réflexions morales, ou racontent des faits dont il est aisé de tirer un enseignement. A ces divers titres ils sont intéressants et nous laissent apercevoir quelques traits de la mentalité siamoise et laotienne. LE LIÈVRE ET LE COLIMAÇON
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    Contes siamois et Laotiens

    Ces CONTES SIAMOIS ET LAOTIENS ont été traduits par Mgr Cuaz, le Vicaire apostolique du Laos, pour les bienfaiteurs de sa mission. Ils offrent parfois quelques ressemblances d'idées avec les Fables que nous avons apprises dams noire enfance ; ils se terminent souvent par des réflexions morales, ou racontent des faits dont il est aisé de tirer un enseignement. A ces divers titres ils sont intéressants et nous laissent apercevoir quelques traits de la mentalité siamoise et laotienne.

    LE LIÈVRE ET LE COLIMAÇON

    OU POURQUOI LE LIÈVRE NE BOIT PAS D'EAU ET POURQUOI LE CROCODILE N'A PAS DE LANGUE.
    (Conte Siamois.)

    En allant boire à un étang le lièvre vit un jour un colimaçon qui rampait et lui dit : «Jusqu'où peut bien aller en une journée un animal de ton espèce ? Sans doute pas même si loin que moi en un seul bond ! ! ! » Le colimaçon piqué lui répondit : « Puisque tu me provoques ainsi, il faut que tu gages avec moi à qui de nous deux aura le premier fait le tour de cet étang. Si j'arrive le dernier, moi et ma race nous serons tes esclaves ; mais, si tu es vaincu, c'est toi qui deviendras mon esclave à vie ».
    Le lièvre ayant acquiescé, le colimaçon donna en secret pour mot d'ordre à ses congénères, grands et petits, de se tenir sur les bords de l'étang ; puis, lorsque le lièvre appellerait, le colimaçon qui se trouverait en avant devrait répondre : « Présent », à chaque fois.
    Toutes dispositions étant prises, le lièvre permit au colimaçon de partir le premier, puis à son tour il prit son élan, fit une course et s'arrêta pour appeler son rival. Le colimaçon posté en avant lui répondit de suite, suivant la consigne.
    Le lièvre de continuer alors sa course, tout en appelant à chaque instant le colimaçon. A la fin, souffrant de la soif, le lièvre aurait bien voulu boire à l'étang, mais il avait honte de paraître moins résistant que son chétif adversaire ; enfin il descendit boire au fleuve.
    Mais un crocodile, qui se trouvait par hasard au bord de l'eau se précipita sur le lièvre et le saisit dans sa gueule en le menaçant par des « hu ! Hu ! » Répétés ; puis il lui dit : «Maintenant que je te tiens ainsi, n'as-tu point peur de moi ? ». Le lièvre lui répondit avec assurance. « Tant que vous ne faites que hu ! Hu ! Je n'ai point peur du tout, mais il en serait tout autrement si vous criiez « ha ha 1 ».
    « S'il en est ainsi, répartit le crocodile, prépare-toi, car je vais de suite crier « ha ! Ha ! »
    Dès que le crocodile eût fait entendre son « ha ! Ha ! » Le lièvre s'échappa de la gueule du monstre, en lui décochant un vigoureux coup de patte, qui détacha la langue du crocodile, et il remonta prestement la berge.

    1. Hu hu ! Ne peut se dire qu'en pinçant les lèvres, tandis que pour ha ! Ha ! Il faut l'ouvrir, ce qui devait permettre l'évasion du lièvre.

    C'est depuis ce temps-là que le lièvre ne boit plus aux fleuves ni aux étangs ; il se contente d'eau de rosée. C'est depuis cette aventure aussi que le crocodile, dit-on, n'a point de langue.

    ***

    LE CORBEAU ET LE CORMORAN
    (Conte Laotien)

    Amis, n'imitons point le corbeau immonde qui, voyant le cormoran plonger dans les étangs et prendre beaucoup de poissons, voulut en faire autant pour satisfaire sa gourmandise.
    Sans réfléchir au danger, il vole donc jusqu'au lac voisin et s'y plonge imprudemment.
    Hélas ! Non seulement il ne saisit point le moindre poisson, mais il ne put même se dépêtrer et remonter à la surface de l'eau ; des herbes aquatiques l'entouraient, en effet, de toutes parts, au point qu'après s'être longtemps débattu en vain, il dût même y laisser la vie.
    Nous qui ne connaissons rien au commerce, n'allons pas trouver les étrangers qui viennent nous vendre des étoffes à ramage, sinon nous aurions le triste sort du corbeau dont on vient de voir la fin tragique.

    ***

    LE CORBEAU ET LE VER
    (Conte Laotien).

    De tout temps le corbeau a raffolé de vers. Or, un jour, une de ces bestioles que le corbeau voulait dévorer lui dit humblement : « Seigneur corbeau, avant de me manger, donnez-moi, je vous prie, la solution de quelques énigmes ». Le corbeau y consentit à condition que ce ne fut pas long:
    Le vers lui propose alors les devinettes suivantes :
    « Qu'y a-t-il de plus perçant au monde ?
    La flèche », répond le corbeau. Ce n'est point cela, dit le ver.
    Qu'y a-t-il de plus léger ?
    Le coton » ! Nenni!
    Qu'y a-t-il de plus rapide?
    L'atsàdon (ou cheval ailé) Vous n'y êtes point.
    Qu'y a-t-il de plus fort? »
    Le tigre ! Pas du tout.
    Qu'y a-t-il de plus lourd ? »
    La terre. Ce n'est point cela.
    Qu'y a-t-il de plus tendre?
    L'eau. Vous n'y êtes pas encore, lui déclara le ver.
    Le corbeau, furieux, allait dévorer la pauvre petite bête, lorsque celle-ci le supplia d'aller ensemble demander d'abord l'avis d'un docteur.
    Arrivés chez ce dernier, le corbeau lui raconta toute l'affaire « Maître, ajouta le ver, permettez-moi quelques explications. Le corbeau désire me dévorer, ce n'est pas douteux ; mais jugez d'abord, je vous prie, vous-même, de la justesse de mes réponses aux énigmes posées :
    Ce qu'il y a de plus perçant, n'est-ce pas l'esprit ?
    Ce qu'il y a de plus léger, n'est-ce pas le cur pur ?
    Ce qu'il y a de plus rapide, n'est-ce pas la pensée ?
    Ce qu'il y a de plus fort, n'est-ce pas le mérite?
    Ce qu'il y a de plus lourd, n'est-ce pas le péché ?
    Ce qu'il y a de plus tendre, n'est-ce pas le cur d'un ami ?
    Qu'en pense Votre Excellence?
    Le docteur répondit que le ver avait raison en tous points et qu'il n'était pas juste qu'il fut mangé par le corbeau, du moins pour cette fois.
    Depuis lors le corbeau regarde tous les vers d'un plus mauvais oeil que par le passé, et partout où il en voit petits ou gros, il se précipite pour les dévorer.

    ***

    LE CORBEAU ET LE PAON

    OU POURQUOI LE PAON EST OCELLÉ TANDIS QUE LE CORBEAU EST
    TOUT NOIR.
    (Conte Siamois).

    Autrefois, paraît-il, le plumage du paon n'était point marqué de constellations et le corbeau lui aussi était absolument incolore. Nos deux compères, s'étant rencontrés un jour, allèrent ensemble faire du commerce.
    Entre temps, le paon pria le corbeau de le peindre, à charge de retour. Le corbeau, croyant naïvement avoir affaire à un ami véritable, peignit donc le paon des plus vives couleurs, pensant que le paon lui rendrait le même service.
    Mais le paon, perfide, ne se mit point en frais d'imagination ; il prit simplement de l'encre noire et en barbouilla le corbeau tout entier.
    Voilà comment, grâce à la perfidie d'un faux ami, le corbeau est maintenant couleur de suie.

    1906/99-102
    99-102
    Laos
    1906
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