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Consécration épiscopale de S. G. Mgr Adrien Larribeau

ANNALES DE LA Société des Missions Étrangères SOMMAIRE Corée : LE SACRE DE MGR LARRIBEAU. — LE JUBILÉ SACERDOTAL DE MGR MU- TEL. — Quinhon : CHEZ LES SAUVAGES BAHNARS, par le P. Martial Jannin. — Kouiyang : LE PETIT BOSSU, par le P. Champeyrol. — Phat-diem : CENTENAIRE D'ALEXANDRE DE RHODES, par le P. Bourlet. — Laos : MALADE ET MÉDECIN. NOUVELLES DES MISSIONS. Gravures : CATHÉDRALE DE SÉOUL. — UN BEAU TYPE DR VIEILLARD. — UN
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    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions Étrangères

    SOMMAIRE

    Corée : LE SACRE DE MGR LARRIBEAU. — LE JUBILÉ SACERDOTAL DE MGR MU-
    TEL. — Quinhon : CHEZ LES SAUVAGES BAHNARS, par le P. Martial Jannin. — Kouiyang : LE PETIT BOSSU, par le P. Champeyrol. — Phat-diem : CENTENAIRE D'ALEXANDRE DE RHODES, par le P. Bourlet. — Laos : MALADE ET MÉDECIN.
    NOUVELLES DES MISSIONS.
    Gravures : CATHÉDRALE DE SÉOUL. — UN BEAU TYPE DR VIEILLARD. — UN
    BIENHEUREUX PAPA. — DES AMOURS DE PETITS SAUVAGES. — LAOTIENNES.

    Consécration épiscopale
    de S. G. Mgr Adrien Larribeau

    ET

    JUBILÉ SACERDOTAL DE S. G. MGR MUTEL

    L'Eglise de Corée était en fête aux deux premiers jours du Mois de Marie : le dimanche, 1er mai, c'était le Sacre de S. G. Mgr Larribeau, évêque de Dusa, coadjuteur de Séoul et ce fut, le lendemain 2 mai, les Noces d'Or du vénéré vicaire apostolique, S. G. Mgr Mutel, archevêque de Ratiaria.
    Les majestueuses cérémonies de la consécration d'un évêque, contrariées par une pluie persistante, ne purent se déployer que dans l'intérieur de la cathédrale. Du moins, était-elle archicomble.
    Au choeur, une couronne dé 80 prêtres français, américains, coréens et six évêques missionnaires, NN. SS. Gaspais et Blois de Mandchourie, Demange et Sauer de Corée, puis l'élu, Mgr Larribeau et son consécrateur, Mgr Mutel ; — au lutrin, les Pères Chabot et Martin du Japon, venus renforcer la chorale du P. Guinand et mettre en valeur le doigté de notre organiste ; dans la grande nef et aux premiers rangs de l'assistance, S. E. le Vice Gouverneur de Chosen (autrement dit de la Corée), puis, en grand uniforme, les Consuls de France et d'Angleterre, leurs collègues de Belgique et des Etats-Unis, ainsi que toute la colonie européenne ; — enfin, une foule pressée de catholiques coréens venus des quatre coins de la Mission.

    Juillet Août 1927, n° 176.

    Le banquet qui suivit le sacre fut servi dans un hôtel de la capitale, l'évêché étant trop modeste et surtout trop étroit pour accueillir les invités du vicaire apostolique de Séoul en l'honneur de son nouveau coadjuteur. Nous ne donnerons ici que deux des toasts qui y furent échangés.
    S. E. Mgr S. Yusa porta, en japonais, le premier toast dont voici la traduction :

    MESSEIGNEURS, MESSIEURS,

    « Je dois exprimer mes remerciements pour avoir été invité à ce banquet donné en l'honneur du nouveau prélat consacré ce matin. C'est assurément un événement rare que de me voir au milieu de tant de prêtres et en présence de six évêques de l'Eglise catholique romaine assemblée ici aujourd'hui. Aussi je suis heureux de saisir cette occasion unique d'exprimer les sentiments de ma profonde admiration pour l'oeuvre de propagande religieuse que vous faites en Corée. Vous êtes de beaucoup les plus anciens missionnaires dans ce pays. Il y a bien des années que vous avez modestement commencé votre oeuvre ; mais en dépit des nombreuses difficultés que vous avez rencontrées et des grandes souffrances que avez dû endurer, petit à petit vos efforts ont été récompensés de sorte que Maintenant vous êtes devenus les dignes représentants de la mission chrétienne la plus importante de Corée, avec un très grand nombre de fidèles. La religion que vous enseignez et les sages avis que vous donnez contribuent beaucoup à développer le sens de la droiture et de l'honnêteté parmi le peuple. C'est pourquoi, pour le bien-être moral et physique de la population, je désire vivement qu'une étroite et intime collaboration continue toujours à exister entre vous et nous.
    « Messieurs, je profite de cette occasion propice pour vous dire mes souhaits et mes espérances pour que par vos efforts accrus vous obteniez plus de succès dans votre tâche de civilisation chrétienne de ce pays. En ce jour de fête, permettez-moi de lever mon verre en l'honneur et à la santé et prospérité de Mgr Larribeau, de Vos Grandeurs, et de tous les hôtes présents ».
    Après les excuses d'usage et les compliments de circonstance, le distingué Consul p. i. de France, M. R. Germain, ajouta :
    « Je ne puis prononcer le nom de S. G. Mgr Mutel sans éprouver le désir de vous rappeler l'oeuvre magnifique que nous représente sa vie.
    « Après 50 ans d'apostolat consacré entièrement à là Corée qu'il aime et comprend, cinquante années dont les premières furent passées au sein des plus gaves dangers et qui virent, vers leur achèvement, l'accomplissement d'un grand ouvrage : la béatification en Cour de Rome des Martyrs Coréens, Mgr Mutel s'est acheminé vers une vieillesse robuste et heureuse. Je suis sûr de me faire l'interprète de toute l'assemblée en souhaitant à Mgr Mutel de vivre encore de nombreuses et heureuses années à la tête de son Vicariat, et en le remerciant de nous avoir permis de partager avec lui les joies de cette journée de fête.
    « Cependant, il y a déjà plusieurs années, après une vie déjà si bien remplie, Mgr Mutel, en vue de se préparer un successeur dans l'avenir, désirait se reposer d'une partie de ses nombreuses occupations sur un coadjuteur. C'est à ce moment que fut nommé Mgr Devred, dont le sacre eut lieu le même jour que celui-ci, il y a six ans. Je n'ai pas eu le bonheur de connaître Mgr Devred, que la mort, hélas ! Avait déjà emporté avant mon arrivée en ce pays ; mais tous ici m'ont dit souvent son âme d'élite, l'élévation de son esprit et de son courage. Je sais quelle grande perte sa mort prématurée fut pour l'Eglise de Corée et je ne puis me défendre en un jour comme celui-ci d'adresser un souvenir ému à celui qui, voilà six années, fut le héros d'une semblable fête.
    « Mais au deuil, aux jours de tristesse, voici que succède la joie et que les espoirs se raniment. Un nouvel évêque coadjuteur a été nommé et a été sacré ce matin, S. G. Mgr Larribeau, évêque de Dusa ». Et avec le même tact et le même bonheur d'expression, M. le Consul suit le nouveau prélat dans sa carrière apostolique déjà si bien remplie, et conclut :
    « Permettez-moi, tant en mon nom personnel qu'en, celui de la colonie française, de présenter à Mgr Larribeau de sincères et respectueuses félicitations et de l'assurer de notre affection et de notre dévouement. C'est dans cet esprit que je vous demande de lever tous avec moi vos verres à la santé et au succès de S. G. Mgr Larribeau et à la prospérité toujours croissante de la Mission Catholique en Corée ».

    ***

    Le lendemain du sacre du nouveau Coadjuteur avait donc été choisi pour fêter le jubilé sacerdotal du vénéré Mgr Mutel. De même que la veille, le programme n'avait pas prévu la pluie, qui ne cessa de tomber. Par contre, la cathédrale avait retrouvé la même assistance nombreuse et choisie qui se pressait à la messe pontificale célébrée par le jubilaire et suivie du salut d'actions de grâces. Le banquet fut également plus intime et la table dressée dans la grande salle d'école du P. Villemot. Le toast de Mgr Demange interpréta avec une éloquence émue les sentiments de tous :

    MONSEIGNEUR,

    « La Bible considère la longévité comme une bénédiction de Dieu; c'est parce qu'une vie longue permet une fécondité plus grande. Féconde a été votre vie, nombreux les enfants que vous avez donnés à l'Eglise de Dieu. Parmi vos fils, on compte six évêques1. De ces six, j'ai l'avantage d'être le premier-né.
    « C'est assurément cette qualité qui m'a valu d'être invité par votre Benjamin, né d'hier, à prendre sa place ici. N'ayant pas, lui, son ménage au loin, il pourra longtemps, très longtemps, à la maison paternelle, vous exprimer chaque jour, pratiquement, son affection filiale.
    « Je parle donc ici, Monseigneur, au nom de votre grande famille, au nom de vos enfants et petits-enfants, supérieurs, missionnaires, prêtres indigènes, religieuses, et des 100.000 catholiques des quatre missions de la Corée. Tous se rappellent et ne l'oublieront jamais, que, avant de devenir grand-père, vous avez été longtemps leur unique père à tous. Nos vénérés et aimables hôtes désirent aussi, certainement, me voir être leur interprète près de vous. C'est donc au nom de tous, cher et vénéré Monseigneur, que je félicite Votre Grandeur des prédilections de la divine Providence à son égard pendant ces 50 ans; que je remercie Votre Grandeur d'avoir été pour tant d'âmes la main bienfaisante de cette tout aimable Providence; que je souhaite à Votre Grandeur la persévérance dans sa belle santé, jusqu'aux Noces de Diamant... pour commencer.

    1. En 1911, Mgr Demange, vie. a. de Taikou (Corée); en 1912, Mgr Combaz, év de Nagasaki (Japon); en 1921, Mgr Sauer, Bénédictin de Ste Odile, vie. ap. de Ouensan (Corée), Mgr Devred, coadj de Séoul, Mgr Gaspais, vie. ap. de Ki-Rin (Mandchourie) et, 1927, mgr Larribeau.

    « Des Noces d'Or sacerdotales en Corée, c'est la première fois. La première fois qu'un ouvrier de l'Evangile reste ici, continuant à le creuser, profond, sur le sillon qu'il a commencé 50 ans plus tôt. Un demi-siècle, pendant lequel, depuis le 25 février 1877, vous êtes monté chaque jour à l'autel. Plus de 18.000 fois, vous avez fait descendre entre vos mains le Dieu de l'Eucharistie, soit dans les pauvres paillotes des Kongsos, dont quelques-unes Lui rappellent peut-être la grotte de sa naissance; soit dans la splendide cathédrale que la Corée vous doit ; aussi bien dans la ferveur silencieuse des messes basses que dans la pompe des cérémonies pontificales que vous exécutez si bien. Sacerdos in aeternum. Pendant l'éternité, les Anges, qui nous envient ce privilège, vous féliciteront d'avoir pu en jouir longtemps. N'est-ce pas juste que nous en fassions nous-mêmes le premier objet de nos félicitations?
    « C'est du reste à la grâce que, réaliste comme tout vrai missionnaire, vous avez donné la première place quand vous prépariez le succès de vos entreprises. La seconde, elle était dans vos efforts.

    ***

    « Ce qu'ont été ces efforts et ces travaux pendant 50 ans, ou du moins ce que nous pouvons en connaître par les résultats, je ne veux pas essayer de l'exposer. Pour vos enfants d'ailleurs (et ici nous sommes en famille), c'est inutile : ils ont des yeux pour voir et une mémoire pour se souvenir.
    « Et puis, nous ne voudrions pas, en un tel jour, vous faire souffrir, ne fût-ce que dans votre modestie, dont nous connaissons l'extrême susceptibilité.
    « Quand on vous donna votre destination pour cette Mission, alors très dure, d'aucuns s'en étonnèrent : vous étiez faible de santé. Pour vous, c'était un détail : à cette époque ce n'était pas surtout, de maladie qu'on s'attendait à mourir en Corée. En fait, votre cas donnerait de la modestie aux médecins d'alors, s'ils étaient encore capables d'en avoir. Des 46 partants que le Séminaire de la rue du Bac envoya en Extrême-Orient dans le cours de l'année 1877, vous restez 4 : avec Votre Grandeur, ce sont les Pères Launay de Paris (Nota. Il vient de mourir), Tulpin de Tokyo et Sidot de Saigon. Il est à parier que vous n'étiez pas considérés comme les quatre plus robustes du départ. Les jubilaires de l'an prochain, dont votre premier servant de messe et fidèle ami, le P. Couvreur, sont encore le double. Bien des cours plus jeunes n'ont pas montré la même résistance.
    « Votre chère famille, du reste, Monseigneur, était de bonne roche : aujourd'hui, à Nancy, votre frère, à qui je me permets d'envoyer mon personnel souvenir, et à Blumeray, votre soeur, se réjouissent en pensant que nous fêtons ici leur petit frère.
    « Vous étiez envoyé en Corée avec mandat spécial de faire les procès canoniques des Martyrs, dont les derniers l'avaient été moins de douze ans plus tôt. Vous fîtes un crochet pour aller prendre chez nos confrères du Tonkin des renseignements pour ce travail. Qu'auriez-vous pensé alors si, le voile de l'avenir se déchirant, vous vous étiez vu, 48 ans plus tard, dans le choeur de St Pierre de Rome, en présence du Pape, des Cardinaux et d'une foule immense, chantant de votre voix claire et forte, pour la première fois, l'oraison des 79 Bienheureux, à la glorification desquels vous alliez, jeune missionnaire, commencer à travailler alors ?
    « Une violente tempête, entre Haiphong et Hongkong, vous fit manquer la correspondance qui devait vous amener en Mandchourie, à temps pour entrer, avec Mgr Ridel et les nouveaux pères Doucet et Robert, eu Corée.
    « Ces opérations de contrebande n'attendaient pas, les rendez- vous étaient trop difficiles et dangereux, et force vous fut d'attendre vous-même une nouvelle tentative, trois ans plus tard.
    « Dans la si bonne hospitalité de nos confrères de Mandchourie, dont le reconnaissant souvenir fait partie du patrimoine de coeur de l'Eglise Coréenne, votre séjour à N.-D.-des-Neiges fut utile à votre Mission.
    « C'est là que, tout en étudiant la langue et en donnant vos soins aux chrétiens de l'endroit, vous fîtes la connaissance des caractères chinois. Les premières amours sont vivaces. Vous leur êtes resté fidèle.
    « Il est d'hier ce spectacle d'un vénérable évêque, partant le matin, son « Bento » (dîner froid des écoliers et ouvriers) à la main tel un de nos petits écoliers, pour passer sa journée aux Archives de l'ancien Gouvernement mises à sa disposition par le nouveau, et étonnant les lettrés coréens par la facilité avec laquelle, mieux qu'eux, il se dirigeait dans tous ces manuscrits. De là sont sorties ces deux publications de « Documents » en 1924 et 1925, si précieux et que, sans vous, nous n'aurions pas...
    « Ces réminiscences de vos études nous ont amenés, avec vous, de Mandchourie à Séoul. Oh ! Les bonnes soirées passées à vous entendre narrer quelques-uns de vos souvenirs d'alors, quand vous vous cachiez sous l'habit coréen (il n'y en à plus ici que deux ou trois qui l'aient porté, je crois, et que, pour mieux vous cacher encore, vous habitiez tout près du palais royal, prisonnier dans une petite chambre toute la journée, n'en sortant que de nuit pour votre ministère. Ces souvenirs se font rares. Qu'il serait bon de les avoir écrits : après les documents de la persécution, ces mémoires des dernières heures de la nuit coréenne seraient précieux aussi.
    « La nuit allait finir et c'est vous, Monseigneur, qui deviez être le Pontife de l'aurore, puis du plein jour.
    « Paris vous avait réclamé et pendant cinq ans, de 1885 à 1890, vous y avez représenté le groupe de nos Missions les plus orientales, et le souvenir des traditions du Conseil de Paris dont vous étiez secrétaire et que présidait l'admirable Père Delpech est resté profondément gravé dans votre mémoire et dans votre coeur.
    « Mais l'Eglise de Corée vous voulait et elle vous eut pour ne plus vous perdre. Aussi, comme elle chantait en recevant son époux, le jeune Pontife de 36 ans, et comme elle espérait la réalisation de votre devise :

    « Fleurissez blanches fleurs,
    Sous le frimas écloses..,
    Dans la Corée, enfin, le printemps va fleurir ».

    « Oui, votre devise, était une prédiction. Pendant les 37 années de votre épiscopat, presque la 3/4 de votre vie sacerdotale entière, que de bourgeons ont fleuri, que de fruits ont mûri !
    « Le premier prêtre indigène qui est maintenant sur nos autels, le Bienheureux André Kim et son compagnon, le P. Thomas Tchoi, étaient des fruits de la toute première saison, et depuis, malgré des plantations persévérantes, les temps trop durs n'en avaient pas laissé arriver à maturité. C'est vous, Monseigneur, qui avez fait la première ordination de prêtres coréens sur la terre même de Corée et de combien d'autres elle a été suivie !
    « Mais je l'ai dit tout à l'heure, je ne veux pas commencer une énumération, que vous interrompriez sans doute pour dire comme dans une circonstance semblable : Tout cela s'est fait sous mon épiscopat, comme on dit dans le Credo que le salut du monde s'est fait « sub Pontio Pilato ».
    « Ce qui est certain, c'est que la ruche dont vous étiez la reine s'est tellement remplie que, par trois fois déjà, elle a dû essaimer.

    ***

    « 50 ans de messes ; 50 ans de travaux et aussi 50 ans de croix.
    « En regardant en arrière, certainement, Monseigneur, vous dites avec le Psalmiste : Laetati sumus pro diebus quibus vidimus mala. C'est à vos yeux le plus clair de vos provisions aux greniers éternels, ce que vous avez donné de mieux à votre Eglise et le plus sûr objet des prédilections de Celui qui n'a pas trouvé de meilleure voie pour Lui et ses amis que la voie royale de la Croix. Oui, c'est bien là un objet et non le moindre de nos félicitations.
    « Mais ce domaine est encore plus fermé que l'autre, celui de vos efforts ; je n'aurai pas ici l'indiscrétion de vouloir me mettre de tiers avec Dieu et vous; je veux seulement dire que, si mes calculs sont exacts, le nombre de nos collaborateurs français, pour ne parler que d'eux, dont pendant votre épiscopat vous avez vu la tombe s'ouvrir dépasse de deux unités celui des missionnaires actuels de la Mission de Séoul. Malgré la Foi et la soumission à l'adorable volonté de Dieu, que de douleur à chacune de ces séparations.
    « La plus cruelle fut la dernière. Soirée inoubliable de la cabine du Porthos, en Méditerranée, comment l'oublierions-nous, comment oublierais-je votre poignante douleur que j'eus à partager et votre généreux fiat ? Les pensées de Dieu souvent ne sont pas les nôtres et ce sont les siennes qui sont les vraies. Qu'avez-vous fait de mieux pendant cinquante ans que de le reconnaître et de vous conformer à cette connaissance?
    « Ce résumé très incomplet de l'objet de nos félicitations l'est aussi de nos remerciements. Vous n'avez jamais vécu pour vous et c'est ce qui fait l'admirable unité de votre vie. Ces grâce obtenues, ces travaux entrepris, ces souffrances supportées : ce sont vos enfants qui en ont bénéficié.
    « Leur gratitude s'exprime sans phrases, mais bien sincèrement : nous reconnaissons devant Dieu que vous avez été un Père très généreusement dévoué, très patient et, pour tout dire, très aimant, et à plein coeur vos enfants vous rendent cet amour, espèrent que vous oublierez leurs fautes qui étaient des faiblesses.
    « Félicitations et remerciements vous en avez eu, Monseigneur, de plus hauts interprètes :
    « Il y a douze ans, pour vos noces d'argent épiscopales, Sa Sainteté le Pape Benoît XV vous nommait Assistant au trône pontifical et Comte Romain ;
    « L'an dernier, en vue de vos noces d'or sacerdotales, Notre Saint Père le Pape, glorieusement régnant, Sa Sainteté Pie XI, vous élevait à la dignité d'Archevêque.
    « Milo, Mopsueste, Ratiaria, sont trois sièges successivement occupés par Votre Grandeur. C'est rare, et, par manque d'habitude, sans doute, les Bureaux Romains ne savent plus où ils en sont. La Bulle qu'on a lue hier vous plaçait, avant la correction de la dernière heure, à Mopsueste ; c'est un progrès sur le Bref qui l'accompagnait et qui en était encore à Milo. L'essentiel est que votre siège effectif n'a pas changé, vous avez été et êtes resté l'évêque de la Corée.
    « Des télégrammes du Saint Père et son Délégué sont venus, plus exacts que nous, vous apporter bénédictions et félicitations.
    « A Paris, l'an dernier, la France épinglait sur votre poitrine la croix de la Légion d'honneur ;
    « En Corée, Monseigneur, vous avez bien servi la France aussi : en vous connaissant, en vous estimant, en vous aimant, vos enfants d'Asie ont connu, estimé et aimé la Patrie qui vous avait donné à eux. La mère a bénéficié du prestige moral du fils et c'est assez.
    « Enfin, Monseigneur, nos voeux :
    « Demander à Dieu qu'Il vous conserve la santé jusqu'à vos noces de diamant, ce n'est pas demander un miracle (les miracles, du reste, cela s'obtient).
    « Vous rappelez sans doute une visite que nous faisions tous deux, il n'y a pas encore deux ans, à Son éminence le Cardinal Préfet des Rites. Après un moment de conversation, le bon Cardinal Vico, vous interrompant, s'écria : « Comment, c'est vous le vieux ? Je croyais que c'était l'autre ! » Quand on arrive ainsi à tromper un Cardinal et un Cardinal habituellement en relation avec les Bienheureux de l'autre monde, il faut se résigner à attendre pour se dire vieux. Attendez donc, Monseigneur.
    « Parmi ceux qui vous le demandent, il n'en est pas, je suis sûr, qui le fasse plus ardemment que celui qui vous disait hier sur le palier de l'autel : ad multos annos! On dit parfois qu'il n'est pas toujours commode d'avoir un coadjuteur, ni même d'être coadjuteur. N'ayant aucune des deux expériences, je me garderai de porter un jugement, mais ce qui me semble certain c'est que quand le Père sait, en endossant les responsabilités, laisser au fils ses initiatives, c'est pour la direction l'union de la sagesse et de l'activité, et de l'édification et du bonheur pour les dirigés. Or, l'expérience est faite : cet art, Votre Grandeur le possède.
    « Nous levons tous notre verre, cher et vénéré Monseigneur, à la longue persévérance de votre belle santé, pour notre bonheur à tous ».

    1927/361-371
    361-371
    Corée du Sud
    1927
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