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Bo teuloum l'ogre albinos 2 (suite)

VARIÉTÉS Bo teuloum l'ogre albinos 2 (suite) (OU L'HISTOIRE DU PETIT POUCET CHEZ LES REUNGAO) (Suite 1). A l'entrée du village, il dut se baisser pour entrer au « mang jang » 2 Xet en profita pour s'accrocher à la traverse supérieure et de là s'enfuir. La charge de « blo » était tellement lourde que l'albinos ne s'aperçut même pas de la différence de poids. Aussi est-ce tout souriant qu'il gravit l'échelle de son palier 3.
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    VARIÉTÉS

    Bo teuloum l'ogre albinos 2 (suite)

    (OU L'HISTOIRE DU PETIT POUCET CHEZ LES REUNGAO)
    (Suite 1).

    A l'entrée du village, il dut se baisser pour entrer au « mang jang » 2 Xet en profita pour s'accrocher à la traverse supérieure et de là s'enfuir. La charge de « blo » était tellement lourde que l'albinos ne s'aperçut même pas de la différence de poids. Aussi est-ce tout souriant qu'il gravit l'échelle de son palier 3.
    « Ia Guê ! S'écria-t-il, vite une natte pour recevoir les chéris que je vous amène ! Vite ! C'est Xet, Tang et toute leur famille qui nous arrivent ! »
    Mais, horreur ! La hotte renversée, seul un énorme tas de « blo » vint s'étaler sur la natte !
    « Les farceurs ! Ah ! Ils ont voulu me jouer ! S'écria Bô Teulum tout rouge de colère. Ils ont donc oublié qu'ils n'ont plus de jambes ! Aussi cela ne va pas être long ».
    Et d'un bond il fut à terre à la recherche des fugitifs.
    Cela fut plus long qu'il ne s'y attendait ; voire même que le soir il dut revenir bredouille.
    « C'est vraiment dommage ! Ia Guê ! Dit-il tout triste ! Les bras étaient si replets ! Les cuisses si rondes et si tendres ! Là ! Mais juste ce qu'il faut ! Comme c'eut été croustillant !... Mais rien n'est perdu ! Qui a bu boira. Vite ! Cuis de nouveau du vin ; et attendons trois ou quatre jours ! »

    1. Voir mars avril n° 68, p. 105.
    2. Régulièrement tout village moï est entouré d'une palissade, la porte s'appelle « mang jang », c'est un espèce de corridor recouvert de bambous taillés en lancettes. Des barres transversales, que l'on fait glisser, en ferment l'entrée.
    3. Les maisons sont bâties sur pilotis ; on y grimpe par un tronc d'arbre muni d'entailles plus ou moins profondes.

    Cette fois, comme la première, Bô Teuloum ne fut pas avare de friandises.
    On ne résiste pas devant des pousses de rotin bien tendres, de la canne à sucre, des ananas bien à point ! Ket s'attendait à l'aubaine et il était aux aguets depuis la veille. Bô Teuloum ne l'effrayait plus beaucoup et le déclanchement du piège encore moins. « Qui oserait donc y toucher maintenant ? » Pensait-t-il. Aussi, convoqua-t-il de nouveau tous ses amis, Ia Kruah y comprise, à condition qu'elle se tiendrait tranquille.
    « Plus d'exubérance cette fois, j'espère ! » Lui dit-il ;
    La bonne « Ia » promit tout, mais vaines précautions ! Car les pousses de rotin étaient si tendres et le vin si bon que tout le monde s'enivra, et, « Phüng ! La porte tomba sans qu'on sût ni pourquoi ni comment !
    « Ce coup-ci, c'est bien fini ! Nous n'y échapperons pas ! » Se dirent-ils.
    Le lendemain, en effet, l'ogre venait et ramassait tous nos gourmands dans sa hotte, après les avoir bien liés cette fois.
    Du plus loin qu'il pût il appela sa femme :
    « Ia Guê ! Ia Guê ! Vite une natte pour y déposer mes petits enfants que je ramène bel et bien aujourd'hui !
    La natte était à peine déployée que le gibier venait s'y étaler tout vivant.
    « Ia Guê ! Dit aussitôt l'ogre. Qui allons-nous prendre pour notre déjeuner ? Je commence à sentir la faim !
    Puis, se tournant vers Xet, il ajouta :
    « Xet ! Mon enfant ! As tu le foie bien gros ?
    Il ne dépasse guère l'épaisseur d'un cheveu ! » Répondit celui-ci.
    Et toi Tang ?
    Le mien est de la grosseur d'un grain de sésame ».
    Et chacun de faire son foie le plus petit possible ! Arriva le tour de Ia Kruah :
    Et toi donc, ma fille, ton foie au moins est bien gros ! Demanda Bo Teuloum.
    Le mien ? Il dépasse le van et le plateau à sécher le riz !
    Bravo ! Ma fille ! Toi au moins tu as du foie ! Entre donc dans cette chambre, tu seras servie à part ».
    On lui servit en effet un coup de bâton sur la nuque, puis Bô Teuloum la jeta dans la marmite de dix empans, après lui avoir coupé les bras et les jambes, et elle servit au repas du ménage.
    Le lendemain Bô Teuloum pria Ia Guê de garder la maison : « Moi, dit-il, je vais inviter mon oncle le Tigre au festin ! » Aussitôt après son départ, l'ogresse se mit à piler le riz pour cuire le vin.
    « Grand'mère ! Lui dit Xet, nous vous aiderions volontiers ! Il y a parmi vos petits enfants de très habiles pileurs ! »
    Une bien bonne idée que tu as là ! Répondit Ia Guê, et elle détacha Xet.
    « Ce fut alors » Klang ! Klang ! Sur le riz qui doit fermenter et Klong ! Klong ! Sur le sésame qui sera mêle au hachis qui sera fait avec les tètes de Xet et de Tang. « Déjà l'ogresse savourait tout cela tandis que se balançant suivant le mouvement du pilon, sa tête faisait ngil ! Ngoul ! Ngil ! Ngoul ! A cette idée son coeur se fondait d'aise et sa joie se changeait en bienveillance pour ses prisonniers.
    « Xet mon enfant ! Vous êtes vraiment habile ! Dit-elle au bout d'un instant.
    « Et si vous voyiez Tang, donc ! Réplique Xet, détachez-le donc un peu ! »
    Ia Gué ne se fit pas prier et ce fut : Klang ! Klang ! Klang ! Sur le riz et Klong ! Klong! Klong ! Sur le sésame pendant que la tête de l'ogresse faisait toujours ngil ! Ngoul ! Ngil ! Ngoul ! Peu dé temps après, tous ses hôtes était déliés et armés de pilons. Ils tombèrent tous sur elle, l'assommèrent et la découpèrent en morceaux, et en remplirent un van et un grand plateau. Puis tous s'enfuirent après avoir fermé la route derrière eux avec des lancettes. Seul Xet resta pour voir ce qui allait se passer. En attendant le retour de Bô Teuloum, il mit la maison en désordre, cacha un heukou dans la cendre du foyer et un heu keng1 dans la marmite de riz, écrasa des piments dans la gourde d'eau et piqua des aiguilles dans le chiffon dont l'ogre se servait d'habitude. Puis il se cacha dans un coin et attendit.
    Cependant Bô Teuloum était arrivé chez le Tigre son parent : « Oncle Tigre ! Lui dit-il! J'ai fait une chasse merveilleuse : Pense donc ! Xet ! Tang !... Sept personnes d'un seul coup ! Je t'invite au festin. Si tu as un peu de sel, n'oublie pas d'en emporter pour mêler aux viandes ! »
    Quand tous deux entrèrent à la maison, ils trouvèrent les mets tout servis et le vin tout préparé. Ia Gué était absente, il est vrai. Sans doute elle était au bois ou à l'eau, et pour sûr, elle n'allait pas tarder à rentrer ; on ne l'attendit pas.
    Bô Teuloum prit le sel de son compère :

    1. Heukou et Heukeng espèces de poissons, dont la dernière espèce a les ouïes armées d'aiguillons.

    « Allons sel ! Dit-il, va manger Xet. Tang et ses frères ! » Par extraordinaire le sel n'obéit pas. « Vas donc manger ta grand'mère ! » Ajouta-t-il par manière d'imprécation. Cette fois le sel se précipita et disparut. Cela fit tout simplement rire l'ogre qui n'en fit pas moins bonne ripaille avec son oncle le Tigre, et celui-ci ne se retira qu'à la fin de la journée. Quand Bô Teuloum se sentit seul, il s'aperçut que Ia Gue n'était pas encore rentrée, il fut pris d'inquiétude et appela :
    « O ! Ia Guê, Ia Guê !
    « Oe ! Répondit un oiseau, je fends du bambou mort pour faire des torches et t'éclairer! Patiente un instant ! »
    Bô Teuloum s'y méprit tellement qu'il entra en fureur lorsqu'il entendit le même oiseau chanter :
    « Oh ! Bô Teuloum Bô Teula a tué sa femme !
    Oh ! La tête est sur le grenier !
    Oh ! Le menton est sur l'étagère !
    Oh ! Le sang est sur le plancher !
    Oh ! Bô Teuloum Bô Teula a mangé sa femme !
    « Dis donc ! Méchant oiseau ! S'écria-il, te moquerais-tu de moi, par hasard ! Et quel rapport y a-t il entre la tête de ma femme et celle de Xet et de Tang? »
    Mais toujours l'oiseau implacable continuant sa chanson :

    Bô Teuloum Bô Teula a mangé sa femme !...

    « Toi je vais te soigner », rugit l'ogre, et d'une flèche, il abattit la bête de malheur.
    « Chante donc maintenant ! » Lui cria-t-il.
    A la stupéfaction du vieillard, l'oiseau recommença ; l'ogre mit l'animal cuire sur le feu dans un tube de bambou : impossible de le faire taire ! Il le mangea : l'oiseau n'en cria que de plus belle dans son ventre et profita de la première digestion pour reprendre son vol et revenir sur le toit de la maison. Alors infatigable il recommença :

    Bô Teuloum Bô Teula a mangé sa femme !...

    L'ogre en fut bouleversé, branlant la tète, ngil ! Ngoul ! Ngil ! Ngoul ! Il se leva pour regarder sur l'étagère : Ia Gue ! C'était bien la tête de Ia Gue ! Longtemps il fit retentir la maison de ses lamentations et de ses gémissements !
    Quand la faim vint le rappeler à la réalité, il alla mettre la main dans la marmite : le heukeng qui s'y trouvait, la lui perça. Il voulut aussitôt souffler le feu pour se rendre compte de ce qu'il y avait : le heukou se débattit remplissant de cendres les yeux de l'ogre. Il saisit alors le vieux chiffon pour s'essuyer la figure, mais ne réussit qu'à se crever un il ; la douleur le fit reculer, et il alla donner de la tête contre un nid de guêpes fixé au toit. Celles ci se jetèrent sur lui et achevèrent de l'aveugler. Pour se débarrasser de leurs piqûres, il sauta en bas de son perron et voulut s'enfuir ; mais, n'y voyant plus, il alla trébucher contre les lancettes de Tang, et pao ! S'ouvrit le ventre en tombant : cela sous les yeux de Xet qui se proclama son héritier.

    1909/152-156
    152-156
    France
    1909
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