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Communion d'enfants

COCHINCHINE OCCIDENTALE Communion d'enfants Saïgon, 10 décembre 1917. Hier, dimanche, à l'appel puissant des cloches, la Cathédrale de Saigon voyait ses nefs se remplir d'une foule nombreuse, plus recueillie, plus émue qu'à l'ordinaire. Tous les regards se dirigeaient vers le sanctuaire, où 200 enfants, en rangs serrés, faisaient face à l'autel, cour très aimable de Celui qui dit, il y a dix-huit siècles : « Laissez venir à Moi les enfants ».
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    COCHINCHINE OCCIDENTALE

    Communion d'enfants

    Saïgon, 10 décembre 1917.

    Hier, dimanche, à l'appel puissant des cloches, la Cathédrale de Saigon voyait ses nefs se remplir d'une foule nombreuse, plus recueillie, plus émue qu'à l'ordinaire. Tous les regards se dirigeaient vers le sanctuaire, où 200 enfants, en rangs serrés, faisaient face à l'autel, cour très aimable de Celui qui dit, il y a dix-huit siècles : « Laissez venir à Moi les enfants ».
    Les enfants de tout temps, de tout pays, sont venus à lui, et ceux de notre ville continuaient hier la théorie séculaire. Ils sont venus, dans le rythme des mouvements gracieux, dans la simplicité de fa belle joie qui naît au souffle religieux, comme la fleur aux brises du printemps.
    Et les regards suivaient les robes blanches, les voiles immaculés ; ils s'attachaient à cette famille de frères et de soeurs, groupés autour du Père commun qui est dans les cieux, et du grand Frère, mis au monde par la Vierge Marie, De ce Frère, l'image est gravée dans ces jeunes âmes, et toutes sont venues lui dire qu'elles l'aiment.
    Oui, attachons nos regards sur ces enfants, petits frères, petites soeurs du Christ, Fils de Dieu.
    Contemplons ces frais visages, reposés, confiants, heureux, que tout à l'heure les parents couvriront de leurs baisers, Le Christ, lui, contemple les coeurs. Les mères se sont ingéniées à parer leurs enfants. Le Christ fait la toilette des âmes. Il les veut belles, ces petites âmes, soeurs de la sienne ; il les fait ce qu'il veut qu'elles soient. N'est-il pas le Créateur ? Ne donne-t-il pas au lis, à la rose, une fraîcheur, une beauté, un parfum, que rien n'égale ? Contemplons lés corps sveltes, harmonieux, qui vont devenir les temples de Dieu..... Efforçons-nous d'entrevoir la beauté des âmes !
    De ces pensées, vagues ou précises, du contact avec la divinité, une sorte de fluide émane, se répand dans l'assemblée. Le calme est absolu. Pas de mouvement, pas de bruit. La vision occupe l'activité de tous à l'extérieur. A l'intérieur, les âmes sont absorbées.
    Ils pensent, ceux et celles qui sont assis ou debout dans toute la vaste enceinte, ils pensent qu'un jour de leur enfance fut pour eux-mêmes, ce qu'est celui-ci pour les communiants d'aujourd'hui. Ils revoient les êtres chers, disparus peut-être depuis, qui les assistaient ; ils revoient les compagnons, les compagnes de leur bonheur tranquille ; ils revivent leurs impressions ; ils remettent dans leur poitrine le coeur qui battait en eux ce jour là, et c'est un parfum, combien délicat ! Qui leur monte à l'âme. Puis, rapidement, ils parcourent les dures étapes franchies depuis, les sacrifices, les deuils du passé. De ce mélange des joies et des douleurs, naît la mélancolie douce et bonne qui incite à prier. Ils prient, moitié joyeux, moitié pleurant, et sur eux aussi le Christ pose son regard, et, sans qu'ils le sachent trop, leur âme s'embellit sous l'oeil divin, comme l'arbuste, battu par l'orage, s'embellit aux rayons du soleil qui perce la nue.
    Cependant sur ce parterre d'âmes, vraie mosaïque aux tons variés mais fondus, sur ce parterre d'âmes, les chants religieux descendent graves et lents : Le Ciel a visité la terre..... Le voici l'Agneau si douci..... Ciel, Ciel, ah ! Quel bonheur !... poésie et musique, toujours anciennes et toujours nouvelles, parce qu'elles ont sur les coeurs des touches se crêtes, évocatrices du passé dans lequel on fut heureux, entouré, aimé. Langue bienfaisante, comprise de Dieu comme de l'âme, et leur servant d'interprète.
    Planez, voix ! Voix humaines, voix des instruments, planez ! Votre vol est doux, il est bon. Il endort des douleurs, il réveille des souvenirs, il provoque des élans. Planez ! Bercez-nous ! L'homme, toute sa vie, reste enfant. Il aime à être bercé ; il en devient meilleur.
    Le grand acte est accompli. Chacun des enfants est venu à la table du père des Cieux, du grand Frère Sauveur. Chacun a reçu sa part du festin. Deux cents coeurs sont autant de tabernacles, de paradis.
    Laissons-les à l'effort qu'ils font, pour concentrer en eux-mêmes leurs pensées qui bourdonnent et voudraient s'envoler. Laissons-les, quelques minutes, en tête à tête avec Dieu.
    Pendant qu'ils sont là, inclinés dans le travail nouveau de la pensée, courbés sous la majesté qui les enveloppe, leurs pères, leurs mères, leurs frères, leurs soeurs, leurs amis, viennent prendre part au banquet. Ils ne voient pas de meilleur moyen de manifester leur joie qu'en prenant place à la même table, à la table de famille, où les plus nobles représentants de l'Humanité pensante et bienfaisante se sont assis au cours des siècles révolus. Venez tous ! Mangez et buvez ! Tous sont appelés. Heureux ceux qui comprennent et répondent à l'invitation de l'Auteur de la Vie !
    Le jour a passé ; la fête est terminée, mais elle continue dans les âmes. Un parfum y demeure attache ; un écho y répète, très doux, les voix entendues ; les émotions sont gravées ; alors qu'on les croira mortes, elles revivront. Nulles pages de la grande histoire chrétienne ne sont plus éloquentes, plus réconfortantes, que celles où sont écrites ces résurrections.
    Allez enfants ! Chacun de vous porte en lui même une greffe divine. Allez ! Aux soins du céleste Jardinier, que chacun joigne ses propres soins, courageux, persévérants, afin que la greffe se développe et devienne un bel arbre. A son ombre le Christ et ses Anges viendront se reposer et cueillir les fruits, qui vous nourriront pendant la bienheureuse éternité, Allez, enfants des hommes, enfants de Dieu, allez vers vos sublimes destinées !
    J. A.

    1918/447-448
    447-448
    Vietnam
    1918
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