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Chronique des séminaires

CHRONIQUE DES SEMINAIRES Nos bienfaiteurs se sont demandés souvent ce que deviennent nos séminaires depuis l'ouverture des hostilités ; pour satisfaire leur légitime curiosité, nous allons essayer de faire le point. Personne n'ignore que notre établissement des Missions Etrangères de la rue du Bac comprend deux administrations distinctes : le Conseil Central, composé du Supérieur Général, de ses deux assistants et des représentants de Missions, et le Séminaire proprement dit, Supérieur et directeurs des aspirants missionnaires.
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    CHRONIQUE DES SEMINAIRES

    Nos bienfaiteurs se sont demandés souvent ce que deviennent nos séminaires depuis l'ouverture des hostilités ; pour satisfaire leur légitime curiosité, nous allons essayer de faire le point.
    Personne n'ignore que notre établissement des Missions Etrangères de la rue du Bac comprend deux administrations distinctes : le Conseil Central, composé du Supérieur Général, de ses deux assistants et des représentants de Missions, et le Séminaire proprement dit, Supérieur et directeurs des aspirants missionnaires.
    Les deux plus jeunes membres du Conseil Central sont sous les drapeaux : le P. Pasteur est capitaine sur le front de la Sarre, et le P. Bonis-Charancle maréchal des logis dans une formation de l'intérieur. Tous les autres membres ont passé la cinquantaine, donc non mobilisables.
    Au séminaire proprement dit, seul le P. Fouque n'était pas en âge d'être mobilisé ; il se dévoue auprès des aspirants missionnaires dispersés à travers la France et au-delà, restant en contact permanent avec eux et rédigeant à leur intention une petite circulaire Adexteros de Guerre. Quant aux autres directeurs, supérieur compris, ils servent la Patrie... quelque part en France, et même ailleurs ; le P. Hamon est bien encore parmi nous, mais il aura rejoint son corps quand les Annales de mars paraîtront.
    A Bièvres, le séminaire de l'Immaculée Conception est transformé en hôpital... sans blessés ni malades ; quelques médecins militaires et infirmiers attendent des clients, et le Supérieur de l'établissement, le P. Montagu, pourra leur servir d'aumônier bénévole. A part le P. Tessier, qui remplit les fonctions de curé à Bièvres en l'absence du titulaire mobilisé, tous les autres directeurs ont également été mobilisés dès la fin d'août.
    Au séminaire Théophane Vénard, de Beaupréau, seuls les PP. Alazard et Lassalmonie, à cause d'une santé trop délicate, ont pu garder leur chaire de professeurs. De même à l'Ecole Missionnaire Augustin Schoeffler de Ménil-Flin, le personnel professoral au complet, mis à part le P. Prouvost, supérieur, mutilé de l'autre guerre, a rejoint l'armée. Ces deux établissements continuent cependant à fonctionner, grâce au dévouement de plusieurs missionnaires ou aspirants missionnaires qui ont pris la place, à titre provisoire, des PP. Davias-Baudrit, Louison, Massiot, Boulay, Tourte, Peyrat, Colin, Magnin et Lagarde.
    Par ailleurs, aujourd'hui à la date du 15 février, nos aspirants sous les drapeaux se chiffrent au nombre de 125 mobilisés, cependant que 57 autres, trop jeunes ou étrangers, continuent leurs études dans divers grands séminaires de France, de Belgique ou du Luxembourg, tout en restant étroitement unis à la Maison Mère de la rue du Bac. Laissons parler les uns et les autres, nous pourrons ainsi nous rendre compte à quel degré ils restent attachés à leur vocation apostolique.

    NOS ASPIRANTS MOBILISES

    ILS SONT APOTRES.

    « La vraie vie de mission, le travail dans la masse : si le bon Dieu le permet, la semence lèvera. C'est si bon de pouvoir parler de Lui aux Arabes, de ce Dieu qu'ils aiment déjà ou plutôt qu'ils craignent. Si vous saviez comme il est facile de faire supporter les souffrances de nos malades rien qu'en leur parlant d'Allah. L'autre soir nous avons parlé de la Sainte Vierge, et un de mes infirmiers lit l'Evangile comme livre de Ramadan... » (Un caporal de tirailleurs).
    « Le prêtre peut donner libre cours à son zèle auprès des mobilisés. Le dimanche, il nous faut biner et même trier pour assurer le service religieux du régiment, nous sommes cependant 6 prêtres. En semaine les communions des hommes sont fréquentes, et chaque escadron a son cercle d'études avec une bonne dizaine de militants... » (Un artilleur, jeune prêtre de juin dernier).

    « Je suis dans une compagnie où les bons éléments ne manquent pas. J'ai pu organiser une veillée de prières vendredi dernier ; ce ne sera pas la dernière, j'espère ; il y avait une trentaine de présents et tout le monde s'en est retourné heureux ». (Un caporal d'infanterie).

    « Notre action est un peu gênée par la dispersion des compagnies. Cependant nous tâchons de travailler pour le mieux : reconstitution d'un rosaire plus vivant pour entretenir la foi de nos camarades, organisation d'une bibliothèque volante, avec apport de nombreuses revues reçues par les séminaristes. L'espoir d'une vie plus spirituelle et plus intellectuelle s'affermit de jour en jour ». (Un autre caporal d'infanterie).

    ILS GARDENT LE SOURIRE.

    « Comme nos aînés je fredonne Vive la joie quand même ! Je crois qu'il il y a une belle gerbe de sacrifices à offrir au bon Dieu, et Il les accepte d'autant plus facilement que nous lui ressemblons davantage. Dans ma maison antique, pareille à celle des Gaulois les plus arriérés, je songe à la crèche du Sauveur... Quand mon sac est bien lourd, je pense au Christ montant au Calvaire avec une croix bien plus lourde encore... II y a de quoi faire quand on veut, tout cela hâtera une paix définitive et nous aidera à revenir tous au séminaire de la rue du Bac ». (Un chasseur à pied).

    « Le thermomètre est descendu à 22° ; la grange où nous logeons n'est pas précisément une chambre à coucher bien confortable. La vie est belle quand même ! c'est si chic de s'adapter, à force de volonté, aux conditions les plus dures de l'existence, et pour nous, c'est une source de consolation et même de joie : tout cela, offert à Dieu, est rédempteur, continue l'oeuvre du Christ, suivie par St Paul et tous les apôtres ; quand je souffre, j'ai le sentiment de faire partie de cette belle lignée de « rédempteurs », comme il 'y en a tant aux Missions Etrangères ». (Un brigadier d'artillerie lourde).

    « L'autre jour est venu en permission un séminariste cita diocèse qui se trouve au régiment avec un aspirant de Paris, M. G. Il disait en parlant de lui : « C'est formidable ! Il a toujours le sourire ! » (Un non mobilisé qui continue ses études dans un grand séminaire).

    ILS S'ADAPTENT A TOUT.

    « Dimanche, j'ai prêché à notre messe militaire de 10 heures ; hommes et officiers y assistaient presque au complet. Le moral et l'esprit des soldats est excellent : le fait de voir le prêtre coucher sur la paille à côté des hommes est pour beaucoup un sujet d'admiration ; c'est un des points qui les touchent le plus. Partager les misères d'autrui, quelle bonne apologie ! » (Un caporal de chasseurs).

    « A force d'être toujours volontairement de bonne humeur, on a vite fait, avec la grâce du bon Dieu, d'y être naturellement. Surtout notre vraie force, c'est de savoir que nous faisons la volonté divine : notre vocation, ce n'est rien autre chose ! Ce dont nous avons le plus besoin, c'est la grâce de profiter au maximum du présent, pour réaliser plus intégralement et plus généreusement notre vocation missionnaire ». (Un sergent d'infanterie).


    CE SONT DES CHEFS.

    « J'essaie de prendre au sérieux le petit rôle qui m'est assigné, en voyant autre chose dans mes 40 hommes que des simples matriculés. Demain, nous montons en ligne, je me sens tranquille. Le bon Dieu a voulu me donner la grâce de faire joyeusement le sacrifice de ma vie. Le moral est un peu bas ce soir dans ma section : il va falloir un peu remonter cela, je compte sur le bon Dieu pour mon « brio ». Il faut prier pour moi, pour que je sois un vrai chef... » (Un sergent-chef).

    « Quand un chef a obtenu l'affection de ses hommes, il en obtient tout ce qu'il veut. Je ne croyais pas qu'un officier put exercer tant d'influence, influence sur le caractère et le moral pendant le service ». (Un aspirant d'un régiment de tirailleurs).

    ILS PROFITENT DES CIRCONSTANCES.

    « Un dimanche, l'autorité militaire m'avait donné tous les pouvoirs pour dire la messe... mais ce n'était pas suffisant ! Je me suis donc contenté de faire une petite réunion de 10 minutes (courte à cause du froid) ; un petit mot d'encouragement sous forme de méditation et de prière fut l'emploi de ces 10 minutes ». (Un caporal-chef).

    « Je me suis installé dans le presbytère inhabité et délabré de notre nouveau cantonnement. Ayant réussi à me mettre en relations avec le jeune curé du village, mobilisé lui aussi, je dispose ainsi d'un bel appareil de projections. Chaque soir je projette les films stop de la Bonne Presse et quand le répertoire est épuisé, les soldats demandent les vues du catéchisme... » (Un fantassin).

    « Aussitôt arrivé, je n'ai pas perdu de temps pour préparer Noël. J'ai pris quelques-uns de mes gars, et nous avons monté une jolie crèche, puis répétitions de chant. Un petit foyer fut organisé pour 30 hommes, et nous avons passé une belle soirée de Noël tous ensemble. Ensuite, comme couronnement, une magnifique messe de minuit, à laquelle presque tous ont assisté, même ceux qui ne vont que rarement à l'église ». (Un maréchal des logis du Train).

    ILS GARDENT LEUR IDEAL,

    A chaque nouvelle venue du séminaire, je m'y attache de plus en plus : c'est toujours la même étoile qui me guide, aussi je serai fidèle à ma vocation, avec la grâce du bon Dieu... Je n'oublie pas que nous devons être le levain qui fait lever la pâte, le sel qui préserve, la lumière qui éclaire ». (Un fantassin).

    « Hier la présence de Mgr X. nous a fourni l'occasion d'organiser une cérémonie un peu plus solennelle que d'habitude, avec présence de généraux et colonels. Pour moi ,le grand intérêt de la journée fut la rénovation entre les mains de Monseigneur, des promesses de ma première tonsure. J'ai compris toute l'immense grâce qui nous est faite par l'appel de Dieu. Sans doute en ce moment la préparation est interrompue. Peut-être même n'est-ce pas complètement vrai ! Seules les études théologiques sont peut-être interrompues ! Je ne puis m'empêcher de penser que, pour bien des futurs prêtres, cette guerre fait partie de leur préparation sacerdotale... Donc, vive la joie quand même ! » (Un soldat d'infanterie).

    (A suivre).
    1940/56-59
    56-59
    France
    1940
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