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Compte rendu des travaux de 1914

Société des missions étrangeres Compte rendu des travaux de 1914 Après avoir parcouru le Compte-rendu des travaux de nos missionnaires pendant l'année 1914, un vieil ami de notre OEuvre nous a adressé les réflexions que lui a suggérées cette lecture. Nous les insérons dans nos Annales avec la certitude qu'elles seront une joie et un réconfort pour nos lecteurs.
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    Société des missions étrangeres
    Compte rendu des travaux de 1914

    Après avoir parcouru le Compte-rendu des travaux de nos missionnaires pendant l'année 1914, un vieil ami de notre OEuvre nous a adressé les réflexions que lui a suggérées cette lecture. Nous les insérons dans nos Annales avec la certitude qu'elles seront une joie et un réconfort pour nos lecteurs.

    La Société des Missions Etrangères vient de faire imprimer le Compte-rendu des travaux de l'année 1914. C'est un fascicule de 223 pages dont 142 sont remplies de statistiques et de rapports sur l'oeuvre des Missions, et 79 consacrées à des notices nécrologiques de missionnaires. Par ce double caractère technique et intime, le Compte-rendu n'est pas un volume destiné à ce que l'on appelle « le grand public ». C'est une « Lettre Commune » par laquelle la Société met sous les yeux de chacun de ses membrés ce que tous ont fait dans le cours de l'année. Ces pages iront dans les plus lointains districts d'Extrême-Orient rappeler aux vaillants apôtres qu'ils ne sont pas isolés, qu'ils font partie d'une nombreuse légion de messagers évangéliques. Elles leur rediront la vie de leur chère Société et maintiendront par là même l'union fraternelle et la fidélité à des traditions vénérables. Elles leur parleront des confrères éloignés, des difficultés, des efforts et des résultats de leurs communs travaux, et ce sera pour tous une provision nouvelle de consolation dans les épreuves, de courage sacerdotal à leur tâche divine.
    Dans quelques centaines d'années, ces Comptes-rendus formeront une collection précieuse de documents pour l'histoire de l'Eglise catholique. Quel prix nous attacherions au journal d'un évêque des Gaules au Ve ou au VIe siècle ! Mais en attendant que cette modeste brochure de nos missionnaires ait reçu du temps une telle consécration, elle offre dès aujourd'hui un vif intérêt à nos lecteurs français et catholiques.
    Toute conviction sincère s'accompagne de prosélytisme, et pour le chrétien c'est un devoir de vouloir que Dieu soit connu et que les hommes soient sauvés. Une oeuvre de propagande religieuse aussi importante que les Missions Etrangères ne doit donc laisser indifférent aucun catholique. Grâce à Dieu, la Société des Missions Etrangères n'est pas la seule organisation apostolique dont dispose l'Eglise, Presque tous les grands ordres religieux s'occupent d'évangélisation. La Compagnie de Jésus et l'Ordre de saint Dominique ; les disciples de Saint-François d'Assise et les Oblats de Marie, et bien d'autres font retentir la Bonne Nouvelle et rayonner la grâce de la Rédemption jusqu'aux extrémités du monde. Mais la Société des Missions Etrangères a ceci de particule ers qu'elle se propose uniquement et exclusivement la conversion des infidèles, et que, sans autre moyen de recrutement qu'un faible et libre prélèvement de vocations dans les séminaires diocésains de France, elle envoie en Extrême-Orient des prêtres qui sont absolument entre les mains des évêques, non des auxiliaires, mais des sujets entièrement à la disposition de la hiérarchie apostolique. Cette organisation laisse à chaque évêque dans son diocèse toute la responsabilité, mais aussi toute l'autorité et toute l'initiative dans l'oeuvre de l'évangélisation. Par la voix de ces vénérés prélats, c'est donc l'Eglise même qui vient nous dire ce qu'elle a fait pour accomplir en Extrême-Orient son oeuvre civilisatrice, quels obstacles elle a rencontrés, quels moyens elle emploie.
    A la moisson, le laboureur prudent compte ses gerbes. Celles de nos missionnaires atteignent des chiffres qui ne laissent pas d'être consolants. Voici les ouvriers : 46 évêques, 1.321 missionnaires, 940 prêtres indigènes, 3.253 catéchistes, 48 séminaires ayant 2.336 étudiants, 27 communautés d'hommes avec 335 religieux, 205 communautés de femmes avec 6.286 religieuses. Et voici les résultats de l'année : 493 conversions d'hérétiques, 31.788 baptêmes de païens, 127.337 baptêmes d'enfants de païens à l'article de la mort, 60.079 baptêmes d'enfants de chrétiens, 5.023 écoles avec 167.456 élèves, 331 crèches et orphelinats avec 16.138 enfants, 114 ouvroirs et ateliers avec 3.530 enfants. Pour être complet, il faudrait relever le chiffre des communions, et aussi les secours distribués dans 530 pharmacies ou dispensaires, dans 107 hospices, hôpitaux ou léproseries.
    Le Compte-rendu ne nous dit que très sommairement comment ces résultats sont obtenus, par quels efforts d'un zèle ingénieux, tenace et toujours prêt à tous les sacrifices, nos missionnaires saisissent toutes les occasions et tous les prétextes pour éveiller les âmes à la vérité chrétienne. En 1914, ils ont profité du jubilé constantinien et du congrès eucharistique de Lourdes, pour multiplier les prédications, les retraites, les démonstrations si éloquentes de la liturgie catholique.
    Leur grand moyen d'action, par lequel leur pratique se rattache à la tradition des Apôtres et à l'exemple du Sauveur, c'est le dévouement aux pauvres, aux souffrants, aux faibles, vieillards, malades, enfants, c'est la prédication par les oeuvres d'éducation, écoles, orphelinats, ouvroirs, ateliers chrétiens, par les oeuvres d'assistance et de charité, dispensaires, hôpitaux, léproseries. Comme autrefois Jésus passait en guérissant les malades et en consolant les affligés, établissant ainsi parmi les hommes le royaume de Dieu où règnent la vérité et la justice, où fleurissent la bonté et l'espérance, aujourd'hui l'Eglise passe au milieu des misères humaines, les console, les soulage et les tourne au profit spirituel des âmes par la foi et la charité. Il y aurait bien des détails instinctifs et touchants à recueillir dans le Compte-rendu de nos missionnaires. Il y aurait plus d'un rapprochement à faire sur les conditions de l'évangélisation catholique en Orient et en Europe. En Chine, comme ailleurs, « la presse devient de jour en jour plus nécessaire » (Mgr Chouvellon). En Chine, comme ailleurs, les stupéfiants, opium et alcool, sont une menace terrible pour la race humaine. En Chine, comme ailleurs, les politiciens s'appliquent à dominer le peuple en l'asservissant par la corruption de l'esprit et des moeurs.
    Les difficultés que rencontrent les missionnaires sont donc grandes et leur tâche est immense.
    Les ouvriers apostoliques ne se découragent pas. Ils ont l'ordre du Maître : « Allez, enseignez... » Ils ont les armes du Maître, l'immolation par la patience, la prière, la vérité chrétienne et la grâce des sacrements.
    Mais il leur faut, pour tant d'oeuvres à soutenir et à multiplier, de l'argent et des hommes. Et voici que le terrible fléau qui ravage l'Europe vient tout à coup paralyser l'action de l'apostolat et menace de lui ôter à la fois les hommes et les ressources. Au premier appel de la patrie en danger, du Japon, de la Chine, de l'Annam, de l'Inde, du Siam, les prêtres ou les évêques ont couru au drapeau. Et ceux que leur âge retenait, en voyant partir leurs confrères, ne savent plus penser qu'à la France.
    « Au milieu des angoisses qui m'étreignent, écrit du lointain Thibet Mgr Giraudeau, à la vue de la France ensanglantée par la guerre et des nombreux missionnaires de notre Société enlevés à l'apostolat par les décrets de mobilisation, je n'ai pas le courage de raconter longuement les travaux de l'exercice qui vient de finir ». Le Séminaire a fait comme les résidences les plus lointaines. La chère maison de la rue du Bac est devenue silencieuse et déserte : 4 Directeurs, 103 aspirants et 2 Frères auxiliaires sont au front.....
    « A la grâce de Dieu ! » Ecrit Mgr de Guébriant et il exprime le sentiment qu'on retrouve chez tous : « Plus terrible est la tempête qui ébranle le monde à cette heure, plus rude est le contrecoup qu'en reçoivent nos missions, plus ferme aussi est l'espoir que nous jetons tout entier en Dieu et qui ne nous trompera pas ».
    Comment ne pas partager cette confiance ? S'il plaît à Dieu de retremper l'âme de la France dans cette terrible épreuve, n'est-ce pas pour faire jaillir des profondeurs de cette âme tout ce qu'il y a mis de forces divines ? Le bûcher de Reims, comme jadis celui de Rouen éclairera pour elle le chemin de la destinée. Plus prête que jamais à tous les sacrifices, elle restera l'apôtre de la foi et de la civilisation chrétiennes. Le sort des missions catholiques si étroitement uni au sort de la France, est une de nos raisons d'attendre avec certitude la victoire. « Espoir en Dieu... qui ne nous trompera pas ».

    1915/51-55
    51-55
    France
    1915
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