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Confesseurs de la foi de 1848 à 1862. 1

COCHINCHINE SEPTENTRIONALE Confesseurs de la foi de 1848 à 1862 Par M. BERNARD Missionnaire Apostolique.
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    COCHINCHINE SEPTENTRIONALE

    Confesseurs de la foi de 1848 à 1862

    Par M. BERNARD

    Missionnaire Apostolique.

    Un missionnaire de la Cochinchine septentrionale, M. Théodore Prosper Bernard1, originaire du diocèse de Langres, mort il y a déjà longtemps, s'attacha durant ses heures de loisir à rechercher des renseignements sur un certain nombre de chrétiens, confesseurs de la foi pendant les grandes persécutions de Tu-duc, de 1848 à 1862 « Les plus illustres de nos martyrs, disait-il, sont connus du monde catholique par les récits qu'ont publiés de leurs souffrances et de leur mort les Annales de la Propagation de la Foi. Mais combien d'autres confesseurs de Jésus-Christ restent ignorés ! Combien d’humbles chrétien et chrétien dont les noms sont connus de Dieu seul ! Et cependant ils ont souffert la prison, les tourments, la maladie, la mort pour leur foi. Ils sont allés à Dieu moins vite que les martyrs décapités ou étranglés; mais leurs souffrances si longues, si douloureuses ne seraient-elles pas plus méritoires?

    1. Voici un fait de la vie du P, Bernard, qui ne manque pas d'intérêt : vers la fin de l'année 1864, le missionnaire habitait la résidence épiscopale à Hué pendant que Mgr Sohier était en France ; il y fut attaqué par des païens que soudoyaient des lettrés, et qui cherchèrent à le tuer après avoir incendié sa maison. Il leur tint tête, écrivit au ministre, et par sa courageuse attitude, amena la découverte du complot que les lettrés avaient formé contre les chrétiens et contre le roi Tu-duc.

    « J'ai recherché leurs souvenirs, et j'ai consigné dans ces pages les détails que j'ai pu recueillir. Tout incomplets et secs qu'ils soient, ils m'ont édifié ; je crois qu'ils en édifieront d'autres ».
    Nous avons eu la même pensée que le saint missionnaire, et voilà pourquoi nous publions son travail, bien digne de figurer dans les annales de l'Eglise militante.
    Ce travail s'occupe des deux provinces de Thua Thien ou Hué et de Quang Tri.
    A l'époque où le P. Bernard écrivit, chacune de ces provinces était ecclésiastiquement divisée en cieux districts. Chaque district comprenait un certain nombre de chrétientés. Le missionnaire a suivi cette division.

    PROVINCE DE THUA THIEN1

    Ier DISTRICT

    I. — Chrétienté d'An Van.

    1. Jean-Baptiste Dang Van Cu, père de famille, âgé d'environ 40 ans, était maire de son village, An Vau, dans la province royale, où il était né. La 9e année du règne de Tu Duc eut lieu le martyre du grand mandarin chrétien Michel Hy. Ce mandarin, interrogé au ministère des supplices et cruellement torturé, avait fini par avouer la présence, dans la chrétienté d'An Van, du prêtre Oai auquel il avait autrefois confié son jeune fils, dont les mandarins voulaient maintenant se saisir à tout prix. Cette indiscrétion fut cause de l'arrestation de Jean-Baptiste Cu, maire de ce village et chrétien fervent. Amené au ministère des supplices, il y fut d'abord interrogé au sujet du prêtre Oai, puis sommé de renoncer à sa religion. Vaincu par la crainte et par l'atrocité des tortures, il eut la faiblesse de faire ce qu'on exigeait de lui, ce qui ne l'empêcha point d'être condamné à une détention perpétuelle dans la prison de la préfecture. En la 10e année du règne de Tu Duc, les mandarins, jugeant qu'il était assez puni, lui rendirent la liberté, mais il demanda instamment la grâce de rester prisonnier. « Autrefois, dit-il, par faiblesse, par crainte, et épuisé de souffrances, j'ai commis une faute grave, j'ai apostasié ; maintenant, sachez que je me repens de tout mon coeur, je garde ma religion à la vie, à la mort ; Dieu m'aide à l'observer fidèlement ».

    1. Archives du Séminaire des M.-E., vol. 776, pp. 1 et suiv.

    Le 5e mois de cette même année, le mandarin porta contre lui une nouvelle sentence; c'était l'exil dans la province de Cao Bang, la plus éloignée de toutes, au nord de l'empire. Il partit après quelques jours d'une prison plus sévère, à la chaîne, comme un malfaiteur. Il arriva le 5e mois de l'année suivante au lieu de son exil, qui fut aussi celui de sa mort, la même année, par suite de maladie.

    2. Alexis Dang Luu, vieillard de plus de 60 ans, père d'une nombreuse famille et chef de la confrérie du Saint Rosaire, fut arrêté la 9e année du règne de Tu Duc, dans la même circonstance que le précédent. Conduit au tribunal, après avoir répondu prudemment aux questions qui lui furent faites touchant le prêtre Oai et le jeune fils du martyr Michel Hy, il supporta courageusement la torture. Il fut condamné à la prison perpétuelle, à la capitale. Le 5e mois de l'année suivante, le mandarin rendit contre lui une sentence nouvelle qui le condamnait à l'exil dans la province de Cao Bang. Chargé aussitôt d'une lourde chaîne malgré son grand âge, il tomba malade assez gravement. Alors il osa demander une faveur qui lui fut accordée, c'était de rester à perpétuité dans la prison de la capitale : « Autrement, disait-il, je crains que mes forces ne me permettent pas d'arriver au lieu si éloigné de mon exil ». Mais sa prison fut plus pénible qu'auparavant, jamais on ne lui enlevait sa chaîne ; jamais il ne pouvait sortir, comme on l'accorde de temps en temps aux prisonniers ordinaires. En 1861, quand vint la grande et dernière persécution, on le força à partir enfin pour cet exil qu'il redoutait. Il n'y parvint que l'année suivante, malade et cassée de vieillesse. Cependant; après quelques mois de cachot, les soldats manquant pour la défense et la garde des citadelles menacées par les rebelles, il fut enrôlé pour ce service périlleux. Cinq jours après, il succombait à la fatigue et à la maladie qui ne l'avait pas quitté. C'était le 11e mois de l'année 1862. Les prisonniers chrétiens, soldats comme lui par nécessité, l'enterrèrent dans la citadelle où il était mort, mais sans cercueil, n'ayant pu malgré leur désir s'en procurer.
    3. Jacques Le Khue, âgé de près de 40 ans, avait femme et enfants ; il fut maire d'An Van après Jean-Baptiste Cu. En 1856, il fut arrêté un peu après celui-ci et peur les mêmes raisons. Amené devant le tribunal, il répondit, aux questions qui lui furent faites sur le prêtre Oai et sur le fils du martyr Michel, qu'il ne savait rien. On voulut ensuite le contraindre par menaces et par supplices à apostasier, ce fut en vain. Condamné d'abord à une réclusion perpétuelle dans la prison de la capitale, il fut en 1857, sur un nouveau refus d'apostasie, condamné à l'exil dans la province de Hung Hoa. Il partit après quelques mois de chaîne et de cachot, et arriva assez vite à la capitale de cette province. Là, le premier mandarin lui désigna pour exil définitif un lieu plus éloigné, où il parvint le 25 du dernier mois de la même année. Le mandarin, assez bien disposé pour les chrétiens, lui ôta sa chaîne ; mais le captif était souvent malade ; en 1859, une dysenterie très forte vint s'ajouter à ses autres infirmités. En même temps, tous les autres chrétiens exilés avec lui recevaient ordre de revenir bien vite au chef-lieu de la province. Ils furent obligés de louer des païens pour y rapporter aussi le pauvre malade, qui put y arriver, encore vivant, vers la fin de l'année. Là, il retrouva la chaîne et le cachot ; de plus, la nuit, on le mettait aux ceps. Il languit dans ce triste état jusqu'au 21 du 6e mois de l'année suivante, jour où il rendit l'esprit. Deux jours auparavant, sentant venir sa fin, il avait appelé près de lui le caporal Thu et le caporal Han, tous deux chrétiens, prisonniers pour Jésus-Christ, et leur avait dit : « Je me sens défaillir, je n'en reviendrai pas, certainement; quant à mon âme, je la remets avec humilité et confiance entre les mains de Dieu, dont je suis disposé à suivre en tout la sainte volonté ; pour ce qui est de mon corps, je vous prie, mes frères, de l'enterrer convenablement, et de faire savoir à ma femme et à mes enfants comment les choses se sont passées ; dans le cas où plus tard vous-mêmes retourneriez au pays, alors, je vous en supplie, veuillez y emporter mes restes avec vous ». Ce furent presque ses derniers mots, Un clerc veilla près de lui, récitant les prières des agonisants, et lui prodiguant les dernières consolations jusqu'à sa mort. Les chrétiens, ses compagnons d'exil, prirent soin d'inhumer son corps au lieu de son décès, et tous l'accompagnèrent religieusement jusqu'à la tombe.

    II. — Chrétienté de Bau Dong.

    4. Le lettré Philippe Dinh, né dans la chrétienté de Eau Dong, sous-préfecture de Huong Tra, était fils du bourgeois Dan, maire de son village, et mort depuis longtemps. Sa mère, bien que nouvellement convertie, n'en était pas moins une solide et fervente chrétienne ; il avait femme et enfants. En 1846, il s'engagea dans l'état militaire, et grâce à sa rare intelligence, il ne tarda pas à avancer rapidement. En 1848 et en 1852 sous Tu Duc, il fut promu à de nouveaux grades, de sorte que bientôt, il compta parmi les lettrés comme parmi les militaires distingués. Employé d'abord dans l'intérieur de la capitale même, il dut, à cause de sa qualité de chrétien, la quitter en 1859, pour surveiller l'entretien des routes et des canaux. Le 5e mois, afin de l'éloigner encore plus, on l'envoya remplir les mêmes fonctions dans la province de Quang Tri, Il ne tarda pas à être ramené au port de la capitale, pour y partager le sort des soldats chrétiens qui alors, en haine de la foi, privés de toutes les dignités, étaient exclusivement employés aux travaux les plus rudes, tels que terrassements, curages, fortifications. Le 12e mois, il fut cité devant ses chefs et sommé de renoncer à sa religion ; il n'hésita point, et refusa hardiment. Le 2e mois de l'année suivante, ayant comparu devant le ministre des supplices, il refusa d'apostasier, puis fut renvoyé chargé de la cangue à la prison où il était détenu et très maltraité depuis son premier interrogatoire. Peu de jours après, un autre ministre fit une tentative aussi infructueuse que les précédentes pour le faire renier son Dieu, puis finit par le faire reconduire à son cachot. Peu de temps après, Dinh confessa de nouveau sa foi, et enfin fut marqué à la joue des caractères Ta Dao (Religion perverse). Le 29 du même mois, les mêmes persécuteurs le mirent à la torture, mais ne purent vaincre son inébranlable constance. Chargé de la chaîne, il attendit pendant 29 jours, dans la prison de la préfecture, sa sentence définitive. Cette sentence fut rendue le 4e mois : le généreux confesseur était condamné à l'exil dans la province de Nghe An. Là-bas, le mandarin le chargea d'une plus lourde cangue avec des clous de fer ; puis, au bout de quatre à cinq jours, il l'envoya à Phu Dieu, à cieux jours de la ville principale, souffrir jusqu'à la mort. Il était en effet continuellement à la cangue et à la chaîne : pendant la nuit, il avait de plus les eps aux pieds. Le quinzième jour du 4e mois de l'année 1861, il fut attaqué du choléra. D'une patience et d'une piété, admirables, au plus fort de sa maladie, il disait aux autres confesseurs ses compagnons : « Je vous supplie, mes frères, de beaucoup prier pour moi, afin de m'obtenir de Dieu une entière résignation à sa sainte volonté, soit qu'il me donne de vivre encore, soit qu'il me fasse mourir ici ». Chaque jour il renouvelait plu_ sieurs fois cette même demande, et ne cessa de la répéter avec humilité et grande componction, jusqu'à son dernier soupir. Les confesseurs se relayèrent, quand ils virent que sa dernière heure était proche, pour l'exhorter et le consoler. Enfin, le matin du troisième jour du 5e mois (1861), ce vaillant serviteur de Dieu s'endormit dans le Seigneur. Le lendemain, les autres confesseurs l'ensevelirent et l'enterrèrent solennellement à Phu Dieu. En 1862, quand parut l'édit royal permettant à tous les exilés chrétiens de rentrer dans leurs foyers, le soldat Thong, son compatriote et son compagnon d'exil, rapporta les restes du lettré Dinh à Bau Dong, leur pays. Là, sa pieuse mère et son frère, à peine de retour d'exil, et encore sans maison, sans propriétés, ni ressource aucune, furent réduits à enterrer ces reliques dans le cimetière commun du village de Bau Dong, en grande partie païen. Philippe Dinh était mort âgé d'une trentaine d'années.

    MARS AVRIL 1918, N° 120.

    III. — Chrétienté de Son Qua.

    5. Le soldat Paul Luu, né à Son Qua, était âgé d'environ 30 ans et nouvellement marié. Entré dans la milice en 1854, il fit son service à la capitale.
    En 1857, le 6 du 5e mois, il refusa d'apostasier devant ses chefs ; le lendemain, il refusa une seconde fois devant le ministre des supplices. Il fut aussitôt lié et conduit en prison. Le 8 du 6e mois de la même année, il fut enchaîné et reconduit au cachot, qu'il abandonna bientôt pour un autre plus affreux, où il ne pouvait quitter sa chaîne un instant. Le 6e mois de l'année suivante, condamné à l'exil dans la province de Hung Hoa, il s'embarqua le 20 au port de la capitale. Dix jours après, on le débarquait dans la province de Nam Dinh, d'où il fit route à pied pour Hanoi ; de là, toujours à pied, il traversa la province de Sontay et arriva enfin, épuisé de fatigues, au chef-lieu de la province de Hung Hoa. Le grand mandarin voulut d'abord l'envoyer seul dans un lieu séparé des autres chrétiens ; mais ceux-ci, par une charité dont nous retrouverons souvent l'exemple dans la suite, se cotisèrent, et obtinrent à prix d'argent qu'il resterait avec eux, afin que tous ensemble ils pussent se soutenir dans la foi, se consoler et s'assister mutuellement pendant la vie, et à la mort. Le mandarin l'envoya donc, avec beaucoup d'autres confesseurs, à Sao Phong, à 27 jours de distance. Il y arriva le 2 du 9e mois ; dix jours après, il fut attaqué du choléra, puis devint hydropique. Le 27 du 9e mois, il rendit son âme à Dieu ; ses compagnons chrétiens l'assistèrent à ses derniers moments et prirent soin de l'enterrer aussi convenablement que possible.

    6. Sa jeune femme, Catherine Huong, qui l'avait voulu suivre dans son exil, fut en même temps que lui attaquée du choléra. La mort de son mari acheva ce que la maladie avait commencé ; elle ne put lui survivre qu'une semaine. Les autres exilés chrétiens, qui l'avaient aussi préparée à la mort, inhumèrent son corps non loin du tombeau de son époux.

    7. Le caporal Paul Thu, âgé de 50 ans, au service depuis longtemps, n'avait jamais quitté Hué. En 1857, il refusa de renoncer à sa religion devant le tribunal du préfet, et deux jours après, une seconde fois, devant le ministre des supplices. Sa peine fut d'abord la détention en diverses prisons de la province ; ensuite, le sixième mois, la condamnation à l'exil dans la province de Hung Hoa. Mis à la chaîne aussitôt, il dut rester au cachot sans en pouvoir sortir jamais, pour quoi que ce fût, jusqu'au jour du départ. La barque qui l'emportait partit le 22 du 6e mois 1858 du port de la capitale, et dix jours après le déposa à Nam Dinh, Il en partit à pied pour Hanoi, et de là, par la province de Sontay, il arriva exténué à Hung Hoa. Après 77 jours de dur cachot, le mandarin songea à l'exiler définitivement dans un endroit séparé des autres chrétiens prisonniers, Ceux-ci obtinrent, avec un peu d'argent qu'ils purent trouver, qu'il n'en serait point ainsi. Le mandarin fléchit devant les sapèques, et l'envoya avec beaucoup d'autres confesseurs à Bao Phong Tho, où ils arrivèrent après 29 jours de marche, le 2 du 11e mois de la même année. Là, le mandarin qui était bon, lui ôta sa chaîne. Un an après, rappelé au chef-lieu de la province, il retrouva le cachot, la chaîne et les ceps pendant la nuit: Il vécut ainsi deux années. Ensuite, il fut aux entraves le jour comme la nuit, malgré sa faiblesse et sa maladie toujours croissantes. Le 3e mois de l'année 1852, il fut attaqué du choléra ; malgré ses douleurs et ses réclamations, il ne fut rien changé à sa position, sinon deux jours avant sa mort ; on eut alors l'humanité de le deliver des entraves. Avant d'expirer, il dit à ses compagnons chrétiens : « Je vais mourir et vous quitter, je ne veux plus que me préparer à paraître devant mon Juge : j'ai confiance en sa miséricorde et suis résigné à sa volonté sainte; seulement, mes frères, je vous recommande mon jeune enfant, que je laisse avec vous, orphelin ». C'était le 3e jour du 11e mois, 1852, Les confesseurs récitèrent dévotement les prières des agonisants, et puis, quand tout fut fini, ils achetèrent un cercueil et enterrèrent le corps dans l'endroit même,

    8. Le soldat Pierre Deu, de la garde urbaine, né à Son Qua, refusa d'apostasier une première fois à la préfecture, et une seconde au ministère. Jeté immédiatement en prison, on lui signifia un mois après (1850) sa sentence d'exil dans la province de Tuyen Quang; en même temps on lui passa au cou et aux jambes une lourde chaîne. En attendant le départ, traîné de prison en prison, il y fut continuellement gardé, lié et enchaîné. Le 22 du 6e mois 1851, il fut embarqué pour la province de Nam Dinh ; ensuite pour celle de Hanoi. De là, il dut se rendre à pied, par les provinces de Sontay et Hung Hoa, à celle de Tuyen Quang. Là, au cachot, à la chaîne et aux ceps, il supporta ses souffrances avec patience. Au bout de deux ans, il eut la dysenterie, sans qu'on daignât adoucir en rien sa triste position, et sans que personne pût le secourir, les autres confesseurs étant tous isolés et attachés comme lui. Il mourut ainsi, dans le délaissement, après trois mois de maladie. Les chrétiens, ses compagnons, ne le surent que plus tard, et en prévinrent le nouveau mandarin. Celui-ci, assez favorable à la religion, leur remit le corps décomposé du défunt, avec permission de l'enterrer près du nouveau marché, voisin du chef-lieu de la province.

    9. Le soldat Dominique Duc, de la milice urbaine, né à Son Qua, âgé de 30 ans, refusa plusieurs fois d'apostasier devant les tribunaux de la capitale. Condamné à la chaîne et à l'exil dans la province de Thai Nguyen, il y arriva le 17 du 7e mois 1858. Après qu'on l'eut gardé 15 jours en dehors de la citadelle, on l'envoya dans la sous-préfecture do Dong Hi, sur la frontière de la province. Il était sans cesse à la chaîne et attentivement surveillé. Le 8e mois 1861, on le rappela à la préfecture, et on le mit en prison pendant dix mois, avec l'ordinaire accompagnement, c'est-à-dire chaîne au col et entraves aux pieds. Plus tard, le mandarin craignant qu'il ne se réunît aux rebelles tonquinois, nombreux en ces parages, le fit entrer à l'intérieur des fortifications. Comme les soldats n'étaient pas en nombre pour défendre et garder la ville, on arma les prisonniers, et Dominique Duc, comme les autres. Celui-ci prit même part à cinq expéditions, qui eurent lieu les trois premiers mois contre les rebelles; la victoire, souvent incertaine, était tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Enfin, les rebelles eurent l'avantage, et s'emparèrent de la citadelle qu'ils ruinèrent entièrement. Alors officiers, soldats, prisonniers, tous les vaincus prirent la fuite. Un clerc, qui se trouvait avec les vainqueurs, faute d'endroit plus sûr, sauva la vie à notre soldat. Celui-ci, ne sachant comment faire, se laissa mettre dans les rangs des rebelles qui venaient de l'épargner. Quelques jours après, grièvement atteint d'un coup de lance, il put recevoir les sacrements, en toute connaissance, de la main d'un prêtre qui, grâce à la rébellion, se trouvait libre, Cinq jours après, il mourut ; il fut solennellement enterré près de l'église de Ca To.
    (A suivre.)

    1918/426-433
    426-433
    Vietnam
    1918
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