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Bibliographie LE BIENHEUREUX THEOPHANE VÉNARD, MARTYR AU TONKIN A l'occasion de la Béatification des trente-trois glorieux martyrs de la Société des Missions-Étrangères, solennellement proclamée le 2 mai dernier, vient de paraître, sous le titre Le Bienheureux Théophane Vénard, martyr au Tonkin, une nouvelle Vie du héros français dont les exploits furent célébrés, il y a quarante-cinq ans, dans un volume intitulé : Vie et correspondance de J. Théophane Vénard, et qui obtint de suite un remarquable succès.
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    Bibliographie

    LE BIENHEUREUX THEOPHANE VÉNARD, MARTYR AU TONKIN

    A l'occasion de la Béatification des trente-trois glorieux martyrs de la Société des Missions-Étrangères, solennellement proclamée le 2 mai dernier, vient de paraître, sous le titre Le Bienheureux Théophane Vénard, martyr au Tonkin, une nouvelle Vie du héros français dont les exploits furent célébrés, il y a quarante-cinq ans, dans un volume intitulé : Vie et correspondance de J. Théophane Vénard, et qui obtint de suite un remarquable succès.
    L'intérêt et la sympathie qui s'attachèrent dès lors au nom de ce saint si gracieux et si aimable n'ont fait que croître avec le temps, et aucune circonstance ne pouvait être plus favorable pour présenter dans un cadre rajeuni et avec un nouveau relief la figure de cet angélique martyr.
    Pour résumer l'importance de cet ouvrage, qui, dans sa forme première, fit les délices de religieuses carmélites, d'élèves du sanctuaire, de pieux fidèles des deux sexes, d'illustres prélats, et même de Sa Sainteté Pie X, qui déclarait dernièrement qu' « il l'avait lue avec beaucoup de plaisir, lors de son apparition », nous nous contentons de rappeler ce qui était dit dans la préface :
    « ... Simplicité de goûts et de moeurs, caractère aimable, piété douce et suave et toute naturelle, esprit varié dans ses dons, en un mot union intime du talent et de la vertu : voilà ce que l'on trouvera dans ce livre qui s'adresse à toutes les classes de lecteurs, sans exception aucune. Les fidèles de tout âge et de toute condition peuvent y chercher tour à tour les émotions les plus douces pour le coeur en même temps que les instructions les plus variées. Car il y a là des leçons pour tous et pour chacun, soit dans l'exemple du martyre, soit dans les conseils si multipliés aux divers membres de sa famille. Il y en a pour l'enfant dans la maison paternelle, pour le jeune étudiant dans la vie de collège, pour le jeune homme du monde, la jeune fille chez ses parents, la religieuse dans sa communauté, l'élève du sanctuaire dans la retraite paisible du séminaire, pour les pères et mères de familles, les prêtres, les missionnaires ; et toujours ces belles leçons sont dictées avec une facilité, un entrain rempli de charme, un jugement sûr et vraiment digne d'attirer l'attention ... »
    On trouvera dans cette nouvelle Vie tout ce qui était ainsi annoncé dans l'ancienne, et même encore plus.
    On y admirera, la piété tendre du futur martyr, sa dévotion à la sainte Vierge peu commune, sa virile énergie alliée à une douceur de jeune fille, son aimable gaieté qui ne se démentait jamais, son affection pour les siens et, par dessus tout, un esprit surnaturel qui, durant tout le cours de sa carrière, vivifia tous et chacun de ses actes.
    La richesse de son imagination n'avait d'égale que la tendresse de son coeur et était rehaussée par une grande sûreté de jugement, due surtout à la finesse de son esprit et aux intuitions de sa foi.

    Doué de beaucoup d'entrain et d'initiative, il se faisait remarquer en même temps par une humilité profonde et sans affectation.
    Toutes ces qualités font de la correspondance du Bienheureux Théophane une mine précieuse de sages conseils et d'utiles leçons non moins que de récits très intéressants. Sa Vie est presque tout entière composée avec ses lettres, et par conséquent écrite pour ainsi dire par lui-même.
    C'est au sujet de ces lettres que, dans le superbe panégyrique prononcé le 2 février 1862, Mgr Pie s'écriait : « C'est là, dans ces correspondances si pleines d'intérêt, que se révèlent sa sensibilité profonde, sa délicatesse exquise, et aussi son talent facile, son esprit perspicace servi par une imagination gracieuse et par un solide jugement. Il nous a été bien doux de feuilleter ces pages ! Nous les avons plus d'une fois couvertes de nos baisers, et nous avons à demander pardon d'en avoir maculé quelques-unes de nos larmes ».
    Plusieurs de ces lettres sont de véritables chefs d'oeuvre au point de vue du style et des sentiments. Nous donnons ici quelques extraits de celles qu'il écrivit de sa cage, au moment de consommer son dernier sacrifice :
    A Mgr Theurel, 3 janvier 1861.
    « Ah ! Monseigneur, me voilà donc rendu à cette heure que chacun de nous a tant désirée. Ce n'est plus peut-être un jour... (Comme dans le chant de départ des Missionnaires) C'est :

    Bientôt, bientôt, tout le sang de mes veines
    Sera versé ; mes pieds, ces pieds si beaux,
    Oh ! Quel bonheur ! Ils sont chargés de chaînes !
    Près de moi je vois les bourreaux !

    « Dans les longues heures de ma cage, ma pensée s'envole vers l'Eternité. Le temps va finir, il faut se dire adieu...
    « ... Je ne sais si je pourrai encore écrire. Adieu ! J'eusse été heureux de travailler avec vous ; j'ai tant aimé cette Mission du Tonkin ! A la place de mes sueurs, je lui donnerai mon sang. J'ai le glaive suspendu sur ma tête, et je n'ai point de frisson. Le bon Dieu ménage ma faiblesse : je suis joyeux. De temps en temps j'honore de mes chants le palais du mandarin :

    O Mère chérie !
    Place-moi
    Bientôt dans la Patrie
    Près de toi !
    Noble Tonkin ! Terre par Dieu bénie,
    Des héros de la Foi glorieuse patrie !
    Je suis venu pour te servir,
    Heureux pour toi de vivre, de mourir !

    « Quand ma tète tombera sous la hache du bourreau, ô Mère Immaculée, recevez votre petit serviteur, comme la grappe de raisin mûr tombée sous le tranchant, comme la rose épanouie cueillie en votre honneur. Ave Maria! Je lui dirai aussi de votre part : Ave Maria !
    A son père, 20 janvier1861 :
    « ... Les jours de ma prison s'écoulent paisiblement; tous ceux qui m'entourent m'honorent, un bon nombre me portent affection. Depuis le grand mandarin jusqu'au dernier soldat, tous regrettent que la loi du royaume me condamne à mort. Je n'ai point eu à endurer de tortures comme beaucoup de mes frères. Un léger coup de sabre séparera ma tête, comme une fleur printanière que le maître du jardin cueille pour son plaisir. Nous sommes tous des fleurs plantées sur cette terre et que Dieu cueille en son temps, un peu plus tôt, un peu plus tard. Autre est la rose empourprée autre est le lis virginal autre l'humble violette. Tâchons tous de plaire, selon le parfum ou l'éclat qui nous sont donnés, au souverain Seigneur et Maître... »

    A sa soeur, 20 janvier 1861 :
    « ... Il est près de minuit : autour de ma cage de bois sont des lances et de longs sabres. Dans un coin de la salle un groupe de soldats jouent aux cartes, un autre groupe jouent aux dés. De temps en temps, les sentinelles frappent sur le tam-tam et le tambour les veilles de la nuit. A deux mètres de moi une lampe projette sa lumière vacillante sur ma feuille de papier chinois, et me permet de te tracer ces lignes. J'attends de jour en jour ma sentence. Peut-être demain je vais être conduit à la mort. Heureusement, n'est-ce pas ! Mort désirée qui conduit à la vie !... Selon toutes probabilités, j'aurai la tête tranchée, ignominie glorieuse dont le ciel sera le prix. A cette nouvelle, chère soeur, tu pleureras, mais de bonheur. Vois donc ton frère, l'auréole des martyrs couronnant sa tête, la palme des triomphateurs se dressant dans sa main ! Encore un peu, et mon âme quittera la terre, finira son exil, terminera son combat. Je monte au ciel, je touche la patrie, je remporte la victoire. Je vais entrer dans ce séjour des élus, voir des beautés que l'oeil de l'homme n'a jamais vues, entendre des harmonies que l'oreille n'a jamais entendues, jouir de joies que le coeur n'a jamais goûtées ! Mais auparavant il faut que le grain de froment soit moulu, que la grappe de raisin soit pressée. Serai-je un pain, un vin selon le goût du père de famille ! Je l'espère de la grâce du Sauveur, de la protection de sa mère Immaculée ; et c'est pourquoi, bien qu'encore dans l'arène, j'ose entonner le chant de triomphe, comme si j'étais déjà couronné vainqueur... »

    A son frère Eusèbe, 20 janvier 1861 :
    « ... Quand tu recevras cette petite missive, ton frère ne sera plus de ce monde totus in maligno positus. Ille aura quittée pour un autre monde meilleur, où tu devras t'efforcer de le rejoindre un jour. Ton frère aura eu la tête tranchée, il aura versé tout son sang pour la plus noble des causes, pour Dieu. Il sera mort martyr.., Ç'a été là le rêve de mes jeunes années. Quand, tout petit bonhomme de neuf ans, j'allais paître ma chèvre sur les coteaux de Bel-Air, je dévorais des yeux la brochure où sont racontées la vie et la mort du Vénérable Charles Cornay, et je me disais : Et moi aussi je veux aller au Tonkin, et moi aussi je veux être martyr! O admirable fil de la Providence qui m'avez conduit parmi le labyrinthe de cette vie jusqu'au Tonkin, jusqu'au martyre !... »

    A tous ses confrères de la Mission, 20 janvier 1861:
    « ... Je n'ai pas reçu un seul coup de rotin. J'ai rencontré peu de mépris, beaucoup de sympathie ; personne ici ne voudrait me faire mourir. Les gens de la maison du grand mandarin sont charmants. Je ne souffre rien en comparaison de mes frères. Je n'aurai qu'à incliner humblement la tête sous la hache, et aussitôt je me trouverai en présence du Seigneur Jésus en disant : Me voici, Seigneur, votre martyr ! Je présenterai ma palme à Notre-Dame, et je lui dirai : Salut ! Marie, ô Mère ! O Maîtresse ! O Reine, salut ! Et je prendrai rang sous la bannière des tués pour le nom de Jésus, et j'entonnerai l'hosanna éternel. Amen ! Donc :

    Adieu, mes amis, je succombe,
    Il se fait tard, séparons-nous.
    Et ne pleurez pas sur ma tombe,
    Mais plutôt réjouissez-vous !
    Je ne veux plus de cette vie,
    D'un dur exil trop sombre lieu ;
    Nous nous verrons dans la patrie,
    Adieu ! Adieu !! Adieu!!... »

    Un vol. in-8°, illustré. Pris au Séminaire des Missions-Étrangères, rue du Bac, 128. Paris. 3 fr. 50, franco, 4 fr.

    1909/218-222
    218-222
    France
    1909
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