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Cochinchine septentrionale pèlerinage de notre Dame de La Vang

Cochinchine septentrionale pèlerinage de notre Dame de La Vang LETTRE DE M. LEMASLE Missionnaire Apostolique
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    Cochinchine septentrionale pèlerinage de notre Dame de La Vang



    LETTRE DE M. LEMASLE



    Missionnaire Apostolique



    « La France, dit le P. Petitalot dans son ouvrage intitulé la Vierge Mère d'après la théologie, la France est le royaume propre de Marie, et sa piété filiale envers la Mère de Dieu mérite ce titre qui lui est donné depuis longtemps : Regnum Galliae, regnum Mariae1 ». Je ne crois pas exagérer en ajoutant que l'Annam, ce prolongement de notre « douce France », est bien un peu aussi le royaume de Marie : nombreuses y sont les églises et chapelles dédiées à la bonne Mère ; grande est la dévotion des pasteurs et des fidèles envers la Reine du Ciel. Mais si, dans nos belles missions de l'Indo Chine française, tous les Annamites chrétiens ont à coeur de témoigner à Marie leur amour filial, il n'y a peut-être pas d'endroit où elle soit honorée avec autant de ferveur que dans un petit coin de l'Annam où la piété des fidèles lui a élevé un sanctuaire. Ce petit coin s'appelle Notre Dame de La-vang et est situé à sept kilomètres environ de Quang-tri. Il ne se passe guère de semaine où de pieux pèlerins ne viennent, souvent de très loin, rendre visite à la « Dame de La-vang » et solliciter sa protection. Aux jours des fêtes de la sainte Vierge, les fidèles de Co-vuu et des chrétientés environnantes aiment à aller, sous la conduite de leurs pasteurs, assister à la messe dans ce célèbre sanctuaire, s'y confesser et y communier chaque année. A l'occasion des fêtes du premier de l'an chinois (ordinairement le troisième jour du têt) ; les prêtres et les chrétiens de tout le district du Dinh-cat répondent à l'appel du supérieur de ce district pour y faire une procession solennelle autour de l'église, et demander à Notre Dame de La-vang sa bénédiction pour l'année qui commence.



    1. Tom. II, 4e édit., p. 276.



    MARS AVRIL 1914, N° 98.



    Mais ces manifestations individuelles et régionales de la dévotion à la Vierge de La-vang ne sont rien, en comparaison du grand pèlerinage qui se fait tous les trois ans au commencement du mois d'août. Cette année, le pèlerinage était fixé au 5 de ce mois, en la fête de Notre Dame des Neiges. Déjà, dans la soirée du 3 août, sont arrivés quelques pèlerins des provinces du Nord qui n'ont pas reculé devant les fatigues d'un long voyage pour venir implorer le secours de la divine Auxiliatrice. J'y rencontre aussi une vénérable religieuse, récemment supérieure du couvent des Filles de Marie de Co-vuu, Ba Dieu (M. Cadière l'a déjà présentée aux lecteurs des Annales de la Société des Missions Étrangères) qui, paralysée depuis plus d'un an et ne s'exprimant guère que d'une façon à peu près inintelligible, a demandé à être transportée ici pour s'y consacrer de nouveau à sa Mère et prier, si telle est la volonté de Dieu, de lui rendre le parfait usage de la parole.

    Le lendemain 4 août, après avoir célébré le saint sacrifice au sanctuaire de Marie, je laisse au bon goût de M. Reyne le soin de faire les derniers préparatifs de l'ornementation de la chapelle et d'un immense hangar qui a été aménagé pour abriter les pèlerins, et je rentre à Co-vuu pour recevoir les missionnaires et prêtres indigènes qui arriveront par les différents trains de la journée. Sur tout le parcours de la route de La-vang à Co-vuu, je rencontre des groupes de fidèles qui se dirigent vers l'église pour être sûrs de pouvoir y entrer, car demain ce sera peut-être difficile, tant l'affluence sera grande. J'interroge plusieurs de ces groupes et je remarque avec plaisir que la plupart sont composés des néophytes de MM. Chapuis Marcellin Maillebuau et de ceux du P. Lu dans la province de Thua-thien.

    Dans la soirée du 4 août, près d'un millier de personnes se pressent dans l'église de Co-vuu pour y venir prier aux pieds de la statue qui est déjà là sur son trône, entourée de fleurs et de lumières, et qui sera portée en procession le lendemain. Un grand nombre de pèlerins s'approchent du tribunal de la Pénitence et se préparent dignement à fêter la Vierge de La-vang. Dans la nuit du 4 au 5, on n'entend que prières, récitation du chapelet, chants annamites, soit autour de l'église de Co-vuu, soit aux différents débarcadères où stationnent les sampans qui ont amené des pèlerins du Thua-thien et de la Dat-do.

    Enfin le jour commence à poindre. Les missionnaires célèbrent la sainte Messe et distribuent la communion aux nombreux fidèles qui, pour témoigner leur amour à Marie, se sont préparés à recevoir son divin Fils. A 5 heures, on commence à organiser la procession qui va se dérouler en longues théories sur une étendue de trois à quatre kilomètres. A 6 heures, Mgr Allys et plusieurs missionnaires de Hué, avec leurs paroissiens, arrivent par un train spécial mis gracieusement à leur disposition par M. l'Inspecteur et M. le Contrôleur des chemins de fer de l'Annam Central. Tous rejoignent le cortège qui avance lentement vers l'église. Ici, on entend la récitation en choeur du Rosaire ou du chapelet des Sept Douleurs ; là, on chante des hymnes annamites. Je prête une attention toute spéciale au chant de cantiques français qu'un prêtre indigène a appris à des enfants, avec l'Ave ou le Laudate Mariam comme refrain, et je me rappelle, non sans une pieuse émotion, les chants superbes que j'ai entendus, jadis, à Lourdes sur les bords du Gave.

    Enfin, vers 8 h. 1/2, la procession arrive tout près de l'église. Une pluie assez forte tombe depuis environ trois quarts d'heure. Aussi l'ordre de la procession est bien un peu troublé, mais les chants et la récitation des prières continuent à se faire entendre, malgré ce contretemps fâcheux. Quand tous les pèlerins sont arrivés, on dépose devant le portail de l'église le baldaquin qui protège la « Dame de La-vang » et M.Chabanon, second provicaire de la Mission, qui a déjà présidé la procession, redit à la foule d'une voix émue les louanges de Celle qu'elle a si bien priée. Puis la messe solennelle commence. C'est M. Barthélemy, premier provicaire, qui la célèbre, assisté des PP. My et Duc, comme diacre et sous-diacre. Mgr Allys, 55 missionnaires et prêtres indigènes exécutent les chants liturgiques, tout en suppliant Jésus Hostie d'avoir pour agréables les prières, les offrandes et les sacrifices qui lui sont présentés par sa tendre Mère au nom de cette foule grave et recueillie. Pendant cette messe chantée à l'intérieur de l'église, d'autres messes sont dites sous le hangar construit devant le portail, afin de satisfaire la dévotion des fidèles qui ne peuvent pénétrer dans le sanctuaire de Notre-Dame. Immédiatement après la messe chantée, Mgr Allys paraît revêtu des ornements pontificaux et donne le salut solennel du Saint-Sacrement. Pendant cette cérémonie, la voix toujours puissante et harmonieuse de M. Barthélemy a fait entendre le chant d'un Ave Maris stella dont les connaisseurs ont admiré la parfaite exécution. La prononciation du latin à la romaine semblait, disait-on, ajouter un charme de plus à la beauté de ce chant.

    La cérémonie est terminée. Les pèlerins se retirent peu à peu, tout heureux d'avoir pris part à cette grande manifestation religieuse. On en a entendu plusieurs qui disaient des paroles comme celle-ci : « Je suis au comble de mes vux ; si je mourais maintenant, j'aurais l'esprit et le coeur en paix ».

    Quel a été exactement le nombre des pèlerins qui ont assisté à cette procession ? Le rédacteur du compte-rendu de cette fête qui a été publié dans le Nam-ky Dia-phan de Saigon dit qu'il y en avait plus de dix mille ; j'ai entendu d'autres personnes donner un chiffre plus fort. Je ne sais où est la vérité. Ce qui semble certain, c'est qu'à chaque nouveau grand pèlerinage, le nombre des fidèles est de plus en plus grand.

    C'est une bien douce consolation pour les missionnaires qui viennent du « royaume de Marie » de voir le culte de Notre Dame de La-vang se développer parmi les chrétiens annamites. D'abord très restreint et particulier à quelques fidèles, il s'est étendu rapidement à toute la mission de Cochinchine septentrionale, et même au dehors. Depuis plusieurs mois, des Vicariats apostoliques de la Cochinchine orientale, du Cambodge, mais surtout de la Cochinchine occidentale arrivent à presque chaque courrier des témoignages bien significatifs. .

    Puisse cette dévotion à Notre Dame dé La-vang affermir dans la foi les âmes régénérées d'hier, et consolider dans une pratique encore plus parfaite de toutes les vertus chrétiennes celles qui tiennent à la foi par plusieurs générations d'ancêtres. Que Notre Dame daigne enfin écraser le démon du rationalisme et de l'idolâtrie ; et l'Eglise d'Annam, grâce à la protection de cette bonne Mère, trouvera de nombreuses consolations au milieu des souffrances qu'elle doit endurer et des combats qu'elle doit soutenir pour la cause de Dieu !




    1914/50-52
    50-52
    Vietnam
    1914
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