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Cochinchine orientale mort de Mgr Jeanningros

Cochinchine orientale mort de Mgr Jeanningros Mgr Jeanningros, le coadjuteur du Vicaire apostolique de la Cochinchine orientale, est mort à Saïgon le 21 mars dernier. Le récit de ses derniers jours est profondément édifiant. Le voici écrit par un de nos confrères: 20 mars, dimanche des Rameaux. Une syncope survient, indice d'affaiblissement... On craint que d'autres accidents du même genre ne se produisent, avec danger d'une mort rapide ; il est prudent de mettre le malade en face de la situation telle qu'elle se révèle.
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    Cochinchine orientale mort de Mgr Jeanningros

    Mgr Jeanningros, le coadjuteur du Vicaire apostolique de la Cochinchine orientale, est mort à Saïgon le 21 mars dernier. Le récit de ses derniers jours est profondément édifiant. Le voici écrit par un de nos confrères:
    20 mars, dimanche des Rameaux. Une syncope survient, indice d'affaiblissement... On craint que d'autres accidents du même genre ne se produisent, avec danger d'une mort rapide ; il est prudent de mettre le malade en face de la situation telle qu'elle se révèle.
    Le soir, vers 6 heures, on s'est réuni pour cela; les graves paroles sont dites. Très calme, franchement résigné, le malade répond : « Puisqu'on redoute des complications subites, il ne faut pas attendre, mais me donner de suite les derniers sacrements. Je suis prêt à faire toute la volonté de Dieu, sans faiblesse, sans aucun regret de la vie qui va finir, uniquement occupé de celle qui va commencer bientôt. Faites tout ce qui est à faire ».
    Immédiatement, en présence d'une dizaine de nos confrères et des religieuses, on commence l'impressionnante cérémonie.
    Il est 6 heures 1/4, la nuit tombe; la brise légère glisse dans I'air chaud sur l'assistance agenouillée, émue. Tous, avec le malade, répondent aux prières liturgiques. C'est la famille entourant le voyageur, lui disant les derniers mots du cur, avant le départ.
    A 6 heures 3/4 la cérémonie est terminée. Très oppressé, parlant aveç peine, le malade remercie les assistants et se recommande à leurs prières. Puis, sous la lumière voilée de la lampe, c'est le grand silence, coupé, de temps à autre, par quelques paroles du patient on de ceux qui veillent.
    21 mars, 3 heures. La faiblesse augmente; la respiration devient très difficile... Le malade est resté dans les mêmes dispositions intérieures ; abandon total; aucun retour vers les choses de la vie ; il est tout entier dans le présent et dans l'avenir; il accomplit une fonction... la dernière et toute son âme vibre dans cette ultime manifestation de sa volonté. Couché sur le côté droit, la tête haute sur l'oreiller et soutenue par la main droite, sans une plainte, il regarde le prêtre assis près du lit; il fixe sur lui des yeux aux paupières lourdes, aux regards anxieux.
    « Monseigneur, dit le prêtre, l'heure approche... »
    Les yeux agrandis restent fixés sur celui qui vient de parler... L'instant d'après, ils reprennent leur état mi-clos, tandis que, entre deux respirations difficiles, le malade répond : « Oui, l'heure approche... Deo... gracias ! »
    4 heures. « Comme c'est long » dit le mourant, avec ce regard spécial qui demande une réponse.
    « Oui, dit le prêtre, c'est long ; mais plus le sacrifice se prolonge, plus il est méritoire.
    Oui... oui... c'est cela » dit le mourant.
    4 heures 1/4. L'évêque et le prêtre se regardent...
    Le prêtre : « Encore deux heures, peut-être une heure, et vous verrez de vos yeux, clans la grande lumière, tout ce que vous avez cru, dans le demi-jour de la foi.
    L'évêque : « Oui... oui... c'est cela... Deo gracias! »
    Après quelques minutes, le mourant témoigne le désir de recevoir encore la Sainte Eucharistie.
    On la lui apporte... Les pauvres yeux soulèvent péniblement leurs paupières... un rayon passe dans le regard, illumine le pâle visage... Et voici le silence... le recueillement... quelques larmes, sans tristesse.
    5 heures. Le froid envahit le mourant... C'est la vie qui se retire.
    L'évêque regarde le prêtre, lui fait signe d'approcher. Le prêtre s'approche et quelques paroles sont échangées.
    5 heures 20. D'une voix de plus en plus faible, haletante, l'évêque dit au prêtre : « Quand... l'âme... est.... en paix... il y a... une... jouissance... à se... voir... mourir ».
    5 heures 25. Le mourant dit : Mes idées... me... quittent... Seigneur... ayez pitié...de moi ! »
    Ce sont les dernières paroles.
    L'instant d'après, la tête s'incline vers la droite jusqu'à la poitrine : quelques secousses ébranlent tout le corps... Après deux ou trois minutes, c'est l'immobilité totale des membres, des yeux, de la bouche.
    5 heures 35. Quelque chose passe, sur les traits du visage : un effort interne se manifeste.
    La Genèse dit : « Le Seigneur Dieu façonna l'homme avec le limon de la terre et souffla sur sa face l'esprit de Vie ».
    Dans ce corps d'homme qui va mourir, un effort se dessine très visiblement, c'est la Vie, l'âme, fille de Dieu, qui ne pouvant plus forcer les organes matériels à remplir leurs fonctions, va les abandonner pour remonter à Dieu, tandis que le limon transformé retournera lentement à la terre.
    5 heures 45. Le souffle est à peine perceptible... Soudain, les deux yeux s'ouvrent tout grands, se fixent dans le vide... le visage s'étire, tel un linge mouillé qu'on étend... Vers la poitrine une légère secousse se produit suivi d'un mouvement de détente...
    L'hôte est sorti... l'âme a rencontré Dieu. Il est 5 heures 45 minutes.
    21 mars, 2 heures 30. Le clergé, les séminaristes conduisent, au chant du Miserere, le corps du défunt qu'on dépose dans la chapelle du séminaire; pendant vingt-quatre heures, ce sera sa dernière garde devant l'au tel du Dieu q u'il a si bien servi.
    22 mars, 6 heures. En présence du corps, on chante une messe, suivie d'une première absoute.
    Après-midi, 4 heures 30. Le clergé, les séminaristes, les religieuses de Saint-Paul et des fidèles emplissent la chapelle mortuaire. On psalmodie les vêpres que l'on fait suivre d'une seconde absoute.
    5 heures. Le cortège prend la direction du cimetière d'Adran. Au long des routés, il ondule dans le tintement des clochettes des chevaux, dans le ronflement des automobiles parmi beaucoup de gens, très occupés par leurs affaires ou leurs plaisirs, et très insouciants du jour qui sera leur dernier.
    5 heures 45 Voici le champ du repos. Dans ce quadrilatère, enclos d'un mur trapu, reposent des hommes qui ne voulurent guère connaître de la vie physique que les renoncements et les fatigues dans l'espérance des biens éternels. Ce sont des compagnons d'armes que l'évêque va rejoindre.
    Tout à l'heure il sera là, comme eux, couché face au ciel, attendant la résurrection.
    On psalmodie le dernier psaume, aux derniers rayons du grand soleil de Dieu, Créateur auquel les oiseaux et les plantes disent la dernière prière du jour.
    Tout est consommé.

    Requiescat in pace. Amen!

    Mgr CONSTANT PHILOMEN JEANNINGROS était né le 21 août 1870 à Longechaux (Doubs). Il commença ses études chez un oncle paternel, curé de Combe la Motte, et les continua au petit séminaire de Notre Dame de Consolation, près d'Avoudrey. Après avoir fait deux années de philosophie à Vesoul 18881890, trois années de théologie à Besançon, il entra au mois d'octobre 1893 au Séminaire des Missions Etrangères, d'où il partit pour la mission de Cochinchine Orientale le 31 juillet 1895. Après avoir été vicaire pendant deux ans et demi, il devint professeur, puis supérieur du séminaire. Le 24 août 1911, il fut nommé évêque d'Havara et coadjuteur. Ceux qui l'ont connu et aimé conserveront toujours le souvenir de sa piété, de sa bonté calme et pleine de sagesse.

    1921/139-144
    139-144
    Vietnam
    1921
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