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Cochinchine Septentrionale : Lettre de Mgr Allys

Cochinchine Septentrionale Lettre de Mgr Allys. Vicaire apostolique. Conversions. Un apostat qui fut un chrétien héroïque.
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    Cochinchine Septentrionale

    Lettre de Mgr Allys.
    Vicaire apostolique.

    Conversions. Un apostat qui fut un chrétien héroïque.

    Dans le Compte-rendu de l'an dernier, je disais qu'il était relativement facile d'obtenir des conversions dans la mission de Hué ; je répète encore la même chose cette année. De plus, j'ajoute qu'ayant à peu près partout surmonté les nombreuses difficultés qui s'opposaient à la fondation de nos nouvelles chrétientés, notre oeuvre d'évangélisation est de plus en plus facile et semble être à la veille de produire de nombreux fruits de salut.
    Parmi les demandes de conversion récemment faites, il eu est une qui m'intéresse tout particulièrement, et que mon plus grand désir est de voir aboutir. C'est celle du ais d'un ancien chrétien mort maintenant, mais dont l'histoire m'a toujours vivement frappé, et la fin bien triste, douloureusement impressionnée.
    A l'époque où le roi Tu-duc, plus que jamais furieux contre notre sainte religion, avait juré de l'anéantir, ce Chrétien, père de celui qui demande actuellement à se convertir, était soldat à Saigon, il se nommait Duong. Dans le même temps, un prêtre de Hué, le P. Tuong, emmené en Cochinchine occidentale par Mgr Lefebvre, qui, pendant quelque temps en avait fait son provicaire, avait été arrêté, emprisonné et condamné à mort.
    Mis au courant du sort réservé à ce prêtre, le soldat Duong résolut de lui sauver la vie, et de le conserver pour le plus grand bien des chrétiens. Afin d'arriver à son but, il s'introduisit dans le cachot du P. Tuong, se fit connaître du prisonnier, et lui dit :
    « Père, vous n'ignorez pas que par suite de la persécution qui sévit actuellement, la plupart des prêtres sont morts ou en fuite, de telle sorte qu'il est très difficile aux chrétiens de recevoir les sacrements, particulièrement le sacrement de Pénitence ; or, si, comme il est plus que probable, la sentence portée contre vous est exécutée, et si vous subissez le martyre, le sort des chrétiens va devenir plus précaire encore que par le passé. Voici donc ce que j'ai résolu et ce que je vous demande d'accepter. Sans qu'on s'en aperçoive, je vais me substituer à vous, et, en mourant à votre place, je vous mettrai à même de travailler comme par le passé à la sanctification des chrétiens ».
    Le P. Tuong fut très touché d'une proposition si héroïque, mais se garda bien de laisser cueillir par un autre la palme qu'il se croyait sûr d'obtenir. Or son espoir fut déçu ; la prise de Saigon par les Français le fit sortir de prison, et le priva du même coup de mourir en confessant la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ.
    Quelques années plus tard, le prêtre et le soldat, revenus à Hué, se rencontrèrent de nouveau, mais dans des conditions bien différentes. Le prêtre, grâce à la liberté obtenue par la France, administrait en pleine tranquillité la vieille et excellente chrétienté de Duong-son ; quant au soldat, il était loin du héros de la prison de Saigon qui avait voulu se substituer au prêtre condamné ! Qu'était-il advenu ? Toujours est-il que rentré dans son village, il avait complètement abandonné la religion, et, marié à une païenne, il pratiquait toutes les superstitions.
    Comme le village du malheureux apostat se trouvait très rapproché de Duong-son, le P. Tuong allait le voir souvent et lui rappelait ce qu'il avait été jadis, et surtout ce qu'il avait voulu faire pour la plus grande gloire de Dieu. Ces évocations émurent réellement l'ancien soldat, mais ne purent le faire revenir dans la bonne voie, de sorte qu'il mourut dans son apostasie. Puisse le fils réparer par sa conversion le scandale donné par le père, et occuper dans le ciel, un jour, la place perdue par l'apostat !
    1916/115-116
    115-116
    Vietnam
    1916
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