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Bref de béatification de nos Martyrs et de leurs compagnons

Bref de béatification de nos Martyrs et de leurs compagnons Ce document est trop grave et trop précieux pour que les Annales de la Société des Missions Étrangères n’en donnent pas la traduction ; elles auraient même publié le texte, s’il n’avait déjà paru dans une brochure contenant le récit officiel de la Béatification de nos Martyrs. LÉON XIII PAPE Pour perpétuelle mémoire
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    Bref de béatification
    de nos Martyrs et de leurs compagnons

    Ce document est trop grave et trop précieux pour que les Annales de la Société des Missions Étrangères n’en donnent pas la traduction ; elles auraient même publié le texte, s’il n’avait déjà paru dans une brochure contenant le récit officiel de la Béatification de nos Martyrs.

    LÉON XIII PAPE
    Pour perpétuelle mémoire

    Aucune époque n’a jamais vu se clore la liste des hommes courageux qui, par l’effusion de leur sang, ont rendu témoignage au Christ; mais les glorieux dyptiques où sont gravés leurs actes, s’enrichissent toujours de noms nouveaux. En effet, dès sa naissance l’Église fut empourprée du sang des Martyrs, et elle n’a pas cessé dans la suite des âges de donner au monde d’éclatants exemples de force.
    Pour ébranler le courage des soldats du Christ, les tyrans inventèrent des supplices ; mais à l’éternelle gloire de l’Église, ils ne firent que multiplier les palmes et les couronnes au front de ses magnanimes héros. Et certes ce n’est pas sans une providence spéciale de Dieu, car il fallait bien qu’il parût avec évidence qu’au milieu de leurs sanglants combats, du haut du ciel, les assistait l’auteur de notre foi, Jésus-Christ, qui, comme parle saint Cyprien, « soutient et relève dans la mêlée les champions et les défenseurs de son saint nom, lutte et triomphe dans ses serviteurs.»
    En ce siècle même qui déjà touche à son déclin, les provinces de la Cochinchine, du Tonkin et de l’Empire chinois ont été fécondes en martyrs.
    Durant plusieurs années, le vent de la persécution souffla avec violence sur ces régions si heureusement conquises à la doctrine du Christ ; on vit alors de nombreux messagers de l’Évangile, après d’indicibles labeurs, après avoir bravé toutes sortes de périls, sceller de leur sang cette foi divine qu’ils avaient fécondée de leurs sueurs.
    Cette généreuse cohorte d’athlètes du Christ a renouvelé de nos jours les actes glorieux des premiers Martyrs. Des évêques, des prêtres séculiers et réguliers, des catéchistes, des satellites, des hommes de toute condition et de tout âge, des femmes même ont sans faiblir, subi l’exil, la prison, la torture, tous les supplices enfin, plutôt que de fouler la croix, plutôt que d’abandonner notre sainte religion. Cependant pour vaincre la constance et la foi des chrétiens, les féroces bourreaux ont eu recours à des supplices si raffinés, que l’esprit, loin de les retracer, se refuse même à y penser. D’aucuns attachés à des poteaux ont été étranglés, d’autres crucifiés, plusieurs sont morts sous la hache, un grand nombre ont succombé à la faim, ont été coupés en morceaux ou démembrés d’autres enfin enfermés dans des cages comme des bêtes, exposés aux ardeurs du soleil, brûlés par la soif, flagellés, enchaînés, se consumant dans la fétidité des cachots, ont passé de cette vie périssable à la bienheureuse immortalité. Et c’est l’aine joyeuse et inflexible qu’ils ont bravé l’atrocité de ces supplices. Ils se sont montrés, dirons-nous après saint Cyprien, plus forts que les bourreaux, et les longs tourments, auxquels ils ont été si souvent soumis, n’ont pu triompher de leur invincible foi.
    Quarante-neuf de ces glorieux Martyrs appartiennent à l’illustre Société des Missions Étrangères qui, en propageant au loin la religion du Christ, à si bien mérité de son église. Ce sont en Chine : Jean-Gabriel-Taurin Dufresse, évêque de Tabraca et vicaire apostolique du Su-tchuen, Auguste Chapdelaine, Augustin Tchao, Paul Lieou ou Liou, Joseph Yuen ou Uen, Thaddée Lieou, Pierre Lieou ou Ouen-Yen, Pierre Ou, Joachim Ho, Laurent Pe-Man et Agnès Tsao-Kouy, morts pour la foi.
    Ce sont en outre, au Tonkin les martyrs : Pierre Dumoulin-Borie, évêque élu, Jean-Charles Cornay, Augustin Schoeffler, Pierre Khoa, Vincent Diem, Pierre Tuy, Jacques Nam, Joseph Nghi, Paul Ngan, Martin Thinh, Paul Khoan, Pierre Thi, André Dung ou Lac, Jean Dat, Luc Loan, Pierre Tu, François-Xavier Can, Paul Mi, Pierre Duong, Pierre Truat, Jean-Baptiste Thanh, Pierre Hieu, Antoine Dich, Michel Mi, Martin Tho, Jean-Baptiste Con, Jean-Louis Bonnard.
    En Cochinchine ont été mis à mort en haine de la foi, François-Isidore Gagelin, missionnaire apostolique et provicaire général, François, Jaccard, Joseph Marchand, Emmanuel Trieu, Philippe Minh, André Trong, Thomas Thien, Paul Doi-Buong, Antoine Quinh-Nam, Simon Hoa et Mathieu Gam.
    Entre eux par exemple, le jeune soldat André Trong se fit remarquer par sa constance, bien digne ainsi de sa courageuse Mère, qui à l’imitation de la Mère des douleurs, assista au supplice de son fils, demanda au bourreau la tête du Martyr et la reçut sur son sein.
    Vingt-six autres martyrs viennent enrichir la famille des Frères-Prêcheurs si féconde en saints. Parmi eux, trouvons Ignace Delgado, évêque de Mellipotamine et Dominique Hénarès, évêque de Fesscite son coadjuteur. Le premier mourut du long supplice de la prison et de la cage, le second consomma son triomphe par la décapitation. Ils eurent pour compagnons de martyre au Tonkin neuf prêtres du même ordre : Joseph Fernandez, Vicaire provincial, Vincent Yen, Dominique Dieu ou Hanh, Pierre Tu, Thomas Du, Dominique Doan ou Xuyen, Joseph Hien, Dominique Trach ou Doai et Dominique Tuoc, tous décapités sauf le dernier qui mourut des suites de ses blessures. Parmi les autres prêtres, nous trouvons Joseph Nien ou Vien, Bernard Due tous deux décapités et Pierre Tuan qui mourut dans les fers après de longs tourments. Viennent ensuite, le catéchiste Joseph Canh, médecin, François Chien ou Chieu tous deux décapités, Joseph ou Pierre Uyen mort de misère dans sa prison, Thomas Toan mort de faim, F.-X. Mau et Dominique Uy étranglés, tous du tiers ordre de Saint-Dominique. Furent aussi étranglés deux autres tertiaires dominicains : Auguste Moi et Étienne Vinh, cultivateurs. Ils eurent pour compagnons de souffrance trois soldats; Dominique ou Nicolas Dat, Auguste Huy et Nicolas The ; le premier périt par la corde, les deux autres coupés en morceaux. Le dernier est Thomas De, cordonnier, tertiaire comme ses compagnons de souffrance et étranglé comme la plupart d'entre eux.
    La Congrégation de la Mission de Saint-Vincent de Paul qui embrasse par l’universalité de ses œuvres de zèle et de charité l’humanité toute entière, ajoute un nouveau nom à ces glorieux martyrs. C’est François Clet, martyrisé en Chine. Ce vénérable serviteur de Dieu, que les labeurs apostoliques ne purent briser ni les dangers et les menaces effrayer, après les longs tourments d’une dure prison, étouffant sous la corde et broyé sous les coups, supporta sans faiblir un long et douloureux martyre.
    Enfin, pour que cette phalange invincible vît briller dans son sein, un nom d’Italie, elle le demanda à l’Ordre des Mineurs Franciscains toujours bien méritant de la religion et de la société. C’est le V. Jean Lantrua, appelé de Triora du nom de sa ville natale en Ligurie. Après avoir converti une foule de païens, affermi dans la foi grand nombre de chrétiens, seul prêtre dans l’immensité de l’empire chinois, il a exercé sans crainte le ministère de la religion proscrite, jusqu’à ce qu’enfin jeté dans les fers, condamné à mort et étranglé, il rendît sa belle âme à Dieu. La renommée du triomphe glorieux de tous ces martyrs s’est répandue dans l’univers chrétien tout entier. A ce triomphe ne manquèrent ni l’éclat des miracles ni les signes célestes. Souvent, des corps de ces martyrs restés intacts s’exhala une suave odeur ; souvent, après leur supplice, un ciel serein fit entendre les grondements du tonnerre. C’est ici le tribunal du mandarin frappé par la foudre ; là, ce sont des villes secouées par des tremblements inaccoutumés. Parfois une nuée d’hirondelles gazouillant dans les airs, volait joyeuse autour des mourants. Parfois, le martyre de ces vénérables serviteurs de Dieu à peine consommé, des ombres couvrirent la face brillante du soleil et les bourreaux impies se prirent à redouter l’horreur d'une éternelle nuit. Des conversions de païens opiniâtres à la foi du Christ, et les terribles châtiments qui pesèrent sur les auteurs de tant de massacres, ont prouvé que leur sang était vraiment une semence de chrétiens. C’est pourquoi les procès préliminaires ayant été instruits selon les formes et envoyés à Rome, la Sacrée Congrégation des Rites a été saisie immédiatement de la Cause de leur martyre. Toutes preuves dûment examinées, par des décrets portés le 6 des none de juillet de l’an dernier, le 5 des calendes de mars et le 8 des calendes d'avril de l'année courante, nous avons solennellement déclaré qu’il constait du martyre, de la cause et des miracles ou signes, des 77 Vénérables serviteurs de Dieu, deux exceptés, le V. Mathieu Gam et Jean-Louis Bonnard pour qui les miracles font défaut, mais qui par la splendeur de leur martyre, la force avec laquelle ils ont supporté la mort pour Jésus-Christ, doivent être de par nous tenus pour Martyrs au même titre que les autres.
    Pour compléter la série nécessaire de ces actes, il restait à reconnaître si ces Vénérables serviteurs de Dieu pouvaient être en toute sûreté placés parmi les Bienheureux. C’est ce que fit notre cher fils, Cajetan Aloisi-Masella, cardinal-prêtre de la sainte Eglise romaine, référendaire de la Cause dans les comices (réunions) de la Sacrée Congrégation des Rites tenues devant nous au Vatican le 6e des calendes d’avril de cette année courante. Tous les Cardinaux préposés à la défense des rites sacrés et tous les Pères consulteurs présents, d’un suffrage unanime, ont répondu affirmativement. Nous avons jugé qu’il fallait redoubler de prières, afin que pour la décision d’une si grave affaire la divine sagesse nous vînt en aide. Mais le dimanche avant les solennités de la résurrection du Christ, cette même année, après l'offrande du sacrifice eucharistique en présence de notre cher fils le susdit cardinal Cajetan Aloisi-Masella, référendaire de la Cause et pro-préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, du R. P. Jean-Baptiste Lugari, promoteur de la foi et du Révérendissime secrétaire de la même Congrégation Diomède Panici, Nous avons décrété qu’il pouvait être en toute sûreté procédé à la Béatification des 77 martyrs. Ainsi donc cédant aux prières des quatre Ordres religieux, c’est-à-dire de la Société des Missions Étrangères, de l’Ordre des Frères-Prêcheurs, de la Congrégation de la Mission de Saint-Vincent de Paul et de l’Ordre des Mineurs de Saint-François d’Assise, comblant les vœux des Vicaires apostoliques, du Tonkin, de la Cochinchine et de l’Empire chinois qui dans ces régions empourprées du sang des martyrs du Christ, veillent sur le troupeau du Seigneur; de l’avis de nos Vénérables frères les EEmes Cardinaux de la Sacrée Congrégation des Rites préposés à la défense des rites sacrés, par notre autorité apostolique, en vertu des présentes, Nous permettons que les Vénérables serviteurs de Dieu Jean-Gabriel-Taurin Dufresse, évêque de Tabraca, Pierre Dumoulin-Borie, évêque élu, et leurs compagnons des Mission Étrangères, Ignace Delgado, évêque de Mellipotamie; Dominique Hénarès, évêque de Fesseite ; de l’ordre des Prêcheurs et leurs compagnons déjà nommés, enfin François Clet, de la Congrégation de la Mission et Jean de Triora, de l’Ordre des Mineurs de Saint-François, mis à mort en haine de la foi par les idolâtres soient désormais appelés bienheureux. Nous permettons aussi que leurs corps, leurs souvenirs et leurs reliques, sans pouvoir être portés dans les cérémonies solennelles, soient exposés à la vénération publique et que leurs images soient décorées de rayons.
    En outre par notre même autorité, Nous accordons qu’en leur honneur on récite l’office et la messe du Commun de plusieurs martyrs selon les règles du Missel et du Bréviaire soit romain, soit dominicain avec les oraisons propres par Nous approuvées. Nous autorisons la récitation de cet office et la célébration de cette messe dans les résidences et églises des quatre Congrégations intéressées, voire même des Filles de la Charité, par tous les fidèles du Christ tant séculiers que réguliers qui seraient tenus à la récitation des heures canoniales. Enfin Nous accordons que dans ces églises, en quelque lieu qu’elles se trouvent, les solennités de la béatification des Vénérables serviteurs de Dieu se célèbrent avec l’office et la messe du Rit double-majeur, et Nous ordonnons que le jour de ces fêtes soit fixé respectivement par l’Ordinaire dans le courant de la première année qui suivra les solennités accomplies dans notre Basilique patriarcale du Vatican.
    Et ceci nonobstant les Constitutions et Ordres apostoliques et Décrets « de non cultu » ainsi que tout autre édit contraire. Nous voulons aussi que les exemplaires de ces Lettres, même imprimées, pourvu qu’elles portent la signature du Secrétaire de la Sacrée Congrégation des Rites et le sceau du préfet, aient la même autorité même dans les controverses judiciaires, que ces lettres où est manifestée notre volonté.
    Donné à Rome, près Saint-Pierre, sous l’anneau du Pêcheur, le 7 mai 1900, de notre Pontificat la 23e.
    L. + S ALOIS. CARD. MACCHI

    1900/198-202
    198-202
    France
    1900
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