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Compte rendu des travaux 1

Compte rendu des travaux DE LA SOCIETE DES MISSIONS ÉTRANGERES EN 1916 Chaque année nos Annales donnent une idée générale du Compte rendu des travaux de notre Société, en publiant le tableau statistique avec quelques commentaires. Cette fois nous exposerons dans un plus long aperçu, qui ne sera cependant qu'un résumé, les faits principaux relatés par chacun de nos archevêques ou évêques, JAPON
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    Compte rendu des travaux
    DE LA SOCIETE DES MISSIONS ÉTRANGERES
    EN 1916
    Chaque année nos Annales donnent une idée générale du Compte rendu des travaux de notre Société, en publiant le tableau statistique avec quelques commentaires.
    Cette fois nous exposerons dans un plus long aperçu, qui ne sera cependant qu'un résumé, les faits principaux relatés par chacun de nos archevêques ou évêques,

    JAPON

    Les missions du Japon confiées à notre Société sont au nombre de quatre : Tôkiô, archevêché ; Nagasaki, Osaka, Hakodaté, évêchés.
    L'événement le plus important de l'année a été la venue dans l'Empire du Soleil Levant de Son Excellence Mgr Petrelli, archevêque de Nisibe, délégué apostolique aux Philippines et envoyé extraordinaire de Sa Sainteté Benoît XV. Il était chargé d'offrir au nouvel Empereur une lettre autographe de félicitations, à l'occasion du couronnement. Le Délégué fut entouré de grands honneurs, et sa mission eut beaucoup de retentissement dans tout le Japon. L'Empereur rentra de villégiature pour le recevoir. Le maire de Tôkiô lui offrit les voeux de la ville et de magnifiques présents ; le ministre des Affaires étrangères donna un grand dîner en son honneur.
    Mgr Petrelli tint à visiter les quatre diocèses du Japon. Partout sa Visite combla de joie les chrétiens.
    Il faut bien le dire, les coeurs des catholiques avaient besoin de ce réconfort. Outre les inquiétudes légitimes que leur inspirent, pour l'avenir de notre sainte religion, la recrudescence du shintoïsme et les efforts, lents mais constants du monde officiel, pour en faire l'unique culte national, la guerre actuelle, en privant les missions d'un grand nombre d'ouvriers apostoliques, en diminuant les ressources, est une redoutable et terrible épreuve. Telle est la note générale des rapports venus du Japon. Voici quelques détails particuliers concernant chaque mission :

    Tôkiô.

    Les six paroisses de la ville de Tôkiô continuent à progresser peu à peu par les baptêmes d'adultes et par l'arrivée de catholiques de la province, qu'attirent le mouvement des affaires et le mirage de la capitale, dont la population augmente sans cesse, dépassant aujourd'hui 2.200.000 habitants.
    Les écoles de Tôkiô, de Yokohama, de Shizuoka sont florissantes. Le séminaire compte 16 élèves.
    La léproserie a perdu son zélé directeur, M. Bertrand, dont les trois dernières années ont été éprouvées par de continuelles souffrances.

    Nagasaki.

    Dans la ville de ce nom travaillent plusieurs missionnaires, entre autres le P. Salmon, vicaire général, et le P. Urakawa qui a établi des catéchismes raisonnés pour les grandes personnes. A Urakami, M. Raguet a baptisé 23 adultes ; M. Matrat 19 à Hirado ; M. Garnier 24 dans l'île d'Amakusa ; M. Bulteau 24 à Biwasaki.
    Le poste de Hitoyoshi gagne en bon renom, grâce à l'ouverture d'une salle d'asile par les Soeurs Franciscaines. La nouvelle chrétienté d'Omuta, fondée par M. Sauret, s'augmente chaque jour. M. Boehrer a acheté un petit terrain au centre de la ville de Fukuma et s'y est installé.

    Osaka.

    La ville d'Osaka compte quatre paroisses : Kawaguchi, Tamatsukuri, Awajimachi, Kitano, dans lesquelles les chrétiens se montrent assez fervents. La catéchiste de la dernière de ces paroisses demandait depuis 30 ans la conversion de sa mère obstinée dans le bouddhisme. Or, une nuit, la bonne vieille vit une belle dame blanche qui l'invitait à la suivre. Ce fut une révélation. Elle étudia la doctrine, reçut le baptême, et devint une fervente catholique. A Hagi, le fils d'une famille ardemment bouddhiste a triomphé de tous les obstacles que lui suscitaient ses parents, et s'est transformé en un apôtre intrépide. A Kishiwada, le missionnaire a réussi à faire un certain nombre de baptêmes dans les hôpitaux du gouvernement. A Wakayama le missionnaire a eu également accès auprès d'un bon nombre de malades pauvres, qui ont reçu le baptême et fait des morts très édifiantes.
    Les Frères de Marie obtiennent toujours des succès dans leur école : L'Étoile Brillante, qui compte 760 élèves. Il en est de même des Religieuses du Saint Enfant Jésus dans leurs écoles supérieures à Osaka et à Okayama, et dans leur école spéciale pour les enfants européens et eurasiennes à Kobé.

    Hakodaté.

    Les baptêmes enregistrés chaque année ne grossissent pas, autant qu'il serait permis de le croire, le chiffre de la population catholique de ce diocèse, parce qu'un certain nombre des convertis s'en vont à Tôkiô et dans les grandes villes. L'important est que ces néophytes persévèrent, ce qui a lieu généralement.
    Les Trappistes sont établis depuis 20 ans aux environs de Hakodate. La première colonie se composait de 9 religieux ; le monastère en a aujourd'hui 37, dont 9 Européens et 28 Japonais. Le monastère des Cisterciennes est plein, et les demandes d'admission affluent ; au 15 août 1916, le personnel était de 53 religieuses : 15 Européennes et 38 Japonaises.

    CORÉE

    La Corée est divisée en deux Vicariats apostoliques : Séoul et Tai-kou qui comptent plus de 85.000 catholiques.
    Séoul.

    Cette mission a été grandement éprouvée par la mobilisation qui lui a enlevé 13 de ses ouvriers. Malgré cette diminution du nombre des travailleurs, l'administration des chrétientés s'y est faite à peu près régulièrement grâce au zèle de tous.
    Là où les fidèles sont groupés, la vie chrétienne est intense ; à Ryongsomak on compte chaque dimanche 80 communions ; 160 aux grandes fêtes ; même ferveur à Tjyanghoouen, qui possède 600 fidèles ; les communions s'y sont élevées dans le cours de l'année au chiffre de 26.100 ; on peut faire les mêmes constatations à Kongsyeitji, à Ouen-san, à Hpyengyang. Le Kanto a donné 229 baptêmes d'adultes, sa population chrétienne est de 5.891 âmes. Il est administré par M. Curlier et par un prêtre coréen. Le premier raconte ce fait intéressant :
    « A Kyotong habite une famille Hoang composée de 22 personnes. Grâce à leur travail persévérant dans la fabrication des tuiles, ces braves gens ont acquis une certaine aisance. L'année dernière, au retour de la retraite, en passant devant leur maison, jamais je n'aurais pensé que quelques mois plus tard, ils viendraient se ranger sous ma houlette. C'est cependant ce qui est arrivé. Au commencement de l'automne, une personne de cette famille tomba malade. Visitée par les chrétiens qui lui parlent de religion et de la nécessité de sauver son âme, elle croit de suite, et bientôt après, ayant reçu le baptême, elle meurt dans des sentiments admirables de foi et d'abandon à la divine Providence. Les chrétiens du village se réunirent pour lui faire de magnifiques funérailles. Ce fut le coup de grâce pour les autres membres de la famille. De suite, ils détruisirent tous les objets superstitieux qu'ils possédaient, et se mirent à l'étude des prières et du catéchisme avec tant d'ardeur, qu'en quelques mois plusieurs d'entre eux, en particulier le chef de la maison, âgé de 91 ans, étaient baptisés et confirmés.

    Taikou.

    Mgr Demange, le vicaire apostolique de cette mission, écrit : « La conversion des païens devient plus difficile ; un de nos catéchistes en donne la raison suivante : A présent, les bonzes qui autrefois ne s'occupaient que d'eux-mêmes, montrent beaucoup de zèle, excités par les Japonais qui ont pris la direction de certaines bonzeries dont ils font des centres de propagande. Déconsidérer les missionnaires étrangers semble un des principaux buts de leurs conférences, et leur thème ordinaire est celui-ci : L'Europe est en ce moment une boucherie ; elle souffre plus que jamais aucun peuple, en aucun temps, n'a souffert. Or quelle est la religion de ces peuples qui s'entre-déchirent ainsi ? Il y en a deux qui sont toutes deux chrétiennes : le catholicisme et le protestantisme ; Vous voyez donc clairement qu'aucune de ces deux religions n'est bonne et ne peut donner le bonheur au monde ».
    Heureusement, la création d'un clergé indigène et la formation chrétienne des néophytes offrent plus de consolations.
    Le séminaire qui en 1912 ne renfermait que 5 élèves, en possède aujourd'hui 50. Les églises et les chapelles sont au nombre de 45, au lieu de 19 il y a quatre ans.

    CHINE

    La Société des Missions Etrangères dirige en Chine les 12 missions suivantes :

    Mandchourie méridionale, Thibet,
    Mandchourie septentrionale, Yunnan,
    Se-tchoan occidental, Kouy-tcheou,
    Se-tchoan oriental, Canton,
    Se-tchoan méridional, Swatow,
    Kien-tchang, Kouangsi,

    La situation des missions s'est en général ressentie des troubles qui agitent la Chine. D'Empire en République, de République en Empire pour redevenir République, la Chine ressemble à une vaste mer agitée par des tempêtes qui se succèdent sur tous les points de son territoire. Mais, hélas ! Républicains ou Impériaux, tous ou à peu près sont beaucoup plus occupés de leurs intérêts particuliers que de ceux du pays, et les soldats, cuise transforment aisément en bandits, pillent plus souvent qu'ils ne se battent. Heureusement qu'au milieu de cet extraordinaire chaos, un mot d'ordre a été donné et obéi : « Respectons les étrangers ». Grâce à lui, les missionnaires ont fait l'oeuvre de Dieu avec plus de succès que les circonstances ne permettaient de l'espérer, et en plusieurs occasions, ils ont été les protecteurs du peuple et même des mandarins.

    Mandchourie Méridionale.

    Cette mission peut être heureuse des bénédictions que Dieu a accordées aux travaux des ouvriers évangéliques, puisque le nombre des baptêmes d'adultes s'élève à 2.331, fait unique dans ses Annales depuis la révolte des Boxeurs en 1900. C'est dans le district de Moukden que s'est faite la plus belle moisson, on y compte plus de 800 adultes baptisés ; il y en a 420 à Leaoyang, 194 à Santaitse, 103 à Singking, 83 à Siaoheichan. « Les motifs qui nous ont amené tant de catéchumènes écrit Mgr Sage, sont en général purement naturels. Des affamés venaient nous demander un bol de sorgho pour ne pas mourir de faim. Nous leur avons donné la nourriture du corps après laquelle ils soupiraient, et la vie de l'âme, qu'ils ne pouvaient nous demander, n'en ayant aucune idée. Le païen ne cherche Dieu que lorsqu'il jouit déjà en quelque sorte de sa possession, par l'enseignement qu'il a reçu du missionnaire. Quand il vient à nous, que veut-il souvent ? De quoi ne pas mourir de faim. Pourrait-on refuser de donner à manger à cet affamé, sans condamner le geste du père miséricordieux de la parabole, ouvrant ses bras à l'enfant prodigue, ramené à la maison paternelle par la pensée du pain abondant dont se rassasiaient les serviteurs de sa famille ? D'ailleurs, le jour où Notre Seigneur a promis aux deux frères qui pêchaient du poisson dans la mer de Galilée de faire d'eux des pêcheurs d'hommes, il ne leur a pas défendu de mettre des amorces aux hameçons. Quelquefois aussi, c'est pour suivre les traces d'un parent ou d'un ami, déjà entré au bercail, que le païen vient à nous. Et y eut-il jamais plus belle occasion d'imiter un bon exemple ? D'ailleurs, il importe surtout que l'infidèle trouve Dieu au bout de son chemin ».

    Mandchourie Septentrionale.

    Malgré le malheur des temps, quelques constructions ont été commencées ou achevées dans cette mission. Les fondations de la cathédrale à Ghirin ont été posées, ainsi que celles de l'église de Tongken ; deux corps de bâtiment ont été faits pour le petit séminaire, qui est uni au grand de manière à ne former qu'un établissement. Une imprimerie a été installée au grand séminaire ; elle publie une petite revue bimensuelle : La recherche de la Vérité. Les Franciscaines Missionnaires de Marie possèdent à Foukiatien un dispensaire dans lequel elles ont baptisé 147 mourants ; elles ont donné des consultations à 104.840 malades. Les portes des prisons sont ouvertes devant ces dévouées religieuses. On les appelle de tous côtés ; les riches et les pauvres les invitent à aller voir leurs malades, et les cures qu'elles opèrent leur donnent une vogue extraordinaire.

    Setchoan Occidental.

    Dans notre très bref résumé de la situation politique de la Chine, nous avons dit que les missionnaires avaient eu l'occasion de rendre des services aux belligérants et aux païens menacés par les bandits : voici, en effet, ce qu'écrit à ce sujet Mgr Rouchouse : « Tous sont venus successivement, quand la fortune les trahissait, s'abriter sous les plis du drapeau français, dans nos établissements de Tchentou et de la banlieue. Nos églises ont été des refuges inviolables. Plusieurs de nos confrères ont exercé au péril de leur vie la charité envers les réfugiés : tel M. Ambroise à Ganio. Le sous-préfet de cette ville ayant reçu asile à la mission, les rebelles exigent sa tête. Le Père se présente, il parlemente malgré les fusils braqués sur sa poitrine, et le mandarin est sauvé.
    « A Chefang, M. Caluraud négocie avec les bandits qui assiègent cette sous-préfecture, et préserve la ville. Son oratoire est un caravansérail. Hommes, femmes, enfants, chrétiens et païens occupent son presbytère. Pendant qu'au dehors crépite la fusillade, il veille à tout, console et rassure les malheureux apeurés. Il apprend que son voisin, M. Maupoint, est gravement malade à Hantcheou, il part de suite, assiste notre cher confrère à ses derniers moments, préside à ses funérailles, et regagne Chefang qui, dans l'intervalle, est tombé entre les mains des bandits, et où les notables réclament, à grands cris, son efficace intervention.

    Setchoan Oriental.

    Voici le bilan de l'administration des districts pour l'exercice de mai 1915 à mai 1916 ; Confessions : annuelles, 23.644 ; répétées, 118.935. Communions : annuelles, 28,174 ; répétées, 251.667. Baptêmes d'adultes, 2.650. Baptêmes d'enfants de païens in articulo mortis, 7.341.
    Les districts qui ont fourni le plus de baptêmes sont les suivants : 1° Tchenkiaouan (Kuhien) où M. Mathieu Mee, qui y tient la place de M. Théodore Cacauld mobilisé, a sous sa direction deux autres jeunes prêtres chinois ; à eux trois ils ont baptisé 215 adultes, dont 43 seulement in articulo mortis ; 2° Peetoupa (Ouanhien) qui compte 155 baptêmes solennels d'adultes et 4 in articulo mortis ; M. Barthélemy Lo, chargé de cet important district, vient de commencer la construction d'une église qu'exige le nombre des fidèles ; 3° Talin, où M. J.-B. Kiou enregistre 116 baptêmes solennels d'adultes et 33 in articulo mortis ; 4° Kaihien où M. J.-B. Tchang a eu 110 baptêmes solennels d'adultes et 33 in articulo mortis ; 5° Ouanhien (ville) qui a eu 92 baptêmes solennels et 12 in articulo mortis.

    Setchoan Méridional.

    Le nombre des prêtres indigènes a augmenté ; Mgr Chatagnon a ordonné trois prêtres et il compte en ordonner d'autres l'année prochaine.
    Les baptêmes d'adultes se sont élevés au chiffre de 2.727. Ce résultat, fort appréciable, est un peu inférieur à celui de l'année dernière par suite de la mobilisation de plusieurs missionnaires ; mais le chiffre des confessions, 102.396, et des communions, 173.383, est supérieur au précédent.

    Kientchang.

    Situé en dehors des routes principales, trop pauvres pour attirer les convoitises, le pays du Kientchang, parmi tant de troubles qui agitent la Chine, a bénéficié de son obscurité. « Pour vivre heureux, vivons caché ». L'insécurité, le brigandage, l'incurie, les exactions ont continué d'exister, mais se sont relativement peu aggravés.
    Parmi les principales chrétientés, plusieurs ont doublé, triplé en trois ou quatre ans ; d'autres ont surgi de toutes pièces et sont déjà florissantes. A Kiangtcheou, la plus lointaine de ces stations, au pied de la croix qui domine la tombe de M. Castanet massacré il y a peu d'années, le troupeau fidèle pour lequel il a donné sa vie s'accroît régulièrement, et une église expiatoire a été construite.

    Thibet.

    Le Thibet a vécu au milieu des tribulations, qui constituent son lot depuis sa fondation. Bien des mandarins se sont montrés hostiles au catholicisme, en particulier dans le Taou, le mandarin Fong, dont Mgr Girau-deau raconte les méfaits et heureusement aussi la déposition :
    « Fong prit récemment à cur d'anéantir une petite chrétienté nouvellement établie à Taylin (Gata, en thibétain) par M. Davenas, et dotée d'une école. Il semble bien avoir concerté son plan à Tatsienlou même, pendant un voyage qu'il y fit au mois de juin. En rejoignant son poste, il fut invité à un repas par le maire de Taylin, Tchou Lientchen, personnage très influent, qui avait beaucoup contribué à l'ouverture de la nouvelle station. Au moment du départ, le sous-préfet ordonna à Tchou Lientchen de le suivre et le confia à la garde de plusieurs soldats Arrivé à son prétoire de Taou, il le fit enchaîner et jeter dans un cachot, en lui supprimant immédiatement toute communication avec l'extérieur. Il affichait en même temps au Taou « un avis » déclarant que Tchou Lientchen avait usurpé ses fonctions de chef de village, avait commis dans ses fonctions usurpées de nombreuses injustices à l'égard du peuple, et avait empêché les enfants de fréquenter l'école officielle, etc. En conséquence le peuple était invité à porter plainte contre ce mauvais citoyen. Les parents du prisonnier se hâtèrent d'apporter à M. Davenas les pièces officielles établissant ou reconnaissant Tchou Lientchen comme chef de village. Cependant Fong répétait qu'il voulait absolument la tête de son prisonnier et qu'il défendait à qui que ce fût de se porter caution pour lui. Chrétiens et païens disaient tout haut que le mandarin agissaient uniquement par haine de la religion catholique. Ses émissaires parlaient du reste assez clairement pour ne laisser place à aucun doute sur ses véritables intentions. Je demandai alors au sous-préfet de Tatsienlou, Ly Paotsou, d'appeler le prisonnier à son tribunal, ce qui fut fait. Fong voulut lui-même conduire sa victime. Le sous-préfet de Tatsienlou, qui devait juger le soi-disant criminel, resta longtemps sans l'interroger, faute d'accusateurs. Fong sans perdre courage fit venir cinq Thibétains de cinq villages différents ; ceux-ci devaient témoigner contre toute vérité, que le prisonnier, du fond de son cachot, avait réussi à soulever 200 chrétiens dans le but d'attaquer le mandarinat du Taou et de le tirer de prison ; mais que le mandarin avait fait échouer cet audacieux projet. Les Thibétains se contentèrent de déclarer qu'ils avaient entendu dire cela, mais que, personnellement, ils ignoraient la chose. Fong retourne alors au Taou et recrute onze autres Thibétains pour accuser Tchou Lientchen de différents crimes, surtout d'avoir excité la population à ne pas faire les corvées. Enfin le juge peut siéger à son tribunal. Il interpelle les accusateurs : « Vous accusez Tchou Lientchen de telle et telle faute, n'est-ce pas ? Nous ne l'accusons de rien, répondent les Thibétains. Comment ! Sur l'acte d'accusation, qui est entre mes mains, vous lui reprochez tel et tel méfait, et maintenant vous ne dites rien. Parlez sans crainte. Nous ne savons pas ce qu'il y a dans la pièce écrite en chinois ; ce n'est pas nous qui l'avons écrite. Qui donc l'a écrite ? » Un Thibétain de répondre : « Mais c'est le sous-préfet Fong qui a fait cela de lui-même ; nous n'y sommes pour rien ». Le juge furieux et honteux dit alors : « Frappez dix coups au visage de cet insolent qui parle à tort et à travers ». Et il ordonne de reconduire Tchou Lientchen en prison.
    « Dans la crainte que le prisonnier ne fût rendu à la liberté, Fong fit afficher le 15 août, à Tatsienlou, un odieux pamphlet contre Tchou Lientchen et la mission catholique. Ce fut le coup de grâce. Bientôt Fong était relevé de ses fonctions, et le 4 septembre le prisonnier était relâché. Je dois dire que la Providence s'est servie de notre dévoué consul général à Tchentou, M. Bons d'Anty, pour avoir raison de notre ennemi et rendre la liberté à Tchou Lientchen ».

    Yunnan.

    La région de Longki et du bas Yunnan a été fort éprouvée par les troubles. Les missionnaires ont été dans l'impossibilité de parcourir les stations de leur district. Heureusement, le reste de la mission a joui de quelque tranquillité, et les résultats obtenus ont été satisfaisants, puisque le compte rendu de Mgr de Gorostarzu annonce 869 baptêmes d'adultes, 2.508 baptêmes de païens, et 65.951 communions.

    Kouytcheou.

    L'oeuvre des séminaires est en progrès. La mission possède 28 élèves au grand séminaire, 29 au petit, 32 à l'école préparatoire, et une douzaine à l'école diois.
    Le nombre des conversions qui était de 824 l'année dernière s'élève cette année à 1.032. L'oeuvre de la Sainte Enfance a souffert de la diminution de l'allocation ; des pharmacies ont été supprimées, et par là, même un certain nombre de petits enfants n'ont pu être baptisés.

    Canton.

    La mission de Canton a été éprouvée par la situation si troublée de la Chine : neuf chrétiens de Lantong ont été tués ; le village, la chapelle et la résidence détruits. M. Veyrès, attaqué à l'improviste, fut blessé au bras gauche et à la poitrine ; M. Frayssinet n'a dû son salut qu'à son sang-froid,

    Swatow.

    Ce vicariat a subi des épreuves analogues à celles du précédent. M. Etienne a failli être massacré ; il fut frappé d'une balle dans la poitrine, d'un coup de couteau dans le dos, de forts coups de poing et de pied.
    Au Locfung, M. Rey a pu sauver la vie au mandarin de Hotien, au commencement de la révolution. Attaqué dans son prétoire, ce magistrat se réfugia à la chapelle. L'intervention du missionnaire empêcha la foule de lui faire un mauvais parti. Quelques jours après, des renforts ayant permis à ce magistrat de reprendre le pouvoir, il voulait fusiller ses agresseurs. Le Père intervint et leur sauva la vie.

    Kouangsi.

    « Au Kouangsi, comme dans les autres provinces de Chine, écrit Mgr Ducur, les ouvriers apostoliques sont en butte à la haine des lettrés, qui ne laissent échapper aucune occasion de prêcher autour d'eux le mépris ou l'indifférence à l'égard de notre sainte religion.
    « Les étudiants ne nous appellent plus « diables étrangers » comme autrefois, ce ne serait pas poli ; car un homme bien élevé, comme tout étudiant a la prétention de l'être, doit se montrer poli en toute circonstance. Si nous parlons religion avec ces jeunes gens, ils écoutent l'exposé de nos dogmes et de notre morale avec une certaine attention ; mais, quand nous prenons congé d'eux pour réciter notre bréviaire ou notre chapelet, ils se disent entre eux en souriant : « C'est comme nos bonzes ». Et nous trouvons cette réflexion plus humiliante pour nous dans la bouche des étudiants, que les deux mots « diables étrangers », que nous crient parfois les portefaix et les gamins en nous voyant passer.
    « Cet état d'esprit se remarque dans la jeunesse des villes ; aussi nos espérances se portent-elles plutôt sur la population des campagnes, qui nous semble moins éloignée du royaume de Dieu.
    « A l'extrémité nord-ouest de la mission, M. Séguret a eu la joie d'inscrire plus de trois cents familles Miao au nombre des adorateurs. Certaines tribus de cette race Miao ont conservé leur indépendance, ce qui a rendu jusqu'ici leur évangélisation impossible. Les tribus du nord-ouest, qui viennent de faire le premier pas vers notre sainte religion, sont depuis longtemps soumises à la domination chinoise. Le missionnaire espère réussir à sauver un bon nombre d'âmes parmi elles ; les difficultés ne lui manqueront point ».
    (A suivre).

    CROIX ET MÉDAILLES EN EX VOTO

    Notre autel de la Sainte Vierge, cher à tous les membres de la famille des Missions Etrangères, a été tout récemment orné de deux modestes tableaux de décorations déposées en souvenir de défunts ou placées par des vivants en reconnaissance de la protection maternelle de Marié.
    Nous y voyons figurer quatre croix de la Légion d'honneur, six croix de guerre, trois médailles coloniales ; le dragon d'Annam et l'ordre royal du Cambodge y voisinent avec la plaque d'or du Kim-Khanh.
    Volontiers nous accepterons les nouveaux envois qui nous seront adressés.
    Nous avons, en effet, la certitude que nos confrères et nos aspirants auront à coeur d'offrir en ex-voto à la Reine des Apôtres les croix et médailles qu'ils ont vaillamment gagnées. Pour ceux qui n'auraient qu'un insigne à leur disposition, notre Procureur se chargera d'acheter celui qu'ils destineront à l'autel de la Sainte Vierge. Une croix de guerre avec le ruban coûte environ 5 fr.

    1917/271-281
    271-281
    France
    1917
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