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Baptêmes

MAISSOUR LETTRE DU P. BONNÉTRAINE Missionnaire apostolique Baptêmes. Il y a quelque temps, deux païennes, la mère déjà âgée et sa fille d'environ seize ans, vinrent frapper à la porte du couvent des religieuses indigènes de Settihally. « Recevez-nous, dirent-elles à la supérieure, nous ferons tout ce que vous voudrez. Mais cachez-nous, et ne nous livrez, pas à ceux qui courent après nous. » La supérieure les rassura et leur promit que personne n'oserait tes arracher du couvent sans sa permission.
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    MAISSOUR

    LETTRE DU P. BONNÉTRAINE
    Missionnaire apostolique

    Baptêmes.

    Il y a quelque temps, deux païennes, la mère déjà âgée et sa fille d'environ seize ans, vinrent frapper à la porte du couvent des religieuses indigènes de Settihally.
    « Recevez-nous, dirent-elles à la supérieure, nous ferons tout ce que vous voudrez. Mais cachez-nous, et ne nous livrez, pas à ceux qui courent après nous. »
    La supérieure les rassura et leur promit que personne n'oserait tes arracher du couvent sans sa permission.
    Comme elles étaient de bonne caste, on était un peu en peine sur la manière de les nourrir ; on craignait de les voir refuser les mets apprêtés par des mains chrétiennes.
    «Mangeons vite, dit la plus jeune ; si I'on vient pour nous chercher, nos persécuteurs ne voudront plus nous reprendre, puisque, à leurs yeux, notre caste sera perdue. »
    Et elles mangèrent avec entrain ce qu'on leur servit.
    Leur histoire était bien simple.
    La jeune fille avait été mariée, petite enfant, à un mari brutal. Après un mois passé sous le toit conjugal, son mari et sa belle-mère se mirent à la maltraiter ; ils la battaient, la privaient de nourriture et lui rendaient la vie tellement insupportable qu'elle s'enfuit un jour à la maison paternelle.
    «Viens, dit-elle à sa mère; allons nous noyer toutes les deux, mourons ensemble, et soyons délivrées à jamais de nos misères. »
    Et les voilà parties pour accomplir leur projet de désespoir. Arrivées au bord de I'étang, la tille hésite.
    «Eh! bien ! Jette-toi dans I'eau, lui dit sa mère.
    Maman, j'ai peur, le courage me manque. Allons au couvent des religieuses de Settihally, cela vaudra mieux. »
    La mère acquiesça, et c'est ainsi qu'elles nous arrivèrent. Quelques heures après, survinrent le mari et ses parents: mais apprenant qu'elles avaient mangé chez des chrétiens, ils abandonnèrent bientôt la partie.
    Aujourd'hui, ces deux échappées du paganisme et de la mort sont baptisées et bonnes chrétiennes. La vieille eut quelque peine à apprendre les prières. Sa fille l'aidait, mais la mémoire était rebelle, et quand je l'interrogeais, le Notre Père lui-même ne sortait que bien défiguré des lèvres de la pauvre femme.
    « Baptisez-moi donc comme cela, me dit-elle enfin ; vous verrez, ça viendra tout seul, dès que je serai chrétienne. »
    « Marie, demandai-je un jour à la jeune femme, n'avais-tu clone pas peur de commettre un péché en te jetant à l'eau'?
    Ah! Père, il n'y a point de péché pour les païens. Le vol, le mensonge, l'injustice, l'adultère, tout cela ne signifie absolument rien à leurs yeux. Ils vivent comme des bêtes, et ne semblent même pas se douter qu'ils aient une âme.
    Alors, pourquoi arrivée sur le bord de l'étang, as-tu reculé'?
    Je ne sais. Quand je quittai la maison, j'étais bien décidée à me jeter à l'eau. Mais à ce moment la peur me prit, et le souvenir du couvent devant lequel j'avais passé plusieurs semaines auparavant en allant au marché, se présenta à mon esprit. Ce fut mon salut. »
    Je suis très content de la conduite de ces deux femmes, et il serait difficile de trouver quelqu'un de plus heureux qu'elles.
    Notre hôpital m'a donné le moyen de baptiser trois petits enfants païens en danger de mort. C'est bien peu, c'est vrai: mais le bon Dieu connaît nos désirs. Qu'il daigne les exaucer, et nos quelques épis se changeront en gerbes épaisses et nombreuses. Fiat ! Fiat !

    1898/167-168
    167-168
    Maroc
    1898
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