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Birmanie septentrionale historique des districts 3 (Suite et Fin)

Birmanie septentrionale Historique des districts PAR M. J.-D. FAURE Missionnaire apostolique. (Fin3).
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    Birmanie septentrionale
    Historique des districts
    PAR M. J.-D. FAURE
    Missionnaire apostolique.
    (Fin3).
    Peu après l'annexion de la Haute Birmanie par le gouvernement anglais, un régiment indien fut établi à Maymyo. Mgr Usse, alors chapelain militaire, s'occupa en 1887 des quelques catholiques qui accompagnait le régiment. Vers 1889, ils furent visités par le P. Legendre, et ce n'est qu'en 1898 que le P. Moysan vint s'établir à Maymyo. Mgr Usse venait d'obtenir du gouvernement de l'Inde un terrain de 25 acres, situé à proximité de la station projetée du chemin de fer. Le P. Moysan, usé par la maladie, dut rentrer en France l'année suivante. Le P. Delort, alors chargé des Indiens de Mandalay, eut à. visiter de temps à autre les quelques chrétiens qui se trouvaient à Maymyo.
    Vers la fin de 1900, M. Jarre fut chargé du poste, qu'il visita une fois ou deux avant la fin de l'année, et ce n'est que le 2 janvier 1901 qu'il vint s'y établir définitivement.

    1. Annales de la Propag. de la Foi, XV, 514,
    2. Epist. S. Pauli; Eph. III, I; Philem., 1et 9.
    3. A. M.-E., 1917, n° 114, p.88, n° 115, p. 133.

    A son arrivée, il trouva comme chapelle une petite maison en bambous qui menaçait ruines. Il commença aussitôt une construction qui devait servir de résidence pour le missionnaire, de chapelle provisoire et de sanatorium pour les confrères malades.
    Dans le courant de la même année, furent construits : le sanatorium des Soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie ; en 1902, la maison des Soeurs de Saint-Joseph, ainsi que la grotte de Notre Dame de Lourdes, et l'année suivante la demeure des Frères.
    En 1903, s'éleva l'église du Sacré Coeur, qui ne tarda pas à devenir trop petite et qui dut être agrandie des deux tiers en 1905.
    En 1904, sur l'emplacement de la première chapelle en bambous, fut construite, au milieu de la ville birmane, une chapelle en briques pour les chrétiens tamouls de Maymyo. Cette chapelle sert actuellement d'école pour les enfants indiens.
    En 1906, fut commencé le couvent de la Sainte Famille qui s'ouvrit en février 1908, comme école supérieure de filles sous la direction des Soeurs de Saint-Joseph.
    En 1907, eut lieu la construction d'un Institut pour les soldats catholiques.
    Cette même année, le P. Moindrot devint assistant du P. Jarre ; il organisa en peu de temps la paroisse tamoule ; le gouvernement anglais donna, au mois de mai 1912, un terrain de 4 acres. M. Jarre bâtit une église que Mgr Foulquier bénit le 7 mai 1913. Cette église, de style gothique, large de 47 pieds, longue de 110, surmontée d'une flèche de 80 pieds de hauteur, est dédiée à l'Immaculée Conception. Tout près s'élève la résidence du missionnaire. Le P. Moindrot est curé de cette nouvelle paroisse.
    En plus des soldats qui ne forment qu'une population flottante, le poste de Maymyo compte actuellement 1.000 catholiques.

    Commencement des chrétientés de Bhamo et des environs.

    Le P. Louis Biet est le premier missionnaire envoyé à Bhamo pour y fonder une chrétienté. C'était en 1874. Pendant qu'il se faisait construire une petite maison hors de la ville, au coin de la forêt, près de la résidence anglaise, le Résident, le capitaine Cook, lui donnait l'hospitalité. La maison terminée, le P. Lyet vint rejoindre M. Biet, mais il tomba bientôt malade de la fièvre et partit pour le sanatorium de Hong kong. Le P. Biet, atteint à son tour de la fièvre et de plaies aux pieds et aux, jambes, dut descendre à Mandalay, où s'étant rétabli un peu, mais pas assez pour remonter à Bhamo et continuer l'entreprise commencée, il retourna occuper son ancien poste de Nabeck.
    Le P. Lecomte prit sa place. Avant de quitter Mandalay, il obtint du roi Ming don, auprès duquel il était en faveur, un ordre l'autorisant à se construire une résidence dans l'intérieur de la ville et enjoignant aux autorités de lui prêter assistance. Arrivé à Bhamo, le Père missionnaire choisit à la porte du nord de la ville, mais à l'intérieur, un petit terrain, le meilleur qu'il put trouver parmi les terrains libres ; ensuite il fit venir les matériaux et chercha des ouvriers pour commencer les constructions. Ni dans la ville, ni dans les environs, il ne lui fut possible d'en trouver. Tous se récusaient, qui pour une raison, qui pour une autre, jamais la vraie. Le Père dut prendre des Katchins, des montagnards, errants dans la plaine. Ils se mirent à l'ouvrage, déblayant le terrain, creusant les fondations. Mais aussitôt des mains invisibles lançaient des pierres contre les travailleurs. Les pauvres gens prirent peur et voulurent s'enfuir. Le missionnaire les ramena sur le terrain et, pour leur donner de l'assurance, se tint en permanence au milieu d'eux.
    Les jets de pierres cessèrent peu à peu ; mais d'autres difficultés survinrent. On en faisait naître tous les jours et pour chacune ; le Père était obligé de recourir à l'assistance du gouverneur de la ville et de la province. Heureusement, celui-ci était bon, et le P. Lecomte avait su s'en faire un ami. Grâce à sa protection, la maison chapelle, en briques, avec étage put être continuée et terminée ; l'ordre royal, bien que très explicite n'y aurait pas suffi, les Birmans sachant parfaitement comment on désirait, en haut lieu, qu'un ordre royal concédé en faveur de Kalas (étrangers) fut interprété : susciter autant de difficultés qu'on pourrait afin d'en empêcher l'exécution.
    En 1875, le P. Cadoux d'abord, le P. Jeanjot ensuite, vont rejoindre le P. Lecomte. Le P. Jeanjot meurt au mois de juin de l'année suivante d'une fièvre pernicieuse compliquée de congestion cérébrale. Le P. Faure le remplace en octobre de la même année. La maison était terminée. Les trois missionnaires se mirent à l'étude de la langue katchin. Suivant l'ordre alphabétique du dictionnaire birman, le P. Lecomte faisait sur chaque mot une phrase ou une interrogation en birman, que l'interprète traduisait en katchin. On l'écrivait comme on pouvait, mettant les syllabes à la suite les unes des autres, sans séparation, ne sachant ni le commencement ni la fin de chaque mot en particulier, et l'interprète qui ne savait ni lire, ni écrire, était incapable de le dire. Pour représenter tant bien que mal les sons de cette langue si étrange à des oreilles françaises, on se servait des lettres de notre alphabet, avec supplément de signes conventionnels.

    ***

    Vers la fin de cette année et pendant une partie de janvier 1877, les PP. Lecomte et Cadoux firent un voyage d'exploration à la recherche d'un village katchin, qui voulut bien recevoir les missionnaires catholiques. Il s'en trouva un sur la chaîne de montagnes au nord de Bhamo. On y arrive en remontant l'Irawaddy pendant une grande journée et davantage quand les eaux sont grandes, puis on quitte la barque et à pied, à travers la forêt, par des sentiers tortueux et escarpés, on arrive à la montagne de Cha-ou-boume qui donne son nom au village situé près de son sommet. Le chef et deux notables de l'endroit avaient suivi les Pères à Bhamo, afin de voir leur établissement dans cette ville et de faire plus ample connaissance avec eux. On leur fit quelques présents et ils repartirent, l'air fort satisfait. Ils promettaient de construire une résidence pour les missionnaires.
    Lorsque les PP. Cadoux et Faure vinrent en prendre possession en mars de cette même année, ils trouvèrent une petite construction en bambous, longue d'environ huit pieds sur autant de large, qui leur servit ensuite de cuisine quand ils eurent fait élever une maison plus habitable. Il leur surent néanmoins gré de leur bonne volonté et les appelèrent Kyoung-taga, titre dont ils étaient fiers et qu'ils portèrent le reste de leur vie.
    Dans les derniers jours d'avril de cette même année, Mgr Bourdon visita Bhamo et les missionnaires de la montagne. Leur établissement était bien primitif et leur nourriture de tous les jours à peu près semblable de celle des habitants du village. A Bhamo, le P. Lecomte avait réuni quelques enfants païens et leur faisait la classe. Avec l'évêque étaient arrivés deux nouveaux missionnaires : le P. Haillez et le P. Laurent ; quelques mois après revenait le P. Lyet. Quand, au mois de septembre, les deux missionnaires de la montagne, malades de la fièvre, durent descendre à Bhamo, six missionnaires étaient réunis ; trois malades et la plupart du temps obligés de garder le lit et trois autres plus ou moins bien portants. Afin d'épargner des frais à la mission, ils ne furent pas appelés à la retraite annuelle à Mandalay en novembre, ils firent leur retraite à Bhamo, sous la direction du P. Lecomte, provicaire et supérieur de cette partie de la Birmanie septentrionale.
    La retraite terminée, les PP. Cadoux et Faure remontent à leur poste, à Cha-ou. En janvier 1878, ils entreprennent un voyage au nord à travers les pays katchins. Une année s'était écoulée depuis qu'ils avaient pris con tract avec les gens de leur village et de quelques villages voisins. Ce temps avait été plus que suffisant pour leur faire entrevoir les obstacles qui entraveraient l'évangélisation de ces peuplades sauvages ; le principal était le culte général et public des Nats ou Esprits. Ils voulaient s'assurer si plus au nord, ils ne rencontreraient pas quelque tribu plus dégagée de l'influence de ces esprits. Ils partirent avec deux porteurs et un notable d'un certain âge qui, dans sa jeunesse, avait habité quelque temps ces régions du nord. On voyageait à pied, gravissant et descendant les différentes chaînes de montagnes qui se présentaient. S'il se rencontrait un cours d'eau à franchir, nos Katchins n'étaient pas en peine. Avec de gros bambous, ils avaient vite fait de composer un radeau pour nous transporter sur l'autre rive, non sans danger toutefois ; mais leur confiance ranimait la nôtre.
    Quand on ne trouvait pas de village à la fin d'une journée, on couchait dans la forêt. Contre la rosée du matin on s'abritait sous des branchages et contre le froid et les bêtes féroces on se protégeait en entretenant toute la nuit, un grand feu. La nuit qui précéda le 27 janvier 1878 on avait couché dans un champ de riz. La moisson venait d'être terminée. Avec la paille qui restait, on s'était fait une couche bien supérieure à la terre nue. On avait dormi comme des sybarites et on s'attardait un peu. Tout d'un coup, le P. Cadoux se dresse sur pieds et la face tournée vers le soleil qui se levait aussi, il entonne le chant du départ : Partez hérauts... A son confrère étonné qui le regarde et l'interroge des yeux, il dit : « Vite ! Vite! Debout, debout, fixe! Je vais vous baiser les pieds. C'est que vous avez assisté à mon départ, et je n'ai pas assisté au vôtre, dont c'est aujourd'hui le troisième anniversaire. Ah ! Vous croyiez peut-être que je n'y penserais pas et que vous échapperiez à mes félicitations ».
    Autant que possible, les voyageurs réglaient leur marche pour arriver avant la nuit dans un nouveau village. Ils allaient droit à la maison du chef, disaient d'où ils venaient et ce qu'ils étaient. Le chef ne manquait pas de les introduire chez lui. Il leur donnait la chambre des hôtes. Quelquefois même, il les admettait au foyer intérieur de la famille. Des maisons voisines, on accourait, on formait le cercle autour des étrangers, on causait et la confiance venait peu à peu chez ces gens défiants. La barbe du P. Cadoux était comme une lettre de recommandation que tout le monde savait lire. Elle faisait de lui un personnage vénérable. On lui donnait soixante ans pour le moins. Son compagnon, beaucoup moins garni au menton, était à peine gratifié d'une quarantaine d'années 1.
    De journée en journée, on était ainsi arrivé au-dessus de l'endroit où l'Irawaddy se bifurque en deux branches, l'une venant du nord, l'autre du nord-est. Cette dernière branche arrêta leur marche vers le nord. Les missionnaires arrivaient chez des peuplades d'une autre langue. D'ailleurs, ils avaient assez vu les Katchins pour savoir qu'ils sont à peu près les mêmes partout et que la crainte des Nats exerce également sur eux tous son empire tyrannique. Ils voudraient bien, disaient-ils, s'y soustraire et embrasser notre sainte religion ; mais leur proposer d'abandonner le culte des Nats, c'était leur proposer toutes sortes de calamités, des maladies sans nombre et la mort. Les voyageurs sortirent donc de l'intérieur des terres entre la frontière de Chine et l'Irawaddy et se dirigèrent vers l'ouest, ils arrivèrent après une journée de marche à Le-Myo, un peu au-dessous du confluent des deux bras du grand fleuve. Là, ils louèrent une barque et se laissèrent aller jour et nuit au courant de l'eau, agréablement distraits par l'aspect sans cesse varié que présentent les deux rives, un peu monotone dans la plaine, grandiose, entre les chaînes de montagnes. Ils arrivèrent en quelques jours à Bhamo.
    Pendant ce temps, le P. Lyet était allé sur les montagnes, droit à l'est de Bhamo et s'était établi au village de Sama. Le pauvre Père s'était tracé un plan d'évangélisation bien à lui: il voulait gagner les Katchins et les attirer à notre sainte religion par le spectacle de ses austérités. Hélas! C'était un rêve.

    1. A cette époque le P. Cadoux avait 28 ans, et le P. Faure, son compagnon, 27 ans.

    Vers cette époque, Mgr Bourdon tombe malade et les médecins lui ordonnent un voyage en France. Le P. Lecomte le remplace à Mandalay et le P. Haillez reste en charge de Bhamo. Les PP. Cadoux et Faure sont remontés à Cha-ou poursuivre l'essai de conversion des Katchins commencée l'année dernière. Le P. Laurent va rejoindre le P. Lyet à Sama. La fièvre le prend en route, il est obligé de revenir, et ne guérissant pas, il est envoyé à Nabeck, remplacer le P. Biet. Au mois de novembre de cette année, tous les missionnaires de Bhamo se rendent à la retraite à Mandalay, Mgr Bourdon était revenu de France, amenant avec lui un jeune missionnaire plein de zèle et de talents, le P. Simon.
    Après la retraite, les missionnaires de Bhamo, les PP. Lecomte Cadoux, Faure, Haillez, retournèrent à leurs postes respectifs. Le nouveau venu, le P. Simon resta à Bhamo, apprendre les langues et travailler à y fonder une chrétienté chinoise. Le P. Lyet, toujours malade de la fièvre contractée sur la montagne, demeura également à Mandalay où il mourut, le 9 décembre de cette même année.
    Le P. Lecomte fut pris de la fièvre et presque réduit à l'extrémité, il quitta Bhamo et arriva avec peine à Mandalay. Il fut remis dans son ancien poste de Nabeck, où il consacra le reste de ses jours à différentes oeuvres très méritoires et mourut le 21 février 1892, entouré de l'affection de ses chrétiens qui le vénéraient comme un père et lui témoignèrent leur reconnaissance en faisant dire nombre de messes chaque année.
    A la retraite, il avait été décidé que, tandis que le P. Cadoux continuerait à résider à Cha-ou et à s'occuper de ce poste, son compagnon le P. Faure irait s'établir ailleurs, afin d'élargir le champ d'évangélisation. On choisit la montagne de Kamelin, distante d'environ trois heures de marche de celle de Cha-ou. Les habitants voulurent bien recevoir le missionnaire catholique. Ils aidèrent à la construction de la maison chapelle. Pas de matériaux à acheter, on trouverait dans la forêt, tout ce dont on avait besoin. Ils témoignaient ainsi leur bonne volonté ; mais accepter leurs services gratuits, comme ils les offraient, aurait été de fort mauvais ton.
    Cette maison chapelle en bambous, avec toit en chaume, coûta environ 140 roupies. Il y avait à l'intérieur, une pièce, tendue d'étoffe, qui servait de chapelle. Souvent, le matin, à l'heure de la messe, des païens du village venaient voir nos cérémonies. Les hommes déposaient leurs fusils à l'entrée, les femmes arrivaient par groupe se tenant par la main, et les uns et les autres, s'avançant petit à petit, finissaient par s'accroupir sur les nattes. Là, dans une attitude respectueuse, ils restaient à regarder, les yeux pleins d'une terreur superstitieuse.
    Cette année deux séminaristes : Thomas, de Monhla, et Tobias, de Choung-yo, revenaient de Pinang. Mgr Bourdon les envoya sur la montagne, le premier avec le P. Cadoux et le second avec le P. Faure. Invités à toutes les fêtes, les missionnaires y prennent part chaque fois qu'ils peuvent le faire sans, qu'il y ait participation aux superstitions païennes. Ils prêchent la religion chrétienne et on l'admet sans difficulté, à l'exception de l'obligation qu'elle impose de renoncer au culte des Nats. Ne pourrait-on pas amalgamer les deux cultes ? Pour eux, Katchins, le soin de se rendre les Nats propices est une nécessité de tous les jours. Comment se conserveraient-ils en bonne santé, eux, leur femme et leurs enfants ? Malades, comment parviendraient-ils à guérir ? Les médecines européennes sont bonnes pour les Européens, mais pour un Katchin, elles ne seraient d'aucun effet, si les Nats ne s'en mêlaient. Et encore, comment, sans la protection des Nats, les pluies viendraient-elles en temps voulu, les moissons parviendraient-elles à maturité ? Etc.

    JUILLET AOUT 1917, N° 116.

    Ces obstacles, les missionnaires les avaient prévus confusément, dès les premiers temps de leur séjour sur la montagne ; maintenant ils les jugeaient insurmontables. On ne pouvait, en effet, espérer la conversion en masse de tout le village et les conversions partielles ne paraissaient pas admissibles, parce que ces nouveaux convertis, faisant partie du village, seraient obligés, par les coutumes locales, de prendre part aux sacrifices que le village tout entier faisait aux Nats dans une foule de circonstances. Un seul moyen restait : quitter le village, prendre avec soi les quelques familles disposées à suivre et aller ailleurs fonder un village indépendant, où ne seraient admis que ceux qui auraient renoncés au culte des Nats. C'est te que fit le P. Cadoux au commencement de l'année 1880.

    ***

    A l'est de la montagne de Cha-ou, à deux bonnes heures de marche, à travers bois, se trouvent, dans la plaine, an bord d'un cours d'eau qui communique avec le Moulay-chougn, de magnifiques terrains inoccupés. Le P. Cadoux choisit l'endroit qui lui parut le meilleur. Une famille seulement l'avait suivi. On s'établit dans la forêt, coupant et brûlant afin de déblayer le terrain où le petit village allait s'élever. Pendant ce temps, deux ou trois autres familles étaient venues s'adjoindre à là première. On commença par élever une petite chapelle, puis l'habitation du prêtre, ensuite quelques maisons, les unes après les autres. Tant que durèrent lès travaux le Père et ses néophytes couchèrent par terre, sous lés arbres. Il faisait froid, mais on allumait de grands feux. On n'avait que du riz à manger et de l'eau à boire, mais le fusil du Père faisait de temps en temps quelque bon coup. Alors c'était fête.
    Ce nouveau village, appelée Namepan, ne réalisa pas les espérances du P. Cadoux. D'abord, les familles Katchins ne tenaient pas la promesse qu'elles avaient faites de renoncer au culte des Nats. Dès la première maladie d'un des leurs, ou pour toute autre cause un peu pressante, ils offraient des sacrifices et quand le Père les en reprenait, ils répondaient qu'ils ne pouvaient s'en dispenser. En outre, un autre obstacle, qu'on n'avait pas prévu, se montra bientôt. Tant que les missionnaires avaient vécu sur la montagne, sous l'autorité des chefs et en relations quotidiennes avec les habitants, ceux-ci les avaient considérés comme des amis. Des soupçons leur vinrent dès qu'ils les virent se séparer d'eux ; le P. Faure, pour aller à Mandalay, remplir un poste laissé vacant, le P. Cadoux pour fonder son nouveau village. Ils étaient incapables de comprendre que le seul but du P. Cadoux, en fondant un village, étaient de soustraire à la tyrannie des Nats ceux d'entre eux qui viendraient librement à lui pour devenir les adorateurs du vrai Dieu. Ils ne pouvaient croire à un si complet désintéressement ; certainement, il y avait là dessous quelque noir dessein qu'on se gardait bien d'avouer. Ils devinrent donc défiants et en secret les ennemis du missionnaire. L'occasion de montrer leurs sentiments ne tarda pas à se présenter.
    Un jeune Shan s'était offert comme domestique et le P. Cadoux l'avait accepté, espérant en faire un jour un chrétien. Ce jeune homme avait quelques bonnes qualités, mais il était d'humeur vagabonde, ne sachant pas rester longtemps dans la même place, si bonne qu'elle fût. Une nuit, sans rien dire, il quitta son maître, emmenant avec lui un jeune Katchin de Cha-ou, avec lequel il avait fait amitié et auquel il avait communiqué son humeur voyageuse. Les parents de celui-ci rendirent le P. Cadoux responsable de la disparition de leur enfant. Le missionnaire avait beau leur dire : « Je n'ai pu empêcher cette chose d'arriver, puisque pas plus que vous, je n'en avais connaissance, tout s'est fait en secret. D'ailleurs votre enfant est en âge de se conduire, c'est un grand garçon de 17 à 18 ans ». Ils répondirent : « Si votre domestique n'était pas venu sur la montagne avec vous, notre enfant ne serait pas parti, vous êtes donc responsable ».
    L'affaire alla devant les juges, et voici comment elle se termina d'après une lettre du P. Cadoux, datée du 14 février 1881 :
    « Deux chefs Katchins, dont l'un est parent de mon domestique, sont venus réclamer devant le juge birman. Ils demandaient 50 roupies et un esclave. J'ai prouvé au juge que nous n'avions rien à donner du tout. Le juge était de mon avis. Cependant, à la fin j'ai offert de donner 20 roupies pour notre tranquillité et la tranquillité des Birmans qui pourraient être attaqués et pillés à cause de nous. Le juge a ajouté 5 roupies de sa poche et m'a supplié d'en mettre 5 autres ce qui fait 30 roupies, que me coûtera cette affaire, car il est bien évident que les 5 roupies offertes par le juge lui seront remboursées ».

    ***

    Le P. Fercot remplaça à Bhamo le P. Haillez mort le 17 août 1881. L'année suivante il remplaça encore le P. Simon quand celui-ci fit un voyage en Chine, jusqu'à Tali. Et après ce voyage, lorsque le P. Simon entreprit de fonder une chrétienté chinoise à Mandalay, le P. Fercot continua de prendre soin de quelques néophytes laissés par le P. Haillez à Bhamo.
    Mais déjà, des temps, encore plus difficiles que par le passé, avaient commencé. Le roi Thibaw avait succédé au roi Ming-don et sous son faible gouvernement, au nord et à l'ouest de Bhamo, les Katchins et les Chinois se soulevaient et menaçaient la ville. Enfin, arriva la guerre avec l'Angleterre. Les PP. Cadoux et Fercot furent faits prisonniers par les Birmans et envoyés sous bonne escorte à Mandalay. Les mauvais traitements ne leur furent pas épargnés pendant le voyage. Quand, arrivés en vue de Mandalay, on apprit que la ville était aux mains des Anglais, les gens de l'escorte, de farouches qu'il était auparavant, devinrent doux comme des agneaux.
    ***

    En 1891, le P. Cadoux établit le village de Nankaïpa. Il avait essayé plusieurs fois, soit sur les montagnes Katchins, soit dans la plaine, de s'installer dans quelques villages, mais sans succès. Cette fois sa tentative devait réussir. En arrivant à Bhamo, il trouva sept ou huit familles installées à l'endroit même où se trouve actuellement l'église. Ces familles avaient été réunies là, par les PP. Fercot et Duhand ; elles ne vivaient que très difficilement. Le P. Cadoux demanda au gouvernement des champs à cultiver. A cette époque, il y avait dans le district beaucoup de terrain en friche, parce que la population était peu dense, les bras manquaient à la culture, et aussi parce que les habitants effrayés des pillages des Katchins n'osaient pas s'éloigner de la ville de Bhamo. Le P. Cadoux obtint facilement ce qu'il demandait et ces familles s'établirent à Nankaïpa.
    A peine le village s'était-il formé, que les Baptistes Américains vinrent s'établir tout près de lui et demandèrent à cultiver la moitié du territoire de son village. Le gouvernement le leur accorda. Ce fut une faute. Cette division du territoire d'un seul village en deux fut plus tard la cause de beaucoup de disputes.

    ***

    En janvier 1893, le P, Accarion prit la direction du village de Nankaïpa. Le P. Cadoux retourna dans les montagnes Katchins. Il réussit facilement à réunir quelques familles sur les bords du Namngouk, mais la mort ne lui permit pas d'établir solidement ce village. Trois familles de ce village vinrent plus tard se fixer à Nankaïpa.
    Cette même année, le P. Duhand, chargé de l'administration des chrétiens de la ville de Bhamo, établit un village à un endroit appelé Hakan, à 10 milles environ de Bhamo, de l'autre côté de la rivière. Mais à la mort de Mgr Simon, il fut obligé, en qualité de provicaire, de venir de Mandalay et son village ne put être continué. Ainsi de tous les essais faits cette année-là, aucun ne réussit.
    En 1894 et 1895, le village de Nankaïpa s'agrandit plus qu'on espérait. Aux Shans Birmans qui le composaient, vinrent s'ajouter des Katchins.

    ***

    Vers 1900, le village Katchin de Oug-naung demanda à être instruit. Les baptêmes eurent lieu deux ans après.
    Vers le même temps, des Katchins de la montagne appelèrent le missionnaire pour fonder un village à Tenkhung. Peu après, les villageois des Khuntung et de Malhan demandèrent aussi un prêtre. Le P. Gilhodes prit la direction de ces trois villages. Dans la plaine, à l'est de Bhamo, le P. Juéry s'établissait tout près de Mansi (1903).

    ***

    En 1902, les missionnaires prenaient contact avec les Shans Chinois. Ces derniers, ayant obtenu du gouvernement la permission de s'établir à Kung-naw, prièrent le prêtre de les aider à installer leur village. Après Kung-naw, Talvy et Meinkat demandèrent aussi à être instruits, le P. Delort prit la direction des Shans, et en 1905 eurent lieu les premiers baptêmes. En 1905 aussi, une école fut construite à Nanhlaïn.
    A Bhamo, le P. Fercot acheta un terrain non loin de la maison de la mission. Ce terrain n'était qu'une longue langue de terre, le long d'un ravin sans communication avec la route. Une fois en possession de ce terrain, le missionnaire obtint du gouvernement ce qui le séparait de la route. C'est sur ce terrain que furent bâties la maison du prêtre en 1901 et l'église en 1903.

    ***

    Maintenant on distingue dans le district de Bhamo deux missions différentes. Celle des Katchins sur les montagnes, et celle des Shans dans la plaine. Les différents postes fondés sur les montagnes n'existent que depuis 1902-1903. Le P. Gilhodes fonda Kantung en 1902-1903. Le P. Faucheux s'établit à Mathan en 1904. C'est en ce dernier endroit qu'est mort en 1912 le P. Ch. Lafon. Le P. Juéry a fondé en 1911 Lamaïban, où il réside actuellement.
    Le nombre de Katchins converti est encore peu considérable, et les missionnaires qui travaillent au milieu de ces sauvages ont beaucoup de difficultés à leur faire quitter leurs superstitions. Le P. Gilhodes a établi à Kantung une école sur laquelle il compte beaucoup.
    Les Shans sont évangélisés par les PP. Roche et Faucheux. Le P. Faucheux est dans l'ancien village de Nanhlaïn. Le P. Roche est à Meinkat. Les Shans donnent grand espoir de conversions et les PP. Faucheux et Roche ont déjà eu la consolation d'en baptiser un certain nombre qui se forment assez vite à la vie chrétienne. Avec l'aide de catéchistes, ces deux missionnaires s'occupent de plusieurs villages. Ils ont établi à Nanhlaïn et à Meinkat de petites écoles ou l'on enseigne le birman et le shan.
    Le P. Roche est à Meinkat depuis 1905 et le P. Faucheux à Nanhlaïn depuis 1907.

    GRAVURE

    La cathédrale de Mandalay est située au centre de cette ville, à côté du télégraphe et de la poste.
    Commencée le 24 juin 1888, jour du sacre de Mgr Simon, elle fut bénite le 8 décembre 1890.
    Voici ses dimensions (approximativement) : Longueur 45 mètres ; largeur de la nef 15 mètres ; largeur du transept 21 mètres ; hauteur 12 mètres ; hauteur des flèches 32 mètres.
    Elle est dédiée au Sacré-Coeur.
    Elle a été entièrement construite aux frais de deux chrétiens birmans : Paul U-Po, mort en 1901, et sa femme Madeleine Mah-Malay, morte en 1907.

    1917/198-208
    198-208
    Birmanie
    1917
    Aucune image