Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Chez les primitifs d'Annam

CHEZ LES PRIMITIFS D'ANNAM
Add this

    CHEZ LES PRIMITIFS D'ANNAM

    La plupart des néophytes Moïs n'ont pas encore une génération de christianisme, c'est dire qu'ils ne sont pas des saints à canoniser. En effet, quoique déjà enfants de Dieu par le baptême, il leur reste des traces de l'esclavage séculaire dont ont souffert leurs ancêtres sous le joug du démon. Souvent le missionnaire, constatant les effets de coutumes païennes dans l'esprit et la vie de ses fidèles, se demande avec anxiété quand il aboutira vraiment à ancrer la foi dans leur coeur. Les défections radicales sont rares, les retours au paganisme ne se voient à peu près jamais, mais que de tracas avant de créer une mentalité chrétienne chez nos Moïs! L'ouvrier apostolique est encouragé à la pensée que Jésus, pour sauver le monde, a voulu le Calvaire avec toutes ses souffrances, il sait donc que son apostolat ne deviendra fécond qu'en jetant dans la balance divine le poids de ses souffrances physiques et morales.
    Voici ce qu'écrit le P. Dang, chargé du district de Kon-Boban ; il raconte, à la manière orientale, comment le village de Kon-Gu est devenu chrétien autrement que de nom:
    « Un jour que tout le monde était réuni, les chefs parlèrent ainsi : Il y a des années que nous suivons la religion et qu'on nous appelle des chrétiens, mais le sommes-nous en pratiquant si négligemment? Nous montons à la prière, nous assistons à la messe, puis nous faisons des superstitions, à la façon de ceux qui se disent chrétiens mais qui restent païens dans leur ventre. Alors à quoi bon? Dieu ne nous bénit pas. Réfléchissons, servir ensemble Dieu et le diable n'est pas raisonnable: n'avons-nous pas, le jour de notre baptême, renoncé au diable et à toutes les diableries? Cette fois-ci, il faut que ce soit une affaire réglée, abandonnons tout à fait le démon pour servir uniquement le bon Dieu ; le voulez-vous ainsi ? Et tous de répondre affirmativement.
    « Pourtant quelques vieux qui s'étaient engagés par voeu à faire certains sacrifices de buffles, demandèrent d'accomplir d'abord leur promesse. Ils obtinrent cette réponse: «Vénérables vieillards, nous ne pouvons vous empêcher de faire ce que vous voulez ; sachez cependant que personne parmi nous ne vous aidera à manger la viande de ces buffles sacrifiés». A la suite de ce langage si catégorique, ils n'insistèrent pas ; ils renoncèrent tout simplement à exécuter ce voeu. Et depuis lors, la bonne cause reste victorieuse, notre Mère du ciel n'a cessé de nous protéger ».
    Un autre prêtre indigène, le P. Thiêt, relate de son côté une histoire de vision qui a déterminé la conversion d'un païen revêche: « Depuis longtemps déjà, un nommé Nua était venu du pays des Sedangs s'établir à Kon-trang. A tous ceux qui l'engageaient à devenir chrétien, il répondait invariablement qu'il ne le voulait pas, et si l'on insistait, il répliquait par cet argument: Même si vous me donniez un éléphant, je ne le voudrais pas davantage. Or il y a environ un an, voilà que notre récalcitrant Nua commence à monter à l'église avec les autres ; puis il se joint aux enfants pour assister au catéchisme, et enfin il est baptisé, fait sa première communion et vit en bon chrétien.
    « Il m'a expliqué ainsi sa conversion:
    « L'année dernière, un jour où j'étais malade, couché sur ma natte, je vis une bande de diablotins tout noirs, à la figure grimaçante, qui voulaient me ligoter et me forcer à les suivre. Terrifié, j'appelai au secours. Les gens de la maison accoururent, mais ne virent rien. Soudain j'aperçus deux beaux vieillards venant à moi d'en haut: « Nua, me dirent-ils, pourquoi ne suis-tu pas la religion chrétienne? » « C'est que je ne veux pas ». « Eh bien! Si tu ne veux pas, tu n'as plus qu'à aller avec ces diablotins qui t'attendent là-bas ». « Ah ça non, ils sont trop vilains. Venez plutôt à mon secours et sauvez-moi ». « Te sauver, Nua, oui, nous le voulons, mais fais-toi chrétien d'abord, va trouver le Père, il t'expliquera ce que c'est que la religion ». Alors les deux vieillards commencèrent à s'élever dans les airs, et une foule de personnes plus belles les unes que les autres les suivaient. Je m'écriai: « Laissez-moi vous suivre aussi ». « Pas maintenant, répondirent les vieillards, il faut d'abord que tu sois baptisé, puis tu pratiqueras bien la religion ; à ta mort tu viendras ensuite avec nous ». Là-dessus, la vision s'évanouit.
    « Maintenant Nua est un chrétien exemplaire. S'il arrive que quelqu'un l'engage à faire des superstitions, il répond aussitôt qu'il ne se serait pas fait chrétien s'il croyait encore à leur efficacité ».
    Notre action missionnaire est tout entière dictée par l'amour de Dieu et des âmes : d'une part nous regardons avec amour nos 25.265 fidèles qui s'acheminent dans la lumière vers le but suprême, le ciel, et d'autre part nous voyons autour d'eux ces milliers et centaines de milliers de païens qui attendent, eux aussi, la lumière. Nous demandons aux amis des missions de nous aider par leurs prières, afin que le divin Maître nous donne les moyens de sauver ces multitudes d'âmes infidèles au milieu desquelles nous vivons.

    Martial JANNIN,
    Vicaire apostolique de Kontum (Annam).
    1940/39-42
    39-42
    Vietnam
    1940
    Aucune image