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Cochinchine Occidentale et Cambodge

ANNALES DE LA SOCIÉTÉ DES M1SSIONS-ETRANGÈRES SOMMAIRE
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    ANNALES
    DE LA SOCIÉTÉ

    DES

    M1SSIONS-ETRANGÈRES

    SOMMAIRE

    Cochinchine Occidentale et Cambodge : TYPHON. — Thibet : EXPÉDITION EN PAYS INCONNU, par M. Genestier. — Cochinchine Orientale : LES SAUVAGES DE KON-SEUNGLOK, par M. Guerlach. — LA PROVINCE DU KOUY-TCHEOU. — Maissour : UN CONGRÈS EUCHARISTIQUE A. BANGALORE. Kouang-si : UNE RÉVOLUTION DANS L'APOSTOLAT DES TOU-JEN, par M. H. Maurice. — Le Japon : ETUDE ÉCONOMIQUE. — Yun-nan : TRAVAUX A OU-TSE-TCHONG, par M. de Gorostarzu. — NOUVELLES DIVERSES : Tonkin occidental ; Japon.

    Gravures : Femme thibétaine. — Types thibétains. — Dans la forêt. — Village du Kouy-tcheou. — Paysage. — Arc de triomphe.

    Cochinchine Occidentale

    et Cambodge

    Nous extrayons du Rapport, lu le 16 mai au conseil colonial de la Cochinchine, les détails suivants, sur l'ouragan du 1er mai, qui a causé de si grands ravages dans la colonie et dans les missions de Cochinchine Occidentale et du Cambodge.

    Les différentes régions de la Cochinchine ont été très inégalement éprouvées par le typhon ; le centre semble avoir été à My-tho et les dégâts diminuent à mesure que l'on s'éloigne de cette ville ; sensibles encore au-delà du Ba-lai et du Ham-uong, ils sont faibles au-delà du Col-kiên et nuls au-delà du Bassac ; les parties côtières des provinces atteintes ont été plus éprouvées encore que l'intérieur, le typhon s'y étant compliqué d'un raz de marée.

    SEPTEMBRE-OCTOBRE 1904. — N° 41

    Province de M-tho.

    Le typhon a causé à My-tho-ville et dans tous les villages de la province des pertes douloureuses et considérables.
    A 2 heures de l'après-midi, le vent, accompagné de pluie, qui soufflait depuis le matin, augmenta tout à coup de violence et progressivement atteignit une intensité jusqu'à ce jour inconnue dans la région.
    Vers quatre heures les chutes d'arbres el les bris de toiture commencèrent. Sur le conseil de l'administrateur, le chef de gare renonça à faire partir le train de 4 h. 20 ; la tempête redoublait ; un arbre obstruait la voie au sortir de la gare, les maisons situées en face de la gare s'écroulaient.
    A 5 heures, il y eut une brusque détente et l'on put croire un instant que tout était terminé ; mais, vers 6 heures, le vent qui, depuis le matin soufflait du Nord-Est, passa au Nord, puis à l'Ouest et au Sud-Ouest en augmentant progressivement de violence jusqu'à dépasser l'intensité qu'il avait atteinte pendant la première phase. Vers 9 heures et demie ou 10 heures du soir, le vent tomba et l'on put commencer à se rendre compte des dégâts causés par l'ouragan.
    Des noyés en nombre considérable, presque toutes les barques qui se trouvaient dans le fleuve ou dans les arroyos, les chaloupes à vapeur elles-mêmes coulées ou jetées à la côte ; toutes les habitations en paillotes complètement détruites, toutes les maisons en maçonnerie très sérieusement endommagées, portes et fenêtres arrachées ou enfoncées, toitures éventrées, la plupart des arbres déracinés, les poteaux télégraphiques renversés ainsi que les pylones métalliques, tel était le spectacle qui s'offrait partout aux regards.
    A dix heures, au moment où l'accalmie se produisait enfin, un pavillon de l'hôpital indigène s'effondra, ensevelissant neuf malades ; avec l'aide du docteur Marzin, des gendarmes, des miliciens et des tirailleurs, on put retirer encore vivants six de ces malheureux. A quatre heures et demie, les gendarmes avaient déjà sauvé un enfant infirme enseveli sous les décombres d'une maison. Enfin, un Européen, M. Moine, a été grièvement blessé à la cuisse par une plaque de zinc arrachée d'un auvent.
    Dans l'intérieur de la province, les dégâts ont été considérables. Dans tous les cantons, les maisons communes, les pagodes1, les paillotes ont été détruites. Beaucoup d'animaux ont été noyés, les récoltes en magasins ont été ou perdues ou gravement détériorées. Enfin, l'on signale de nombreux décès d'indigènes, dont le nombre n'a pas encore pu être fixé exactement. Les cantons de Hoa-quoi et de Hoa-thinh, qui sont sur le bord de la mer, ont été plus éprouvés que les autres par suite des dégâts causés par un raz de marée de plus de un mètre. Le vapeur « Pélican » s'est échoué, le Pluvier « et le « Flamand » ont été portés sur la berge. Deux chaloupes chinoises, le Pack-Lée « et le » Yen-Lée « ont coulé dans l'arroyo de la Poste, une troisième chaloupe chinoise a sombré à Cai-thia ; une drague et la chaloupe de la société des Dragages ont également coulé.

    1. Nous remarquons que le rédacteur de ce rapport ne parle pas des églises qui cependant ont été bien éprouvées.

    En résumé, dans la ville, il y a eu 14 décès, dans l'intérieur 34, mais, dans ces chiffres ne sont pas compris les Annamites qui se trouvaient en jonque ou en sampan et dont les cadavres sont charriés par le fleuve. Devant My-tho on a signalé six grandes jonques chargées de paddy disparues, et dans l'arroyo de la Poste il ne restait plus un seul sampan.
    La léproserie de Cu-lao-rong a particulièrement souffert. Toutes les cases de lépreux ont été détruites et leurs charpentes en fer irrémédiablement tordues. Les toitures des logements des soeurs et de l'agent administratif ont été fortement endommagées, celles de la pharmacie et des cuisines sont presque totalement enlevées. Il ne reste du logement du secrétaire que le pilotis qui le supportait. La destruction du magasin a entraîné la perte d'une grande partie du matériel. La pharmacie a subi de grands dégâts ; les médicaments sont pour la plupart avariés. La crue des eaux a encore ajouté aux ravages causés par la violence du vent ; le stock de bois et de bambous a été soulevé et dispersé. Les malades ayant pu se mettre à l'abri dans les logements en maçonnerie, deux d'entre eux seulement ont été emportés par la crue.
    Quant au chemin de fer, traversant la région la plus éprouvée parle typhon, il a beaucoup souffert. Toutes les gares ont été gravement endommagées, celle de Binh-anh et de Tân-hiep se sont écroulées. Le 3, la ligne a été complètement dégagée et le 5 le service a repris normalement.

    Etablissement du Cap Saint-Jacques.

    Le vent commença à souffler avec violence vers onze heures, atteignit son maximum d'intensité vers midi et ne se calma qu'à 4 h. 1 /2 ; il soufflait de l'Est. La mer était démontée ; toutes les jonques (environ 40) qui se trouvaient dans la baie des Cocotiers ont été englouties. Le « Pascal » chassa sur ses ancres et fut, pendant un instant, dans une situation très critique. Son commandant vit défiler successivement, le long du bord, de nombreuses jonques dont le sort ne pouvait être douteux, mais la tempête soufflait avec une telle violence et la mer était si grosse qu'il n'était, pas humainement possible d'amener une embarcation. Le « Bugeaud » laissa filer sa chaîne et prit la mer. Vers trois heures, les gros arbres de l'Inspection furent arrachés ; l'un d'eux, en tombant, écrasa les dépendances de l'Inspection. Les tôles qui formaient la toiture du Sanatorium furent emportées, quelques-unes très loin. A 4 h. 1/2 le vent tourna au Sud ; à 5 heures la pluie se mit à tomber avec abondance. Le quai Lanessan avait été emporté depuis la maison occupée par le directeur du Sanatorium jusqu'à la villa Blanche ; l'accès de la route de la Corniche était devenu impossible ; la route du littoral est emportée sur une longueur de 2.800 mètres. La villa Blanche et la villa Germaine ont subi de gros dégâts, ainsi que celle de M. Gigon-Papin et l'habitation du pilote Perchel. Les bâtiments en paillotes du lazaret de Ganh-Ray n'existent plus ; le nouveau camp des tirailleurs a beaucoup souffert ; l'Hôtel Ollivier n'a plus de toiture, le troisième étage s'est effondré. Aux casernes, à l'Inspection, au Télégraphe, peu ou pas de dégâts. Les pilotes ont perdu leur ponton, une goelette et trois embarcations.
    Dans les villages indigènes, les paillotes ont été démolies, les plantations ravagées, la plupart des pêcheries détruites. Le nombre des indigènes disparus s'élève à environ 70 ; 32 cadavres ont déjà été retrouvées. Un soldat d'infanterie coloniale a trouvé la mort en cherchant à sauver des Annamites qui se noyaient.

    Province de Go-cong.

    Le canton de Hoa-lac-ha, où se trouve le chef-lieu, a été très éprouvé. Trois villages (Tân-thanh, Kiên-phuoc, Tân-binh-diên) situés sur le bord de la mer ont été complètement dévastés, la mer a tout envahi et tout enlevé, les maisons et la plupart des habitants ont disparu. Dans les autres villages, les maisons communes, les pagodes, les écoles ont été démolies ou découvertes ; le paddy emmagasiné a été emporté par les eaux ; les citernes ont été envahies par l'eau salée ; à Bên-chua, l'appontement des travaux publics a été enlevé. Au chef-lieu, la plupart des paillotes ont été démolies. Les toitures des maisons en briques ont été très éprouvées. Dans les autres cantons (à l'exception de celui de Hoà-dông-thuong qui, protégé sans doute par sa situation, a été peu éprouvé) les dégâts, bien que moins graves, sont encore considérables, la plupart des paillotes ont été renversées ou découvertes, le paddy enlevé, le bétail décimé. Enfin, il est à craindre que les rizières, envahies par l'eau saumâtre, ne donnent, pendant quelques années, qu'un rendement médiocre. D'après les renseignements recueillis par l'Administrateur, il y aurait 2.400 victimes environ. Quant à l'importance des dégâts, on ne peut encore l'évaluer même approximativement.

    Provjnce de Ba-ria.

    A Ba-ria, dans L'intérieur de la province, aucun accident de personne n'est à déplorer. Le vent, qui soufflait avec violence, a causé l'effondrement de quelques cases en paillotes. Dans les centres importants, où se trouvent des maisons construites en briques, quelques toitures ont été plus ou moins endommagées, sans qu'il y ait toutefois de pertes appréciables. Les récoltes étaient entièrement rentrées, les cultivateurs n'ont eu à subir aucun dommage. Au chef-lieu, les dégâts sont également insignifiants. Les villages maritimes de la province ont seuls été éprouvés ; seize barques ont coulé causant la mort de 25 indigènes ; les barques de pêche n'étaient pas sorties ce jour-là, c'est ce qui explique le petit nombre des victimes. Les salines ont été fort éprouvées ; les deux récoltes de 1903 et 1904, qui se trouvaient encore sur les salines, faute d'avoir pu être emmagasinées, ont à peu près complètement disparu ; on évalue ce qui reste aux 2/10. Le raz de marée qui, d'après les observations de l'Administrateur, a dépassé de près de deux mètres le niveau des hautes mers ordinaires, a envahi les magasins de la douane et beaucoup de sacs de sel ont été avariés.

    Province de Cho-lon

    Dans la province de Cho lon l'ouragan a exercé, sur certains points, de terribles ravages ; les dégâts sont d'autant plus importants qu'on descend davantage vers le sud. Les jonques qui se trouvaient sur le Soirap et le Vaïco ont coulé, les eaux de ces fleuves étaient soulevées par de grosses lames. Mais les plus gros dégâts ont été causés par le raz de marée qui, remontant par le Soirap et le Vaïco, s'est fait sentir jusqu'à Ben-luc. Dans les cantons de Phuoc-diên-ha et de Lôc-thành-ha, il a tout ravagé. L'Inspecteur des services civils, administrateur de la province, déclare que, dans ces deux cantons, il ne reste plus rien debout. La force et la hauteur du raz de marée ont été telles que trois chaloupes à vapeur chinoises, de très fort tonnage, ont été enlevées et déposées sur la berge ; des jonques chargées de riz ont été jetées dans l'intérieur des terres. Il ne reste aucune habitation, la plupart des habitants ont été noyés. Ceux qui ont échappé à la mort, qui se trouvaient sans abri, sans vêtements, sans nourriture, ont été dirigés sur deux campements établis à Kinh-nuoc-mang et à Dông-thành. Les cantons de Phuoc-diên-trung et de Loc-thành-trung, bien que très éprouvés ont cependant moins souffert que les deux précédents. D'après les renseignements recueillis par l'Inspecteur, le chiffre des victimes s'élèverait à près de 2.000.
    J'ai visité moi-même, le 6 mai, les cantons de Phuoc-diên-ha, et de Lôc-thanh-ha et ce que j'y ai vu concorde avec les déclarations de l'Administrateur.

    Province de Gia-dinh.

    La partie maritime de la province a été dévastée. De tous les cantons c'est celui de Can-gio qui a été le plus éprouvé. Deux villages (Long-thành et Ly-nhon) ont été complètement détruits par le raz de marée qui a atteint, en ces points, une hauteur de 3m 50. Dans le canton de Duong-hoa-ha, les dégâts sont considérables : n'ont résisté que les maisons entourées d'une ceinture d'arbres ou de bambous. Dans la région d'Hoc mon, s'il y a encore beaucoup de dommages matériels, il n'y a pas à regretter d'accidents de personnes ; la récolte de bétel et de tabac est presque entièrement perdue. Cette perte est d'autant plus désastreuse que, dans ces terrains élevés, on ne peut cultiver que du riz hâtif dont la production est insuffisante pour assurer la nourriture de la population. C'est avec le produit de la vente du tabac et du bétel que les habitants se procurent le riz qui leur est nécessaire. L'on a déjà relevé, dans la province, le décès de 149 indigènes, mais le chiffre des disparus est inconnu. Plus de trois mille paillotes ont été détruites, 28 pagodes ou maisons communes se sont écroulées, 49 barques ont coulé ou disparu, 68 buffles ont été noyés. Les pertes, d'après l'Administrateur, dépasseront 250.000 piastres (Ce chiffre est donné sous toutes réserves).

    Province de Ben-tre.

    A Ben-tre chef-lieu, vers une heure, le vent, qui venait de l'Ouest, se mit à souffler avec violence ; à quatre heures, il passa au Sud et atteignit alors son maximum d'intensité. A 8 heures il se calma, pour cesser complètement vers minuit. La plupart des bâtiments construits en briques ont souffert ; il y a beaucoup de toitures enlevées, de plafonds écroulés, de murs de clôture démolis. Les paillotes ont presque toutes été détruites, les jardins saccagés, les arbres brisés ou déracinés. Dans l'intérieur, les 9/10 des paillotes ont été démolies. La plupart des maisons-communes, et des écoles communales ont été sérieusement endommagées. Certaines devront être entièrement reconstruites. Dans les principaux centres ou se trouvaient entreposées de grandes quantités de riz, les magasins ont été détruits ou découverts et les riz fortement avariés. Des trois chaloupes à vapeur qui circulent dans la province, deux, le « Chun-on » et le « Phat-dat » ont coulé causant la mort de 20 indigènes. Ce sont les cantons de l'Ouest et du Sud qui ont été le plus durement atteints ; la région de Ba-tri, en particulier, a été complètement dévastée. A part quelques maisons en briques, qui n'ont souffert que dans leurs toitures, tout le reste de ce centre important n'est que ruines. Le poste de Ban-tra (sur le Co-kiên) et le marché de Giong-luông ont également beaucoup souffert. Le cyclone a fait peu de victimes. En dehors des passagers des chaloupes, l'Administrateur ne signale que sept décès. Dans son rapport, l'Administrateur de la province évalue les dégâts à. 844.000 piastres ; ce chiffre est donné sous toutes réserves.

    Province de Tan-an.

    A trois heures, le vent commença à souffler avec violence ; c'est de 4 à 7 heures que l'ouragan atteignit sou maximum d'intensité. Le chef-lieu est méconnaissable, pas une paillote n'est restée debout Les constructions en briques ont été sérieusement endommagées. Le parc de l'Inspection est rasé, les plafonds de l'Inspection sont tombés. Le camp de la milice est à terre. Le train mixte allant de Saigon à Mytho a été renversé à 5 h. 1/2 par le vent, à environ deux kilomètres de Tan-an. Cinq indigènes ont été blessés dans l'accident. Toutes les barques qui se trouvaient dans le fleuve et l'arroyo de la Poste aux environs de Tan-an, ont coulé. Dans les villages, presque toutes les maisons ont été détruites, mais on ne signale que quelques accidents de personnes, sans gravité. L'Administrateur estime que les dégâts dépassent 300.000 piastres ; ce chiffre est donné sous toutes réserves.

    Ville de Cho-lon.

    A Cho-lon le typhon, qui a soufflé avec violence, a causé d'importants dégâts matériels, mais n'a entraîné qu'un seul accident de personne : un Chinois grièvement brûlé dans une usine par un retour de flamme, dû à la violence du vent. Près de deux cents arbres ont été arrachés, de nombreux poteaux télégraphiques renversés, deux cent cinquante paillottes annamites ont été détruites, une maison en briques s'est écroulée, quai de Mytho, les toitures d'un grand nombre de maisons ont été enlevées, les hangars qui entourent le bassin Lanessan ont beaucoup souffert, les rizeries ont subi d'importants dommages. D'après le Maire, les dégâts s'élèveraient à 155,000 piastres ; ce chiffre est donné sous toutes réserves.

    Ville de Saigon.

    A Saigon, les dégâts sont les suivants ; un millier d'arbres arrachés, de poteaux du télégraphe ou de la Société d'Éclairage Électrique renversés, des toitures endommagées, quelques plafonds abîmés. La toiture de la Chambre de Commerce a particulièrement souffert. Les grandes paillottes qui abritaient les travaux du nouvel Hôtel de Ville et du bâtiment des Archives se sont écroulées, 130 paillottes habitées par des indigènes ont été endommagées ou renversées. Dès maintenant, la plupart des dégâts ont été réparés et la ville a repris son aspect habituel, seuls quelques vides dans les superbes rangées d'arbres qui bordent nos rues, rappellent l'ouragan du 1er Mai. Sur rade, une douzaine de chalands dont 4 chargés de riz et 4 chargés de pétrole ont coulé ; les équipages ont été sauvés. Une trentaine de chalands ont été endommagés. La « Cannebière », l' « Adour » et le « Hop-Sadg » se sont échoués. Le «Patrochus » ancré près de Thu-thiêm, après avoir brisé ses amarres, a dérivé et a coulé un chaland chargé de pierres ainsi qu'une drague appartenant è la Société Levallois-Perret. Le réseau de la Société d'Électricité a beaucoup souffert et cette Société ne met pas beaucoup de hâte à réparer les dommages et à rétablir son service d'éclairage et de ventilation.

    Province de Tra-vinh.

    A Tra-vinh chef-lieu, nombre d'arbres arrachés, quelques toitures endommagées, des paillottes démolies, tel est le bilan de la journée. Dans les villages, un tiers, environ des habitations en paillottes sont détruites ; les habitants se sont mis immédiatement à les reconstruire ; 17 maisons-communes, 3 écoles et 4 pagodes en paillottes ont été renversées ; 4 barques ont coulé, causant la mort de deux annamites. Beaucoup de magasins à riz ont été détériorés et le paddy emmagasiné a souffert par la pluie.
    En mer, quelques bateaux de pêche ont disparu, quelques jonques ont coulé dans le Co-kiên, une personne a été noyée.
    En résumé dégâts relativement peu importants et déjà réparés en partie.

    Province de Vinh-long

    A Vinh-long, l’orage a duré de 4 heures de l'après-midi à minuit. Au chef-lieu et dans les villages environnants, un grand nombre de paillottes (environ 60) ont été renversées par la tempête. Il n'y a pas d'accident de personne signalé à terre. Le nouveau camp des tirailleurs, en paillottes et torchis, a été presque entièrement détruit. Un très grand nombre d'arbres ont été déracinés ; certains sont tombés sur les maisons, causant quelques dégâts : c'est ainsi que l'école provinciale a été en partie écrasée par la chute d'un banian ; une jonque a sombré dans le fleuve, causant la mort des trois annamites qui la montaient. Un pont de fer, sur la route qui longe la rive droite du Long-hô, a été coupé en deux par la chute d'un gros arbre. Une quantité assez importante de paddy emmagasiné a été mouillée et sera par suite perdue.

    Province de Sa-der.

    Un ouragan a passé sur le territoire de la province de 3 heures de l'après-midi à 2 heures du matin. Le vent a soufflé d'abord du Sud-ouest, puis du Nord-est. Au chef-lieu, des arbres renversés, des paillottes détruites, des auvents de maisons et des tuiles arrachés et transportés au loin, voilà tout le bilan des dégâts à signaler. D'après le rapport de l'Administrateur, les habitants s'empressent de réparer les dégâts ; les paillottes se reconstruisent, les tuiles ont déjà été replacées aux toitures de toutes les maisons en briques et aux bâtiments de l'Etat.
    La ligne télégraphique Sadec-Vinhlong très éprouvée a été rétablie provisoirement.
    L'Administrateur a déjà visité certaines parties de la province et a constaté que les dégâts se bornaient à des arbres déracinés, des cases en paillottes détruites, quelques toitures en tuiles détériorées. Le dommage le plus sensible est la perte presque complète de la future récolte des arbres fruitiers.
    Pas un seul accident de personne n'a été jusqu'à ce jour enregistré dans la province.
    Une seule grande jonque venant du Cambodge et portant un chargement, de riz a coulé daus le grand fleuve, l'équipage a pu se sauver à la nage.
    En beaucoup d'endroits, les champs de bananiers ont été rasés, à un mètre environ du sol. Les plantations d'aréquiers et de cocotiers ont généralement bien résisté. L'Administrateur estime que c'est à la multitude et à l'épaisseur de ses jardins, véritables forêts d'arbres fruitiers, que Sa-dec doit d'avoir été si peu éprouvé. En résumé, les habitants de la province de Sa-dec n'ont subi que des pertes assez minimes el réparables en partie. D'après l'Administrateur, presque tous sont suffisamment riches ou tout au moins suffisamment à l'aise pour supporter sans trop de peine la perte de la récolte des fruits et les dépenses nécessaires pour réparer les dégâts causés par l'ouragan, grâce à la récolte abondante antérieure des riz.

    Autres provinces de la Cochinchine.

    Dans l'Est, à Bien-hoa, le typhon n'a causé de dégâts que dans un seul canton (Thanh-tuy-ha) qui se trouve en bordure du Soirap. Alors que le vent soufflait avec le plus de violence, les six villages de ce canton qui sont sur les rives du fleuve ont été entièrement couverts par une inondation d'environ 1m, 30 de hauteur. Cette inondation, qui a duré environ deux heures, a occasionné des pertes en animaux de basse-cour et objets mobiliers. Tout le paddy amassé et conservé pour servir de semis a été presque complètement mouillé, de nombreuses paillotes (169) ont été complètement renversées. Trois barques ont coulé, faisant trois victimes. Deux pagodes et une maison commune se sont écroulés L'Administrateur évalue les dégâts à 15.000 piastres ; ce chiffre est donné sous toutes réserves.
    A Thu-dau-mot, l'ouragan n'a causé aucun dégât appréciable.
    A Tay-ninh, l'ouragan ne s'est manifesté que par de fortes bourrasques accompagnées de pluies torentielles. Les arbres fruitiers n'ont souffert en rien, les tabacs eux-mêmes ont été épargnés.
    Dans l'Ouest, à Ha-tien, Rach-gia, Bac-lieu l'on a constaté, le 1er mai, un vent relativement fort, accompagné de pluies diluviennes, mais aucun dégât appréciable n'a été signalé.
    A Soc-trang et à Can-tho, la journée du 1er mai a été marquée par de fortes bourrasques et une pluie torrentielle. Les dégâts sont insignifiants et se bornent à quelques arbres déracinés et à quelques paillotes renversées. Il n'a été signalé aucun naufrage. Deux indigènes ont été écrasés par la chute des arbres.
    A Long-xuyên, l'ouragan s'est manifesté entre 9 h. du soir et 5 h. du matin par un vent assez fort, accompagné de pluies. Au chef-lieu, il n'y a eu aucun dégât. Dans l'intérieur, les dommages se bornent à quelques arbres déracinés et à quelques paillotes en mauvais état renversées. Sur le fleuve, trois jonques ont coulé, leur équipage a été sauvé en entier.
    A Chau-doc, enfin, l'ouragan a encore occasionné quelques dégâts.

    Au chef-lieu, les bâtiments en maçonnerie n'ont pas souffert, une partie du camp de la milice a été assez fortement endommagé. Deux jonques et une centaine de barques ont été brisées, de nombreuses paillotes ont été détruites, les arbres-fruitiers n'ont pas subi de dommages. Les dégâts s'élèveraient, d'après l'Administrateur, à 60.000 piastres, ce chiffre est donné sous toutes réserves.
    A ce tableau singulièrement attristant ajoutons ces lignes, extraite d'une lettre de
    Mgr Bouchut, Vicaire apostolique du Cambodge1.

    1. Cette lettre est datée du 16 mai 1904.

    J'étais à Trabec, le 1er mai, lorsque une violente tempête s'est déchaînée et a duré toute la nuit.
    Nous étions cinq missionnaires, les PP. Chouffot, Gâtelet, Entres-sangle, Muterbiduer et moi, réunis, et occupés pendant la nuit presque entière à barricader les portes, à mettre toutes choses un peu à l'abri de la pluie qui filtrait de toutes parts. Tantôt nous entendions les tuiles de l'église tomber, tantôt un pan de mur de la véranda s'écroulait ; par intervalles, un arbre était brisé ou déraciné, nous nous demandions, en entendant les craquements de la large maison qui nous abritait, ce qui allait advenir.
    Enfin, le jour parut et la tempête tomba. Le P. Chouflot put faire l'inventaire de ses pertes : nombreuses avaries à l'église toute neuve, impossible de célébrer la sainte messe ; à la maison d'école, une partie du toit en tuiles est découvert ; les gros arbres, entretenus avec tant de soin dans ce pays qui en est dépourvu, sont par terre.
    Un tiers des maisons est absolument en miettes, un autre tiers en loques. La résidence, les maisons du percepteur, des employés de la régie, du télégraphe sont, malgré leur solidité, fortement éprouvées. Le télégraphe est coupé partout.
    Je souhaite que la tempête se soit limitée à la région de Tra-bec, mais, hélas !
    Je pars en char à buffles pour Ba-nam, à travers les bourbiers de l'heure présente, et j'arrive après 26 heures de marche pénible. Je me rends compte alors de l'étendue du désastre. Des nouvelles sont arrivées de Phnom-Penh et de Saigon. Pour ne parler que du Cambodge, des chaloupes, des jonques innombrables sont au fond de l'eau ; des villages indigènes entiers sont rasés ; nos petites chapelles n'ont pu résister, pas plus que les maisons d'écoles et plusieurs presbytères.
    Le P. Merdrignac n'ayant plus ni maison, ni église pour se mettre à l'abri, va se réfugier chez le P. Hien, en attendant qu'on lui bâtisse une cabane. Daigne le bon Dieu nous aider. Heureusement, l'Est et, le Centre de la mission ont seuls été éprouvés par la tempête.
    A Phnom-penh, fêtes en l'honneur du nouveau Roi ; je suis obligé de prendre part aux dîners officiels de la Résidence et du Palais. Puis le Roi vient me faire à l'évêché une visite en grande pompe.
    Quoique le Roi soit peu dé chose entre les mains de la France, il a encore son prestige auprès des indigènes, et sa visite nous fait du bien.

    1904/258-268
    258-268
    Vietnam
    1904
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