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Compte rendu des travaux de 1917.

SOCIÉTÉ DES MISSIONS ÉTRANGÈRES Compte rendu des travaux de 1917. Notre Société a publié il y a quelques semaines le compte rendu de ses travaux en 1917. Le tableau que nous donnons ici permettra à nos lecteurs de se rendre compte de l'état de nos missions, et des résultats obtenus par nos missionnaires et par leurs collaborateurs pendant l'an- née qui vient de s'écouler.
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    SOCIÉTÉ DES MISSIONS ÉTRANGÈRES

    Compte rendu des travaux de 1917.

    Notre Société a publié il y a quelques semaines le compte rendu de ses travaux en 1917. Le tableau que nous donnons ici permettra à nos lecteurs de se rendre compte de l'état de nos missions, et des résultats obtenus par nos missionnaires et par leurs collaborateurs pendant l'an- née qui vient de s'écouler.
    Nous voulons cependant relever quelques chiffres ; d'abord celui des prêtres indigènes qui est de 1043, soit une centaine de plus par conséquent qu'en 1914. Nous ne croyons pas qu'aucun pays de mission, en dehors de l'Extrême-Orient, présente un clergé indigène aussi nombreux. C'est une preuve de la prospérité et de la vitalité de ces jeunes Églises et aussi une grande espérance pour leur avenir.
    Les séminaires, dans lesquels se forment ces prêtres, sont au nombre de 50 ; certaines missions, comme la Mandchourie septentrionale et le Se-tchoan occidental ont 2 séminaires ; le Tonkin maritime et le Se-tchoan oriental 3. Toutes ces maisons renferment un total de 2.369 élèves. C'est assurément un beau chiffre, puisqu'il donne une moyenne d'environ 70 élèves par Vicariat et de 50 par séminaire. Et cependant plusieurs de nos Evêques se plaignent de ne pouvoir, faute de ressources, recevoir autant d'enfants et de jeunes gens, qu'on leur en présente.
    Les conversions, que notre Tableau indique sous le titre de baptêmes d'adultes et de conversions d'hérétiques, atteignent le chiffre de 29.642. On a remarqué, et avec raison, qu'en Europe, dans les pays protestants, on n'enregistrait pas de tels résultats ; et même que, dans les pays catholiques, on ne comptait pas, chaque année, un aussi grand nombre de retours à Dieu, c'est-à-dire de pécheurs convertis, que l'Extrême-Orient d'infidèles régénérés dans les eaux du baptême. Que nos associés nous aident à remercier Notre Seigneur, qui fait fructifier ainsi la semence jetée sur les terres lointaines par les ouvriers apostoliques.

    SEPTEMBRE OCTOBRE 1918, N° 123.

    ***

    En dehors de ces chiffres, le compte-rendu nous offre des faits édifiants et intéressants, dont la lecture prouve jusqu'à quelle profondeur la grâce a pénétré dans certaines âmes, de quelle splendeur elle les a embellies et quel parfum émane d'elles. Nous citerons plusieurs de ceux qui nous ont paru les plus touchants.
    Le premier s'est passé dans la paroisse Tsukiji, à Tokyo (Japon) :
    « Sur la paroisse de Tsukiji vient de mourir une jeune fille, dont la vie pieuse et la fin édifiante montrent ce que peut la grâce de Dieu dans une âme droite. Fille d'un riche industriel des environs de Tokyo, elle avait fait ses études à l'école protestante de Tsukiji, et y avait même reçu le baptême. Un jour, une brochure, écrite par un de nos missionnaires sur le couvent des Trappistines de Hakodate, lui tombe sous les yeux. Ce fut pour elle un trait de lumière ; son âme droite et simple s'éprit de cette vie tout entière consacrée à Dieu. Elle s'empressa d'étudier nos livres catholiques, lit son abjuration, et depuis ce jour fut un vrai modèle de piété. Ses parents, à qui elle avait confié ses désirs de vie religieuse, employèrent tous les moyens possibles pour la détourner d'une vocation qu'ils ne pouvaient comprendre. Mais à la fin, voyant sa détermination bien arrêtée, et pour ne pas la contrister inutilement, ils lui promirent de la laisser libre de suivre son attrait. J'avais remarque cette jeune fille qui depuis longtemps, par n'importe quel temps, assistait régulièrement à ma messe, agenouillée pieusement dans un coin de l'église, indifférente à ce qui se passait autour d'elle, et recevant chaque matin la sainte communion. J'appris un jour son histoire et son désir d'embrasser la vie religieuse des Trappistines. Mais bientôt une toux sèche qui déchirait sa poitrine me fit comprendre que Dieu se contenterait de sa bonne volonté, et l'appellerait à Lui sans tarder. Je sus que quelques mois auparavant, par esprit d'humilité et de pauvreté, elle avait rendu à sa famille une magnifique montre en or, cadeau de son père, pour se contenter d'une modeste montre en argent, et qu'elle ne portait plus que des vêtements d'étoffe commune, ayant distribué à ses proches ses beaux et riches habits. Sa famille ne négligea rien pour conjurer la terrible maladie ; mais tout fut inutile. A son lit de mort, ses parents éplorés lui demandèrent si elle désirait encore quelque chose. « Je vais mourir et aller vers Dieu, répondit-elle. Cependant j'ai encore deux faveurs à vous demander : la première, c'est qu'à mon enterrement tout se passe selon le rite catholique, qu'aucun bonze ne soit appelé pour réciter des prières ; la seconde, c'est que vous vouliez bien étudier et embrasser la religion catholique dont je vous ai déjà parlé si souvent, afin que j'aie le bonheur de vous revoir tous un jour auprès de Dieu ».
    « Ses parents acquiescèrent de suite et facilement à la première demande. Le jour des obsèques qui furent aussi solennelles que possible, l'église se remplit d'une nombreuse assistance païenne, qui se tint fort bien pendant toute la cérémonie si nouvelle pour elle, et parut vivement impressionnée par tout ce qu'elle vit. Le corps fut transporté ensuite au village natal, à quelques lieues de Tokyo, et enterré dans le cimetière de la petite chrétienté de l'endroit. Tous les habitants étaient présents, les enfants des écoles rangés sur deux lignes pour rendre les derniers devoirs à la fille du grand industriel du pays. Les quelques chrétiens des environs étaient fiers et heureux de ces honneurs qui rejaillissaient sur leur religion. Combien les temps étaient changés. Le père de cette jeune fille, quelque trente ans auparavant, à l'âge de 16 à 17 ans, avait été en pension à Tokyo dans une école protestante, pour y apprendre l'anglais. A la nouvelle que le jeune homme était entré chez les Yaso (nom populaire, plutôt méprisant, sous lequel on désigne les chrétiens au Japon), la population tout entière s'était émue, et était venue faire de très vives remontrances à la famille, craignant que quelque malédiction ne tombât sur le village. Aujourd'hui, ce même village accompagnait au cimetière catholique la fille de ce même homme, qu'il aurait volontiers lapidé trente ans auparavant. Que réserve l'avenir à cette famille ? Se conformera-t-elle à la seconde demande de sa chère défunte? C'est le secret de Dieu ! »

    ***

    C'est également au Japon, dans le diocèse d'Osaka, que nous cueillons le second fait :
    « Fukushima vint de sa province il y a plus de trente ans pour chercher fortune à Kobe. Il était ouvrier forgeron. Il trouva du travail dans un chantier de constructions navales. Mais il trouva surtout la fortune pour son âme. Il se convertit et devint un fidèle catholique, et il le prouva dès son baptême. Dans son chantier il n'y avait pas le repos du dimanche. Dès qu'il fut chrétien, il mit le marché à la main à ses patrons : « Du lundi au samedi, je suis votre homme, mais le dimanche ma religion me commande le repos ; le dimanche, je veux le consacrer à mon Dieu ». C'était un bon ouvrier, non seulement habile, mais honnête, tranquille et laborieux. Les patrons cédèrent, et Fukushima fit comme il l'avait dit, il donna son dimanche au bon Dieu. Il communiait toujours à la première messe et revenait assister a la seconde, au premier rang, priant de toute son âme et ne perdant pas un mot du sermon du missionnaire. Un caractère si énergique ne pouvait pas ne pas frapper ceux qui l'employaient. En peu de temps, il fut nommé chef d'atelier ; il était le patron dans son rayon. Naturellement il n'a pas trahi la confiance qu'on avait en lui, et il a gardé sa situation jusqu'à la mort. On continuait à le payer même quand il ne travaillait plus depuis longtemps. Il est vrai que les chantiers pouvaient se permettre cette générosité : ils occupent aujourd'hui plus de trente mille ouvriers.
    « Etant chef d'atelier, sa paie était considérable ; aussi sa bourse était largement ouverte aux malheureux et surtout à son église. Quand on a bâtie celle-ci, il a contribué pour de fortes sommes d'abord, et puis en particulier il a voulu donner le maître-autel, qu'il a fait faire très luxueux, du bois le plus rare. Il en jouissait plus que les autres, de son maître-autel ! Car il ne se contentait pas d'assister aux deux messes du matin. L'après-midi il était là pour assister au catéchisme des enfants, pour réciter le chapelet en commun et recevoir la bénédiction dû Saint-Sacrement ; pendant trente ans il n'y a pas manqué une seule fois ».

    ***

    Du Vicariat apostolique de Séoul en Corée, M. Antoine Gombert envoie cette histoire d'une très belle âme:
    « C'était un catéchiste protestant du Kanto. Probablement sollicité par la grâce, il se souvenait fréquemment de ses nombreux péchés. Il aurait voulu les effacer par la pénitence ou par quelque autre grand moyen. Il en était là, lorsque sa fille, en revenant du temple, lui apprit qu'elle venait d'assister à une cérémonie bien touchante, la confession publique.
    « Ce mot de confession publique le frappa, et croyant trouver la paix, il se rendit au temple, et là, selon son énergique expression « il vomit toutes les immondices de son âme ». Tous les assistants en étaient dans la stupéfaction ; mais lui, accroupi, pleurait à chaudes larmes ses désordres passés. Alors, le Seigneur parla à son coeur ; il lui montra la nécessité de quitter ces lieux de péché pour ne plus retomber, faire pénitence et sauver son âme. Sa résolution fut bientôt prise. Il alla trouver le ministre qui tâcha de le calmer, mais ne voulut pas lui donner l'exeat. Il partit sans prévenir personne, le jour même du mariage de sa fille, laissant là toute sa famille.
    «Il se rendit dans le Hpyenganto. Il voulut changer son nom de Moun Jean, car ce nom était celui sous lequel il avait tant péché et avait été si orgueilleux. Il se choisit le nouveau nom de He, parce qu'il se disait élu de Dieu. Il s'en allait pleurant ainsi ses péchés multiples ; il n'avait qu'un paquet de hardes et quelques sous ; quand il avait tout dépensé, il travaillait, puis continuait sa route.
    « Un jour qu'il était assis au bord du chemin, il eut une vision sur laquelle je l'ai particulièrement interrogé. Il vit, non des yeux du corps, mais des yeux de l'âme, le Christ. Son front était couronné d'épines, ses mains et son coeur percés, sa chevelure tombant sur ses épaules, et de ses blessures et de son coeur le sang jaillissait. Le Christ lui dit : « Approche, lave-toi dans ce sang, toi qui es impur, et puis bois à ta soif. » Quand il se fut lavé et qu'il eut bu : « Va de l'avant, lui dit-il encore, poursuis ta route, tu finiras par trouver la vérité. »
    « A partir de ce jour-là, son âme reçut une nouvelle impulsion à laquelle il n'eût su -résister, disait-il, sans se condamner à la mort. «Surtout, lui avait recommandé la vision, ne retourne point sur tes pas ». Aussitôt, voulant correspondre à la grâce, il fit à Dieu bien des serments : d'éviter toute impureté de corps et d'esprit, de ne plus retourner vers sa femme, de ne plus soigner son corps, ce corps qu'il avait vu déchiré en Notre Seigneur, de le soumettre toujours par le travail, la pauvreté et la mortification. Il se fit petit, humble, le dernier de tous ; il laissa pousser ses cheveux en désordre, ne se servit que d'habits pauvres et rapiécés ; il renonça même à la viande et à toute médecine pour se punir des soins excessifs qu'il avait pris de son corps.
    « Il répartit avec son bâton de pèlerin, visita les deux provinces du Hpyenagan-sud et du Houanghaï, s'arrêtant chez ses coreligionnaires, prêchant la pauvreté, la contrition, la pénitence, cherchant, mais en vain, quelqu'an qui le comprît. Il visita toutes les branches du protestantisme et ne trouva rien qui le satisfît. Sans se décourager il continua sa route et arriva à Ausyeng à l'automne de 1915. C'est là que son fils, parti à sa recherche, le rejoignit. Grande fut la perplexité de Jean qui ne pouvait se résoudre à le suivre. Il l'invita à manger le riz dans une auberge : c'était le soir. Après souper, le jeune homme sortit un instant. Profitant de l'occasion, le père s'esquive, prend la première route venue, et s'en va coucher à vingt lys dans les montagnes. Le lendemain, poursuivant sa marche, il entre dans un village pour demander à déjeuner. Il se trouvait dans la chrétienté de Hpaihteui. Pendant qu'on lui prépare la table, il prend un livre qu'il trouve ou- vert sur la natte ; c'était un catéchisme, et la première demande qu'il lut était celle-ci : « Quelles sont les marques de la véritable contrition ? » La réponse lui disait que c'était de quitter lieux, personnes, objets, tout ce qui porte au péché.
    « Cette phrase le frappa. Il resta toute la journée à parcourir le petit livre, et, le lendemain, il partit rêveur. Tout dans ce livre lui avait paru si clair, si raisonnable, si juste ! Mais il ne pouvait se résoudre à croire que la vérité se trouvait dans cette religion catholique méprisée de lui, et qu'il n'avait jamais voulu étudier.
    « Il alla chez les anglicans de Tjintchyen. Il crut alors qu'il tenait la vérité. Après trois mois, il demanda le baptême, mais on lui dit qu'il fallait obtenir la permission de son ministre. A cette nouvelle, il salua profondément et repartit : jamais il ne rentrerait dans le pays que Dieu lui avait ordonné de quitter.
    « De là il s'en fut à Tjikeipaoui, dans une chrétienté de M. Bouillon, y passa quinze jours, et se résolut enfin à voir ce qu'était la religion catholique, et à l'étudier près d'un missionnaire. Il irait de Père en Père jusqu'à ce qu'il en eût trouvé un qui le reçût et lui permît de s'instruire. Il vint donc me trouver, me raconta en peu de mots qu'il avait abandonné le protestantisme pour chercher une vie plus parfaite, que le Christ lui était apparu, l'avait purifié, et que depuis lors il avait cherché sans trouver. Il me suppliait de le garder ; il travaillerait, se rendrait utile et étudierait.
    « Quand il me parla de ses visions, je le regardai bien en face pour voir si je n'avais pas affaire à un fout Il était grand, bien constitué, avec un regard intelligent. Il me plut, et au risque de me tromper, je résolus de l'éprouver, et le fis entrer chez un chrétien. Le jour, il travaillait, et le soir ou dans ses moments de repos, il étudiait, lisait, et aimait surtout à entendre parler de doctrine.
    « Après l'administration du printemps, je le pris à mon service pour l'observer de plus près. Durant un an, j'ai trouvé en lui bien des consolations. 11 fut dès le premier jour dans son élément ; il se sentait au port et désormais en possession de la vraie doctrine. C'est ce qui l'aida beaucoup à vaincre les tentations dont le bon Dieu permit qu'il fût assailli,
    « Je lui avais donné le talisman des chrétiens : « Quand ces assauts du démon arrivent, fais le signe de la croix, invoque les noms de Jésus et de Marie, et tu en verras l'effet ». Depuis ce jour, sans aucun respect humain, il faisait son signe de croix toutes les fois que la tentation se présentait, qu'il fût seul ou non. Il était toujours occupé à l'étude ou au travail manuel pendant lequel il récitait son catéchisme. Je laissais la grâce opérer en lui ; je l'appelais seulement une fois par mois pour lui dire de bien s'ouvrir au prêtre, de toujours écouter le prêtre afin de ne pas être trompé par le démon.
    « Dès ce jour, je ne vis jamais homme plus franc et plus soumis. Petit à petit, je lui fis couper ses cheveux, pour éviter toute singularité ; je l'amenai aussi à écrire à sa famille et à reprendre l'étude du chinois, auquel il avait renoncé comme poussant à l'orgueil ; je lui fis comprendre qu'après son baptême il lui faudrait rentrer dans sa famille pour convertir les siens et les édifier.
    « A Noël 1916, il était enfin prêt au baptême ; il avait même appris le catéchisme supplémentaire et était très fort en doctrine. Il abjura en pleurant de joie ; il voulut être rebaptisé sous condition et puis faire une confession générale.
    « Désormais, il fut tranquille, attendant que je lui dise de partir. Je le congédiai au moment où je devais m'absenter pour l'administration du printemps. 11 se jeta à mes genoux et me demanda la bénédiction en pleurant : « N'oubliez pas dans vos prières l'enfant à qui vous avez donné la vie et qui part pour l'exil. Ausyeng restera toujours le lieu de ma naissance». J'étais ému.
    « Quinze jours après il arriva au Kanto, et sa première visite fut pour M. Curlier, Les beaux exemples d'humilité, de piété, de mortification que cet homme a donnés aux chrétiens et à moi resteront longtemps - dans nos coeurs ».

    1918/581-589
    581-589
    France
    1918
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