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Birmanie septentrionale : En tournée dans la Mission de Bhamo 2 (Suite et Fin)

ANNALES DE LA Société des Missions Étrangères SOMMAIRE Birmanie septentrionale : EN TOURNÉE DANS LA MISSION DE BHAMO, par Mgr Foulquier (fin). — Phatdiem : PREMIÈRE GERBE DE BAPTÊMES À BAN-DAN, lettre du P. Varengue. — LE P. VARENGUE, lettre du P. Miron-neau. — LES BBx EVÊQUES ET PRÊTRES DES MISSIONS ÉTRANGÈRES. — LES PAGODES DANS LE SUD DE L'INDE. — Lanlong : DEUX HISTOIRES, par le P. Doutreligne. — Quinhon : UN SOUVENIR DES PERSÉCUTIONS.
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    Société des Missions Étrangères

    SOMMAIRE

    Birmanie septentrionale : EN TOURNÉE DANS LA MISSION DE BHAMO, par Mgr Foulquier (fin). — Phatdiem : PREMIÈRE GERBE DE BAPTÊMES À BAN-DAN, lettre du P. Varengue. — LE P. VARENGUE, lettre du P. Miron-neau. — LES BBx EVÊQUES ET PRÊTRES DES MISSIONS ÉTRANGÈRES. — LES PAGODES DANS LE SUD DE L'INDE. — Lanlong : DEUX HISTOIRES, par le P. Doutreligne. — Quinhon : UN SOUVENIR DES PERSÉCUTIONS.
    NOUVELLES DES MISSIONS : Tokyo, Séoul, Taikou, Tchongking, Suifou, Ta-tsienlou, Canton, Quinhon, Saïgon, Bangkok.
    DE FRANCE A PONDICHÉRY EN 1746, lettre de M. Le Bon.
    Gravures : Bhamo. BONZE KATCHIN. — FEMMES KATCHINES.

    Birmanie septentrionale

    En tournée dans la Mission de Bhamo

    Par Mgr Foulquier,
    Vicaire apostolique.

    (Fin)1.

    Dimanche, 21 mars. — Les Pères disent leurs messes de bonne heure. Il pleuvine et la journée ne s'annonce pas brillante. Avant la messe, je donne la confirmation à une douzaine de Katchins, prémices de la mission de Sinlumkaba. Le P. Juéry leur parle un instant sur le sacrement des forts. Pendant la cérémonie, la pluie augmente. Mais c'est notre dernière ondée: le beau soleil se montre enfin.
    A 11 heures, grande réunion : 1.800 personnes sont sous le Mandat, devant la maison. Le P. Collard prend le premier la parole et parle pendant trois quarts d'heure environ sur la fon dation de l'Église. Deux catéchistes parlent ensuite sur divers sujets, avec des allusions sur les superstitions, sur les génies et sur les baptistes américains. Il est midi et demi quand nous allons prendre notre repas.

    1. Voir Ann de la Soc. des M.-E., novembre décembre 1926, p. 215.
    Janvier Février 1927, n° 173.

    A 4 heures, deuxième réunion. Le P. Carolus expose longue ment les marques de la vraie Eglise, principalement l'unité et l'apostolicité. C'est au milieu d'un silence complet que l'assemblée l'écoute. On entend seulement de temps en temps l'approbation de quelque vieux Katchin accroupi à côté du Père : « Raya, Raya, c'est très vrai, c'est très vrai ». Pendant que le Père parle, j'examine attentivement l'assemblée. Tous, jeûnes et vieux, femmes et enfants, semblent boire ses paroles, et ne le quittent pas une minute des yeux.
    Deux catéchistes parlent à leur tour et à 5 heures et demie, les néophytes vont prendre leur repas du soir. Quelques-uns se disposent à regagner leurs villages ; avant de partir, ils viennent me saluer et de toutes les lèvres s'échappe la même demande : « Envoyez-nous des Pères ».
    A 8 heures du soir, troisième réunion. Il ne reste guère plus d'un millier de personnes. Le P. Carolus leur adresse la parole. La cérémonie se termine par la prière en commun et par des cantiques en katchin : la forte voix du P. Collard domine, infatigable ; à 10 heures et demie il chante encore et on est obligé de lui faire dire que nous désirerions dormir.
    Lundi, 22 mars: — Grand'messe à 7 heures.
    A une heure et demie, tout est fini : les assistants se dispersent, et à 2 heures et demie, nous sommes dans le calme. Le P. Gilhodes, les Soeurs, les enfants s'en retournent à Prang-Kutong; le P. Collard à Lamaibang pour s'occuper de l'école pendant les quelques jours d'absence du P. Juéry qui doit m'accompagner à Bhamo...
    J'en profite pour aller jusqu'au haut de la montagne de Sinlumkaba où se trouvent le fort, la résidence et les bureaux du Surintendant des Katchin Hills, Bhamo district; mais il n'y a pas de village, pas même la moindre boutique. Il y a marché tous les 5 jours, le reste du temps, rien. Ce Sinlumkaba n'a d'importance qu'au point de vue officiel. Il y a là un poste de Military Police très important en raison de la proximité de la frontière du Yunnan. Son altitude de plus de 6.000 pieds lui permet de correspondre facilement par héliostat avec les autres forts de Bhamo, Allaouboum, Orabouru, etc.
    Mercredi 24 mars. — Départ à 5 heures et demie. La route prend le versant sud de la montagne et descend vers le torrent du Tirika qui coule au fond de la gorge. De l'autre côté se trouve la chaîne de montagnes qu'avait suivies, il y a à peu près 50 ans, le P. Lyet pour aller s'établir à Loja. Des descendants des vieux Katchins que le P. Lyet avait évangélisés sont venus appeler les missionnaires à la réunion de Sinlum, disant que le village de Loja désirait embrasser le catholicisme. Après Pâques, les PP. Collard et Carolus ont promis d'aller visiter tous les villages situés sur cette chaîne de montagnes. Puissent les souffrances que le P. Lyet a endurées pendant sou séjour à Loja, retomber en bénédictions sur les descendants de ceux qu'il avait évangélisés1.
    Nous arrivons au pied de la montagne à 7 heures et demie : peu après, le P. Pâquet vient nous prendre en auto comme c'était convenu, et à 9 heures nous sommes à Bharno. Dans la soirée, visite aux Soeurs Franciscaines qui sont en train de s'installer, et le lendemain 25, départ pour Mandalay.
    Ainsi finit cette tournée qui a duré un peu plus d'un mois.

    Quelques impressions.

    Il n'y a pas de doute que le nombre de conversions augmenterait rapidement si nous avions le personnel et les ressources voulus. Les missionnaires actuellement chez les Katchins jouissent d'une influence considérable. Tous les Katchins qui les connaissent ont en eux la confiance la plus entière, même les vieux les plus encroûtés dans leurs superstitions.
    Les écoles jouent un rôle capital. Tout enfant qui a passé quelque temps dans nos écoles, ne garde plus rien des superstitions ancestrales au sujet des génies; bien souvent ce sont les enfants qui amènent les parents à les abandonner. Lorsque le missionnaire est appelé à enlever de quelque maison les emblèmes superstitieux, les enfants de l'école s'en font une fête et, du tout, font un feu de joie. Les Soeurs rendront de grands services en apprenant aux jeunes filles l'ordre, l'économie et la propreté, et, aux jeunes femmes, les soins à donner aux petits enfants.

    1. Le P. Lyet mourut à Mandalay, le 9 décembre 1878.

    La femme katchine a toujours vécu jusqu'ici sous la domination de son mari et de la famille de son mari ; tout homme, en se mariant, achète sa femme qui, par le fait, devient sa propriété. Cet état de choses tend à disparaître. La femme katchine commence à comprendre qu'elle a des droits et qu'on ne peut disposer d'elle sans son consentement.
    Mais quel pays de montagnes coupées de gorges profondes et presque à pic, sans la moindre vallée de quelque importance! J'ai vu deux vallées, celles de Prang-Kutong et de Loja : dans leur plus grande largeur elles ont à peine 500 mètres et leur longueur ne dépasse pas deux milles ; et encore elles sont en zigzags, comme le torrent qui coule au fond.
    Les villages sont situés sur les versants boisés, presque au sommet des montagnes.
    La tribu des Kawrees habite entre le torrent du Kalonka au nord nord-est et le torrent du Nandabè au sud sud-ouest. C'est la tribu la plus nombreuse, 6 à 7.000 âmes. Elle est apparentée aux Azees qui s'étendent jusqu'au Yunnan. Il y a un certain nombre de villages de 60 à 80 maisons et quelques autres de 10 à 25. Jusqu'ici, nos missionnaires ont surtout travaillé chez les Kawrees. Maintenant ils commencent à mettre pied chez les Mrens, les Azees, et les Lashees. Toutes ces tribus ont les mêmes coutumes et la même langue, sauf quelques petites différences.
    Les Azees, que la civilisation a moins pénétrés, sont encore plus simples que les Kawrees. Ils vivent sur les montagnes à l'est et au nord-est de Sinlumkaba ; ce sont eux qui de tous leurs villages appellent actuellement le P. Carolus. Dans leur dialecte, le Père trouve beaucoup plus de mots à racine birmane et dite que, pour un birman, leur langue est très facile à apprendre.
    Je suis heureux d'avoir fait cette tournée. Mais quand on a 60 ans, des infirmités, qu'on doit faire toutes les courses à pied, c'est un voyage bien pénible et je ne crois pas pouvoir l'entreprendre de nouveau. Le pays étant très sain, et l'air très pur, les missionnaires y conservent bonne santé; mais il faut être jeune pour faire du ministère actif dans un pays de montagnes comme celui-là...

    1927/242-245
    242-245
    Birmanie
    1927
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