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Consécration épiscopale de Mgr Barillion

Consécration épiscopale de Mgr Barillion Le 18 septembre dernier, dans l'église de notre Séminaire, Mgr Barillon a été sacré évêque de Malacca par Mgr Gandy, archevêque de Pondichéry, assisté de Mgr Kleiner, évêque de Mysore, et de Mgr Mugabure, archevêque de Sagalasso, coadjuteur de Tokio (Japon). La cérémonie s'est développée majestueuse, très impressionnante par la pieuse gravité des pontifes missionnaires et par le recueillement de l'assistance. Commencée à 9 heures, elle finit à 11h. 1/2.
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    Consécration épiscopale de Mgr Barillion

    Le 18 septembre dernier, dans l'église de notre Séminaire, Mgr Barillon a été sacré évêque de Malacca par Mgr Gandy, archevêque de Pondichéry, assisté de Mgr Kleiner, évêque de Mysore, et de Mgr Mugabure, archevêque de Sagalasso, coadjuteur de Tokio (Japon).
    La cérémonie s'est développée majestueuse, très impressionnante par la pieuse gravité des pontifes missionnaires et par le recueillement de l'assistance. Commencée à 9 heures, elle finit à 11h. 1/2.
    Le nouvel évêque, de taille élancée, le visage un peu maigre, pâle et orné d'une belle barbe noire, est âgé de 44 ans ; il est né à Lumeau (Eure-et-Loir) le 18 octobre 1860. Il partit pour la mission de Malacca en 1884, et après y avoir travaillé avec zèle et succès pendant huit ans, il fut rappelé comme directeur au Séminaire des Missions Etrangères.
    Il y exerça successivement ou simultanément les charges très importantes de professeur de théologie morale, de directeur des Aspirants et de supérieur du séminaire de l'Immaculée Conception, à Bièvres.
    Le suffrage des missionnaires du diocèse de Malacca l'a rappelé dans le pays de ses premiers travaux. Il retrouvera la mission agrandie par le zèle des ouvriers apostoliques.
    Qu'il nous soit permis d'unir nos souhaits de prospérité et de longue vie à ceux qui lui ont été offerts au jour de sa consécration épiscopale.
    Nos lecteurs seront certainement heureux de lire les discours qui ont été prononcés en cette circonstance par le nouvel évêque, par Mgr l'archevêque de Pondichéry et par M. l'abbé Renaud, supérieur du grand séminaire de Chartres.

    Discours de Mgr Barillon.

    MESSEIGNEURS,

    Les jours où Dieu se plaît à répandre sur nous l'abondance de ses dons doivent être aussi des jours d'actions de grâces et de remerciements.
    Ces actions de grâces, je les offre très humblement à l'Auteur de tout bien qui a voulu manifester sa puissance dans ma faiblesse, et sa miséricorde dans mon indignité. Mais sentant toute la pauvreté de mes seuls remerciements, je vous demande de joindre vos prières aux miennes pour suppléer à leur insuffisance.
    D'autre part, en ce jour de ma consécration épiscopale, mon coeur se sent pressé d'adresser le témoignage de sa reconnaissance à ceux qui m'entourent et qui ont été les instruments des grâces et des desseins de Dieu sur ma pauvre personne.
    Merci à vous tout d'abord, Mgr l'archevêque de Pondichéry ! Je regarderai toujours comme une faveur particulière de la Providence d'avoir reçu la plénitude du sacerdoce de vos mains vénérées. Aux liens de la subordination hiérarchique, Dieu a voulu ainsi ajouter les liens plus intimes de la filiation épiscopale. Aussi, à la veille de votre retour dans votre belle mission, c'est de grand coeur, et en me faisant l'interprète de tous, que je vous redis encore une fois : ad multos annos. Non content de cette première faveur, j'en demanderai à Dieu une plus précieuse encore : c'est de me donner, par la pratique des vertus et du zèle apostolique, un peu de ressemblance avec mon père en Dieu, de sorte que l'on puisse dire avec quelque vérité : tel père, tel fils.
    Merci à vous aussi, Messeigneurs, qui avez bien voulu m'assister dans cet acte solennel de ma consécration ! Votre présence en ce jour m'est une grande joie, et ce m'est aussi une grande consolation de penser que vous continuerez l'assistance de vos saintes prières à votre nouveau frère dans l'épiscopat. De mon côté, il me sera bien doux de placer vos noms dans mes prières à côté de celui de mon vénéré consécrateur, et surtout de m'encourager par vos exemples à devenir un évêque selon le coeur de Dieu.
    Et maintenant, c'est à mes pères et à mes frères de cette chère famille du Séminaire des Missions Etrangères que j'adresse le témoignage de ma plus vive affection. Douze ans de vie commune et de communs travaux dans l'un et l'autre de nos séminaires ont créé dans mon âme des attaches si profondes et des souvenirs si doux, que le temps et la distance ne pourront jamais les affaiblir et qu'ils me feront toujours revivre par la pensée et par le coeur dans ces maisons bénies. Qu'il me soit permis de profiter de cette occasion pour souhaiter une longue et féconde carrière au nouveau Supérieur et père de ce Séminaire, en redisant pour lui aussi : ad multos annos.
    Mais lorsqu'à côté du père qui la dirige, une famille ale bonheur de posséder un aïeul vénérable dont les douces vertus, la profonde sagesse et la bonté inépuisable sont pour elle une source de bénédictions, oh ! Alors, enfants et petits-enfants entourent le bien-aimé patriarche d'une affection toute spéciale, et, dans leurs plus ferventes prières, chaque jour ils demandent à Dieu de le conserver longtemps encore. Tels sont mes sentiments et mes voeux, tels sont ceux de toute la famille des Missions Etrangères pour son cher et dévoué Supérieur honoraire.

    NOVEMBRE DÉCEMBRE 1904. — N° 42

    De ma famille apostolique, ma pensée se porte naturellement vers cette autre famille spirituelle si bien représentée ici par les Supérieurs des maisons qui ont abrité mon enfance et ma jeunesse cléricales. C'est M. le Supérieur de la Maîtrise de Chartres, ce berceau si aimé où la Sainte Vierge entoure ses clercs d'affections toutes maternelles ; c'est M. le Supérieur du Petit Séminaire de Saint-Chéron, mon compagnon, ami et modèle de dix années d'études ; c'est enfin M. le Supérieur du Grand Séminaire, le père de mon âme, le guide éclairé et le très ferme soutien de ma vocation. Je les prie d'agréer pour eux personnellement et pour les chères maisons qu'ils dirigent, l’expression de ma plus entière reconnaissance.
    Il y aurait une grande lacune dans mes remerciements si j'omettais le témoignage d'affection toute filiale que je dois à l'oncle vénéré qui m'a tenu lieu de père. C'est lui qui a appris au pauvre orphelin à connaître et à aimer Dieu, préparant ainsi les voies à ma vocation sacerdotale et apostolique. Le Roi des Apôtres le récompensera au centuple pour tout le bien qu'il m'a fait.
    Enfin, le missionnaire n'oublie jamais dans sa reconnaissance comme dans ses prières, les bienfaiteurs de sa carrière apostolique, ceux qui au milieu de ses travaux sont sa Providence visible, en lui donnant le pain de chaque jour. Aussi avant de retourner travailler dans ma chère Mission, je suis très heureux de pouvoir offrir le témoignage de notre plus vive gratitude à MM. les Présidents de la Propagation de la Foi et de la Sainte Enfance. En les remerciant nous ne demandons qu'une chose, c'est qu'ils puissent nous aider autant qu'ils le voudraient à réaliser le grand but de notre vocation par l'extension du royaume de Dieu dans les pays infidèles : Adveniat regnum tuum ! »

    Discours de Mgr Gandy, Archevêque de Pondichéry.

    MONSEIGNEUR,

    Après vous avoir remercié de ce que vous avez dit de bon, de trop bon, de moi, je veux m'associer immédiatement à vos paroles de reconnaissance pour ceux qui dirigent avec tant de zèle et d'habileté les deux grandes oeuvres si nécessaires pour nous : l’œuvre de la Propagation de la Foi et l’œuvre de la Sainte Enfance.
    Nous avons le vif regret de ne pas voir ici Messieurs les Présidents des conseils centraux de l’œuvre de la Propagation de la Foi, nous aurions été si heureux de leur dire notre gratitude ; mais nous avons la joie de posséder Monseigneur le Directeur de la Sainte Enfance ; qu'il nous permette de lui exprimer notre reconnaissance la plus vive, la plus sincère, celle de tous les Archevêques, de tous les Evêques et de tous les prêtres de la Société des Missions -Etrangères. Qu'il soit à tout jamais remercié de son infatigable dévouement.
    Ce dévouement, Monseigneur, nous unirons nos prières pour en bénir le bon Dieu. D'ailleurs, quelle chose ne sera pas commune entre nous maintenant, Monseigneur ? Vous m'avez donné l'honneur et le bonheur de vous consacrer, et dans cette consécration, nos âmes et nos coeurs ont été unis par l'acte le plus haut et le plus tendre qui puisse être.
    Nous avons partagé la même hostie, nous avons bu dans le même calice.
    C'est là, Monseigneur, un souvenir si beau, si élevé, si pieux, qu'il demeurera impérissable. C'est plus qu'un souvenir, c'est un symbole, le symbole de l'affection qui nous unira désormais.
    Nos joies et nos peines, car les évêques ont des peines, seront communes, nos succès nous réjouiront mutuellement et nous cous aiderons à supporter nos revers.
    Du haut du ciel, votre cher et vénéré prédécesseur, Mgr Fée, demandera à Dieu que les plus abondantes bénédictions enrichissent et embellissent votre épiscopat, et moi, Monseigneur, je formerai pour vous le vœu que vous m'avez répété trois fois ce matin, ad multos annos.

    Discours de M. le Supérieur du Grand Séminaire de Chartres

    MONSEIGNEUR,

    Le diocèse de Chartres ne nous pardonnerait pas de garder le silence en cette fête de famille, où tous ceux qui vous aiment célèbrent la gloire de votre élévation à l'épiscopat.
    Mon titre de plus ancien me vaut l'honneur de prendre la parole au nom du diocèse tout entier, mais plus spécialement au nom des quatre groupes que je vois ici représentés : la Maîtrise, le Séminaire de Saint-Chéron, le Grand Séminaire, que je suis heureux de représenter moi-même, et ce groupe de condisciples d'études qu'on a l'habitude de désigner par ce mot : le Cours. Quatre groupes d'amis dont vous retrouverez le symbole dans les quatre bras de la croix pontificale que nous avons voulu placer sur votre poitrine1, symbole elle-même de la charité qui nous unit en Jésus-Christ.
    Ces quatre groupes sont aussi le terrain sur lequel, durant votre jeunesse, s'est exercée votre fidélité avec des caractères différents et assimilables à ceux que saint Paul attribue à la divine charité : la profondeur, la sublimité, la longueur et la largeur.
    D'abord la Maîtrise. Elle fut le berceau où votre enfance se forma sous la protection de Notre Dame, et c'est des profondeurs de la crypte, que s'éleva, comme une tige vigoureuse, votre attrait pour la vie apostolique : Profundum.
    Puis le Séminaire de Saint-Chéron, Mons sacer, où vous montiez après vos études de grammaire, pour vivre sur les sublimités de la colline, tandis que votre âme s'élevait dans les sublimités d'une vocation mieux connue et plus sûre d'elle-même : Subli-mitas
    Le Grand Séminaire eut plutôt pour vous, — je le dis avec quelque confusion — le caractère de longueur. Notre vénérable évêque, Mgr Regnault, dans sa belle conscience, était plutôt, en matière de vocation, pour la longueur de l'épreuve, et, lorsque après votre première année de Grand Séminaire, l'âme affermie dans ses desseins et illuminée de nouvelles clartés, vous lui demandâtes à partir, il prolongea votre attente et doubla la mesure. Mais votre longanimité triompha de la longueur du délai : Longitudo.

    1. Cette croix a été offerte au nouvel évêque par ses anciens maîtres et condisciples du diocèse de Chartres.

    Enfin votre Cours : groupe qui resta serré et compact à la Maîtrise, à Saint-Cheron et au Grand Séminaire, pour s'épanouir ensuite et se dilater en répandant dans tout le diocèse des prêtres vaillants, vicaires et curés, aumôniers et supérieurs. Mais il vous appartenait, Monseigneur, en allant porter l'Evangile sous le ciel de l'Extrême-Orient, de donner au Cours la dernière expression de sa dilatation, de son épanouissement, de sa largeur : Latitudo.
    Ces quatre groupes, Monseigneur, s'unissent pour demander au ciel de rendre féconde votre nouvelle carrière. Nous le demandons à Notre-Dame de Sous Terre, à saint-Cheron, à saint Charles, le patron de notre Grand Séminaire, aux trois élus de votre Cours qui nous ont précédés au ciel.
    Et, pour finir avec mon texte, nous souhaitons que vous répandiez abondamment dans votre diocèse « la sur éminence de la charité de Jésus-Christ, et que vous-même soyez rempli de la plénitude de Dieu ! »


    1904/369-373
    369-373
    Inde
    1904
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