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Cochinchine orientale chez nos sauvages bahnars

Cochinchine orientale chez nos sauvages bahnars Par le P. M. Jannin, Missionnaire apostolique
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    Cochinchine orientale chez nos sauvages bahnars

    Par le P. M. Jannin,
    Missionnaire apostolique

    Vous connaissez sans doute par ouï-dire notre oeuvre du bienheureux Cuénot qui comprend notre collège de catéchistes sauvages, et t'association de ces catéchistes. Actuellement, cette oeuvre est comme la pierre angulaire de notre chère Mission hahnare; aussi je m'y donne corps et âme. Pour entretenir ces bien-aimés catéchistes dans la ferveur et exciter leur zèle, nous publions d'une manière assez intermittente une petite Revue, le « Hlabar Tobang ». Et, pour intéresser les lecteurs des Annales, j'ai pensé qu'il serait bon de traduire à leur intention la biographie d'un de nos catéchistes, qui justement vient de paraître dans le dernier numéro du « Hlabar Tobang ».
    Mais pour bien comprendre certains détails de cette biographie; je crois utile de vous narrer un peu l'histoire de notre Mission pendant ces dernières années. Le tableau ne va pas sans le cadre.
    Après les héroïques et très dures 50 années du début de la Mission sauvage (lisez donc : Les Sauvages Bahnars, par le P. Dourisboure), le bon Dieu voulut bien lui accorder une splendide période, où les villages se convertissaient par dizaines et par vingtaines ; en moins de 15 ans, le nombre de nos villages chrétiens de 5 à 6 passa à plus de 100. C'était trop beau! Il fallait bien que le diable vint avec son crible. Voici comment il s'y prit.
    Jusque vers 1907, tout l'hinterland de l'Annam, immense pays de montagnes et de forêts, peuplé de nombreuses tribus sauvages presque toujours en guerre les unes contre les autres, était ce qu'on appelle un pays libre ; non pas que la liberté y régnât en maîtresse, mais parce que, jusque-là, aucun gouvernement régulier ne s'était occupé de lui. Dans ce pays libre vivaient nos libres Bahnars, presque au centre géographique de la région. Ce fut à cette époque que le gouvernement de l'Indochine pensa sérieusement à s'occuper de nos sauvages.
    Dans cet immense pays il n'y a pas mieux comme agglomération que le centre de Kontum, fondé par les Missionnaires, et c'est là que le Gouvernement envoya son premier délégué. Naturellement, il venait pour inaugurer chez nos sauvages une ère de progrès; et non moins naturellement, il commença par établir la corvée et l'impôt, deux choses absolument ignorées de nos bons sauvages. Voyant ainsi le progrès s'avancer vers eux sous le costume de la corvée et de l'impôt, les habitants en furent grandement surpris et effrayés et se demandèrent s'ils ne devaient pas le chasser avec leurs lances et leurs arbalètes. Ajoutez que ce Délégué, Délégué très officiel du Gouvernement, était aussi le délégué officieux des Loges d'Indochine. Cette Mission des Sauvages qu'on assurait si florissante, ces « Etats du Pape », comme on disait dans la colonie, offusquaient les Loges. Elles résolurent, sinon de la perdre, du moins de la museler. Donc ces Loges ne furent pas pour rien dans le choix du Délégué, et elles le chargèrent de la besogne.

    Nous autres ici, quoique sauvages par vocation, nous restons Français dans l'âme ; aussi, quand nous vîmes arriver un représentant de la France pour en étendre l'influence sur tous ces pays, nous en fûmes vivement réjouis, et nous apportâmes notre concours et notre appui pour aider à l'installation du Délégué, et pour aplanir les difficultés du début. D'ailleurs, nous ignorions les projets perfides de ce Monsieur.
    Une fois installé dans sa nouvelle capitale, à Kontum, depuis bien longtemps le centre de notre chère Mission, il commença à nous montrer le bout de l'oreille, et nous déclara tout net qu'il voulait gouverner avec la canaille (sic). De fait, voyant qu'il ne pouvait rien par lui-même, il se fit un entourage approprié, nomma des fonctionnaires sauvages : sous-préfets, chefs de canton, etc. ; naturellement il choisit tout ce qu'il y avait de moins bon dans le pays, pourvu que les gens nous fussent hostiles, il était content.
    Cela fait, il fit répandre dans toutes les tribus l'assurance que, lui étant là, personne ne pouvait servir deux maîtres, « le Kuan » comme on l'appelait, et le bon Dieu ; que les faveurs du Kuan étaient bien plus appréciables que celles du bon Dieu, etc., etc. Alors dans nos populations sauvages, ce fut un premier effarement, d'ailleurs assez concevable. L'eau était bien troublée, le diable pouvait y pêcher à son aise. Et pour mieux faire mordre l'hameçon, le malin qui sait bien que nos bons sauvages ne sont que de grands enfants, à qui on fait peur avec croquemitaine, monta une affaire enfantine mais pas banale.
    Quelques années, auparavant, pour maîtriser et arrêter les terribles sauvages Sedangs dans leurs incursions et pillages, un poste de milice avait été fondé sur le fleuve Poko à l'embouchure de la rivière Poxi. Or, en 1908, à cause d'un soulèvement populaire en Annam, notre Délégué, craignant beaucoup qu'il en fût de même à Kontum, prit ses précautions et ordonna au chef de poste d'amener ses miliciens pour la défense éventuelle de Kontum. Or ce chef de poste, le garde principal Varney, avait apprivoisé Une fouine. Quand le poste fut évacué, la fouine y resta, mais reprit bientôt le chemin de la forêt. Environ un mois plus tard un sauvage de Kon Horing la rencontra; la bête ne se sauva pas, ce qui surprit fort notre homme : « C'est singulier », dit-il. Puis l'examinant de plus près : « Elle a une corde autour du corps ! C'est plus extraordinaire ! » Enfin la fouine le suivant comme un toutou : « Pour le coup, c'est trop fort », s'écria-t-il. Prenant l'animal, il l'examina de plus près et conclut 'que la cordelette qui l'entourait étant d'une matière qu'il n'avait jamais vue, que c'étaient les Esprits qui la lui avaient donnée comme langouti et que la fouine était un envoyé de ces mêmes esprits.
    Voilà l'imagination de ce pauvre sauvage qui travaille. La bête est amenée au village. Là, elle n'éprouve aucune crainte : elle va de maison en maison, y prend ce qui lui plaît, riz ou bananes, maïs ou patates ; elle mange de tout. La nuit suivante, le sauvage fait un beau rêve ; il voit des montagnes de riz qui seront à lui, s'il a un culte pour l'envoyé do Esprits. A son réveil son parti est pris, il adorera et fera adorer sa fouine. La renommée aux cent bouches annonce la chose à tout le pays...
    Non loin de là est la résidence d'un missionnaire, notre bon doyen d'âge, le vénéré P. Irigoyen. Cette vilaine fouine ne s'avise-t-elle pas d'aller le voir aussi ; bien mieux, d'aller dans sa chambre. Que fait le Père ? Il prend la seule arme qu'il a chez lui, un Flobert pour amuser les enfants ; vite il le charge avec une amorce qui date bien de vingt ans et fait feu. Le coup part; mais la halle reste dans le canon et la fouine ne s'en porte pas plus mal. Trois jours après, toute la région savait que le Père avait été impuissant contre la fouine des dieux, ces derniers ayant arrêté la balle en route. Et les langues de marcher ! Et les esprits de s'échauffer ! On sacrifia à la bête un boeuf de Kon Horing. Les fables les plus invraisemblables commencèrent à courir sur la puissance magique du petit animal ; tout le mondé voulut le voir, tout le monde voulut l'adorer. Son propriétaire qui était un malin se dit : « Voilà ma fortune faite, allons-y ! » De tous côtés, les invitations pleuvaient, et notre barnum en langouti paraît avec sa fouine. Quelle ripaille! Partout les sacrifices de boeufs et de cochons se multipliaient, et nos naïfs sauvages ne regrettaient rien des grosses dépenses que cela leur occasionnait. Quant à notre barnum, il prenait sa grande part de ces menus abondants à rendre jaloux Gargantua lui-même. Nos pauvres chrétiens, du moins ceux de la tribu Rongao qui ont l'esprit assez léger, eurent le malheur de croire ces inepties ; ils sacrifièrent à la fouine et abandonnèrent la religion. Nous comptâmes ainsi une vingtaine de villages qui en quittèrent les pratiques.
    Après la grotesque cérémonie de l'adoration du divin animal, nos pauvres sauvages se cotisaient pour acheter un porc; puis ils le portaient à la Délégation, où, après de nouvelles festoyades, le Délégué leur délivrait un certificat officiel d'apostasie. Quant à tous nos autres chrétiens des tribus Sedangs, Yolongs, etc., ils résistèrent à toutes les sollicitations. Mais même limitée ainsi, cette défection de nos si aimés chrétiens nous fut à nous, leurs pères dans la foi, un terrible crève-coeur !
    Grâce à Dieu, ces temps sont déjà loin, la divine fouine fut empoisonnée prosaïquement par un Annamite.
    Quant au Délégué, il s'est pendu au sous-sol de son habitation. Depuis lors, nos pauvres égarés d'un moment sont revenus au bercail; actuellement nous ne comptons plus guère que trois ou quatre villages qui hésitent encore.
    Kon-Robang, le village de notre catéchisme Bobu, est un village rongao qui s'était converti en 1896; il a « prié» selon l'expression de nos sauvages; car dans leur langage prier et suivre la religion c'est la même chose; un homme qui prie, bongai khop, c'est un chrétien.
    Malheureusement, Kon Robang n'a pu dès le commencement être bien instruit de notre sainte religion. C'est peut-être pour lui, devant Dieu, une circonstance atténuante de sa chute.
    Mais le bon Dieu avait placé lé remède à Côté du mal. Avant cette époque, le supérieur de notre mission des sauvages, le P. Vialleton, avait mis à exécution un projet, que tous caressaient depuis longtemps ; une école de catéchistes. Elle fut fondée en 1906 et en 1909 placée sous le patronage du Bienheureux Cuénot. Le Sacré-cur nous aime bien, car il a aplani toutes les difficultés; et maintenant l'oeuvre est devenue un tel rouage dans l'organisation et la marche de notre mission, que si elle s'arrêtait, il est à craindre que tout s'arrêterait. Elle se compose, je l'ai dit en commençant, de l'école et de l'association des catéchistes; avec un règlement adapté à leur genre de vie, un supérieur, une revue. De temps en temps, nos fonds sont insuffisants, et c'est ce qui nous arrive en ce moment. Nous espérons que la Providence inspirera à une âme généreuse la pensée de nous aider.
    Pour bien montrer de quelle utilité est un catéchiste sauvage, je vais raconter la vie de l'un d'eux, Paul Bobu, que Dieu a récemment appelé à lui.


    Paul Bobu, catéchiste de 2e classe, à Kon-Robang.

    Ce fut le P. Trinh qui autrefois baptisa Bobu tout nouvellement marié. Un peu plus tard, quand le P. Alberty envoya à Kon-Robang un Annamite nommé Chu Qui pour y enseigner la religion, ce dernier assurait : « Seul, Bobu a vraiment le don de la foi, la foi comme les Annamites ». Le P. Alberty nomma bientôt Bobu aux fonctions de « bien » (dignitaire chrétien), et Bobu mit tout son zèle à appeler les chrétiens à la prière et au catéchisme.
    En l'année 1900 lorsque le diable tenta si fort les Bahmars, les Rougao eurent les idées bouleversées ; tous abandonnèrent la prière, sauf Bobu qui ne voulut pas briser et se tint sur la réserve, ne disant rien. Malheureusement survint l'histoire de la fouine, et... Bobu tomba dans le piège comme les autres... Les habitants du village vinrent un jour le trouver : « Sais-tu que le « Grand Esprit » est arrivé parmi nous ? Qu'en savez-vous, leur dit Bobu ? Cela est certain, répliquèrent ils » Et ils racontèrent ce qu'ils savaient de la fouine, ajoutant que Nhet, du village de Kon Horing, en était le gardien et qu'il convenait qu'au nom de tout le village de Kon Robang, Robu allât le trouver et le supplier de la lui confier pour quelques jours. La foi de Bobu et son esprit furent ébranlés par ces récits, et il consentit à se rendre à Kon Horing d'où il ramena Nhet et sa fouine. Alors ce fut dans toutes les maisons du village une immolation ininterrompue de cochons et de poules en l'honneur de l'animal sacré et, de ce jour, nombre de néophytes et de chrétiens abandonnèrent la religion chrétienne.

    La fête de Noël arriva ; cette nuit-là, que Bobu était à la rivière pêchant à l'épervier, il entendit les chrétiens fidèles tirer des pétards et des coups de fusil en l'honneur de Jésus. En même temps, il vit dans le ciel une longue traînée de feu au-dessus de Koutum ; cette lumière brilla longtemps, puis il entendit comme un grand bruit venant d'en haut. C'en fut assez pour changer son coeur et le ramener au bon Dieu. Il reconnut son péché, en eut une sincère contrition, et revint à la religion avec toute sa famille, mais sans pouvoir entraîner à sa suite les chefs du village qui persistèrent à ne plus vouloir prier, méprisèrent Bobu et ne lui témoignèrent que de la haine. Supportant tout avec patience, le chrétien continua d'enseigner la religion et d'exciter tous ceux du village à revenir au bon Dieu.
    Afin d'enseigner efficacement, pensa-t-il, il faut que moi-même j'étudie. Mais comme il ne pouvait entrer au collège puisqu'il avait femme et enfants, il résolut d'essayer seul « à savoir ce que dit le papier » (savoir lire et écrire). Son frère Krong suivit son exemple et tous deux reçurent quelque temps après des leçons des catéchistes Jem et Nhop qui sortaient du collège. Bobu, malgré les difficultés qu'il y rencontra apprit donc à lire et à écrire; à partir de ce moment il comprit mieux les choses de Dieu ; la lecture fut pour lui une consolation.
    Après avoir appris à lire, il voulut apprendre à chanter ; il réussit, et devint un catéchiste si zélé qu'il enseignait non seulement tous ceux qui venaient le trouver, mais encore ceux qu'il rencontrait sur les routes. II allait même dans les villages des environs ; et c'est ainsi qu'il ramena à Dieu les habitants de Kon Jorixut et de Kon-Hngo.
    Les Pères ayant établi l'Association des catéchistes bahnars, Bobu se fit une joie d'y entrer ; chaque année il se joignait aux autres catéchistes pour la retraite ; aussi, en janvier 1916, reçut-il le titre « poxoram », et fut il, promu catéchiste de 2e classe.
    La petite chapelle de son village, eut besoin de réparations; Bobu les fit, elles suffirent jusqu'en 1903. Cette année-là, Mgr Jeanningros, le regretté coadjuteur de notre évêque, étant venu dans nos montagnes, les habitants de Kon-Robang, sur les instances de Bobu, reprirent leurs pratiques religieuses et construisirent une nouvelle chapelle. Hélas, à peine l'évêque se fut-il éloigné que les pauvres gens retournèrent au paganisme ; leur chapelle tomba en ruines et Bobu emporta dans la maison commune du village l'autel et la statue du Sacré-Coeur.
    Quelque temps après, le délégué du gouvernement en tournée d'inspection vint à Kon-Robang, Voyant ces deux objets : « Jetez tout cela dehors », commanda-t-il. Les sauvages obéirent.
    Indigné d'une telle action, Bobu prit l'autel et la statue, et avec dévotion leur donna asile dans sa case.
    Le collège des catéchistes avait tout son amour et son dévouement ; il y fit entrer ses deux fils et plusieurs enfants du village, espérant par là obtenir plus facilement la conversion des parents. Souvent, il achetait du riz pour nourrir les élèves, et allait lui-même le chercher. En un mot, Bobu était vraiment un saint homme; il aimait le bon Dieu et s'efforçait de le faire aimer : « O Dieu ! disait-il, je veux vivre toujours pour vous ; à l'avenir et toujours, gardez-moi ! Protégez-moi ! Donnez-moi de faire chaque jour votre volonté ». Et ailleurs :
    « Je voudrais avoir un coeur comme celui des Pères ; je ne veux suivre que l'esprit de Dieu. J'ai entendu Dieu me dire : « Si tu veux aimer les richesses de cette terre, c'est comme si tu désirais les feuilles sèches de la forêt ». Alors, je ne veux songer qu'au ciel ».
    Et cependant plus d'une fois, les habitants de Kon-Robang essayèrent de L'entraîner aux pratiques païennes ; mais il ne se laissait plus prendre au piège et redoublait de ferveur pour obtenir la conversion de ses concitoyens. Pour réussir dans ses efforts, il agit d'abord sur les enfants et y mit toute son ardeur. Voici quelques passages des lettres qu'il adressait à des missionnaires : « J'enseigne les enfants tous les soirs, ils montent dans ma case et y passent la nuit. Nous récitons lis prières en chantonnant comme les enfants du collège... Combien je remercie Je bon Dieu qui nous prend en pitié ! Voilà trois mois que j'instruis les petits enfants et maintenant notre village commence à aimer un peu le bon Dieu ! »
    Un autre jour : « O Père! Je viens de conduire à confesse pour la première fois 30 de nos enfants; 12 autres sauront se confesser bientôt.
    ..... J'ai passé mes 44 petits élèves à mon fils Pem, nouveau catéchiste; il les enseignera, tandis que je m'occuperai des grands jeunes gens à la maison commune; car jusqu'ici, personne ne s'est occupé d'eux, ils ne sont pas commodes; mais je veux essayer, et, avec la grâce du bon Dieu, peut-être réussirai-je. Ah! Que je voudrais que tout mon village soit enfin revenu à la religion du bon Dieu ».
    En 1906, les prières de Bobu commencèrent à être exaucées : six familles de Kon Robang revinrent à la foi, justement celles des élèves que Bobu avait fait entrer au Collège. La joie du catéchiste fut vive. Il redoubla de ferveur, et l'année suivante, le Père comptait 11 familles chrétiennes au village. Enfin, en 1918, ce fut la conversion en bloc, tous redevinrent chrétiens; et Bobu, plein de joie, s'écrie : « Merci mon Dieu!... Voilà que vous avez ramené à vous tout ce village; Merci ! Que j'en suis heureux ! »
    L'oeuvre confiée par le bon Dieu à Bobu, était achevée... Il continua cependant son enseignement; mais bientôt ses forces diminuèrent, la maladie survint avec de grandes souffrances. Il resta alité et ne put assister à la retraite des catéchistes ; il se soumit à la volonté de Dieu.
    Pendant le mois du Sacré-cur, le P. Bonnal, le trouvant plus mal lui administra les derniers sacrements; il lui renouvela cette grâce au mois de juillet. Enfin le bon Dieu l'appela à lui..... « Notre Catéchiste Paul Bobu vient de mourir nous écrivit le catéchiste Jean; il a rendu le dernier soupir à 9 heures du soir, il a pu alors commencer de converser avec le bon Dieu qui l'a jugé. Nous lui avons fait un magnifique lit funèbre; nous avons récité quatre fois nos prières pour aider son âme ».
    Lorsque l'âme de Bobu a paru devant Dieu, espérons qu'il a entendu cette parole consolante : « O âme de Bobu! Viens recevoir la récompense de tes travaux et de ton amour pour moi! »



    A nnam.

    Pendant son voyage en France, l'Empereur d'Annam était accompagné d'un de ses ministres, excellent catholique, descendant du bienheureux martyr Antoine Quinh-Nam.
    Avant de quitter l'Europe, le Ministre a voulu réaliser le plus cher désir de sa vie en accomplissant un pèlerinage à Rome. Il l'a fait accompagné du P. Léculier, le représentant au séminaire des missions de Cochinchine et du Cambodge.
    Reçu en audience privée par Sa Sainteté, le Ministre exprima « au Chef Suprême de la haute Religion à laquelle un million d'Annamites se sont convertis, l'hommage de la respectueuse vénération de l'Empereur son maître »...
    Dans un entretien qui dura 25 minutes, ce grand chrétien, sut trouver, pour parler du passé glorieux de l'Eglise d'Annam, de son florissant présent et de ses belles espérances, des expressions pleines de foi, qui allèrent au coeur du Saint-père,
    A la fin de l'audience, le Pape voulut remettre lui-même au Ministre le grand cordon de Saint Sylvestre et, appuyant longuement ses mains sur la tête du pieux pèlerin, le bénit très paternellement, lui, sa famille, et tous ceux qu'il représentait.
    Passant chez le Cardinal secrétaire d'Etat, à qui il conféra la plaque de grand officier du Dragon d'Annam, le Ministre s'entretint quelque temps avec Son Eminence, et fut, suivant le rite observé pour la visite des grands personnages, conduit à Saint-pierre, où il s'agenouilla et pria devant l'autel de la Confession.
    Désireux de voir les étudiants annamites du Séminaire de la Propagande, le Ministre se rendit à leur maison de campagne de Castel Gandolfo, où le conduisit le secrétaire de la Propagande, Mgr Fumasoni-Biondi. Là, il remit à ses jeunes compatriotes la photographie encadrée d'argent ciselé que S. M. l'Empereur leur envoyait en réponse au télégramme par lequel, dès son arrivée en France, ils lui avaient, en fidèles sujets, exprimé leurs hommages pleins de respect.
    Après lecture par l'un d'eux d'une adresse en langue annamite, et réponse du Ministre, ce dernier conféra des décorations à Mgr Fumasoni-Biondi, à Mgr le Recteur du Collège et à Mgr Borgongini-Duca. Il remit à ses compatriotes, comme cadeau de passage, une somme importante, et regagna Rome pour y reprendre le rapide qui devait l'emmener à Marseille.

    Tonkin occidental.

    Les fêtes données à Hanoi à l'occasion de l'armistice ont surpassé en éclat toutes les cérémonies commémoratives célébrées jusqu'ici.
    Pendant la revue les avions et hydravions évoluèrent dans les airs de concert avec deux avions, montés par des officiers siamois, venus témoigner la sympathie de leur pays pour la France. Mgr Gendreau, accompagné du P. Drouet, était à la tribune officielle. Le public nombreux assista ensuite au magnifique défilé de nos troupes, des canons, des chars d'assaut, le tout marchant et se mouvant dans un alignement impeccable. A 6 h. 3/4 du soir, une autre cérémonie bien à sa place en ce jour anniversaire, eut lieu à la cathédrale de Hanoi. De nombreuses autorités civiles et militaires et une foule de fidèles s'y rendirent, dès que les cloches, sonnant à toute volée, l'eurent annoncée. Mgr Gendreau présida le salut solennel pendant lequel les maîtrises chantèrent le Te Deum.

    Japon.
    Le 30 octobre, on a célébré dans toutes les écoles du Japon, depuis l'Université Impériale de Tokyo, où le Prince Régent en personne a lu une Adresse impériale, jusqu'à la dernière des écoles primaires, le cinquantième anniversaire de l'inauguration du système moderne d'éducation au Japon.
    Nous notons parmi les remarques faites à ce sujet par un des journaux de la capitale, le Kokumin-Shimbun, que l'organisation du système scolaire japonais fut d'abord calquée sur le système en vigueur en France à cette époque, que les livres classiques furent alors pour la plupart des traductions des manuels scolaires européens. « C'est ainsi, dit le journal, qu'on lisait en tête de l'introduction à l'Instruction élémentaire des phrases comme celle-ci : Dieu est le maître et la Providence du monde; l'homme est le chef spirituel de tous les êtres... Les livres de morale, comme le Guide pour encourager à la vertu, étaient inspirés de la morale chrétienne des livres ana- logues adoptés en France ».
    Depuis lors des réformes ont été faites.
    Parmi ces réformes, la plus importante pour les écoles japonaises fut un enseignement moral basé sur le Rescrit Impérial, qui, signé de l'empereur Meiji, le 30 octobre 1890, proclame, au nom des Ancêtres Impériaux, les devoirs à remplir par tous les citoyens de l'Empire japonais.
    Le 31 octobre, jour où l'on fêtait publiquement l'anniversaire de la naissance de l'Empereur actuel (né le 31 août 1879), ce rescrit a été lu, comme de coutume, dans toutes lés écoles du Japon.
    Nous avons entendu le bref commentaire qui en fut fait par le directeur d'une des grandes écoles primaires de Yokohama. Il peut se résumer ainsi :
    « C'est grâce à la loyauté des sujets japonais envers leur Empereur que notre pays à remporté de 'glorieuses victoires dans les deux guerres sino-japonaise et russo-japonaise, et qu'il a réalisé des progrès remarquables dans son industrie et son commerce. Mais il est à regretter que les industriels et les commerçants japonais se soient trop souvent discrédités à l'étranger par leur mauvaise foi et la mauvaise qualité de leurs produits. Il y a là un danger sérieux pour l'honneur et la prospérité de l'Empire. Il importe souverainement que la loyauté patriotique des citoyens japonais ne se traduise pas seulement par le sacrifice de leur vie en temps de guerre, mais encore sur les champs de bataille où s'exerce la concurrence mondiale en temps de paix, par le travail consciencieux et la probité commerciale »...

    Mandchourie méridionale,

    Le 31 octobre, la Mission catholique était invitée à la brillante réception du Consulat japonais en l'honneur de l'anniversaire de la naissance de l'Empereur. Entre temps, à Dairen (Dalny), les autorités japonaises accordaient à la Mission un appréciable agrandissement du terrain déjà concédé.
    Les constructions y sont commencées par la résidence du missionnaire, qui servira aussi de chapelle en attendant une église.
    La visite que vient de faire le P. Poyaud aux chrétiens japonais échelonnés sur le Sud Mandchourien, a prouvé qu'il y aurait là de quoi occuper un missionnaire parlant la langue japonaise.
    « Incalculable est, en Chine, le nombre des gens qui souffrent de maladies connues, pouvant être traitées par des docteurs d'une instruction médicale tout ordinaire ». Cette opinion du Dr Ferguson est depuis longtemps celle des Japonais en Mandchourie. Aussi, ont-ils installés à Moukden, une école de médecine ouverte aux Chinois.
    Cette école est devenue si prospère et fréquentée par un si grand nombre d'élèves qu'il a fallu construire de nouveaux bâtiments.
    Ces constructions sont fort vastes et très belles.
    L'inauguration en a été faite le 1er octobre dernier. Plus de 400 invités, Européens, Japonais, Chinois assistaient à la cérémonie.
    Le maréchal Tchang Tso Lin félicita l'école de ses succès et la remercia des services rendus à la province. Les invités entendirent ensuite plusieurs discours, dont l'un du Dr Miura, professeur à l'université de Tokyo, qui se montra particulièrement aimable pour le représentant de la mission catholique.

    1923/59-71
    59-71
    Vietnam
    1923
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