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Chine Massacre d'un missionnaire et de plusieurs chrétiens du Kouang-tong.

EN CHINE Chine Massacre d'un missionnaire et de plusieurs chrétiens du Kouang-ong. « Chanes occisus cum tredecim christianis (Chanès tué avec treize chrétiens) ». Telle est la dépêche que Mgr Chausse, évêque titulaire de Capse et préfet apostolique du Kouang-tong, envoyait le 26 octobre dernier à M. le Supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères. Elle ne confirmait que trop la douloureuse nouvelle qui, depuis quelques jours déjà, avait paru dans plusieurs, journaux. NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1898. -- N° 6.
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    EN CHINE

    Chine Massacre d'un missionnaire et de plusieurs chrétiens du Kouang-ong.

    « Chanes occisus cum tredecim christianis (Chanès tué avec treize chrétiens) ».

    Telle est la dépêche que Mgr Chausse, évêque titulaire de Capse et préfet apostolique du Kouang-tong, envoyait le 26 octobre dernier à M. le Supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères. Elle ne confirmait que trop la douloureuse nouvelle qui, depuis quelques jours déjà, avait paru dans plusieurs, journaux.

    NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1898. -- N° 6.

    Henri Chanès appartenait au diocèse du Puy si riche en vocations apostoliques. Il naquit à Coubon (Haute-Loire), le 22 juillet 1865, fit ses études au petit séminaire de la Chartreuse et entra au grand séminaire du Puy où il reçut la tonsure et les ordres mineurs. Après deux années passées au Séminaire des Missions-Étrangères, il fut ordonné prêtre le 21 septembre 1889 et partit pour le Kouang-tong le 23 décembre suivant.

    Le P. Chanès exerçait le ministère apostolique dans la sous-préfecture de Pok-lo située au sud-est de la province de Kouang-tong. Les populations de ce territoire sont très remuantes, et, à cause de la faiblesse des mandarins, le désordre y règne presque en permanence. Depuis deux ans, plus de quatre cents meurtres y ont été commis, sans que ces magistrats se soient le moins du monde préoccupés d'arrêter les coupables.

    Ces détails nous sont fournis par une lettre de Mgr Chausse, datée du 8 septembre dernier. Nous y relevons également ces lignes qui, croyons-nous, désignent: malheureusement sans le nommer, l'endroit où le Père a été massacré avec ses néophytes : « Dans le Pok-lo, une grave attaque contre un village chrétien nous rend fort 'inquiets; depuis huit jours, il est assiégé. Le inandarin s'est transporté sur les lieux, mais il a été battu par les païens, et maintenant il ne bouge plus. Les néophytes sont donc dans une situation très dangereuse ».

    Il est facile de comprendre quels obstacles doit rencontrer l'évangélisation de ces peuples. Mais le zèle du P. Chanès ne savait pas compter quand il s'agissait de la gloire de Dieu et du salut des âmes, et il lui fut donné d'enregistrer de bien consolants succès. Dans le cours de l'exercice 1897, il avait baptisé cent neuf païens adultes; de plus, en annonçant cet heureux résultat, il exprimait l'espérance de présenter four l'année 1898 un nombre supérieur de conversions. Mgr de Capse, dans le rapport auquel nous faisons ci-dessus allusion, nous dit que cette espérance était devenue une réalité. Avec son sang, le vaillant ouvrier aura donc pu offrir une belle gerbe d'âmes régénérées au Père de famille pour qui il avait tout quitté.

    Situation de plus en plus grave au Su-tchuen.

    Une lettre du P. Blettery, pro vicaire du Su-tchuen oriental, nous disait, dans le précédent numéro des Annales. comment le persécuteur U-man-tse et sa bande répandaient la terreur clans la sous-préfecture de Ta-tsuou. Une autre lettre du même Père, datée du 30 août 1898, nous apprend que le missionnaire capturé dans la nuit du 4 juillet est toujours gardé clans la forteresse où il a été emmené comme otage, et que le mal va toujours s'aggravant et s'étendant.

    « Dans la sous-préfecture de Ta-tsuou, écrit-il, toutes les stations où il y a des chrétiens ont été pillées. C'est le moment de la récolte du riz ; les brigands ont moissonné les champs de nos catholiques qui sont ainsi réduits à la dernière misère et se voient sans ressource aucune pour toute l'année.

    « Ce qui s'est passé à Ta-tsuou va se continuer dans les autres sous-préfectures de Uin-tchang, U in-tchouan, Pi-chan, etc. Du moins, c'est le plan des brigands qui ont partout des gens pour préparer les voies et semer l'épouvante. A l'effet d'empêcher les esprits bien pensants de prendre fait et cause pour les chrétiens et d'arrêter les troubles, partout sont affichés des placards proclamant qu'on en veut seulement aux chrétiens et aux étrangers, mais qu'on traitera comme chrétiens tous ceux qui leur viendront en aide. Aussi chacun craint pour soi et se garde bien d'agir.

    « La rébellion et le pillage universels ne sont pas loin. »

    La crainte exprimée clans cette dernière ligne semble s'être réalisée, comme le prouvent les différentes dépêches qui sont, en ces derniers temps, parvenues au Séminaire des Missions-Étrangères.

    Un premier télégramme envoyé directement de Tchongking, chef-lieu du Su-tchuen oriental, le 29 septembre dernier, et signé de Mgr Chouvellon, vicaire apostolique de cette Mission, signalait le commencement de la persécution.

    Une deuxième dépêche, envoyée de Shang-haï le 8 octobre et signée par M. Robert, notre procureur en cette ville, annonçait que la moitié des stations de la Mission étaient détruites.

    Une troisième dépêche de Tchong-king, signée de Mgr Chou-vellon, sous la date du 10 octobre, déclarait que la mission entière sera bientôt anéantie, si le gouvernement français n'intervient immédiatement et énergiquement.

    Enfin, le 25 octobre, arrivait un quatrième télégramme, signé également par le vicaire apostolique : « Catholiques pillés, tués au cri de : Mort aux Français! Dix mille fugitifs ».

    A ce sombre tableau, nous n'ajouterons plus que quelques lignes empruntées à une lettre du P. Pontvianne, pro vicaire du Su-tchuen occidental; elles montrent que, outre l'Hostilité naturelle des Chinois contre l'étranger, le mouvement de persécution a aussi pour cause l'absence des deux premières autorités de la province. Cette lettre est datée du 24 août.

    « Le général tartare, Tsiang-Kuin ou premier chef militaire de tout le Su-tchuen, est mort subitement. Frappé d'apoplexie, le 21 juin vers midi, quatre heures après il expirait. C'est lui qui, depuis six mois, remplissait par intérim les fonctions de vice-roi, en sorte qu'aujourd'hui la province se trouve privée en même temps de ses deux premiers chefs. C'est très regrettable, car dans l'état actuel des esprits, une rébellion générale pourrait se déclarer, même du côté du Thibet ».

    Une lettre de Shang-haï arrivée à Paris le 29 octobre, nous apprend que le P. Blettery est décédé le 25 septembre. C'est une bien grande perte pour le Su-tchuen oriental dont il était le pro vicaire depuis trente ans. Nul mieux que lui n'était au courant des affaires et ne pouvait aider le vicaire apostolique dans les circonstances particulièrement difficiles que traverse la Mission.
    1898/241-244
    241-244
    Chine
    1898
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