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Chine : Après cinquante années de mission

Chine : Après cinquante années de mission Au fond de la Chine, dans la province reculée du Setchoan, un missionnaire vient de fêter bien simplement, dans une intimité plus étroite avec Notre Seigneur, ses Noces d'or sacerdotales.
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    Chine : Après cinquante années de mission

    Au fond de la Chine, dans la province reculée du Setchoan, un missionnaire vient de fêter bien simplement, dans une intimité plus étroite avec Notre Seigneur, ses Noces d'or sacerdotales.
    Dans une lettre à un ami, il évoque brièvement les événements qui ont marqué pour lui ce demi-siècle de vie apostolique et laisse entrevoir les sentiments qui dominent en son âme après cette longue période de travaux et d'épreuves. Dans sa pensée cette lettre n'était nullement destinée à la publicité et, si nous lui avions demandé l'autorisation de la donner dans les Annales, il l'eût certainement refusée. Il nous excusera si le désir d'intéresser et d'édifier nos lecteurs impose à son humilité un instant de malaise ; il nous le pardonnera à la faveur de notre bonne intention.

    Cinquante années de sacerdoce ! Souvenirs touchants d'une vie consacrée tout entière à l'honneur de Dieu, au service des âmes !
    Le prêtre, à son ordination, contracte avec Dieu un lien indissoluble. De ce jour il vit de Dieu, il l'appelle sur l'autel, en son nom il pardonne aux pécheurs, il participe à sa puissance, à sa volonté, à son amour. Malgré sa faiblesse humaine il est l'intermédiaire entre Notre Seigneur et les âmes qu'Il a rachetées de son sang.
    Si, pour répondre à sa vocation, il doit pratiquer de hautes vertus au-dessus des forces humaines, Dieu suppléera à ce qui lui manque et se contentera de sa bonne volonté. Et, quand vient le soir de la vie, le missionnaire ne sait comment remercier pour tant de bienfaits.

    ***

    Mes cinquante années de sacerdoce se sont passées au milieu des chrétientés, parmi les néophytes et les infidèles du Setchoan Nord, souvent sur les chemins, parfois dans l'isolement, et aussi parmi les dangers ou les persécutions.
    Nos anciens directeurs du Séminaire de Paris nous avaient prévenus :
    « Vous allez en mission, nous disaient-ils, vous pensez peut-être y faire merveille. Or vous y trouverez plutôt des ennuis, des fatigues, des misères, et parfois vous ressentirez la tentation de la tristesse et du découragement ».
    En fait, j'ai vécu longtemps loin de mes confrères, à des distances de dix ou quinze jours de marche de la résidence de mon évêque. J'ai été plus d'une fois empêché de me rendre à la retraite annuelle, tant les rebellions et les persécutions ont été fréquentes pendant ce demi-siècle.
    J'ai assisté à l'affaire du chrétien Lo Paotche, mis à mort, à la persécution du vice-roi Lieou Rongpao, qui anéantit nombre de nos chrétientés (1888-1894).
    J'ai subi avec mes chrétiens la persécution du brigand Yu Mantse, qui dispersa 10.000 fidèles, emprisonna notre confrère le P. Fleury et mit à mort deux prêtres chinois (1897).
    J'ai vu la terrible insurrection des Boxeurs (1900-1902), qui fit périr en Chine trois évêques, quarante prêtres et vingt mille chrétiens. Près d'une de mes chrétientés, un missionnaire italien, le P. Crescitelli, fut mis à mort et son cadavre jeté au fleuve. Mes chrétiens durent, durant six mois, chercher refuge dans les cavernes des montagnes.
    J'ai assisté à la crise, pleine de dangers, de la Révolution chinoise en 1911 et plusieurs fois je fus enfermé dans des villes en pleine anarchie.
    En 1933, lors de l'invasion des Rouges dans la province de Setchoan, j'ai vécu six mois à proximité des bandes communistes. Au mois de juin, des chrétiens des environs m'alertèrent : Père, les Rouges arrivent ; il faut fuir ». Et, abandonnant tout, nous partîmes aussitôt : le temps pressait, il ne restait plus qu'une issue pour échapper aux brigands. Plusieurs centaines de familles me suivirent et, pendant treize mois, nous errâmes de-ci, de-là dans la province, toujours sur le qui-vive, dénués de tout, exposés aux intempéries, accablés de fatigue et de soucis.
    Le calme rétabli, je fus envoyé dans une chrétienté de deux cents âmes, où je suis encore, à proximité des missions de Suifu et de Kiating : le nouvel évêque de ce dernier vicariat, Mgr Yu, est même un de mes anciens élèves au Séminaire. Près d'ici se trouve l'endroit où, en 1815, le Bienheureux Mgr Dufresse fut arrêté pour être conduit au martyre.
    Ces dernières années, nos Missions ont beaucoup souffert des bandits communistes : plus de 2.000 chrétiens de notre vicariat de Chengtu y ont péri, dont plusieurs centaines dans les districts du nord que j'ai dû abandonner.
    La station où je réside actuellement se compose d'anciens chrétiens, fidèles à l'assistance à la messe, avec communions fréquentes et même quotidiennes ; à ce point de vue, c'est encore un privilège de la bonne Providence ; mais les voleurs et les bandits désolent la région. Dernièrement, le maître d'école de la station fut enlevé soudain par quatre bandits armés et torturé pendant quarante jours pour l'obliger à payer une rançon de 300 piastres, et aucun moyen de recours.
    En résumé, pendant ce demi-siècle écoulé, il m'a été donné d'exercer le saint ministère auprès de 10.000 fidèles environ, de visiter les chrétientés de trente préfectures et d'avoir acquis ou construit des chapelles ou églises dans quarante localités.
    Aussi, en ce cinquantenaire de vie apostolique, que de reconnaissance à Dieu pour tant de bienfaits reçus ! Et quel regret, quel repentir des infidélités ou insuffisances de ma vie sacerdotale !...
    Fiat voluntas tua ! Tout est là, dans cette brève parole : la sainteté à acquérir, le devoir à remplir, notre assurance dans la voie à laquelle nous avons été appelés, notre confiance en la miséricorde divine, notre espérance de la paix éternelle dans l'autre vie.
    F. B.

    1938/246-51
    246-251
    Chine
    1938
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