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Consécration épiscopale de Mgr Rouchouse morts au champ d'honneur

Consécration épiscopale de Mgr Rouchouse
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    Consécration épiscopale de Mgr Rouchouse
    Le sacre de Mgr Rouchouse, évêque d'Égée et Vicaire apostolique du Se-tchoan occidental, a eu lieu le 1er octobre 1916 à Tchen-tou. Mgr de Guébriant était le prélat consécrateur ; il était assisté de Mgr Chouvellon Vicaire apostolique du Se-tchoan oriental, et du P. Bayon. Dans la cathédrale, heureusement très vaste, se pressaient, outre grand nombre de chrétiens, plus de 60 prêtres européens et chinois ; près de 30 religieuses Franciscaines, missionnaires de Marie, avec leurs 60 pensionnaires et leurs 600 orphelines ; 150 séminaristes ; près de 100 laïques européens et américains dont deux consuls de France, deux consuls anglais, le consul du Japon et les hautes autorités chinoises militaires et civiles. L'Inde elle-même était représentée en la personne de M. Doodha, directeur des Postes au Se-tchoan.
    Un missionnaire, M. Marcel Dubois, nous a envoyé sur cette belle fête une longue relation que le peu de place dont nous disposons ne nous permet malheureusement pas d'insérer.

    Morts au champ d'honneur

    M. GUIRAUD

    Le précédent numéro de nos Annales, p.194, enregistrait avec joie la citation à l'ordre du jour de M. GUIRAUD ; aujourd'hui hélas ! Nous avons la douleur d'annoncer la mort de notre cher confrère, tué à l'ennemi le 12 novembre 1916.
    L'aumônier de son régiment, M. l'abbé Sahut, a raconté dans plusieurs lettres adressées à M. le Supérieur de notre Séminaire, les circonstances de la mort du P. Guiraud, et les regrets de tous ceux qui l'avaient connu et avaient pu apprécier ses belles qualités et ses solides vertus.
    Nous nous faisons un devoir de publier la plus grande partie de ces lettres :

    12 novembre 1916.

    J'ai une très pénible nouvelle à vous annoncer : la mort de M. l'abbé Guiraud, professeur au Séminaire des Missions Etrangères, infirmier au 81e.
    Ce matin l'abbé Guiraud avait dit deux messes, comme il le faisait d'habitude lorsque son bataillon était en première ligne. La première messe avait été célébrée dans l'abri d'un capitaine la seconde au poste de secours.
    Au moment où il venait de manger la soupe, se présente au poste de secours un cycliste, porteur d'un pli pour la première ligne, qui demande le chemin à suivre pour s'y rendre. La route à travers des boyaux très nombreux étant des plus difficiles, M. Guiraud lui dit : « Mon cher, vous auriez beaucoup de peine à arriver sans être guidé, vous vous égareriez probablement, et comme ça tape beaucoup actuellement, vous vous feriez tuer ou blesser, je vous accompagne ».
    Ils partent tous les deux, le pli est remis. Au retour, le tir ennemi est tellement violent qu'ils doivent demeurer un certain temps dans un abri. Un calme relatif s'étant produit, ils sortent de l'abri pour revenir en arrière. Au moment où ils viennent de se séparer, Guiraud rentre dans un autre abri ; il arrive à la sixième marche, lorsqu'une bombe énorme tombant sur le côté opposé du boyau éclate violemment ; l'un des éclats pénètre dans l'abri, brisant le casque de notre cher infirmier et le tuant sur le coup.

    JANVIER FÉVRIER 1917, N° 113.

    Averti du malheur qui vient de se produire, je me rends sur le lieu du sinistre où je trouve les brancardiers en larmes entourant le corps inanimé de leur cher camarade, dont ils sont unanimes à déplorer la perte et à louer les excellentes qualités.
    J'ai accompagné le corps vers l'arrière où il a été déposé, en attendant la sépulture que je présiderai demain lundi à 2 h. 1/2. Le médecin-chef m'a fait connaître qu'il désirait assister aux obsèques pour donner ainsi un témoignage de sa sympathie à l'infirmier aumônier.
    Le corps sera enterré avec un cercueil. Sur sa tombe, une croix sera plantée indiquant son nom, le numéro de son régiment, la date de sa mort. Grâce à un plan du cimetière et à un numéro d'ordre, il sera possible de retrouver la tombe même dans le cas où des obus ennemis détruiraient la croix qui la surmonte.
    Comme vous le savez très bien, l'abbé Guiraud retenu en captivité pendant plusieurs mois avait demandé, dès sa libération, à revenir au front. Affecté aux brancardiers de corps, il ne s'était pas trouvé assez en avant et avait réclamé une place dans les tranchées au 81e d'infanterie.
    Cette place, non seulement il l'avait demandée, mais il s'était efforcé de la conserver.
    Dernièrement on avait dressé la liste de tous les réservistes de l'armée territoriale qui devaient peu à peu être évacués sur l'arrière. M. Guiraud en ayant été informé avait sollicité et obtenu de pouvoir, malgré son âge, rester dans les tranchées.
    Si les embusqués de l'arrière qui prétendent qu'il n'y a pas de prêtres dans les tranchées se donnaient la peine d'y venir, ils s'apercevraient facilement que ceux qui doivent y être y sont, et qu'il y en a même qui, dispensés de s'y rendre, ont demandé et obtenu la faveur d'y aller, d'y demeurer ensuite, et même de s'y faire tuer.
    Tous ceux qui ont connu M. Guiraud sont unanimes à louer sa piété, sa fidélité à tous ses devoirs, sa bonté vis-à-vis de tous ses camarades sans exception, aussi les regrets sont-ils profonds.
    Dès son arrivée au régiment, il a su se faire tellement aimer que, lorsque pour mieux assurer le service religieux j'ai dû le changer de bataillon, ses camarades m'ont amèrement reproché son déplacement.
    Un officier qui lui était particulièrement attaché me dit un jour : « Si vous me donnez Guiraud je cède la grotte que j'habite, et je travaillerai moi-même à la convertir en chapelle ».
    Après avoir consulté Guiraud je me rendis à ses désirs ; la grotte fut cédée, et, fidèle à sa promesse, l'officier aidé de soldats volontaires travailla à l'aménagement de la nouvelle chapelle où, à quelques centaines de mètres de l'ennemi, M. Guiraud réunissait tous les soirs les soldats cantonnés à côté.

    14 novembre.

    Hier ont eu lieu à 2 h. 1/ 2 de l'après-midi les obsèques du cher abbé. Le colonel du régiment qui commande par intérim l'infanterie de la division ; le commandant qui commande par intérim le régiment ; une délégation des infirmiers, des prêtres brancardiers divisionnaires et d'autres soldats, assistaient à ses obsèques qui ont eu lieu dans le cimetière divisionnaire.
    Avant de quitter la tombe j'ai pris la parole pour saluer notre cher ami.

    27 novembre.

    Sans m'en parler, un groupe de soldats se sont cotisés pour faire venir de l'arrière une magnifique couronne qu'ils ont obtenu la permission d'aller déposer sur la tombe du cher abbé Guiraud.
    Je n'ai connu leur démarche qu'au moment où ils allaient partir pour remplir ce pieux devoir.
    Ils m ont demandé d'aller voir la couronne qui a près d'un mètre de haut et qui, étant donnés les prix élevés des objets vendus dans les villes voisines du front, doit coûter une quarantaine de francs.

    M. l'abbé Sahut a également eu la bonté de nous envoyer la citation du P. Guiraud à, l'ordre de l'armée telle que nous la donnons p. 209.

    M. BOUCHEZ

    Un de nos dévoués auxiliaires, M. Bouchez, sous-lieutenant d'infanterie, a été tué dans une attaque sur ...
    Il était entré dans notre maison en 1911 et y avait exercé les fonctions de portier. Son caractère réservé et charitable, sa nature modeste et vigoureuse, sa piété forte nous faisaient présager qu'il rendrait de grands services à notre Société. Dieu en a disposé autrement. Que sa sainte volonté soit faite !
    Parti en qualité de sergent au commencement de la guerre, en août 1914, M. Bouchez devint bientôt sous-lieutenant. Il fut cité en 1915 à l'ordre du Régiment1, et en 1916 à l'ordre du jour de la Brigade2. Ses deux citations faisaient l'éloge de son sang-froid et de son énergie dans les situations les plus périlleuses.

    M. PUYOO

    Toutes les victimes de la guerre ne succombent pas sur le champ de bataille.
    Vendredi 3 novembre, à 6 h. du soir, M. Benoît Puyoo, originaire du diocèse de Bayonne, missionnaire au Haut Tonkin depuis 1907, affecté depuis peu de jours comme infirmier interprète à l'hôpital annamite 67, au camp de Fréjus, allait, en service commandé, à bicyclette, parallèlement avec une automobile militaire. Le prêtre soldat, se heurtant probablement quelque obstacle dans l'obscurité, tomba de sa machine et eut la tête broyée par l'automobile. La mort fut instantanée.
    Des funérailles solennelles furent faites le dimanche suivant, avec le concours de tout le clergé de la cathédrale, à cette victime du devoir, qui s'était déjà concilié l'estime de ses chefs et des soldats indigènes. Monseigneur l'Evêque honora de sa présence le service funèbre chanté par un confrère du défunt.
    Au cimetière, M. Thibault, médecin-chef, prononça devant une nombreuse assistance composée d'officiers, de prêtres soldats, d'Annamites, de notables et de dames de Fréjus, un discours remarquable par la noblesse des sentiments patriotiques et chrétiens.

    M. DELMAS

    Un de nos aspirants, M. Delmas, Jean Martin, originaire du diocèse de Mende, sergent, a été tué le 25 septembre 1916 à l'attaque de C... Il a reçu quatre balles en pleine poitrine. Il était tonsuré.
    En annonçant sa mort la Croix de la Lozère écrit : « Le sergent Delmas était un sous-officier modèle. Adoré de ses hommes pour qui il était excessivement bon, très estimé de ses chefs, il laisse dans son régiment des regrets unanimes. Blessé une première fois à Lunéville en 1914, il fut soigné à Antibes ; rappelé au dépôt, il fut nommé sergent instructeur de la classe pendant quelques mois. Le 8 décembre 1915, il quittait Digne, pour remonter au front, avec un renfort du 43e d'infanterie ». Deux de ses frères sont comme lui tombés au champ d'honneur ; un troisième est amputé du pied droit ; le quatrième est sur le front, en première ligne ; le cinquième va partir prochainement ».

    1. Ann. M.-E, n° 106, nov.-déc. 1915, p. 92.
    2. Id., n° 111, sept.-oct. 1916, p. 179.
    1917/49-52
    49-52
    Chine
    1917
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