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Confesseurs de la foi de 1848 à 1862. 2 (Suite)

COCHINCHINE SEPTENTRIONALE Confesseurs de la foi de 1848 à 1862 Par M. BERNARD Missionnaire apostolique. (Suite1). IV. — Chrétienté de Nhu Lam.
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    COCHINCHINE SEPTENTRIONALE

    Confesseurs de la foi de 1848 à 1862

    Par M. BERNARD
    Missionnaire apostolique.
    (Suite1).

    IV. — Chrétienté de Nhu Lam.

    Ce que j'ai à dire de cette chrétienté peut ne pas paraître édifiant, mais je tiens à exposer les faits dans leur vérité. Du reste, qui sait si au dernier moment, malgré les apparences, la contrition et la miséricorde n'ont pas eu leur place ? Voici : le chrétien Joseph Luong suivait les exilés pour la foi, dans la province de Ha Noi, où il est mort au bout d'un mois de maladie. Il n'avait jamais été d'une conduite exemplaire; on ne pouvait guère louer en lui que son obligeance envers tout le monde. Arrivé au lieu du bannissement, il y prit pour épouse une femme païenne. Vainement, les autres chrétiens lui prodiguèrent-ils les exhortations jusqu'à la mort; il parut toujours ne rien écouter. Son corps est enterré près des murs de la ville où il est décédé.
    Les détails me manquent touchant le reste de ce premier district de la province royale.

    1. Ann. M.-E, 1918, n° 120.

    IIe DISTRICT

    I. — Chrétienté de Phu Cam.

    1. Mienne Loo, de Phu Cam, père de famille, âgé de 60 ans, auparavant soldat dans la garde du roi Thieu Tri, depuis élevé au grade de capitaine, fut compromis dans l'affaire du martyr Michel Ho-dinh-Hy. Comme on demandait au martyr affaibli par les plus cruelles tortures, si, parmi les chrétiens, il y en avait d'autres que lui de la classe mandarine, il finit par nommer le capitaine Etienne Loc. Des soldats furent aussitôt envoyés pour se saisir de celui-ci et l'amener devant le tribunal, où il confessa avec une noble assurance sa qualité de chrétien. En conséquence, il fut condamné à la prison pour le reste de ses jours. Néanmoins, on l'appela encore à plusieurs reprises, pour le contraindre à l'apostasie par toutes sortes de menaces, de promesses et de tourments ; on ne fut pas plus heureux que la première fois. Vint la persécution générale, le 3e mois de l'an 10 de Tu Duc ; alors sa peine fut aggravée : on le condamna à l'exil dans la province éloignée de Tuyen Quang. Sa sentence portée, il demeura à la chaîne et au cachot en attendant le départ ; la nuit, on le mettait aux entraves. Le 8e mois, le chrétien Paul Huynh, aussi de Phu Cam, étant allé à la prison visiter les nombreux confesseurs qui s'y trouvaient, fut pris et fouillé par les gardiens. Par malheur, ils trouvèrent sur lui un paquet de lettres en caractères latins. De là, grande affaire ! Le chrétien Paul, pour éviter de plus grands maux, crut devoir dire que ces lettres lui avaient été remises par le capitaine Loc. Aussitôt, les mandarins, auxquels la chose avait été portée, firent comparaître ce capitaine pour l'interroger à ce sujet. Lui, pour sauver le chrétien Paul et éviter des perquisitions qui auraient amené de nouvelles calamités sur la masse des chrétiens, reconnut les lettres pour siennes. Après quoi, il retourna à sa prison. Ce fut l'an 11 de Tu Duc, le 21 du 6e mois, qu'il partit pour l'exil, en barque jusqu'à Nam Dinh, et à pied, par les provinces de Ha Noi Son Tay, Hung Hoa, jusqu'à Tuyen Quang. Il y vécut encore deux ans, au cachot et à la chaîne sans interruption, et la nuit aux ceps. Trois jours de dysenterie le mirent aux portes du tombeau. Les confesseurs, nombreux autour de lui, l'assistèrent à ses derniers moments, et recueillement au milieu des larmes son dernier soupir. Au plus fort de ses souffrances, on ne l'entendit jamais proférer la moindre plainte, ni le moindre murmure ; mais invoquant Dieu, la Sainte Vierge et ses saints Patrons, il se préparait de son mieux à entrer dans son éternité. Les confesseurs enterrèrent son corps, non sans quelque solennité, tout près du marché de Tan An, voisin du chef-lieu de la province de Tuyen Quang.

    MAI JUIN 1918, N° 121

    2. Le chrétien Mathieu Linh, ayant suivi pour les aider dans leurs besoins la troupe des fidèles exilés dans la province de Ha Noi, y fut atteint de démence trois ou quatre jours après son arrivée. Il ne tarda pas à mourir dans le même état. Les confesseurs prirent soin d'enterrer son corps ait même lieu, tout près des murs de la citadelle.

    3. Le chrétien Simon Phuoc, ayant suivi, pour les mêmes motifs que le précédent, les confesseurs exilés dans la province de Bac Ninh, y mourut de maladie, un mois environ après son arrivée. On s'accorde à louer sa douce gaieté et sa grande charité.

    4. Le soldat Jacques Hoang, fils du médecin Chung renommé pour sa foi, était lui-même très pieux dès sa première jeunesse. Devenu grand, il se maria et eut trois enfants, L'an 3 de Tu Duc, il entra au service à la capitale. A l'époque de la persécution générale, la 10e année du même roi, il refusa d'apostasier devant le tribunal du Préfet, et le lendemain devant le Ministre des supplices. Incarcéré pour ce fait, sa sentence d'exil fut rendue le 8 du 6e mois, il reçut la chaîne et retourna en prison ; seulement, il était continuellement enchaîné, et la huit il avait lès pieds serrés dans les entraves. Le 20 du 6e mois, il partit en barque pour la province de Nam Dinh ; de là, à pied, par lés provinces de Ha Noi, Son Tay ét Hung Hoa, il arriva à Tuyen Quang, lieu de son bannissement. Il y resta deux ans prisonnier avec la chaîne au cou et les pieds aux ceps durant la nuit. Pendant ce laps de temps, il refusa deux fois sa liberté qu'il aurait dû acheter au prix de sa foi. Enfin, attaqué du choléra, il dit aux autres confesseurs ses compatriotes : « Je consens à prendre des médecines, mais c'est inutile ; je sais que je dois mourir cette fois ; si plus tard vous retournez au pays, ne prenez pas la peine d'y remporter mon corps, à moins que les supérieurs ecclésiastiques ne l'ordonnent ». Etant donné les moeurs du pays, ces paroles sont une preuve de la plus profonde humilité. Pendant sa maladie qui dura un mois entier, on ne l'entendit jamais se plaindre de ses souffrances, mais il priait sans cesse et se recommandait aux prières des autres confesseurs. Après sa bienheureuse morte, son corps fut très honorablement enterré par ses compagnons, près du nouveau marché de Tan An, non loin de la ville de Tuyen Quang.

    5. Anna Nan, plus que centenaire, veuve depuis trente ans, fut exilée pour la foi, avec sa fille, dans le village de Tanh Lam. Elle se tenait toujours à la maison de détention, avec une petite cangue, encore bien lourde pour sa faiblesse, et les pieds aux entraves. Après environ un an, elle y mourut de faim et de vieillesse, le 10 du 7e mois, an 15 de Tu Duc, après avoir reçu dévotement les derniers sacrements, Son corps a été rapporté et enterré à Phu Cam, sa patrie.

    6. Paul Chan, âgé de 70 ans, veuf depuis longtemps, fut exilé avec ses enfants au village de Phu Bai, le 7e mois de l'année 14 de Tu Duc. Il portait une cangue plus légère que les autres à cause de son grand âge et de ses continuelles infirmités. Il mourut de faim et de vieillesse à la maison de détention, lé 4e jour du 11e mois de la même année, Son corps fut enterré au dît village de Phu Bai, mais sans cercueil, faute d'argent pour en acheter un.

    7. La veuve Agnès Buu, femme très pieuse, âgée de 72 ans, fut envoyée avec ses enfants au village de Tan Phu, le 8e mois de l'année 14 de Tu Duc. On lui épargna la cangue et les entraves, à cause de son extrême faiblesse. Elle mourut de langueur un mois après, munie des sacrements de l'Eglise, Son corps est enterré près de la maison de détention, lieu de sa mort.

    8. Marie'Loc, âgée de près de 70 ans, femme d'un des chefs de la chrétienté de Phu Cam détenu en cette qualité dans les prisons de la préfecture à la capitale, fut elle-même exilée avec ses enfants au village de Luong Van, le 8e mois de la 14e année de Tu Duc. Elle y mourut de misère et y fut enterrée le 22 du même mois. Elle n'eut à souffrir ni la cangue, ni les ceps, à cause du misérable état de sa santé.

    9. Marie Hap, âgée de 5 ans, fille des époux Thanh, suivit ses parents lors de la dispersion au village de Thanh Thuy ha, Sept mois après, elle y mourut, dans la maison de détention (3e mois, an 15 de Tu Duc). Son corps a été rapporté et inhumé à Phu Cam, son pays.

    10. Agnès Phuoc, jeune femme dé 30 ans, fut envoyée avec son mari et ses enfants au village de Da Le (an 14 de Tu Duc, 8e mois) ; elle était à la cangue par intervalles. Elle est morte d'hydropisie (an 15 de Tu Duc, 6e mois) dans la maison de détention du dit village, où elle est aussi enterrée.
    Paul Chut, son dernier enfant, né depuis un mois seulement, mourut quelques jours après sa mère, et fut enterré près d'elle, Il me Semble que ces petits enfants, nés et morts dans les prisons, ne doivent pas être oubliés.

    11. Pierre Minh, âgé d'environ 60 ans, veuf et sans enfants, très fervent catéchiste dans sa chrétienté, fut exilé pour la foi au village de Da Le, le 8e mois de la 14e année de Tu Duc. Là, il était souvent à la cangue et quelquefois aux Ceps. De plus, trois fois il fut frappé de coups de rotin sain vouloir jamais se prêter à un semblant d'apostasie. La première fois, il reçut 13 coups ; la deuxième, 20 ; et la troisième, 17. Quinze jours après ce dernier mauvais traitement, il devint paralytique. Ses parents, voyant qu'ils allaient le perdre, le rapportèrent à Phu Cam, où il reçut avec piété les derniers sacrements avant sa mort, arrivée e 15 du 7e mois de l'an 15 de Tu Duc. Son corps est enterré dans son pays (Phu Cam), près des morts de sa far nille, faveur .insigne à laquelle les Annamites tiennent par-dessus tout, et que tant d'autres hélas ! N’ont pu obtenir Heureux ceux, assez peu nombreux, pour lesquels on a pu trouver un cercueil !

    12. Etienne Tuong, de Phu Cam, âgé d'environ 40 ans, exilé quoique déjà très malade alors, avec sa femme et ses enfants, au village de Da Le, y mourut deux mois après, dans la maison de détention, et y fut enterré l'an 14 de Tu Duc 10e mois. Il ne fut mis ni à la cangue ni aux entraves à cause de sa maladie qu'on jugeait mortelle.

    13. Joseph Muu, fils des époux Thi, âgé de 30 ans, non encore marié, fut exilé avec ses parents au village de Da Le, le 8e mois de l'année 14 de Tu Duc. La plupart du temps, il était à la cangue ; et, parfois, la nuit on le mettait aux ceps. Un jour qu'il refusait obstinément de se rendre aux raisons des païens qui voulaient le faire apostasier, ceux-ci se préparèrent à le frapper. Quand il se vit attaché, il eut peur et fit signe qu'il se rendait, et cela même avant d'avoir reçu un seul coup. Peu après, attaqué de la dysenterie, il se confessa avec une grande douleur et mourut dans la maison de détention (6e mois, an 15 dé Tu Duc). Son corps est enterré au lieu de son décès.

    14. La veuve Anna Tu, âgée de plus de 60 ans, fut à la même époque envoyée au même village avec ses enfants. Elle eut la cangue, mais de temps à autre seulement. Plusieurs fois, les païens par leurs discours tentèrent de la porter à renoncer à sa foi ; mais elle n'en fit jamais rien. Elle mourut du choléra à la maison de détention, le 7e mois de l'année suivante (an 15 de Tu Duc). Son corps est enterré au lieu de sa mort.

    15. Ambroise Tri, âgé de 50 ans, bien que très gravement malade, fut envoyé avec sa femme et ses enfants au village de Chan Chu, le 7e mois de la 14e année de Tu Duc. Sa maladie s'aggravant de jour en jour, il ne quittait point la .maison de détention où on le laissait du reste assez libre. Ordre ayant été donné de le transférer dans un autre lieu, il fallut l'y porter en filet, car il était trop faible pour faire un seul pas. Il mourut dans cette nouvelle prison, le 11e mois de la même année. Là comme ailleurs, les païens jugèrent que c'était assez dé sa maladie et ne lui firent subir aucun tourment. Il est enterré à Van Duong.

    16. Agnès Thanh, âgée de 40 ans, tille du premier catéchiste de Phu Cam, fut exilée avec son mari à An Cuu, le village voisin. D'abord traitée avec quelques égards, elle eut ensuite à porter la cangue très souvent. Elle mourut au bout de six mois, d'une maladie de coeur, après avoir reçu les derniers sacrements (2e mois, an 15 de Tu Duc). Son corps est enterré au lieu de sa mort.

    17. Pierre Bai, fils du sculpteur Su, pendant que son père était exilé pour la foi dans une province lointaine du Tonkin, fut envoyé, avec sa mère, au village de Duong Xuan ; ensuite, on les transféra au village de An Cuu. Là, Pierre mourut dans la maison de détention, à l'âge de quatre ans. Son corps a été rapporté et enterré à Phu Cam (an 11 ou 15 de Tu Duc).

    18. Lucie Beo, fille des époux Chan, fut exilée avec ses parents au village de Buong An, ensuite, transférée au village de Cong Luong, enfin, à An Cuu, où elle est morte, après cinq mois de détention, de la petite vérole, à l'âge de cinq ans, (ans 14 ou 15 de Tu Duc), Son corps a été rapporté et enterré à Phu Cam par ses parents,

    19. Pierre Tan, fils des époux Vien Tuong, âgé de 4 ans et exilé avec eux, mourut à la maison de détention du village de Nguyet Bien, le 15 du 3e mois, an 15 de Tu Duc. Son corps est enterré au dit lieu.

    20. Paul Dieu, fils des époux Van, âgé de 3 ans ; mort au même lieu et la même année que pour le précédent.

    21. Marie Gianh, âgée de 5 ans, fille des époux Thien, envoyée avec eux au village de Bao Vang, y mourut et y fut enterrée le 10 mois de l'an 14 de Tu Duc.

    22. Marie Du, âgée de plus de 80 ans, veuve après quelques mois de mariage et sans enfant, fut avec son neveu exilée pour la foi au village de Nam Pho. Il fallut l'y porter en filet, à cause de son grand âge et de ses infirmités ; elle y mourut peu après, le 10e mois de l'an 14 de Tu Duc. On l'enterra dans les broussailles qui environnaient ce village.

    23. La veuve Anna Chuong, âgée de 50 ans, fut d'abord envoyée au village de La Son, ensuite transférée au village d'An Tach. Là, elle fut mise à la cangue, mais pas continuellement. Un an après, quand les chrétiens purent retourner chacun à son village, elle était bien gravement malade. Ses parents la rapportaient en filet quand elle mourut en route. Son corps a été le lendemain enterré à Phu Cam (An 15).

    24. Agnès Chiu, âgée de 12 ans, fut exilée pour sa foi avec ses parents, les époux Vinh au village de Phu Mon ; ensuite, transférée au village de Phuoc Lam. Deux fois, le mandarin du lieu lui offrit la liberté si elle se résignait à apostasier, et deux fois, elle refusa nettement. Plus tard, la maison de détention pour les chrétiens fut transportée en dehors du village, afin qu'on pût plus facilement se défaire d'eux sans danger, si l'autorité le commandait. L'air était malsain ; Agnès Chiu tomba malade et mourut quelques jours après. Le mandarin vint pour constater son décès et permit de l'enterrer près de là. On ne put lui procurer de cercueil. (Ans 14 ou 15 de Tu Duc).

    25. Anna Toan, âgée de 25 ans et nouvellement mariée, fut envoyée avec son époux au village de An Nong. Timide et malade, on fut obligé de la porter à bras jusqu'à ce lieu, où elle mourut, résignée, après trois jours de grandes douleurs (8 mois, an 14 de Tu Duc). On l'enterra au lieu de sa mort ; mais l'année suivante, ses parents ont rapporté ses restes à Phu Cam, et les ont inhumés dans une propriété particulière à An Cuu.

    26. La veuve Anna Nghiem, âgée de 50 ans, fut exilée pour la foi avec son fils au village de An Nong, La plupart du temps elle était à la cangue. Bien des fois le gardien lui offrit la liberté si elle voulait faire un semblant d'apostasie ; elle refusa constamment, Le 4e mois de l'année suivante, elle mourut d'hydropisie dans la maison de détention. Le mandarin, ayant constaté sa mort, la fit enterrer non loin de là, dans les broussailles.

    27. Marie Tiep, âgée de 13 ans, née à Duong Son, mais alors habitant Phu Cam, fut exilée au village de Than Phu. Sa jeunesse la sauva de la cangue. Elle est morte de maladie dans la prison, le 3e mois de l'année suivante (15e de Tu Duc).

    Je crois à propos de dire quelques mots du passé et du présent de cette chrétienté de Phu Cam, si intéressante à plus d'un titre pour les coeurs catholiques : La chrétienté de Phu Cam est située dans un endroit très sain, sur un sol pierreux, ombragé seulement de quelques touffes de bambous, sur la rive d'un beau cours d'eau qui va se perdre à une demi heure, plus bas, dans le grand fleuve, en face des murs de Hu.
    Autrefois elle était nombreuse et riche, comptant près de 1000 chrétiens, fervents et industrieux. Elle a donné à l'Église de Dieu des martyrs, des confesseurs, des prêtres et des religieuses, plus qu'aucune autre chrétienté du Vicariat apostolique, et aujourd'hui, malgré ses malheurs, cet éloge peut encore lui être donné. Complètement bouleversée par la dernière persécution, c'était pitié et joie tout ensemble de voir ses fidèles habitants, au retour de la dispersion, refaire, en place de leurs maisons ruinées, de pauvres baraques en bambou ; en place de leur belle église, un triste hangar trop étroit ; et puis, reprendre leur vie d'autrefois, faisant des chapeaux pour gagner leur vie. Malheureusement le choléra est venu, terrible plus qu'ailleurs ; le travail a manqué ; la famine a sévi ; le commerce des chapeaux est tombé et la chrétienté a été obligée de se disperser d'elle-même. Elle ne compte plus guère aujourd'hui que 600 âmes. Toutefois la ferveur ne semble pas avoir diminué, la prière s'y récite très bien, et toujours en commun ; l'archiconfrérie du saint et immaculé Coeur de Marie y. fleurit de plus en plus ; un couvent de vierges chrétiennes s'y abrite pauvrement. Enfin, il est permis d'espérer que Phu Cam recouvrera peu à peu son ancienne splendeur.
    La chrétienté suivante n'est, à vrai dire, qu'une dépendance de la chrétienté de Phu Cam.

    II. — Chrétienté de Van Duong.

    1. Antoine Hot, enfant de deux ans, fils du capitaine Nhi, exilé avec ses parents successivement en deux villages, mourut dans la maison de détention à Duong Xuan le 1er mois de la 15e année de Tu Duc. Il est enterré à An Cuu.

    2. Joachim Nho naquit et mourut cinq jours après, dans le même lieu que le précédent.
    Ses parents les époux No, dispersés pour la fol, l'inhumèrent près du village de An Cuu.

    3. Anna Tong, âgée de six ans, fille des époux Tinh, exilée avec eux au village de Nguyet Dieu, y mourut de la petite vérole dans la maison de détention, le 9e mois de l'année 14 de Tu Duc. Elle est enterrée au dit lieu.

    III. — Chrétienté de Tho Duc.

    1. La veuve Anna Huu, âgée de plus de 60 ans, fut détenue en haine de la religion, au village de Van The, le 8e mois de la 14e année de Tu Duc. On ne la mit ni à la cangue, ni aux ceps, à cause de son âge de venue avancé et de sa mauvaise santé. Le 9e mois de cette même année, étant hydropique, elle mourut au bout de quinze jours de souffrances, dans la maison de détention, Elle est enterrée près du même village de Van The.

    2. La veuve Marie Loan, âgée de près de 60 ans, fut exilée avec son fils le même mois et la même année que la précédente, au village de Nam Pho, sans la cangue, ni les ceps. Environ un mois après, elle mourut de la fièvre, dans la maison de détention. Après que les autorités eurent constaté le décès, son corps fut enterré près du dit village de Nam Pho.

    3. Michel Qui, orphelin nouvellement baptisé, âgé de 25 ans, non encore marié, fut exilé, à la même époque que les précédentes, au village de Nam Pho. Il était à la cangue, mais seulement de temps en temps ; au bout d'un mois il est mort de la fièvre, dans la maison de détention, Après que les autorités eurent constaté la mort, son corps fut inhumé dans les brousses, tout près de là.

    4. La veuve Anne Thông, âgée d'environ 65 ans, distinguée par sa piété, fut envoyée, en haine de la religion, en compagnie de ses enfants, au village de Su Lô (8e mois, an 14 de Tu Duc). Elle n'était ni à la cangue, ni aux ceps ; seulement, plus d'une fois le village lui offrit sa liberté en échange de l'apostasie; ce qu'elle refusa avec indignation. Elle est morte de la dysenterie dans la maison de détention, le 9e mois de la même année. Son corps a été convenablement inhumé au lieu de sépulture du village de Su Lô.

    5. La femme Kha, âgée d'environ 30 ans, native de Phu Cam, belle fille de la précédente, fut exilée au même lieu qu'elle et à la même époque. La cangue et les ceps lui furent aussi épargnés. Comme sa belle-mère, elle refusa plusieurs fois la liberté que le village lui offrait, si elle consentait à apostasier. Le 9e mois de la même année, elle mourut de la dysenterie, à la maison de détention. Son corps est enterré au même lieu que celui de sa belle-mère.

    6. Le catéchiste Pierre Mau, connu pour sa piété, âgé d'environ 60 ans, veuf depuis longtemps, fut exilé pour la foi et détenu au village de Cao Hai (8e mois, 14e année). La plupart du temps, il portait la cangue ; deux ou trois fois, on lui offrit sa liberté, s'il voulait abandonner sa religion. Ce fut inutile. On eut alors recours au rotin pour vaincre sa constance. Au troisième coup, il dit qu'il consentait à ce qu'on voudrait. Néanmoins, ramené en prison, il y est mort huit jours après, de maladie et d'inanition. Avant sa mort, ses enfants, dispersés au même lieu et rassemblés autour de lui, l'entendirent faire hautement des actes de repentir accompagnés de larmes, priant Dieu de lui pardonner sa faute. Les autorités constatèrent son décès et le firent enterrer dans la plaine, près du lieu de sa mort.

    7. Barthélemy Hi, âgé de 27 ans, non marié, chrétien très fervent, fils des époux Tuyen tous deux défunts, fut envoyé avec sa parenté au village de Van Duong (8e mois, an 14). Bien souvent, il avait la cangue, moins souvent les ceps. Il refusa toujours d'apostasier en échange de la liberté que le village voulait lui rendre à ce prix. Il est mort du choléra, le 12e mois de la même année, dans la maison de détention. Avant sa mort, il reçut les sacrements ; son corps repose près de la rive nord du fleuve qui passe près du village.

    8. Agnès Quien, bonne chrétienne, âgée de 50 ans, fille des époux Khuong, non mariée parce quelle n'avait point voulu quitter sa vieille mère aveugle, fut détenue au village de Van Duong (8e mois, an 14). La plupart du temps, elle dut porter la cangue ; les tentatives qu'on fit pour la contraindre à apostasier demeurèrent constamment inutiles. Elle finit par mourir du choléra, à la maison de détention, le 1er mois de la 15e année du même règne, munie des derniers sacrements. Son corps est enterré près de la rive nord de la rivière de l'endroit.

    9. La veuve Agnès Khuong, excellente chrétienne, âgée de près de cent ans, aveugle et infirme, mère de la précédente, fut exilée au même village et à la même époque. En considération de sa vieillesse, elle y fut traitée avec beaucoup d'égards. Mais après la mort de sa fille, personne n'étant là pour lui donner les soins particuliers que sa position demandait, elle s'éteignit dans la maison de détention, le 2e mois de la 15e année de Tu Duc, après avoir reçu les derniers sacrements. Son corps est enterré sur la rive droite de la rivière de Van Duong.

    10. Michel Cay, nouvellement baptisé, orphelin, âgé d'environ 30 ans, marié depuis peu à une femme chrétienne, fut détenu avec elle au village de Huynh An (8e mois, 14e année de Tu Duc). La plupart du temps il portait la cangue. Après son arrivée, il fut mis aux ceps pendant deux jours ; on voulut depuis l'y remettre encore une fois, s'il se refusait à apostasier ; au cas contraire, on lui rendrait la liberté. Il tint ferme, sans hésitation aucune. Peu de temps après, il mourait d'une maladie de foie, le 10e mois de la même année. Son corps est enterré au lieu de sépulture du susdit village.

    11. Anna Mui, enfant de 3 ans, fille des époux Thoi, fut exilée avec ses parents au village de Xuan Hoa. Au bout de deux mois, elle y mourut de la petite vérole, dans la maison de détention. Son corps fut rapporté et enterré à Tho Duc (10e mois, 15e année de Tu Duc).

    12. Paul Huynh, père de famille âgé de 45 ans, fut détenu avec sa femme et ses enfants au village de Bao Vang, le 25 du 7e mois, an 14 de Tu Duc. Il était souvent mis à la cangue, mais peu de temps chaque fois au commencement ; plus tard, il y fut continuellement ; puis, de nouveau, seulement par intervalles. Trois ou quatre fois, le village lui proposa en vain d'apostasier pour recouvrer sa liberté. Le 2e mois de l'année suivante (an 15 de Tu Duc), le village le fit lier à un pieu et frapper du rotin. Au dixième coup, il se rendit, promettant de renoncer à sa religion. Il fut cependant reconduit en prison. Le 3e mois, la maison de détention ayant été transportée en dehors du village, afin de se défaire plus aisément des prisonniers si l'ordre en était donné, il y fut transféré comme les autres, avec la cangue nuit et jour. Le 4e mois, ramené à sa première prison, il y fut attaqué de la dysenterie et mourut dans de bons sentiments, dit-on, le 5e mois de la même année. Il est enterré au même lieu dans la partie sud du cimetière.

    13. La veuve Anna Than, domiciliée près du marché de Kim Long, fut exilée aveu sa parenté et détenue au village de Phu Xuan ; elle était âgé de 90 ans environ (8e mois, an 14 de Tu Duc). Déjà malade depuis longtemps, elle y est morte au bout d'un mois environ. Après que l'autorité eut constaté sa mort, son corps fut porté et inhumé à Phu Cam.

    14. Anna Na, enfant de 4 ans, fille des époux Nhien ou Nhieu, exilée avec eux-mêmes au village de Truong Giang, puis au village de Trieu Son Tay Giap, y mourut d'hydropisie dans la maison de détention, le 7e mois de l'an 15e de Tu Duc. Elle y fut enterrée tout près de la grande route. Depuis, on n'a pu retrouver son corps pour l'enterrer dans un autre lien.

    15. Pierre Nhien, âgé de 40 ans, domicilié près du marché de Kim-long fut envoyé avec sa femme et ses enfants au village de Phu Xuan, ensuite détenu à Trieu Son Tay Giap. Souvent à la cangue ; il reçut, de plus, 17 coups de rotin, sans vouloir apostasier. Quand parut l'édit d'amnistie, les mauvais traitements l'avaient rendu malade depuis près d'un mois. Il est mort en chemin, quand ses proches le rapportaient à sa maison, le 7e mois, an 15 de Tu Duc. Il est enterré près des autres défunts de sa famille.

    16. André Quyen, père de famille, âgé d'environ 40 ans, vieux soldat de la marine royale, apostasia d'abord devant le tribunal. De retour â sa maison, il fut cependant exilé avec sa femme et ses enfants, et détenu au village de Duong Xuu ha (8e mois, an 14 de Tu Duc), et plus tard, transféré à la prison de An Cuu. Il avait parfois la cangue et les ceps. C'est là qu'il est mort de maladie (6e mois, an 15 de Tu duc), Près de mourir, il se repentit et témoigna extérieurement, devant ses parents, un profond regret de sa faute antérieure, Son corps est enterré au cimetière du village où il est mort.

    17. Marie Ngoi, âgée d'un peu plus de 30 ans, née à Van Duong, depuis mariée à Tho Duc, fut exilée pour la foi avec son époux, au village de Duong Xu-uu ha, le 8e mois, 14e année de Tu Duc). Là, le sous-préfet la fit comparaître et frapper de six coups de rotin, pour l'obliger à renier sa foi ; ce fut sans succès. Transférée un mois après à la prison de An Cuu elle y tomba gravement malade. En ce temps là, elle reçut encore douze coups de rotin, sans que sa constance défaillit. Son hydropisie s'aggravant de jour en jour, elle mourut saintement dans sa prison, le 27 du 11e mois de la même année ; son corps fut rapporté peu après dans son pays natal où il restait encore quelques chrétiens libres, elle y a été inhumée convenablement.

    18. Anna Nu, enfant de trois ans, fille des époux Hao, les accornpagna a Duong Xu-uu ha, puis à la prison de An Cuu où elle mourut le 1er mois de l'an 15 de Tu Duc. Sen corps est enterré Tho Duc.

    19. Michel Lien, enfant de trois ans, fils des époux Nhung, les sui- vit au même lieu que ci-dessus. Transféré avec eux à la prison de An Cuu, il y fut attaqué par la petite vérole juste au moment où paraissait l'édit du roi pour l'élargissement des chrétiens. Il rendit sa jeune lime à Dieu à la maison paternelle et lut enterré dans le tombeau de sa famille (an 15). Laudate pueri Dominum !

    Deux mots sur la chrétienté de Tho Duc :
    La chrétienté de Tho Duc, ainsi nommée parce que jadis ses habitants étaient employés presque tous aux fonderies royales, est agréablement située sur une petite éminence, près de la rive gauche, en remontant le grand fleuve, à une demi-heure environ de la capitale assise sur la rive opposée. C'est sans contredit une des plus anciennes chrétientés du royaume d'Annam ; elle a eu une longue suite de beaux jours qui, hélas ! Semblent ne devoir pas revenir de sitôt. Elle a servi d'asile à de nombreux missionnaires dont les restes précieux y reposent encore ; elle était le séjour des officiers européens, quand les rois supportaient les étrangers par reconnaissance ou par besoin ; elle avait une belle église et un couvent situés sur un site choisi. Elle vit plus d'une fois couler le sang des martyrs, parmi lesquels il y a eu de ses enfants. La persécution l'a détruite. Maintenant, les païens possèdent les beaux lieux consacrés par la prière et le sang des fidèles ; ceux-ci sont relégués, au nombre d'environ 400, dans la partie la moins saine du village, où ils s'occupent à prier Dieu et à travailler la soie, métier dans lequel ils ont la réputation d'exceller.
    (A suivre.)

    1918/469-479
    469-479
    Vietnam
    1918
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