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Caodaisme, Bouddhisme Indochinois rénové

Caodaisme, Bouddhisme Indochinois rénové
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    Caodaisme, Bouddhisme Indochinois rénové

    Nous avions déjà le Hinayana, le Bouddhisme à peu près traditionnel du Sud, celui qui se pratique à Ceylan, en Birmanie, au Siam, Laos et Cambodge, et le Mahayana, le Bouddhisme chinoisé, n'ayant conservé que fort peu de choses, sinon de la dogmatique (si l'on ose dire) de Çakia-Mouni, du moins de ses « dix commandements » dont deux, en particulier, seraient en contradiction avec le Culte des Ancêtres : Ne pas tuer âme qui vive ; Ne pas boire de boissons enivrantes. Et donc, pas de victimes sacrificielles et pas de libations d'alcool de riz. Par contre, ce Bouddhisme chinois et indochinois, très éclectique, accueille volontiers clans ses pagodes les dieux et les génies locaux, ce qui en fait un pandémonium où tout est dieu excepté Dieu lui-même. Nos Annamites (inspirés par qui ?) ont voulu combler cette lacune en fondant le Caodaïsme de deux mots annamites « cao, grand et dai, palais » nouvelle secte qui a pour but de réunir les différentes religions, bouddhisme, confucianisme, christianisme, culte des esprits, en une seule.
    Bien que le Caodaïsme n'ait guère qu'un an et demi d'existence depuis qu'il a été ouvertement établi par l'inauguration d'une pagode à quatre kilomètres de Tayninh (Cochinchine), il aurait déjà un grand nombre d'adeptes, plus de cent mille, dit on.
    Le 18 novembre 1926, à 11 heures du soir, une foule énorme se pressait autour de l'édifice qui ressemble à une église. Devant la façade, la statue équestre de Çakya-Mouni ; à l'intérieur, dans une sphère, un oeil symbolique large ouvert représentant l'Etre Suprême ; l'autel resplendit de lumières sous un rideau de fumée qui se dégage de grandes et riches cassolettes ; sur le gradin le plus élevé, Bouddha ; plus bas, le Génie de l'Art et de l'Industrie ; sur le troisième gradin, une statue du Sacré Coeur et de chaque côté, les statues de Laotse et de Confucius.
    Les propagandistes du Caodaïsme se servent du spiritisme pour inspirer confiance. L'évocateur, en long habit blanc, se tient sous un dais devant une table où est déposé un plateau contenant du sable très propre ; après avoir brûlé des bâtonnets d'encens et des bougies, il fait des invocations rituelles. Tout à coup un bâton placé au bout d'un petit cylindre qu'il tient en main, et qu'il suit plutôt qu'il ne le dirige, se met à bouger et trace des lettres sur le sable, donnant la réponse à la demande précédemment formulée. Il va sans dire que les caractères ne sont pas très lisibles et qu'ils ne peuvent être déchiffrés que par les initiés.
    Le gouvernement de la Colonie et du Protectorat, qui a autorisé le Caodaïsme, a fini par s'en méfier, se demandant si certains de ses dirigeants n'ont pas un but politique. De leur côté, les protestants américains ne semblent pas exercer une influence toujours heureuse sur la mentalité de nos protégés, que les exploits de la jeunesse étudiante de la Chine du Sud empêchent de dormir. Quoi qu'il en soit, la Cour de Hué, émue des conséquences néfastes que la prédication de ces deux religions est susceptible de produire dans le peuple annamite, vient de rendre une ordonnance prohibitive de ces doctrines. En voici- la traduction :

    « Conformément aux dispositions de l'article 13 du traité de 1884, la religion catholique est la seule religion admise sur le territoire de notre royaume. Il n'y a donc que les évêques, les prêtres et autres maîtres de la religion catholique romaine qui soient autorisés à prêcher.
    Or, il nous revient que ces derniers temps, non seulement en Cochinchine, mais encore dans les provinces du Sud Annam, le Protestantisme, vulgairement appelé en annamite « LA BONNE NOUVELLE », et le Caodaïsme répandent leurs doctrines. Si ces deux religions prennent de l'extension dans le pays, les fauteurs de troubles ne manqueront pas d'en profiter pour y causer du désordre et tromper les honnêtes gens. Il ne faut pas oublier que, jadis, les nommés Vo-Tru et Tran-cao-Vân, sous les dehors de propagande religieuse, fomentèrent des troubles et firent de nombreuses victimes de leurs agissements.
    En conséquence, il y a lieu de défendre la prédication du Protestantisme et du Caodaïsme dans toute l'étendue du territoire de l'Annam. Ceux qui contreviendront à ces prescriptions seront sévèrement punis. Le Conseil de l'Empire en a délibéré avec M. le Résident Supérieur, qui a approuvé cette ordonnance, et la porte à la connaissance de tous les habitants du royaume ».

    Des sanctions ont déjà été prises, à la suite de cette ordonnance, contre des résidents américains et contre des Annamites qui faisaient de la propagande religieuse. Un bon point à la Cour d'Annam et aux autorités françaises du Protectorat ! Puisse cette ordonnance empêcher ici la diffusion des idées d'anarchie auxquelles aboutissent presque infailliblement le Protestantisme et, sans doute aussi, le Caodaïsme !

    1928/118-119
    118-119
    Vietnam
    1928
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