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Canton : Le P. André Tchao, apôtre des lépreux

Canton Le P. André Tchao, apôtre des lépreux Nous ne voulons pas laisser disparaître l'excellent prêtre chinois, André Tchao, qui fut un des premiers directeurs de la léproserie de Sheklong, près de Canton, sans raconter à nos lecteurs quelques souvenirs sur ses travaux et sur ses vertus.
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    Canton

    Le P. André Tchao,

    apôtre des lépreux

    Nous ne voulons pas laisser disparaître l'excellent prêtre chinois, André Tchao, qui fut un des premiers directeurs de la léproserie de Sheklong, près de Canton, sans raconter à nos lecteurs quelques souvenirs sur ses travaux et sur ses vertus.
    Né dans la province de Canton, en 1859, il appartenait à la léproserie depuis 1913, date où celle-ci devint oeuvre du gouvernement chinois et fut confiée à la Mission catholique. Sa famille était originaire de Suntak, district où la foi remonte à plus de 200 ans ; ses années de jeunesse furent des années de préparation au divin sacerdoce, car le jeune André, auprès de sa mère, goûta les joies d'une adolescence pieuse et tranquille.
    Prêtre le 16 février 1894 après des études achevées au Collège Général de Pinang, il travailla avec ardeur et avec succès au salut de ses frères païens dans tous les postes où il fut envoyé par la volonté de ses supérieurs. Son souvenir est gravé dans les coeurs de ceux qui l'ont connu, et principalement de ceux des néophytes nombreux qu'il régénéra dans l'eau sainte du baptême.
    Ce fut surtout le jour où son évêque demanda au clergé indigène un volontaire pour la léproserie de Sheklong que se révéla sa grandeur d'âme.
    Il savait que par son acceptation il devait renoncer à lui-même jusqu'à devenir lépreux, si c'était la volonté de Dieu. Il pria longuement : « Mon Dieu, que votre volonté et celle de mes supérieurs soit faite », prononça-t-il ; et il partit pour son poste.
    Au début, son labeur fut souvent ingrat, ses actes ne furent pas toujours compris, quelquefois même ils furent mal interprétés par ceux à qui le prêtre avait donné le meilleur de lui-même. Des rébellions surgirent, des complots furent ourdis, mais par sa sagesse, sa patience, et surtout son désintéressement, il désarma les esprits les plus farouches et ses ennemis devinrent ses amis.
    Une fois cependant, il hésita, se découragea. Vraiment la tâche était trop pénible, et les résultats trop peu satisfaisants. Il passa la nuit entière à préparer ses bagages. Mais les coupables, eux, comprenant enfin ce qu'ils allaient perdre s'il partait, restèrent toute la nuit couchés devant sa porte pour l'empêcher de sortir. Au matin, ce fut par des cris qu'ils implorèrent pitié et pardon. Son bon coeur ne put résister à ces marques de repentir et, par un surcroît d'énergie, il renouvela son acte de donation de lui-même entre les mains de la Très Sainte Vierge et il resta fidèle à sa tâche en dépit de tout, même des opprobres et des railleries de ses amis et de la dérision du monde.
    Pendant treize ans, il mena une vie exemplaire au milieu de sa nouvelle famille dont, par reconnaissance, beaucoup l'appelaient respectueusement du doux nom de « grand-père ».
    S'il eut des déboires, il eut aussi de vraies joies, et l'on peut compter plus de 1.800 lépreux qui, par ses soins, devinrent enfants de Dieu :
    En 1921, il reçut du Souverain Pontife le titre de Missionnaire apostolique, mais jamais, tant son humilité était grande, il ne se prévalut de cette distinction honorifique.
    Ce fut au milieu de son labeur que les atteintes du mal qui devait le terrasser commencèrent à miner sa robuste constitution. Il traîna assez longtemps; au mois de novembre 1925, se sentant plus gravement fatigué, il voulut recevoir les derniers sacrements en présence de tous les chrétiens de la léproserie. Pour donner un bel exemple de résignation et de piété, ce fut dans la chapelle même, où il se fit transporter, qu'il reçut l'extrême-onction. Entouré de quatre missionnaires qui assistaient avec respect à cette émouvante cérémonie, il accepta avec joie de voir ses jours arriver à leur terme. Aux paroles d'exhortation du Supérieur, le P. Deswazières, qui lui demandait de se soumettre aux décrets de la divine Providence, H ne répondit que par ces mots : Deo gratias !
    Pendant deux jours et deux nuits, son corps resta exposé sur un lit de parade près duquel, sans discontinuer, une garde d'honneur tout en le veillant redisait en pleurant les invocations que, vivant, le bon Père, leur avait enseignées pour implorer la miséricorde divine.
    A cet humble, il fut fait par ses chers lépreux des funérailles grandioses dans leur simplicité, mais surtout éloquentes par le respect et l'affection dont fut entourée sa dépouille mortelle. Un ministre protestant qui avait eu l'occasion de le voir pendant sa maladie écrivait en recevant la nouvelle de son décès : « Votre lettre me donne la triste nouvelle de la mort du bon Tchao. Permettez-moi de vous exprimer toutes mes condoléances. Je prends part à la douleur qui vous afflige, et moi-même je suis très affecté de la disparition de ce brave ; il mérite et le respect et la reconnaissance de tous ceux qui avaient l'honneur de le connaître. Je comprends que pour vous ce soit une perte très douloureuse ».

    1926/225-227
    225-227
    Chine
    1926
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