Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Chez les Lolos

Chez les Lolos Les Annales (N° de Novembre Décembre 1933) ont annoncé la nouvelle tentative d'évangélisation des Lolos faite par le P. Biron, missionnaire de Suifu (Setchoan). Nos lecteurs seront heureux de connaître les débuts de cette laborieuse entreprise.
Add this
    Chez les Lolos

    Les Annales (N° de Novembre Décembre 1933) ont annoncé la nouvelle tentative d'évangélisation des Lolos faite par le P. Biron, missionnaire de Suifu (Setchoan). Nos lecteurs seront heureux de connaître les débuts de cette laborieuse entreprise.
    Chargé depuis 1927 de la chrétienté chinoise de Mapien, sur les frontières de la région occupée par les Lolos, le P. Biron eut dès l'abord le désir de pénétrer chez ces sauvages et de leur porter la lumière de l'Evangile. Pour se préparer à ce difficile ministère, il se mit à l'étude de leur langue et de leurs usages, il entra en relations avec les tribus les plus voisines de Mapien, puis il obtint de son évêque; Mgr Renault, l'autorisation de quitter son poste — où il fut remplacé par le P. Boisguérin, — et d'aller s'établir en territoire lolo. Il acquit un terrain à deux jours de marche de Mapien, à 1.800 mètres d'altitude, en bordure de la forêt vierge, et, confiant d'avance à la Ste Vierge la chrétienté qu'il avait l'espoir de fonder, il donna à sa nouvel le installation le nom de « Sainte Marie ».
    Au mois de juillet 1932, il partit prendre possession de son nouveau champ d'apostolat ; à deux jours de marche de Mapien, avons nous dit, mais, vu l'état lamentable des chemins, il lui fallut trois bonnes journées pour couvrir la distance qui est d'environ 80 kilomètres. Les Lolos qui lui avaient vendu le terrain s'étaient engagés à lui bâtir une cabane, qui, en attendant la construction d'une maison plus confortable, pût l'abriter pendant quelques mois. Ils tinrent leur promesse, mais tout à fait à la manière lolo te. Le Père trouva, à son arrivée, une misérable hutte à claire-voie sans porte, couverte de branchages, à l'intérieur de laquelle la fougère avait poussé à hauteur d'homme. La pluie y pénétrait de partout et il fallait passer la nuit blotti sous un parapluie, en essayant de ranimer un feu de bois vert, mais sans aucun espoir d'un sommeil réparateur. Le courageux missionnaire passa là son premier hiver, pendant lequel le thermomètre descendit jusqu'à — 9° et la neige persista durant un mois. Le Père tint bon cependant, occupé surtout à la construction d'une résidence moins « lolotienne ». Au printemps les travaux étaient bien avancés et l'on pouvait voir s'élever une maison chinoise protégée contre le froid par des murs en pierre ; il s'en fallait pourtant de beaucoup que le logement fût prêt à être occupé : la toiture était faite de fagots de petits bambous, protection bien précaire contre les grandes pluies de l'été.
    Des complications extérieures vinrent, d'ailleurs, aggraver la situation. Pendant plus de trois mois la région entre Mapien et Sainte-Marie fut occupée par des bandes de brigands pillards et incendiaires ; le P. Biron, coupé de toute communication et, par conséquent de tout ravitaillement, en fut réduit, pour se procurer le nécessaire, à emprunter de l'argent aux Lolos, qui, confiants en sa probité, lui vinrent en aide.
    A peine les bandits avaient-ils quitté la place que la guerre éclatait une fois de plus entre Chinois et Lolos, et les hostilités allaient se dérouler tout près de Sainte-Marie. Quel allait être le sort du Missionnaire et de la résidence en construction ? Les Chinois voulaient brûler la maison, sous le prétexte que le Père favorisait la révolte des Lolos. Ceux-ci de leur côté, accusaient le Père d'avoir attiré les Chinois pour leur livrer le pays et se proposaient aussi d'incendier sa demeure et de l'emmener captif dans leurs montagnes. Grâce à Dieu, ces sinistres projets ne furent pas réalisés et le missionnaire en fut quitte pour une prolongation de deux mois de son isolement, pendant lequel il dut se contenter, pour sa nourriture, de la farine de maïs qu'il put à grande peine se procurer auprès des Lolos.
    En dépit de la situation troublée, Sainte-Marie s'organise et se développe assez rapidement au point de vue matériel : les constructions sont en voie d'achèvement ; tout autour de la résidence, les marais et la brousse ont fait place à des cultures appropriées au climat et au terroir, ce qui ne laisse pas que d'intéresser les Lolos et de les éclairer sur les intentions pacifiques du missionnaire. Aussi peut-on déjà constater un changement dans l'attitude, jusque là très réservée, de plusieurs chefs de tribus ; l'un d'eux même, gravement malade, a refusé de faire et de laisser faire les superstitions d'usage en pareil cas. Ce ne sont encore que des indices de rapprochement, mais qui autorisent l'espoir, car, si les conversions individuelles semblent actuellement presque impossibles, celle d'un chef entraînerait certainement la conversion de toute sa tribu.
    Dès que Mapien eut été délivré des brigands, le P. Boisguérin se fit un devoir d'aller visiter son confrère isolé depuis plusieurs mois ; mais les communications sont demeurées difficiles. Du fait de la révolte presque continuelle des Lolos, il s'est formé une « zone neutre » entre pays chinois et pays lolo ; cette zone, large de 30 à 40 km, est comme un vrai désert. Les maisons ont été incendiées, les ponts coupés, les barques coulées. Pas un habitant. Les chemins, où personne ne passe plus, s'embroussaillent de jour en jour ; seules les bandes de rebelles osent s'y aventurer. Dans ces conditions, un voyage entre Mapien et Sainte Marie prend les proportions d'une véritable expédition. Les soldats chinois chargés de protéger le pays se sont repliés de 20 km en arrière et tout le peuple a fui derrière eux. Mais les Lolos s'infiltrent partout et il semble même que leur intention soit d'encercler la ville de Mapien. Malgré tous ces motifs de crainte, le P. Boisguérin se mit en route. Le premier jour du voyage, il dut coucher à la belle étoile, toutes les maisons ayant été brûlées, et, au milieu de la nuit, la pluie se mit à tomber... Le deuxième jour, il fut plus heureux et put passer la nuit dans une hutte lolo te abandonnée. Le passage d'une rivière lui prit une demi-journée : il fallut la traverser « ficelé » sur le dos d'un Lolo étayé par deux de ses congénères : tous trois avaient de l'eau jusqu'au cou, le Père n'en avait que jusqu'à la poitrine. Le voyage s'acheva sans autre incident, et point n'est besoin de dire que grande fut la joie des deux confrères, — surtout, sans doute, celle du solitaire de Sainte-Marie, — de passer ensemble quelques bonnes journées.
    De retour à Mapien, le P. Boisguérin s'employa au ravitaillement de Sainte-Marie. Il put y expédier à dos d'homme un chargement de riz et un de pétrole. La question du sel n'est pas encore résolue : il en faut plusieurs milliers de livres pour payer tous les achats faits aux Lolos. Heureusement ceux-ci sont sans inquiétude sur l'honnêteté et la solvabilité de leur débiteur. Ils se montrent de mieux en mieux disposés à son égard, ne lui créent aucun ennui et le visitent volontiers. Aussi le ravitaillement n'a-t-il rien à craindre de leur côté, tandis qu'il n'en était pas de même de la part des porteurs chinois, que l'on a remplacé par des porteurs lolos. Le service fonctionne régulièrement entre Mapien et Sainte Marie : les courriers circulent deux fois par mois et tout irait pour le mieux si un trajet de trois ou quatre jours par des routes infestées de brigands n'était cause de bien des soucis.
    En résumé, malgré des difficultés inévitables, la situation à Sainte-Marie est encourageante. Le P. Biron y est bien habitué ; sa santé est bonne, le moral meilleur encore, aussi se plaît-il chez ses sauvages. Ceux-ci, d'ailleurs, l'ont maintenant en haute estime ; il a su s'attirer leur sympathie en essayant d'améliorer leur genre de vie, leur hygiène, leurs cultures ; ils sont heureux et fiers de l'avoir au milieu d'eux.
    Pour ce qui est du point de vue religieux, évidemment les choses n'iront pas aussi vite ; il faudra du temps et de la patience. Déjà cependant la foi semble s'implanter dans le coeur de plusieurs d'entre eux. Le Père a bon espoir.
    Dieu bénisse les travaux et les sacrifices du courageux pionnier de l'Evangile chez les Lolos !
    Un Missionnaire du Setchoan

    1934/154-158
    154-158
    Chine
    1934
    Aucune image