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Ce que les païens pensent de nos chrétiens.

CORÉE LETTRE DU P. WILHELM Missionnaire apostolique. Ce que les païens pensent de nos chrétiens. Dans le milieu si peu favorable des chercheurs d'or, j'ai constaté avec plaisir que la réputation de nos chrétiens était bonne. J'en ai eu la preuve dans deux faits recueillis sur place.
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    CORÉE

    LETTRE DU P. WILHELM

    Missionnaire apostolique.

    Ce que les païens pensent de nos chrétiens.

    Dans le milieu si peu favorable des chercheurs d'or, j'ai constaté avec plaisir que la réputation de nos chrétiens était bonne. J'en ai eu la preuve dans deux faits recueillis sur place.
    Il y a quelque temps, mon catéchiste, un beau malin, fut attiré par des vagissements qui partaient de dessous la haie de son enclos. Il se dirigea vers l'endroit et trouva une petite fille enveloppée dans un haillon et portant dans le noeud de sa ceinture un billet ainsi conçu : « Cette enfant est née le 20 de la huitième lune: la mère étant morte, on n'a plus le moyen de la nourrir. Ciel, inclinez-vous pour lassister. »
    Les chrétiens ont recueilli l'enfant et se sont mis en frais pour lui procurer une nourrice. Le mandarin l'ayant appris, les en a. loués et a déclaré publiquement que c'était leur réputation de bienfaisance qui valait aux chrétiens la confiance des familles. Au bout de quinze jours, la petite délaissée, baptisée sous le nom de Cécile, prenait son essor vers le Paradis, où elle bénit maintenant la misère qui força ses parents à l'abandonner.

    L'autre histoire, moins édifiante, ne manque pas d'un certain cachet, et je vous la redis, comme mon homme me l'a racontée :
    « Donc, me dit-il, vous savez, ce n'est pas précisément que je suis grand buveur : mais je vais assez souvent au marché. Là, on rencontre des amis qui vous invitent à prendre une tasse de vin, on les réinvite, et dame! Il arrive qu'au moment de retourner chez soi, on est un brin gai.
    « Un jour que nous nous étions fait ainsi trop de politesses, je tombai en titubant sur l'étalage d'un marchand de poteries. C'est là que je fis de la belle besogne ! Le marchand et ses voisins m'accablent d'injures et fondent sur moi à bras raccourcis. J'ai beau crier que je paierai et offrir mon chapeau en gage...
    « D'où es-tu? Me demande-t-on.
    « De Sya-tjik-tong.
    « Oh ! pourcela, tu mens. A Sya-tjik-tong, il n'y a que des chrétiens, et ils ne s'enivrent pas, c'est connu.
    « Enfin survient un ami qui s'offre caution, et je suis délivré. »
    Ainsi parla mon bonhomme, et sa plus grande confusion ne fut pas de retourner chez lui avec un chapeau orné de toutes les bosses possibles, mais de penser qu'il avait détruit dans l'esprit de quelques païens la bonne opinion qu'ils avaient des chrétiens.
    Le lendemain, pour réparer sa faute, il va retrouver le marchand et lui offre le prix des pots cassés. Celui-ci voyant qu'il avait affaire à un brave homme, s'excuse de son côté de l'avoir un peu rudoyé. Bref, on se fait des amabilités réciproquement, et finalement le prix des pots passe... en vin.
    Cette conclusion peint bien nos Coréens.

    1898/268-269
    268-269
    Corée du Sud
    1898
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