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Cochinchine Septentrionale. Confesseurs de la foi de 1848 à 1862. 7 (Suite et Fin)

Cochinchine Septentrionale Confesseurs de la foi de 1848 à 1862 Par M. Bernard Missionnaire apostolique. III. — Chrétienté de Da Mon (Fin 1).
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    Cochinchine Septentrionale

    Confesseurs de la foi de 1848 à 1862

    Par M. Bernard

    Missionnaire apostolique.

    III. — Chrétienté de Da Mon
    (Fin 1).

    10. Le catéchiste André Thong, âgé de 45 ans environ, arrêté pour cause de religion, détenu 6 mois à la préfecture de la province, à la cangue constamment, ne consentît jamais à apostasier. Plus tard, cela lui valut la chaîne et l'exil à Tuyen Quang. C'est en route qu'il mourut de fatigue et de maladie. Son corps est enterré dans la province de Nam Dinh. Sa femme est morte aussi laissant deux petits enfants orphelins. Dieu veille sur eux !

    11. La veuve An, âgée de plus de 50 ans, connue dans la chrétienté pour sa grande dévotion, sa ferveur à prier et à entendre la sainte messe, fut arrêtée elle aussi lors de l'affaire du martyr Thoi, à propos du prêtre Oai. Amenée à la capitale, au ministère des supplices, la pieuse veuve dut plusieurs fois subir de rudes tortures qui ne purent la faire apostasier. Sa constance fut punie d'exil dans la province de Thai Nguyen. Arrivée là, elle fut d'abord livrée au mandarin chargé de la garde de la citadelle et nommé Uy. Comme il était de mauvaises moeurs, elle demanda et obtint d'être confiée à la garde du second chef militaire de la province. Au bout de 6 mois, le 14 du 12e mois, an XI de Tu Duc, elle tomba malade du choléra et mourut le 17 du même mois, dans la maison de ce dernier mandarin, sans que personne pût le savoir et l'assister à ses derniers moments. Le jour suivant, l'autorité en lit donner nouvelle au prêtre Si et aux autres prisonniers chrétiens. Ils achetèrent un cercueil, ensevelirent le corps et l'enterrèrent le même jour, au village de Huong Thuong. Le prêtre Si présidait la cérémonie.

    1. Voir Ann. M.-E., numéros 120, 121, 122, 123, 124.

    12. Le prêtre Si, que je viens de nommer, était âgé de près de 50 ans, natif de Diem Dien, village de la province du Binh Dinh ; il avait été ordonné par Mgr Cuenot. Il était exilé depuis longtemps pour la foi dans la province de Thai Nguyen. La 14e année du dernier mois de cette même année, avant de le mener au supplice, défense fut faite aux chrétiens détenus avec lui de sortir de la prison pour l'accompagner, de sorte qu'il est difficile de savoir au juste comment les choses se sont passées. Il eut la tête tranchée. Son corps fut d'abord enterré au lieu même de son martyre ; plus tard, le prêtre Van le fit rapporter et enterrer dans le sable, près de la chrétienté de Ke Bang. Les payens l'ayant su, pour éviter les maux qui pouvaient s'ensuivre, il fallut de nouveau l'exhumer et l'enterrer dans un autre endroit. On put remarquer une chose extraordinaire, c'est que, dans les diverses translations, le corps du martyr n'exhalait aucune mauvaise odeur.

    13. La chrétienne Anna Thu, âgée de 32 ans, détenue pour la foi à la préfecture de la province six mois et demie durant, sans cesse à la cangue, quatre fois battue de dix coups chaque fois, ne voulut point renier sa religion. Condamnée à deux ans d'exil dans une province du Tonkin, elle y est morte d'épuisement. Son corps y est enterré. Elle a une fille religieuse. Son mari et ses autres parents sont morts.

    14. Le soldat Joseph Luong, âgé de 40 ans, au service depuis 13 ans, trois fois requis d'apostasier, s'y refusa toujours avec énergie ; durant un an il fut gardé à vue par le village payen, puis deux mois en prison et à la cangue, il fut enfin mis à la chaîne et condamné à l'exil. Il est mort, avant le départ, de misère et maladie, dans la prison de la capitale. Son corps est honorablement enterré à Phu Cam.

    15. Le soldat Jean Tham, âgé de 18 ans, non marié, au service depuis 4 mois, fut quatre fois invité à l'apostasie, mais ce fut peine perdue, malgré les 60 coups de rotin dont on le frappa. Il fallut donc le condamner à la chaîne et à l'exil. Ce fut vers la province de Hung Yen qu'il s'achemina. Après deux ans et trois mois de souffrances dans un obscur cachot, le mandarin du lieu lui fit trancher la tête, après lui avoir proposé inutilement d'abandonner sa religion. On ne sait rien touchant sa sépulture.

    16. Le bourgeois Lieu, âgé de 30 ans, fut arrêté à l'occasion du prêtre Oai (an 9 de Tu Duc). Après avoir répondu avec une rare prudence aux autres questions qui lui furent faites, il refusa nettement quand on lui demanda d'apostasier. D'abord mis à la cangue et en prison, sa peine fut aggravée (5e mois, an 11) par l'exil dans la province de Tuyen Quang. Il se mit en route après quelque temps encore de chaîne et de cachot à la capitale. Peu de jours après y être arrivé, il est mort du choléra. Son corps est enterré non loin de là, près du nouveau marché de Than An.

    IV. — Chrétienté de Ba Nhoai.

    Le chrétien Thaddée Linh, âgé de 48 ans, soldat depuis 15 ans, mais ayant son congé, fut exilé à Don Than ; il reçut une fois 20 coups de rotin sans vouloir apostasier ; une autre fois, après avoir reçu le même nombre de coups, il fut garrotté pendant 20 jours. Affaibli outre mesure par ses souffrances, il tomba malade ; ce que voyant, on lui dit de retourner chez lui ; il y mourut le lendemain et y fut enterré. C'est le seul de la chrétienté qui ait succombé ; mais les catéchistes et les soldats ont souffert dans l'exil des tortures qui font frémir.

    V. — Chrétienté de Cao Xa.

    1. Le soldat Thomas Dieu, âgé de 50 ans, au service depuis 24 ans, invité à renier sa foi devant les tribunaux, refusa opiniâtrement. D'abord détenu à la capitale, puis livré pendant 18 mois aux insultes et à la garde des payens du voisinage, il fut derechef incarcéré après sa sentence d'exil, avec la chaîne et la cangue, pendant trois mois et demi. C'est alors qu'il partit pour la province de Bac Ninh, lieu de son bannissement. Là, au bout d'un an de chaîne, il fut remis au cachot qu'on lui avait épargné jusqu'alors, les mains liées derrière le dos pendant deux jours. On le délia ensuite pour le soumettre à un plus dur supplice. Couché sur le sol humide, il y fut retenu près d'un mois, au moyen d'un gros bambou qui lui passait sur la poitrine, et se fixait à deux autres plantés solidement de chaque côté et auxquels il avait les mains attachés. Il avait faim ; les gardiens de la prison lui fournirent par pitié quelques pincées de riz, assez pour l'empêcher de mourir. Débarrassé pour un temps de sa traverse, et les mains libres, il reprit un peu de forces ; mais bientôt on le remit dans son ancienne et cruelle position qu'il garda 5 mois entiers. Il faut dire cependant que deux fois par jour on l'en délivrait, afin qu'il pût manger sans le secours d'autrui. Après ces cinq mois de torture, il n'eut plus que sa chaîne à porter et les entraves à souffrir jour et nuit. Il put vivre de la sorte encore huit mois. A sa mort, les soldats enterrèrent son corps on ne sait en quel endroit.

    2. Le soldat Thaddée Giam, âgé de 39 ans, non marié, au service depuis 18 ans, refusa d'abjurer sa religion devant les tribunaux. D'abord détenu à la préfecture avec la cangue, puis confié pendant un an et demi à la garde d'un village payen proche de la capitale, il fut ensuite incarcéré de nouveau pendant trois mois et mis à la chaîne après sa sentence d'exil dans la province de Hung Yen. Au bout de 2 ans et demi d'affreux tourments en ce lieu, il y fut décapité pour la foi. On ne sait où son corps a été enterré.

    3. Le soldat Thomas Huan, âgé de 55 ans, non marié, au service depuis 20 ans, refusa d'apostasier, quoi qu'on pût faire pour l'y contraindre. Détenu d'abord à la préfecture, puis livré à un village payen pendant 1 an et demi, sur un nouveau refus d'apostasier, il dut partir pour l'exil à Hung Yen, après trois mois encore de prison à la capitale avec la chaîne au cou. Après 2 ans et demi de dur séjour au lieu de son exil, il eut la tête coupée, en haine de la religion. On n'a rien su touchant sa sépulture.

    VI. — Chrétienté de Liem Cong.

    Le soldat Joseph Loi, âgé dé 32 ans, non marié, après avoir passé par les mêmes épreuves, avec le même courage que les deux précédents, fut comme eux condamné à la chaîne et à l'exil dans la province de Hung Yen. Là, pour l'amener à l'apostasie, on lui brûla les cuisses et on lui fit subir d'autres supplices, si infâmes qu'on ne peut les indiquer. Il tint ferme néanmoins, mais ne put survivre à ses atroces souffrances. Un autre soldat de la même chrétienté, Ignace Truong, subit à peu près les mêmes horribles tourments, avec le même courage, dans la province de Thai Nguyen où il était exilé. On ne sait s'il en est mort, car jusqu'à ce jour on n'a pu avoir de lui, comme de beaucoup d'autres, aucune nouvelle.

    VIL — Chrétienté de An Do Do.

    1. Le chrétien Pierre Tuu, âgé de 22 ans, non marié, exilé à Den Do, et invité à renier sa foi, se garda bien de le faire. En conséquence il fut chargé do la cangue et retenu au cachot pendant deux mois ; il fut aussi six fois battu avec le rotin : la première fois de 40 coups, la seconde de 25 et les quatre autres ensemble environ de 100. Après cela, on le renvoya ; mais arrivé chez lui il mourut aussitôt, épuisé par la perte du sang qu'il avait répandu pour la foi avec une constance qui ne se démentit jamais.

    2. Le soldat Can, de Phu Oc, province de Quang Tri, dut, l'an 12 de Tu Duc, quitter la capitale où il se trouvait, pour être employé à l'extérieur et aux terrassements ou autres pénibles travaux, d'après l'ordre du roi, et en haine de la religion. Au bout de deux ans de ce dur métier, il fut mis à même par ses chefs d'abjurer la religion, et refusa tout semblant d'apostasie. Tiré de prison pour paraître au ministère des supplices (an 13 de Tu Duc), il refusa encore, malgré les tortures qui ne lui furent point épargnées. Sa sentence fut l'exil. En attendant le départ, il était à la chaîne, à la cangue et au cachot. Arrivé à Tuyen Quang, lieu de son bannissement, épuisé de fatigue, il est mort trois jours après. Son corps est enterré près du marché de Tan An, non loin de la capitale de la province.

    3. Le chrétien Philippe Co, âgé de 21 ans, non marié, fut arrêté pour la foi, détenu avec la cangue à la préfecture de province royale durant trois mois et demie. C'est là qu'il est mort, refusant toujours d'apostasier, et outre la cangue au cou, il avait encore les pieds aux ceps dans sa prison. Il est enterré près de la capitale.

    VIII. — Chrétienté de Loan Ly.

    La chrétienne Agathe Lai, exilée à Nha Thuong, reçut deux fois le rotin et fut mise aux entraves une demi-journée, sans qu'on pût la faire apostasier. Ce que voyant, on eut recours aux pinces rougies au feu. Si elle tint bien ferme, ce n'est pas certain ; mais ce qui est hors de doute, c'est que deux jours après, elle fut prise de maladie et mourut dans la maison de détention, sinon innocente, du moins repentante. Elle est enterrée à Phuong Xa.

    IX. — Chrétienté de An Binh.

    1. Le nommé Simon Doat, exilé à Chau Thi, fut chargé de la cangue et emprisonné pour Jésus-Christ. Comme on le garda ainsi sévèrement pendant longtemps, sans qu'il pût pourvoir à sa nourriture, il mourut de faim. Son corps est enterré au lieu de sa mort. Il avait un enfant de sept ans qui, exilé avec lui, mourut également de faim et fut enterré près de son père.

    2. La femme Anna Khac, exilée à Phuc Lam, fut battue de dix coups de rotin et n'apostasia point. Ordinairement malade, elle mourut de faiblesse un mois après, dans la maison de détention. Son unique enfant, âgé de 12 ans, qui l'avait suivie dans l'exil, la suivit dans sa tombe. Les deux corps sont enterrés au lieu de leur décès.

    NOTA. — J'omets de parler, dans quatre précédentes chrétientés, de plusieurs soldats qui ont beaucoup souffert, mais dont la mort est incertaine. On n'en a jamais eu de nouvelles depuis leur départ pour l'exil.

    X. — Chrétienté de Mai Xa Xa.

    1. Dans la province de Quang Tri, sous-préfecture de Minh Linh, canton de Thanh Mi, village et chrétienté de Mai Xa Xa, le nommé Dam raconte ce qui suit :

    « J'avais un frère cadet nommé Simon, soldat artilleur depuis la 1re année de Tu Duc. La 12e année du même roi, requis par les autorités du lieu où il se trouvait, de répudier notre sainte religion, il s'y refusa énergiquement. Il fut par suite renvoyé de son service, employé à tirer des pierres, à porter de la terre et à creuser les canaux. Le 2e mois de l'an 13, cité devant le ministre des supplices, il refusa de nouveau l'apostasie qu'on lui demandait. A cause de ce refus, il fut détenu à la préfecture, à la cangue et aux entraves, puis placé sous la surveillance des payens des environs. Le 8e mois, même année, il dut une seconde fois comparaître devant le ministre des supplices pour être marqué sur la joue des lettres infamantes. Le 12e jour du 3e mois de l'année suivante, le même ministre le fit mettre à la chaîne et conduire à la prison de la préfecture. Il n'en sortit que pour se rendre en exil, le 3e jour du 5e mois, dans la province de Bac Ninh où il parvint le 7e mois seulement, tout épuisé de fatigue. Il fut mis au cachot sans pouvoir sortir même un seul instant : en outre, la nuit, il avait les entraves aux pieds ; cela dura 20 mois. L'an 15 de Tu Duc, le mandarin tenta de le faire apostasier, sans pouvoir y réussir ; c'était le 3e jour du 3e mois. En punition de sa constance, Simon fut étroitement garrotté et obligé de se tenir dans une position douloureuse les jambes horriblement écartées ; pendant 15 jours, on ne lui donna presque rien à manger ni à boire. On lui enleva ses liens, on les remplaça par un bambou qui, en passant sur la poitrine, le fixait immobile sur le sol fétide. Ainsi couché sur le dos, s'il venait à remuer les mains, on les frappait ; si c'étaient les pieds, on frappait sur ses pieds ; s'il ouvrait la bouche pour se plaindre, on le bâillonnait sans pitié. Le 19e jour du 5e mois, il expira dans cette triste position, consumé par ses cruelles souffrances. Trois jours après, le mandarin donna ordre de lui brûler les tempes et la plante des pieds avec une torche enflammée. Comme il était bien mort, son corps fut emporté et enterré on ne sait juste en quel endroit ».

    Dans la même chrétienté, le nommé Da raconte ce qui suit : « J'avais depuis l'an 8 de Tu Duc un frère soldat artilleur, qui sommé une fois d'apostasier n'avait point voulu le faire. L'an 12 du même roi, il tint, dans une autre circonstance, la même conduite. Son châtiment fut d'être exclu de son service à la capitale, pour être employé à l'extérieur aux travaux de terrassements. Le 2e mois de l'an 13, il refusa une 3e fois d'abjurer sa religion devant le ministre des supplices. Par suite il fut chargé de la cangue et de la chaîne ; puis le mandarin le renvoya à la prison de la préfecture d'où il sortit pour être livré à la surveillance des payens du voisinage. Le 3e mois, il eut à comparaître de nouveau au ministère des supplices pour y être marqué sur la joue des lettres infamantes 1. Le 12e jour du 3e mois de l'année suivante, encore amené au ministère des supplices, il fut remis au préfet pour attendre sa sentence en prison, avec cangue et chaîne. Il partit le 3e jour du 5e mois pour se rendre en exil dans la province de Bac Ninh ; il y arriva seulement le 7e mois, bien fatigué. Là, il fut mis dans un obscur cachot, sans en sortir jamais, pour quoi que ce fût, et, de plus, les ceps aux pieds ; cela dura l'espace de 20 mois. L'an 15 de Tu Duc, le 3 du 3e mois, il refusa encore d'apostasier devant le préfet. Pour ce crime, il fut garrotté et forcé de se tenir debout sur un seul pied pendant 15 jours, qui furent aussi des jours de jeûne pour lui. Peu après, fixé à terre sur le dos par un bambou qui lui pressait la poitrine, il ne pouvait remuer ni mains ni pieds sans être brutalement frappé ; un bâillon lui tenait la bouche démesurément ouverte et l'empêchait de crier. On lui refusait presque tout aliment ; trois chrétiens, alors habitant la même prison, pourvurent suffisamment à sa nourriture, de sorte qu'il put vivre jusqu'au 15e jour du 8e mois. Il mourut en prison pour la foi ; son corps est enterré au même endroit. De tout ceci, André Da se porte garant et peut jurer au besoin ».

    1. Ta Dao, religion perverse.

    II. — Chrétienté de Mai Xa,

    Dans la même sous-préfecture, canton de Bay An, village et chrétienté de Mai Xa, le nommé Sy raconte ce qui suit :

    « Can, mon jeune frère, était soldat depuis la 7e année de Tu Duc ; l'an 11 du même roi, il refusa d'apostasier devant les tribunaux. En conséquence de sa fermeté, il fut condamné à la chaîne et à l'exil dans la province de Tuyen Quang (6e mois, même année) ; il était âgé de 35 ans. Depuis on n'en a jamais entendu parler ».

    1919/79-84
    79-84
    Vietnam
    1919
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